Thèse Saulo DUBARD BARBOSA - version finale - corrigée

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UNIVERSITE PIERRE MENDES FRANCE
Ecole Doctorale Sciences de Gestion – ED 275


THESE POUR L'OBTENTION DU DOCTORAT
EN SCIENCES DE GESTION







LA PERCEPTION DU RISQUE
DANS LA DECISION DE CREATION
D’ENTREPRISE

Presentée et soutenue publiquement le 31 janvier 2008 par

Saulo DUBARD BARBOSA




JURY


Directeur de recherche Professeur Alain FAYOLLE
EM Lyon, CERAG

Président du jury Professeur Karim MESSEGHEM
Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse

Rapporteurs Professeur Frédéric DELMAR
Stockholm School of Economics, EM Lyon

Professeur Thierry VERSTRAETE
Université Montesquieu Bordeaux 4

Suffragants Professeur Jean-Claude CASTAGNOS
Université Pierre Mendès France

Professeur Jacques MARCOVITCH
Universidade de São Paulo








“Os livros não mudam o mundo.
Quem muda o mundo são as pessoas.
1Os livros só mudam as pessoas.”

Mário Quintana


1
Traduit par nous : « Les livres ne changent pas le monde. Ce qui change le monde, ce sont les personnes. Les
livres ne changent que les personnes. »
2 REMERCIEMENTS

Je souhaite exprimer ma plus grande gratitude au professeur Alain Fayolle, pour sa
patience, son aide et son appui inconditionnel au cours de mon parcours doctoral. Alain est
plus qu’un directeur de thèse, Alain est un vrai ami. Son ouverture d’esprit, ses qualités de
chercheur et la chaleur humaine qu’il ajoute à ...
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UNIVERSITE PIERRE MENDES FRANCE Ecole Doctorale Sciences de Gestion – ED 275 THESE POUR L'OBTENTION DU DOCTORAT EN SCIENCES DE GESTION LA PERCEPTION DU RISQUE DANS LA DECISION DE CREATION D’ENTREPRISE Presentée et soutenue publiquement le 31 janvier 2008 par Saulo DUBARD BARBOSA JURY Directeur de recherche Professeur Alain FAYOLLE EM Lyon, CERAG Président du jury Professeur Karim MESSEGHEM Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse Rapporteurs Professeur Frédéric DELMAR Stockholm School of Economics, EM Lyon Professeur Thierry VERSTRAETE Université Montesquieu Bordeaux 4 Suffragants Professeur Jean-Claude CASTAGNOS Université Pierre Mendès France Professeur Jacques MARCOVITCH Universidade de São Paulo “Os livros não mudam o mundo. Quem muda o mundo são as pessoas. 1Os livros só mudam as pessoas.” Mário Quintana 1 Traduit par nous : « Les livres ne changent pas le monde. Ce qui change le monde, ce sont les personnes. Les livres ne changent que les personnes. » 2 REMERCIEMENTS Je souhaite exprimer ma plus grande gratitude au professeur Alain Fayolle, pour sa patience, son aide et son appui inconditionnel au cours de mon parcours doctoral. Alain est plus qu’un directeur de thèse, Alain est un vrai ami. Son ouverture d’esprit, ses qualités de chercheur et la chaleur humaine qu’il ajoute à toute relation professionnelle ont beaucoup facilité mon travail et méritent toute ma reconnaissance. Alain, sincèrement, merci ! Je souhaite aussi remercier le Directeur de l’Ecole Doctorale Sciences de Gestion, Jean-Claude Castagnos, qui m’a suivi avec son regard de chercheur toujours très bienveillant pendant tout mon parcours depuis le DEA. Son appui a été essentiel à la réalisation de ce travail, et j’espère avoir été en mesure de répondre à ses attentes et à la confiance qu’il m’a accordée. Je tiens à remercier aussi le professeur Jacques Marcovitch, qui m’a gentiment encouragé et a partagé ses expériences et ses conseils. Ses observations toujours pertinentes m’ont transmis un sens pratique et un regard extérieur toujours utile et pondéré. La thèse est plus qu’un document, la thèse est un parcours. Dans ce parcours la rencontre de quelques chercheurs a façonné considérablement la réalisation de mon travail doctoral. Frédéric Delmar figure certainement parmi les meilleurs chercheurs dont j’ai pu bénéficier des conseils, commentaires, critiques et suggestions. Il a de plus indiqué une grande partie des références consultées, et je tiens à le remercier énormément. Je souhaite aussi remercier le professeur Karim Messeghem, que j’ai pu rencontrer dans plusieurs colloques où il présentait ses travaux de recherche, aussi bien que dans des tutorats doctoraux où je présentait mon état d’avancement de thèse. Ses mots ont toujours été pondérés, pertinents et encourageants. Thierry Verstraete figure aussi parmi les chercheurs qui m’ont assez influencé, notamment en ce qui concerne son positionnement épistémologique libre de dogmatismes et sa vision critique du champ de l’entrepreneuriat et de l’importance du travail empirique dans les thèses académiques. Je le remercie sincèrement. D’autres chercheurs ont encore influencé la réalisation de ce travail doctoral. Parmi eux, je ne pourrais jamais oublier Christian Bruyat, qui est à l’origine de l’idée de faire une thèse sur le risque entrepreneurial. Bénéficier des conseils et suggestions de cet excellent chercheur est un privilège, et je tiens à le remercier. 3 Au cours de mon parcours doctoral j’ai eu l’opportunité d’effectuer deux séjours de recherche aux Etats-Unis. Pendant ces séjours j’ai bénéficié de l’accueil et de la collaboration de deux autres chercheurs à la Miami University : Jill Kickul et Brett Smith. Ces deux chercheurs ont énormément facilité mon accès au terrain et avec eux j’ai beaucoup appris. Leur amitié m’est très chère, et je les remercie infiniment. Concernant le document final de la thèse, deux personnes très spéciales m’ont offert leur aide dans la relecture des chapitres entiers et de plusieurs passages de ce document : Céline Michaud et Véronique Parmentier. Elles ont lu, relu, corrigé, suggéré. Elles n’ont pas économisé leurs efforts pour améliorer mon français (parfois confondu avec plusieurs langues tournant en rond dans mon esprit fatigué). Elles ont sans doute contribué à ce que cette thèse soit exprimée de la meilleure forme possible, et je les remercie énormément. Je souhaite remercier aussi tous mes copains de laboratoire et de la communauté brésilienne à Grenoble qui m’ont accompagné, d’une façon ou d’autre, pendant les quatre dernières années. Je ne les cite pas tous, car la liste serait énorme, mais je tiens à exprimer un remerciement spécial à Aura Parmentier, Carolina Werle, Danilo Dantas et Giovany Cajaiba, qui ont été les compagnons les plus proches dans ce voyage. Un grand merci à tous ! Finalement, je remercie tous les contribuables français, qui pendant trois ans ont financé l’allocation de recherche qui m’a permis d’effectuer ce travail. J’espère que cet investissement ne sera pas vain et que le présent document apportera sa modeste contribution au développement de l’entrepreneuriat en France. Bien évidemment, j’assume la responsabilité de toutes les imperfections contenues dans ce document. 4 TABLE DES MATIERES INTRODUCTION GENERALE ....................................................................... 9 UN PEU D’HISTOIRE… ...................................................................................................... 9 LE CONTEXTE DE LA THESE......................................................................................... 12 UN MODELE INTEGRATEUR ......................................................................................... 15 LE DEROULEMENT DE L’EXPOSE................................................................................ 17 Chapitres 1, 2 et 3 : design expérimental pour examiner l’effet de variables situationnelles sur la perception du risque et la décision d’entreprendre......................... 17 Chapitre 4 : développement et test d’une échelle multidimensionnelle de la perception du risque entrepreneurial....................................................................................................... 19 Chapitre 5 : les approches cognitives et les tactiques utilisées par les entrepreneurs face au risque ........................................................................................................................... 20 UN MOT SUR LE POSITIONNEMENT EPISTEMOLOGIQUE ..................................... 23 UN MOT SUR LA FORME ................................................................................................ 25 CHAPITRE 1 L’INDIVIDU OU LA SITUATION ? A LA RECHERCHE DE NOUVELLES REPONSES A DES VIEUX PARADOXES DANS LA PRISE DE RISQUE EN ENTREPRENEURIAT…………………………...27 SYNTHESE DU CHAPITRE .............................................................................................. 27 INTRODUCTION................................................................................................................ 28 LA PERCEPTION DU RISQUE ENTREPRENEURIAL ET LE FRAMING DE LA SITUATION......................................................................................................................... 30 Prospect theory et décision d’entreprendre...................................................................... 31 LA PERCEPTION DU RISQUE ENTREPRENEURIAL ET LA PROPENSION AU RISQUE ............................................................................................................................... 37 NOTRE MODELE ET LA QUESTION QUI RESTE : LA PERCEPTION DU RISQUE EST-ELLE UN MEDIATEUR COMPLET ?...................................................................... 39 METHODOLOGIE.............................................................................................................. 41 Participants ....................................................................................................................... 41 Design de la recherche ..................................................................................................... 42 Mesures ............................................................................................................................ 45 ANALYSE ET RESULTATS.............................................................................................. 47 La perception du risque en tant que variable dépendante ................................................ 47 La décision de créer en tant que variable dépendante...................................................... 54 DISCUSSION ...................................................................................................................... 58 Synthèse et discussion des résultats ................................................................................. 58 Considérations sur la validité ........................................................................................... 61 Implications pour la recherche et pour la pratique........................................................... 65 CONCLUSION .................................................................................................................... 70 CHAPITRE 2 PERCEPTION DU RISQUE, DISPONIBILITE D’INFORMATION, HEURISTIQUES ET FRAMING .................................................................... 71 SYNTHESE DU CHAPITRE .............................................................................................. 71 INTRODUCTION................................................................................................................ 72 HEURISTIQUES ET FRAMING : EFFETS COMBINES .................................................. 74 5 Availability et framing de l’information : effets sur la perception du risque ................... 75 Anchoring et framing de l’information : effets sur les estimations des probabilités de succès/échec ..................................................................................................................... 77 Anchoring et availability : effets complémentaires et contradictoires sur la perception du risque ................................................................................................................................ 81 METHODOLOGIE.............................................................................................................. 82 Design de la recherche ..................................................................................................... 82 Synthèse du design et mesures ......................................................................................... 85 ANALYSES ET RESULTATS ........................................................................................... 87 Statistiques descriptives et premiers tests de comparaison de moyenne : une perception du risque qui diminue, une envie de créer qui augmente ................................................. 87 Pour tester les effets de availability ................................................................................. 90 Pour tester les effets de anchoring ................................................................................... 95 DISCUSSION ...................................................................................................................... 99 Synthèse et discussion des résultats ................................................................................. 99 La validité externe de l’étude ......................................................................................... 101 Implications et voies de recherche : le pouvoir de l’intuition dans la décision d’entreprendre ................................................................................................................ 102 CONCLUSION .................................................................................................................. 104 CHAPITRE 3 PERCEPTION DU RISQUE ET DECISION D’ENTREPRENDRE : UN MODELE ALTERNATIF DES INTENTIONS ENTREPRENEURIALES ........................................................................................................................... 105 SYNTHESE DU CHAPITRE ............................................................................................ 105 INTRODUCTION.............................................................................................................. 106 INTENTION ENTREPRENEURIALE : MODELES EXISTANTS ................................ 108 La théorie du comportement planifié ............................................................................. 108 Le modèle de « l’événement entrepreneurial » .............................................................. 109 Vers un modèle intégrateur ? ......................................................................................... 110 INTRODUCTION D’UN NOUVEAU MODELE DES INTENTIONS ENTREPRENEURIALES ................................................................................................. 112 METHODOLOGIE............................................................................................................ 116 Mesures .......................................................................................................................... 117 Validité des construits .................................................................................................... 119 ANALYSE ET RESULTATS............................................................................................ 120 DISCUSSION .................................................................................................................... 126 Le poids des variables situationnelles ............................................................................ 126 Self-efficacy et normes sociales perçues......................................................................... 126 Interaction entre perceptions de désirabilité et faisabilité.............................................. 128 Causalité ......................................................................................................................... 129 Perception du risque et intention d’entreprendre ........................................................... 130 CONCLUSION .................................................................................................................. 131 CHAPITRE 4 DEVELOPPEMENT ET TEST D’UNE MESURE MULTIDIMENSIONNELLE DE LA PERCEPTION DU RISQUE EN ENTREPRENEURIAT................................................................................... 132 SYNTHESE DU CHAPITRE ............................................................................................ 132 6 INTRODUCTION.............................................................................................................. 133 PERCEPTION DU RISQUE ET PRISE DE DECISION DANS LE CONTEXTE DE L’ENTREPRENEURIAT .................................................................................................. 134 LES MESURES EXISTANTES ........................................................................................ 136 PROPOSITION D’UNE NOUVELLE MESURE DE LA PERCEPTION DU RISQUE EN CREATION D’ENTREPRISE........................................................................................... 139 L’utilité espérée et ses variantes..................................................................................... 139 Le risque entrepreneurial................................................................................................ 141 Perception du risque entrepreneurial : risque en tant que menace et risque en tant qu’opportunité ................................................................................................................ 143 Une mesure multidimensionnelle de la perception du risque entrepreneurial ............... 144 TEST DE L’ECHELLE PROPOSEE ................................................................................ 148 Participants ..................................................................................................................... 148 Méthode de collecte et design de recherche................................................................... 149 Mesures .......................................................................................................................... 150 Vision générale de l’analyse........................................................................................... 151 ANALYSE DE LA STRUCTURE INTERNE DE L’ECHELLE PROPOSEE ................ 152 Avant de commencer, une confession…........................................................................ 152 Le risque perçu global .................................................................................................... 153 Les risques perçus spécifiques : quel niveau de spécificité pour les risques perçus en tant que menace ? .................................................................................................................. 156 Les risques perçus spécifiques : quel niveau de spécificité pour les risques perçus en tant qu’opportunité ? ............................................................................................................. 159 Un mot sur les coefficients alpha et la fiabilité de l’échelle proposée........................... 161 La relation entre les perceptions des risques spécifiques et la perception du risque global ........................................................................................................................................ 163 ANALYSE DE LA STRUCTURE EXTERNE : VALIDITE DES CONSTRUITS « RISQUE PERCU COMME MENACE » ET « RISQUE PERCU COMME OPPORTUNITE ».............................................................................................................. 165 Risque en tant que menace, risque en tant qu’opportunité, et intention d’entreprendre 166 Risque en tant que menace, risque en tant qu’opportunité, et propension au risque...... 169 DISCUSSION .................................................................................................................... 171 Synthèse et discussion des résultats ............................................................................... 171 CONCLUSION .................................................................................................................. 174 CHAPITRE 5 LE RISQUE DE RATER LE BATEAU, LE RISQUE QUE LE BATEAU COULE, ET LES TACTIQUES DES ENTREPRENEURS POUR NAVIGUER ..................................................................................................... 176 SYNTHESE DU CHAPITRE ............................................................................................ 176 INTRODUCTION.............................................................................................................. 177 ANCRAGE THEORIQUE : LE RISQUE ENTREPRENEURIAL ET L’ARCHITECTURE DE LA COGNITION HUMAINE ..................................................................................... 178 Le risque entrepreneurial : une analogie nautique.......................................................... 178 L’architecture de la cognition humaine : deux systèmes cognitifs ................................ 180 METHODOLOGIE............................................................................................................ 182 Participants et méthode d’échantillonnage..................................................................... 182 Collecte de données........................................................................................................ 186 Méthode d’analyse ......................................................................................................... 187 7 RESULTATS ..................................................................................................................... 192 Un modèle conceptuel pour situer les tactiques des entrepreneurs face aux risques entrepreneuriaux............................................................................................................. 192 Question de recherche 1 : Comment les entrepreneurs perçoivent-ils le risque d’échec et le risque de manquer une opportunité ?.......................................................................... 197 Question de recherche 2 : Les tactiques des entrepreneurs pour naviguer..................... 203 Préparation pour le pire : tactiques analytiques pour éviter l’échec .............................. 208 Le marin sans peur : tactiques intuitives pour éviter l’échec ......................................... 212 Focalisation sur l’exécution : tactiques analytiques pour éviter de rater le bateau ........ 220 Appareiller et hisser les voiles rapidement : tactiques intuitives pour éviter de rater le bateau ............................................................................................................................. 222 Question de recherche 3 : les changements de perception dans le temps ...................... 226 DISCUSSION .................................................................................................................... 231 Contributions académiques ............................................................................................ 231 Contributions pratiques .................................................................................................. 237 CONCLUSION .................................................................................................................. 239 CONCLUSION GENERALE ........................................................................ 240 APPORTS THEORIQUES ................................................................................................ 242 APPORTS PRATIQUES ................................................................................................... 245 LIMITES ET VOIES DE RECHERCHE .......................................................................... 247 ANNEXE A ...................................................................................................... 250 LES QUATRE SCÉNARIOS UTILISES .......................................................................... 250 ANNEXE B ...................................................................................................... 252 MESURES DE LA PROPENSION AU RISQUE............................................................. 252 Mesure de la propension au risque basée sur des choix financiers ................................ 252 “Willingness to take risks” scale (Gomez-Mejia & Balkin, 1989; Palich & Bagby, 1995; Slovic, 1972) .................................................................................................................. 254 ANNEXE C ...................................................................................................... 255 MATRICE DES CORRELATIONS ET ECARTS-TYPES – CHAPITRE 1.................... 255 ANNEXE D ...................................................................................................... 255 MATRICE DES CORRELATIONS ET ECARTS-TYPES – CHAPITRE 3.................... 255 ANNEXE E ...................................................................................................... 256 COEFFICIENTS ESTIMES PAR LISREL – CHAPITRE 3............................................. 256 ANNEXE F....................................................................................................... 258 UNE NOUVELLE ECHELLE MULTIDIMENSIONNELLE DE LA PERCEPTION DU RISQUE ENTREPRENEURIAL – SUGGESTION DE TRADUCTION EN FRANÇAIS ............................................................................................................................................ 258 ANNEXE G...................................................................................................... 259 MATRICE DES CORRELATIONS ET ECARTS TYPES – CHAPITRE 4.................... 259 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES...................................................... 261 8 INTRODUCTION GENERALE UN PEU D’HISTOIRE… Depuis longtemps les notions de risque et d’entreprise sont intimement reliées. En fait, il est impossible de penser toute organisation humaine sans ces deux notions. Dans sa signification la plus large, le mot « risque » a trait aux notions d’incertitude, de danger, et renvoie aux limites de la capacité humaine à savoir et à comprendre le monde. D’après Peretti-Watel (2001), l’origine étymologique du mot « risque » remonterait à l’italien « risco » et à l’espagnol « riesgo », qui à leur tour sont dérivés du latin « resecum » (« ce qui coupe ») —mot qui désignait dans un premier temps l’écueil qui menace les navires, puis plus généralement tout danger encouru par les marchandises en mer. Cette étymologie associe d’emblée la notion de risque aux assurances maritimes, qui prirent leur essor en Italie (en particulier à Gênes) dès le XIVe siècle. L’autre origine étymologique possible, le roman « rixicare » (« se quereller », qui a donné « rixe »), évoque également la notion de danger (Peretti-Watel, 2001). Si l’histoire du risque remonte à l’origine des civilisations connues, sa conception actuelle et son étude se sont structurées depuis la Renaissance (Bernstein, 1996). Il va de soi, néanmoins, que la notion de risque était déjà présente dans la psyché humaine lorsque le premier homme a dû décider si une bête pouvait être approchée en sécurité ou si un fruit pouvait être mangé en sûreté (Slovic, Finucane, Peters, & MacGregor, 2004). De même, la notion d’entreprise remonte aux origines de la vie en société. Une des premières entreprises humaines a probablement été la chasse, la récolte d’aliments, puis la structuration de l’activité agricole. Ces activités nécessitaient, même dans les périodes les plus anciennes, une organisation collective dirigée vers un but commun. Cette organisation collective diminuait, par exemple, le risque d’être tué par la bête chassée ou de perdre toute une récolte à cause du mauvais temps. Les notions de risque et d’entreprise telles que nous les entendons aujourd’hui correspondent néanmoins à une réalité plus spécifique—celle des sociétés capitalistes modernes—qui constitue, à l’échelle de l’évolution humaine, un phénomène assez récent. L’analyse systématique du risque et l’entreprise capitalistique d’aujourd’hui ont leurs origines dans les activités commerciales de l’époque de la Renaissance et sont devenues omniprésentes dans notre vie quotidienne seulement au cours du XXe siècle. Aujourd’hui les grandes firmes sont présentes dans les quatre coins de la planète et possèdent plus de ressources que plusieurs 9 nations. Le risque dans ces grandes entreprises est souvent managé de façon systématique, avec l’utilisation de procédures et routines formalisées, une diversification et spécialisation du travail, une structure organisationnelle complexe. Les grandes firmes font aussi appel à des compagnies d’assurance et à des cabinets de conseil qui mettent en place des mécanismes d’analyse systématique du risque. Le management du risque dans les grandes firmes multinationales peut être imparfait, mais il est, dans la plupart des cas, existant et visible. On a cependant tendance à oublier qu’à l’origine de chaque grande entreprise il y a eu au moins une idée, une opportunité, quelques ressources et quelques personnes que nous appelons, aujourd’hui, entrepreneurs. Aussi, des milliers de petites entreprises existent partout dans le monde, et d’autres milliers sont créées chaque année—dont seulement quelques unes deviendront les grandes multinationales de demain. Cela veut dire que, au cours du dernier siècle et des premières années du nouveau millénaire, des milliers de personnes ont pris, à un moment ou autre, la décision de créer une entreprise. Et cette décision, dans notre société moderne, est généralement vue comme une décision risquée. Cela dit, les théories du risque et de l’entreprise se sont aussi beaucoup développées depuis la Renaissance et surtout à partir des années 1900. A titre d’exemple, les Sciences de Gestion en général et l’Entrepreneuriat en particulier constituent des disciplines assez jeunes qui se sont beaucoup développées à partir des années 1950 et qui se trouvent, dans un certain degré, encore en quête de légitimité (e.g., David, Hatchuel, & Laufer, 2001; Davidsson, 2003, 2004; Shane & Vankataraman, 2000; Verstraete & Fayolle, 2004). Néanmoins, les notions d’entreprise et de risque apparaissent associées dans les travaux des premiers économistes qui ont théorisé l’organisation des sociétés capitalistes modernes et, notamment, la figure de l’entrepreneur. Dans la vision de Cantillon, par exemple, l’entrepreneur est celui qui assume les risques et qui par conséquent a le droit légitime de s’approprier des profits (Bruyat & Julien, 2000; Fayolle, 2005). Dans la vision de Knight (1921) le risque et l’incertitude sont à l’origine de l’existence de la figure de l’entrepreneur et même de la fonction de contrôle et de gestion de l’activité productive. D’après cet auteur classique, l’incertitude provoque une spécialisation des fonctions : les hommes ayant une capacité managériale supérieure sont placés dans le contrôle de groupes d’hommes qui travaillent sous leurs directions. Les hommes ayant le plus de confiance dans leur jugement et le plus de disposition à prendre des risques assurent un revenu fixe à d’autres personnes et assument donc le risque de l’entreprise. Les fonctions de contrôle et de prise de risque sont souvent associées, puisque l’homme qui assure un revenu fixe à un autre le ferait difficilement sans attendre en retour le pouvoir de diriger les travaux de ce dernier. Au contraire, ce dernier accepterait difficilement 10
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