Trois défis pour Rio+20. Transition économique, renouveau de l'Agenda 21, dialogue parties prenantes. Rapport du Comité de prospective 2012.

De
En vue de la Conférence Rio+20, les trois groupes de travail constitués par le Comité de prospective du Comité 21 avaient pour mission de faire des propositions sur trois thématiques : la transition économique, le renouveau de l'Agenda 21, les nouvelles formes de dialogue et de concertation. A l'issue de leurs travaux, sept propositions ont ainsi été formulées :
- passer du modèle de l'économie de production de masse, non soutenable, à celui d'une économie de partage et et de proximité ;
- donner un "signal prix" du CO2 suffisant pour accélérer la transition vers une économie "légère" ;
- trouver les financements de l'économie verte ;
- redonner à l'Agenda 21 son objectif initial d'outil du XXIe siècle pour mieux vivre ensemble ;
- créer de nouvelles structures pour encourager l'expérimentation et la concertation sur les territoires ;
- mieux encadrer les démarches de dialogue des organisations avec leurs parties prenantes pour développer la coproduction des décisions ;
- développer l'information socio-environnementale pour changer les modes de consommation.
Chauveau (A), Toursel (P). Paris. http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/document.xsp?id=Temis-0076361
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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1 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012

Juin 2012

Sommaire
Remerciements ....................................................................................................................................... 5
Présentation ............ 7
Introduction .............................................................................................................................................. 8
Un c on t ex te d e c r i s es et d’ i nc erti t ud es : des sujets déjà identifiés à Rio en 1992............................... 10
1. QUELLE TRANSITION VERS UNE ECONOMIE VERTE ? ........................................................ 21
1.1. L’ e nj eu : accélérer la transition .............................................................. 22
1.1.1. La mise sous contrainte carbone de l’économie pour accélérer la transition .............. 23
1.1.2. Comment faciliter l’acceptation de la contrainte ? ....................................................... 23
1.2. Développer des politiques publiques de RSE ....................................................................... 25
1.3. Développer les initiatives de la société civile ........ 29
1.3.1. Consommer sans posséder............................................................................................ 29
1.3.2. Développer l’économie de proximité ............................................................................ 32
1.3.3. Les « Fab Labs », une rupture technologique et sociétale majeure ? ........................... 33
1.3.4. Des monnaies complémentaires pour relocaliser l’économie ...... 33
1.4. T r ou v er l es f i na nc em en ts de l ’ éc on om i e v erte ...................................................................... 35
1.4.1. Développer le capital-risque pour les cleantechs ......................... 35
1.4.2. Développer l’investissement socialement responsable (ISR) pour financer l’économie
verte…..... ....................................................................................................................................... 36
1.4.3. Financer l’innovation sociétale « low-tech » . 37
1.5. Changer les modes de consommation .................................................................................. 37
1.5.1. L’information socio-environnementale pour changer les modes de consommation ... 38
1.5.2. L’open data pour changer la relation consommateur/producteur ............................... 39
e
2. FAIRE DE L’AGENDA 21 L’OUTIL DU XXI SIECLE POUR MIEUX VIVRE ENSEMBLE ........ 40
2.1. Cons tr ui r e un n ou v el i m ag i na i r e au c œ ur d e l ’ A ge n da 21 en s ’ a pp u y a nt s ur l a c ul ture et l a
prospective ......................................................................................................................................... 42
2.2. F ai r e d e l ’ A ge nd a 21 un v é r i tab l e o ut i l de c on tr ac t ualisation avec les acteurs du territoire . 43
2.3. Mieux assurer la cohérence des outils et territoires .............................................................. 45
2.4. Repenser la gouvernance territoriale .................................................... 46
2.5. Encourager l ’ ex p érim en tat i on ................................ 46
3. NOUVELLES FORMES DE CONCERTATION ET DE CODECISION ........ 47
3.1. La concertation de « Rio 1992 » à a uj ou r d’ hu i ...................................................................... 47
3.2. Renouveler la concertation pour une gouvernance plus participative .. 48

2 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012


3.3. L’ e nj eu m aj eu r : passer à un processus de co-création ........................................................ 48
3.4. Développer les « open data »................................................................ 49
3.5. Assurer une meilleure participation du grand public pour renforcer la participation citoyenne
aux décisions ..................................................................... 50
Conclusion ............................................................................. 53
Bibliographie .......... 60
Les propositions du Comité de prospective du Comité 21 pour la Conférence « Rio+20 » ................. 63

3 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012


Directeur de la publication
Gilles Berhault, président du Comité 21

Présidente du Comité de prospective
Bettina Laville, présidente- f on da tr i c e d u Co m i té 2 1, c on s ei l l ère d ’ E t at, av ocate

Coordinateur/Rapporteur
Alain Chauveau, assisté de Patrice Toursel

Remerciements à toute l ’ éq ui p e d u Com i té 21 .




Ce rapport a été réalisé avec le soutien de la Caisse des Dépôts.



4 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012



Remerciements

Le Comité 21 exprime ses remerciements aux membres du Comité de prospective, aux adhérents et
partenaires qui ont témoigné de leur expérience dans ce rapport.


- Groupe de travail « Renouveau de l’Agenda 21 »
Président : Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle
Membres
 Stéphanie Baltardive, en c harge de l ’ opérati on « Les Juniors du développement durable », Communauté
Urbaine de Bordeaux
 Sandrine Fournis, chef bureau des territoires, Commissariat général au développement durable
 Anne Ged , di r ec tr i c e de l ’ A g enc e pa r i s i enne du c l i m at
 Guillaume Julien , di r ec teur de l a p r os pec ti v e de l a s tr atég i e et de l ’ A gend a 21, Cons ei l r égi onal
Pays de la Loire
 Philippe Madec, architecte
 Bruno Rebelle, directeur général, Transitions
 Antoine Charlot, responsable programme « Territoires durables », Comité 21
 Elise Gaultier, chargée de mission « Territoires durables », Comité 21


- Groupe de travail « Transition vers une économie verte »
Président : Pierre Ducret, directeur de la CDC Climat
Membres
 Caroline Alazard, directrice, Greenext
 Luc Balleroy, directeur général, OpinionWay
 Françine Bavay, économiste, service du développement durable, France-Télécom Orange
 Fabrice Bonnifet, directeur développement durable, Groupe Bouygues
 Emmanuel Fages, responsable de la recherche économique Matières premières /énergie/carbone, Société
Générale
 Denis Guibard, directeur du développement durable, France-Télécom Orange
 Dominique Pialot, journaliste, La Tribune
 Guillaume Sainteny, directeur de la chaire développement durable, école Polytechnique
 Dorothée Briaumont, directrice générale, Comité 21
 Isabelle Boudard, chargée de mission programme « Economie responsable », Comité 21
 Karine Viel, responsable du programme « Economie responsable », Comité 21


5 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012


- Groupe de travail « Nouvelles formes de dialogue et de concertation »
Président : Bertrand Pancher, député de la Meuse, président de Décider Ensemble, rapporteur
du Grenelle II
Membres
 Philippe Aigrain , di r ec teur d e S opi ns pac e, S oc i été p our l es es pac es pub l i c s d’ i n f orm ati on, f onda teur de La
Quadrature du Net
 Lauriane Biré, attachée parlementaire de Bernard Pancher
 Alexandre Brailowsky, directeur de l'Ingénierie sociétale, Suez Environnement
 Patrice Carré , r es pons abl e du dépa r te m ent r el ati ons i ns ti tut i onne l l e s d’ O r ange , prés i dent du Cons ei l
scientifique de Décider ensemble
 Jean-Marc Dziedzicki , c he fde l ’ uni té c on c ertati on e t déb at pu bl i c , RFF
 Claudia Gross, directrice de la communication, Sita
 Pierre-Samuel Guedj, associé-partners, Publicis consultants
 Véronique Kleck, Civic Media, auteure de Numérique et Cie, gouvernance et sociétés en réseaux, ECLM,
Paris, 2007
 Eric Molinié, ancien directeur délégué au développement durable, groupe EDF et conseiller du président
d’ E DF s ur l e ha ndi c ap, v i c e - prés i dent , l ’ A s s o c i ati on d e s paral y s és de Fr anc e
 Aurélien Sautière, directeur, Décider ensemble
 Dorothée Briaumont, directrice générale, Comité 21
 Matthieu Gauvin, chargé de projets « Economie responsable », concertation parties-prenantes, Comité 21

Le Comité 21 remercie également tout particulièrement les personnalités, experts, hommes politiques,
r es po ns ab l es d ’ en tr ep r i s e, qu i on t bi en v ou l u accepté d'être interviewés dans le cadre de ces travaux.
Experts et personnalités interviewées
 Olivier Dubigeon, Président de Sustainway
 Florence Durand-Tornare, Déléguée générale de Villes Internet, Directrice de « La suite dans les idées »
 Carine Dartiguepeyrou , f onda tr i c e d’ Uni quen es s
 Philippe Lemoine, Président de Laser et de la FING (Fondation Internet Nouvelles Générations)
 Mathieu Baudin, Directeur pédagogique du Collège des Hautes E tude s de l ’ E nv i r onne m ent et du
Développement Durable, co- f onda teur de l ’ In s ti tut d es Fut urs s ouha i tabl es
 Dominique Bourg , prof es s eur ordi nai r e à l ’ Uni v ers i té de Laus anne ( UNIL) , m e m b r e du c om i té de v ei l l e
écologique de la Fondation Nicolas Hulot)
 Patrick Viveret, philosophe, ancien conseiller honoraire à la Cour des comptes
 Jean-Jacques Rosé, Chercheur associé au Centre Norbert Elias et Research Affiliate à ESC Rennes
School of Business, vice- prés i dent de l ’ A DE RS E ( A s s oc i ati on pour l e Dév el oppe m ent de l ’ E ns ei gnem ent et
de l a Rec herc he s ur l a Res p ons abi l i té S oc i a l e de l ’ E ntrepr i s e)
 François Bellanger, Président de Transit-City
 Daniel Lebègue , P r és i dent de l ’ O RS E , de T I Fr anc e, de l ’ IFA et de l ’ IDDRI
 Claude Fussler, Special Advisor Global Compact
 Benoit de Guillebon , Di r ec teur d’ APESA, Centre technologique en environnement et maîtrise des risques

6 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012



Présentation

La Conférence des Nations Unies sur le développement durable communément dénommée
« Rio+20 », aura lieu en juin 2012 à Rio de Janeiro, au Brésil.
V i n gt an s ap r ès l e S om m et de l a T err e de 1 99 2, c ’ es t l ’ oc c as i on po ur l e Co m i té 21 – né de cet
événement planétaire – de prendre le temps de la réflexion.

Le s 46 0 m e m bres du C o m i té 21 o nt l a c o nv i c ti on q ue n ou s de v on s c h an g er d’ éc h el l e et po ur c e l a
qu ’ un « pas de côté » est nécessaire. Nous avons sélectionné, pour composer notre Comité de
prospective, des personnalités qui nous ont séduits par leur vision et leur analyse.

Trois thématiques leur ont été confiées : la transition économique ; le renou v e au de l ’ Agenda 21 ; les
nouvelles formes de dialogue et de concertation. Avec pour mission de nous éclairer sur les
év o l ut i o ns à l ’ h ori z on 20 30 et de no us f ai r e d es propos i ti on s .

Trois groupes de travail ont ainsi été constitués et se sont réunis autour de présidents : Pierre Ducret,
président de la CDC Climat, Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, Bertrand Pancher,
dé pu té de l a Me us e et prés i de nt d e l ’ as s oc i ati on Décider ensemble. Bettina Laville a piloté
l ’ e ns em bl e, b ou c l a nt ai ns i tr oi s an né es de présidence du groupe de prospective du Comité 21. Je
voulais les remercier tous les quatre au nom du Comité 21.

Me r c i a us s i à t ou tes l es p ers on na l i t és et ex pe r ts qu i on t c on tr i b ué à c es tr av a ux , do n t l ’ éq ui pe d u
Comité 21, et à Alain Chauveau et Patrice Toursel qui ont coordonné ces réflexions.

Le s tr av au x de c e grou pe de pros p ec ti v e s ’ ad r es s en t di r ec tem en t à to us l es m em bres du Co m i té 21 ,
mais aussi à tous ceux qui croient à une démarche globale et innovante du développement durable et,
bien sûr, aux membres du « Club France RIO+20 » qui porteront une contribution française aux
travaux des Nations Unies.

Vingt ans après le premier Sommet de la Terre, nous avions besoin de ces propositions. Je vous les
propos e en dé b at, es p éra nt qu ’ e l l es s au r on t v ou s inspirer et vous encourager à généraliser les
démarches concrètes de développement durable, fondées sur une gouvernance renouvelée des
territoires.

Gilles Berhault, président du Comité 21

7 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012



Introduction

Nous voici donc vingt ans après la Conférence de Rio de 1992. Cet anniversaire, également
avènement des vingt prochaines années, intervient dans un contexte profondément différent de cette
conférence initiale. En effet, la Conférence des Nations Unies dite « Rio+20 » devrait être marquée à
la fois par la prégnance des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) qui ont déjà donné le « la » à
Copenhague et à Durban, mais aussi par la crise financière, la crise américaine, les révolutions
arabes . D ’ a utre p art, l a p o pu l ati on m on di a l e a a ug m en té d e 5 à pres q ue 7 m i l l i ards et le PIB mondial
de pres qu e 2% p ar pe r s on ne . Le s i nn ov ati on s tec h no l og i qu es o nt am él i oré l es m o y e ns d’ ex i s ten c e et
1
l a s an té m ai s , c om m e v i en t de l e s ou l i gn er l ’ O C DE , creusent les inégalités.
En 1992, les ONG agissaient comme aiguillon des négociations mais pas encore comme « parties
prenantes », et l es c ol l e c ti v i tés l oc a l es n’ éta i en t pa s organi s é es au to ur de s qu es ti o ns de
dé v el op p em en t du r ab l e. L es en tr e pris es , e l l es , a v a i e nt a do pt é u ne s tr a tég i e d’ év i tem en t et ten t é de
limiter au maximum la portée des engagements que le Sommet de la Terre pouvait leur imposer.
A uj ou r d ’ hu i , el l es o nt pris c on s c i en c e de l e urs r es po ns ab i l i tés da n s l es dé grad ati on s
en v i r on ne m en tal es , m i s es en l um i ère pa r un c er tai n no m bre d’ ac c i de nts m aj eu r s , pris de s
engagements et mis en place des actions correctrices.
La Conférence « Rio+20 » sera aussi marquée par une forte intervention de la société civile. Ses
acteurs auront la capacité de porter leurs conclusions à la conférence finale, marquant ainsi la
reconnaissance de la socié té c i v i l e c om m e ac teu r à p art en t i ère a i ns i qu e l a v ol o nté d e l ’ as s oc i er au x
prises de décision.
La première conférence de Rio de Janeiro, en 1992, préconisait les deux approches, globale et locale,
c ’ es t l ’ ap pr oc he g l o ba l e qui avait marqué les esprits. Au j ou r d ’ hu i , l es i nd i v i du s s e s on t a pp r op r i é l a
r éa l i té du c h an g em en t c l i m ati qu e et l e be s o i n d’ ag i r . L’ a pp r oc h e l oc al e d oi t ai d er à c o ns tr ui r e l e
système global.
La c r i s e éc on om i qu e du N ord f ac e à l ’ ex pa ns i on de s pa y s du S u d s y m bo l i s e l a r up ture m aj eu r e en t re
1992 et 2012. Le comité de prospective du Comité 21 avait estimé, en 2009, que nous nous trouvions,
avec une multiplication des crises écologique, financière, économique, sociale, alimentaire, morale, au
2
« carrefour des crises » . Cette multiplication des crises a fait évoluer le contexte et les
préoccupations : « Rio+20 » pourrait ainsi constituer une étape importante pour évaluer les avancées
du développement durable et pour montrer comment les Nations Unies, les gouvernements et la
société civile se situent.
Deux thè m es on t été i ni ti a l em en t c ho i s i s po ur l a c on f érenc e : l ’ éc o no m i e v erte et l e c ad r e
institutionnel du développement durable. Le pays hôte, le Brésil, a décidé que le thème du
développement s ou s l ’ a ng l e de l a l utt e c o ntre l a p au v r eté serait a u c œ ur de s di s c us s i on s . Il nous faut
po urta nt d éf en dre l e dé v el o pp em en t d urabl e c om m e l e tal i s m an d’ un e s o c i été ha r m on i eu s e et
équitable. Nous avions, dans le premier rapport de prospective du Comité 21, prôné la thèse de la
transformation : « Il ne s’agi tpas seulement d’amender notre mode de développement mais de faire
un nouveau choix global d’organisation humaine, sociale. Ce n’est pas simplement le capitalisme qu’il

1 Comment va la vie ? Mesurer le bien- ê tr e , ra p p o rt d e l ’ O CD E, o c t o b re 2 0 1 1 .
2 Temps de crise financière, économique, écologique, sociale : enjeux, contradictions, opportunités, Rapport du
Comité de prospective du Comité 21 (2009).

8 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012


faut refonder, mais le fonctionnement entier de nos sociétés. Stimuler et sauvegarder l’économie,
comme on l’entend actuellement, revient trop souvent à repousser l’échéance du changement requis,
pour être contraint finalement à laisser se produire sans contrôle le nécessaire processus de
destruction créatrice. » Cette transformation nécessaire peut se faire sur le mode de la « régulation
douce, qui s’apparente à une sorte de laisser faire avec des accommode me» ount ssur celui des
« conflits inéluctables […] répétition tragique de l’histoire, cette -cfoi isà l’échelle de la planè »te.
3
Empathie, comme le prône Jeremy Rifkin , ou barbarie ? Tim Jackson a esquissé une nouvelle
4
conception de la prospérité et a na l y s e q ue , da ns n os s oc i été s , l ’ i dé e de pros pé r i té r en v oi e à u n
i m ag i na i r e de l ’ a bo n da nc e m ai s qu e l a f i ni tu de d es r es s ou r c es ob l i g e au j o urd’ h ui à r e v o i r c ett e
c on c ep ti on d e l a pros p érit é. C’ es t b i en un no uv el i m ag i na i r e qu e l e d év el op pe m en t du r ab l e do i t
c on s tr ui r e : l o i n d’ ê tr e u ne no ti on t ec hn oc r at i q ue , i l do i t ê tr e u ne c u l ture no uv el l e.
Ces propositions des groupes de travail du Comité d e pros pe c ti v e du C om i té 21 ten te nt d’ a pp orter un
pe u d ’ ut op i e c r éa tr i c e et d es ho r i z on s n ou v e au x po ur c eu x qu i v e ul en t être ac te urs de c e s i èc l e, q ui
peut, si nous le voulons, marquer une Renaissance.

Bettina Laville, présidente du Comité de prospective du Comité 21




3
Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise – V e rs u n e c i v i l i s a t i o n d e l ’ e m p a th i e , é d i ti o n s
Les Liens qui Libèrent, avril 2011.
4 Tim Jackson, Prospérité sans croissance – La transition vers une économie durable, éditions de Boeck,
avril 2010.

9 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012



Un contexte de crises et d’incertitudes : des sujets déjà
identifiés à Rio en 1992

Les risques et enjeux économiques, financiers, environnementaux et sociaux actuels nous
laissent peu de temps pour sauvegarder un monde viable.
Des risques au niveau environnemental, en premier lieu, avec une multiplication des catastrophes
na ture l l es , d es ten s i on s i nte r na t i o na l es l i é es à l a r aréf ac ti on de s r es s ou r c es et à l ’ a ug m en tat i on
rapide de leur prix, des problèmes de migrations (réfugiés climatiques), des guerres locales pour
l ’ e au , etc . P ar l eu r c ap a c i té à dé c l e nc he r de s r év o l tes s oc i al es et à f av oris er l a m on tée de s
po pu l i s m es et i nté gr i s m es , c es r i s qu es s o nt u ne m en ac e po ur l a d ém oc r ati e. L ’ urgenc e es t d ’ a uta n t
plus forte que le développement des économies des pays émergents accélère les tensions
environnementales. Sans politique forte axée sur le développement durable, le PIB mondial (base
5
20 05 ) p ou r r a i t, s el on u n r ap po r t d e l ’ O CDE , au gm en ter de près de 9 9 % d’ i c i 20 30 . Les
conséquences de cette c r oi s s an c e s eron t do nc c on s i dé r a bl es po ur l ’ e n v i r on ne m en t et l es c oû ts de
l ’ i na c t i on tr ès é l e v és s i n ou s tardon s à m ett r e en pl ac e de s m es ures qu i s ’ i m po s en t dè s m ai nte na nt .
Pourtant, toujours selon le même rapport de l ’ O CD E , une panoplie de mesures destinées à traiter les
grands dangers environnementaux pourrait ne pas coûter plus de 0,03% de croissance annuelle
m oy en n e du P I B au n i v ea u m on di a l . Le s éc on om i s tes de l ’ O CDE es t i m en t qu ’ a u r eg ard du prix de
l ’ i na c t i on , « il est possible de financer des actions ambitieuses permettant de protéger l’environnement
6
sans compromettre la croissance économique » .
7
E n 20 0 6, d éj à, l ’ éc o no m i s te Ni c h ol as S ter n estimait que, sur un horizon temporel de cinquante ans,
l es c oû ts de l ’ i n ac ti o n f ac e au r éc h au f f e m en t c l i m ati q ue s eraient beaucoup plus importants (20% du
P IB ) qu e c eu x q ue l ’ o n p o urr ai t i m pu ter à de s pris es de p os i t i on r ap i de s . A uj ou r d’ hu i , l a pl u pa r t de s
s pé c i al i s tes es t i m e urgent e l a n éc es s i té d’ i n v es ti r 2 % du P IB m on di al p ou r « verdir » les dix secteurs
8
les plus c r uc i au x d e l ’ éc on om i e , à c om m en c er pa r l ’ a gric ul ture, l a pê c he , l es tr an s po r ts et l e
bâtiment. Dans un communiqué de presse, le PNUE (Programme des Nations Unies pour
l ’ Environnement) indique « qu’investir environ 1,25% du PIB mondial par an dans l’ceiffité ca
énergétique et les énergies renouvelables diminuerait la demande mondiale d’énergie primaire de 9%
9
en 2020 et de près de 40% en 2050. »
Ma l gré c es m ul ti pl es c on s t ats et r ec om m an da ti on s , l ’ éta t de l a p l an ète a c on t i n ué à s e dé gr ad er au
cours des deux d erni èr es dé c en ni es et l ’ af f ec tat i o n de s c a pi t au x a ét é d é v o l ue à l ’ i m m ob i l i er
classique, aux combustibles fossiles et aux actifs financiers (incorporant des produits dérivés) plutôt
qu ’ au x én erg i es r en ou v el a bl es , à l ’ ef f i c ac i té én ergét i q ue , à l ’ éc oc on s tr u ction, aux transports publics, à
l ’ a gric u l ture d urab l e, à l a pr ote c ti on d es éc os y s tèm es , à l a bi o di v ers i t é ou à l a pré s erv ati on d es s ol s et
de l ’ e au .
Des options politiques concrètes pour assurer la transition vers une économie verte ont commencé à
être mi s es en œ uv r e pa r c ertai ns pa y s à tr a v ers l e m on de , e n pa r ti c u l i er e n 20 0 9, a v ec de s pl an s d e

5 Pe rs p e c t i v e s d e l ’ e n v i ro n n e m e n t d e l ’ O CD E à l ’ h o r i z o n 2 0 3 0 , O CD E, 2 0 0 8 .
6 Pe rs p e c t i v e s d e l ’ e n v i ro n n e m e n t d e l ’ O CD E à l ’ h o r i z o n 2 0 3 0 , o p. cit.
7
Nicholas Stern, The Economics of Climate Change – The Stern Review, Cambridge University Press, 2006.
8
Vers une économie verte – Pour un développement durable et une éradication de la pauvreté, Synthèse à
l ’ i n t e n t i o n d e s d é c i d e u rs , Programme des Nat i o n s Un i e s p o u r l ’ e n v i r o n n e m e n t (PNU E), 2 0 1 1 .
9
Communiqué de presse du PNUE, 21 février 2011.

10 Comité 21 - Rapport du Comité de prospective 2012


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