Étude des déterminants de l'intention de faire un don de sang ...

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Étude des déterminants de l'intention de faire un don de sang ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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    ÉTUDE DES DÉTERMINANTS DE LINTENTION DE FAIRE UN DON DE SANG PARMI LA POPULATION GÉNÉRALE     RAPPORT DE RECHERCHE Présenté à Héma-Québec  Par Gaston Godin, Ph.D. 1  Paschal Sheeran, Ph.D. 2  Mark Conner, Ph.D. 3  Camille Gagné, Ph.D. 1  Danielle Blondeau, Ph.D. 1  Marc Germain, M.D., Ph.D. 4    ASSISTANTES DE RECHERCHE Dominique Beaulieu, M. Sc. 1  Herminé Naccache, M. Sc. 1    TRAITEMENT DES DONNÉES Léo-Daniel Lambert, M.A. 1     1  Groupe de recherche sur les comportements dans le domaine de la santé, Faculté des sciences infirmières, Université Laval, Québec, Canada. 2  Département de psychologie, Université de Sheffield, Sheffield, Royaume-Uni. 3  École de psychologie, Université de Leeds, Leeds, Royaume-Uni. 4  Héma-Québec, Québec, Canada.   JANVIER 2004
 
 
TABLE DES MATIÈRES
LISTE DES ANNEXES.................................................................................................................ii LISTE DES TABLEAUX............................................................................................................. III LISTE DES FIGURES.................................................................................................................III REMERCIEMENTS..................................................................................................................... IV RÉSUMÉ EXÉCUTIF...................................................................................................................V INTRODUCTION .......................................................................................................................... 1 Problématique ............................................................................................................................. 1 Recension des écrits.................................................................................................................... 1 CADRE THÉORIQUE ................................................................................................................... 3 OBJECTIFS .................................................................................................................................... 6 Objectifs de létude ..................................................................................................................... 6 Hypothèses de recherche ............................................................................................................ 6 MÉTHODOLOGIE......................................................................................................................... 7 Développement du questionnaire................................................................................................ 7 Population à létude et échantillon.............................................................................................. 9 Procédure de cueillette des données ........................................................................................... 9 Analyse des données ................................................................................................................... 9 RÉSULTATS ................................................................................................................................ 11 Description de la population et de léchantillon ....................................................................... 11 Caractéristiques psychosociales................................................................................................ 16 Prédiction de lintention............................................................................................................ 19 Structure des croyances selon le niveau dintention ................................................................. 20 Chez les répondants ayant déjà fait un don de sang............................................................. 20 Chez les répondants qui nont jamais donné de sang........................................................... 23 DISCUSSION ............................................................................................................................... 26 Recommandations..................................................................................................................... 28 RÉFÉRENCES ............................................................................................................................. 30
 
 
LISTE DES ANNEXES
ANNEXE A : Lettre dapprobation du Comité déthique de lUniversité Laval
ANNEXE B : Lettre dautorisation de la Commission daccès à linformation et de lAssurance maladie du Québec
ANNEXE C : Formulaire de consentement pour les groupes de discussion
ANNEXE D : Canevas dentrevue pour les groupes de discussion
ANNEXE E : Formulaire de consentement pour le test-retest
ANNEXE F : Lettre dintroduction de héma-québec
ANNEXE G : Lettre explicative de létude
ANNEXE H : Questionnaire
ANNEXE I : Premier et deuxième rappel / remerciement
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LISTE DES TABLEAUX Tableau 1 : Consistance interne et stabilité temporelle des construits théoriques........................ 8 Tableau 2 : Comparaison de léchantillon des répondants à la population du Québec .............. 11 Tableau 3 : Comparaison des variables socio-démographiques des répondants pouvant donner du sang à ceux ne pouvant pas donner de sang.............................. 12 Tableau 4 : Comparaison des variables socio-démographiques des répondants inclus à ceux exclus des analyses ............................................................................ 13 Tableau 5 : Expérience en lien avec le don de sang (n=1116) ................................................... 14 Tableau 6 : Comparaison des répondants ayant déjà donné du sang à ceux nayant jamais donné .................................................................................... 15 Tableau 7 : Description des variables psychosociales ................................................................ 16 Tableau 8 : Matrice de corrélation des variables psychosociales ............................................... 18 Tableau 9 : Modèle explicatif de lintention pour lensemble des répondants ........................... 19 Tableau 10 : Modèle explicatif de lintention pour les répondants ayant déjà donné du sang et ceux nayant jamais donné de sang ........................................................ 20 Tableau 11 : Résultats du test MANOVA pour les énoncés relatifs à lefficacité personnelle selon le niveau dintention pour les individus qui ont déjà donné du sang ............. 21 Tableau 12 : Résultats du test MANOVA pour les énoncés relatifs aux facteurs facilitants selon le niveau dintention pour les individus qui ont déjà donné du sang ............. 21 Tableau 13 : Résultats du test MANOVA pour les énoncés relatifs aux rôles sociaux perçus selon le niveau dintention pour les individus qui ont déjà donné du sang ............. 22 Tableau 14 : Résultats du test MANOVA pour les énoncés relatifs aux construits éthiques selon le niveau dintention pour les individus qui ont déjà donné du sang ............. 23 Tableau 15 : Résultats du test MANOVA pour les énoncés relatifs à lefficacité personnelle selon le niveau dintention pour les individus qui nont jamais donné de sang ...... 24 Tableau 16 : Résultats du test MANOVA pour les énoncés relatifs aux facteurs facilitants selon le niveau dintention pour les individus qui nont jamais donné de sang ...... 24 Tableau 17 : Résultats du test MANOVA pour les énoncés relatifs aux croyances comportementales selon le niveau dintention pour les individus qui nont jamais donné de sang................................................................................ 25
LISTE DES FIGURES Figure 1 : Niveau dintention en fonction de lexpérience de don de sang.............................. 17 Figure 2 : Niveau dintention en fonction de la proximité du dernier don de sang.................. 17
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REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier Stéphanie Gélinas, Francine Villeneuve et léquipe de Héma-Québec pour leur collaboration dans la réalisation de cette étude.  Merci à Jacques Lefrançois pour sa participation à la mise en forme des questionnaires et des divers documents, de même que pour son implication au niveau de limpression, du traitement des envois et de la saisie des données.  Nos remerciements vont également à Françoise Côté et Hélène Gagnon pour leur implication au niveau de la construction et de la validation du questionnaire ainsi quà Kathy Simard et Véronique Lambert pour leur efficacité dans la saisie des données.  Finalement nous remercions tous les participants sans qui cette étude naurait pu se réaliser.   
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RÉSUMÉ EXÉCUTIF
La présente étude visait principalement à identifier les facteurs qui expliquent lintention de faire un don de sang parmi la population du Québec âgée de 18 à 70 ans.  À cette fin, un échantillon aléatoire de 4000 québécois et québécoises en âge de donner du sang a été fourni par la Régie de lAssurance Maladie du Québec (RAMQ). Ces personnes ont reçu via le courrier postal les documents de létude : lettre explicative et questionnaire. Un total de 1445 questionnaires ont été reçus, pour un taux de réponse de 38%. De ce nombre, 259 ont mentionné ne pas pouvoir donner de sang. Les analyses ont donc été réalisées auprès des 1186 répondants qui considéraient être en mesure de donner de leur sang au cours des six prochains mois.  Le questionnaire mesurait les variables dun cadre théorique basé sur la théorie des comportements interpersonnels de Triandis et qui intégrait également huit variables additionnelles issues du domaine de la psychologie sociale et de léthique. La variable dépendante était lintention de faire un don de sang au cours des six prochains mois.  De manière générale, les répondants ont mentionné un niveau dintention plutôt neutre de faire un don de sang au cours des six prochains mois, soit 2,84 sur une échelle variant de 1 (improbable) à 5 (probable). En ce qui a trait à lexpérience en lien avec le don de sang, les statistiques suivantes ont été notées : 56,2% nont jamais donné de sang, 10,8% ont fait un don au cours de la dernière année, 12,6% depuis plus dune année mais moins de cinq ans, et 20,4% il y a plus de 5 ans. Plus la période de temps écoulée depuis le dernier don est importante, plus grande est la proportion des personnes ayant une intention négative de faire un don au cours des six prochains mois : 6,67% (depuis moins dun an), 26,95% (depuis plus dun an mais moins de cinq ans) et 67,98% (il y a plus de cinq ans).  Les analyses de régression multiple ont permis de dégager les variables qui déterminent lintention de faire un don de sang pour lensemble de léchantillon ainsi que selon lexpérience antérieure avec le don de sang. Certaines similarités et différences ont été notées. Concernant les personnes qui nont jamais fait de don de sang, les variables suivantes expliquaient 72% de la variance de lintention : la perception du contrôle ( β = 0,38; p < ,0001), les facteurs facilitants ( β  = 0,30; p < ,0001), le regret anticipé ( β  = 0,23; p < ,0001), lattitude ( β  = 0,12; p < ,0001), la scolarité ( β = -0,05; p < ,05) et lâge ( β = -0,05; p < ,05). En ce qui a trait aux personnes qui ont déjà fait un don de sang, les variables suivantes ont permis dexpliquer 75% de la variance de lintention : la perception du contrôle ( β  = 0,45; p < ,0001), les convictions personnelles ( β  = 0,19; p < ,0001), les facteurs facilitants ( β  = 0,16; p < ,0001), le regret anticipé ( β  = 0,14; p < ,0001), le temps écoulé depuis le dernier don ( β = 0,19; p < ,0001) et les rôles sociaux perçus ( β  = -0,12; p < ,001). Finalement, plusieurs tests MANOVA ont permis didentifier que parmi les deux sous-groupes, les personnes aux intentions élevées différaient des personnes aux intentions faibles sur lensemble des items des construits théoriques.  En conclusion, il apparaît clairement que lintention des individus est dabord déterminée par la perception des barrières et obstacles (réels ou perçus) au don de sang. Ainsi, la mise en place de facteurs facilitants le don de sang ainsi que le développement dune meilleure perception du contrôle parmi la population apparaissent comme des avenues promotionnelles incontournables.
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Résumé exécutif
Également, ces stratégies devraient tenir compte de lexpérience antérieure des personnes au regard du don de sang, car certaines différences ont été notées, en particulier dans le poids relatif des déterminants. En somme, la présente étude a permis didentifier des pistes dintervention qui devraient contribuer à accroître le nombre de personnes qui exprimeront une intention positive de faire un don de sang et potentiellement, augmenter le nombre de donneurs.  
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INTRODUCTION
Problématique Comme cest le cas dans plusieurs pays, les besoins dapprovisionnement en sang pour les services de santé du Québec sont comblés par des dons de sang provenant dun petit nombre de volontaires. Il est estimé que seulement 3% de la population en âge de faire un don (i.e. de 18 à 70 ans) donne de son sang annuellement et près du tiers (36%) des donneurs donne plus dune fois par année, la moyenne annuelle étant de 1,58 don par donneur (Héma-Québec, 2003). Cette situation nest pas sans conséquences. La première est le risque de pénurie pour certains types sanguins reconnus comme rares dans la population. La seconde est la situation de dépendance du Québec pour lapprovisionnement en produits dérivés du plasma. En effet, le plasma obtenu de donneurs québécois ne suffisant pas à la demande, il faut compléter lapprovisionnement avec du plasma obtenu à létranger. Ceci entraîne des coûts importants, sans compter limpact potentiel sur la sécurité de ces produits. Finalement, le nombre potentiel de donneurs est souvent réduit compte tenu de la nécessité dimposer des critères de sélection sévères afin dassurer la sécurité des réserves de sang (e.g. refus des donneurs ayant séjourné en Angleterre et pouvant avoir été exposés à diverses formes de maladies).  En somme, il est impérieux de sintéresser à la motivation des québécois envers le don de sang compte tenu des coûts sociaux et économiques qui y sont associés. En effet, laugmentation de seulement 1% des donneurs et une augmentation de la rétention de 10% des donneurs pourraient avoir des effets économiques très substantiels. Ainsi, le Québec serait en position non seulement davoir accès à une réserve en sang plus que suffisante, mais également denvisager de produire le plasma dont il a besoin et pour lequel il doit sapprovisionner, à fort prix, sur les marchés étrangers.
Recension des écrits Plusieurs études, surtout américaines et britanniques, ont identifié les déterminants du don de sang (Ferguson, 1996). Ainsi, Pomazal et Jaccard (1976), prenant appui sur la théorie de laction raisonnée (TAR), ont identifié parmi un groupe de 270 étudiants universitaires que seule lintention de donner du sang était un déterminant significatif du don ( r = .59, p < .01). De plus, lintention était déterminée par deux facteurs : lattitude et la norme morale. Bagoggi (1981, 1982) a également utilisé la TAR auprès dun échantillon de 157 répondants recrutés dans le milieu universitaire, comme dans létude précédente. Il a également identifié que lintention était le seul déterminant direct du don de sang. En ce qui concerne lintention, elle était sous linfluence de lattitude, cette dernière composante étant par ailleurs définie par lévaluation affective et morale de laction (i.e., donner de son sang) (Bagozzi, 1989). Linfluence de lattitude sur lintention a également été rapportée par Burnkrant et Page (1988) dans une étude auprès dun groupe de 146 répondants recrutés parmi les membres dorganisations religieuses. Pour leur part, Giles et Cairns (1995) ainsi quArmitage et Conner (2001) ont utilisé la théorie du comportement planifié. Les deux études ont été réalisées auprès déchantillons détudiants universitaires. Létude de Giles et Cairns (n = 141 répondants) a démontré que le comportement était déterminé par lintention seulement, celle-ci étant elle même définie par la perception du contrôle. Dans létude de Armitage et Conner (deux échantillons : n1 = 136 et n2 = 172), le comportement était sous linfluence de lintention seulement, alors que cette variable était
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Introduction 
définie par la perception du contrôle (et une variante de cette mesure : lefficacité personnelle), lidentité personnelle et la norme morale.  En résumé, dans la littérature il se dégage un consensus sur limportance de lintention comme déterminant incontournable du don de sang. Cependant, même si les études citées précédemment sont intéressantes, elles ne fournissent pas les informations nécessaires au développement dun programme de promotion du don de sang au Québec pour un certain nombre de raisons. Premièrement, les études rapportées ont été réalisées auprès de populations culturellement très différentes de celle du Québec. Deuxièmement, la majorité des études ont été réalisées auprès déchantillons relativement petits et formés majoritairement détudiants universitaires, ce qui réduit la possibilité de généraliser les observations rapportées. Finalement, les cadres théoriques qui ont été appliqués à létude du don de sang nont pas fait référence aux concepts [à lexception de létude de Armitage et Conner (2001)] reconnus comme étant pertinents dans létude de la relation intention-comportement (Sheeran, 2002).
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CADRE THÉORIQUE
Au cours des dernières années, plusieurs travaux ont visé à identifier et à mieux comprendre les facteurs psychosociaux qui permettraient de prédire les comportements liés à la santé. Pour ce faire, différentes théories psychosociales, telles la théorie de laction raisonnée (Ajzen & Fishbein, 1980), la théorie des comportements interpersonnels (Triandis, 1980), la théorie sociale cognitive (Bandura, 1982), et la théorie du comportement planifié (Ajzen, 1985, 1988, 1991) ont été régulièrement appliquées. Ces travaux ont contribué à valider lapplication des théories susmentionnées pour létude de comportements sociaux liés à la santé (Godin & al., 1996). Il ressort toutefois que ces modèles, pris isolément, ne permettent pas de cerner toute la complexité des comportements étudiés. Lexamen détaillé des résultats de la recherche en ce domaine suggère cependant quune combinaison des modèles pourrait savérer efficace pour prédire et expliquer les comportements liés à la santé. Un certain nombre dauteurs ont avantageusement adopté cette approche (Godin & Lepage, 1988; Godin & al., 1996; McCaul, ONeill & Glascow, 1988). Aussi, le cadre théorique adopté dans la présente étude intègre-t-il les éléments de diverses théories explicatives du comportement humain. Cependant, afin de guider adéquatement lorganisation de cette recherche, la théorie des comportements interpersonnels de Triandis (1980) a servi dassise à lorganisation du cadre théorique. Cette théorie inclut un bon nombre de concepts formulés par les autres théories (Godin & Kok, 1996; Manstead & Parker, 1995) et a, à maintes reprises, démontré son efficacité pour létude de divers comportements liés à la santé (e.g. Baumann, Brown, Fontana & Cameron, 1993 ; Godin & al., 1996; Godin, Vézina & Leclerc, 1989 ; Jaccard & Davidson, 1975 ; Montano, 1986 ; Seibold & Roper, 1979 ; Valois, Desharnais & Godin, 1988).  Selon la théorie des comportements interpersonnels (Triandis, 1980), le comportement résulte de trois facteurs soit lintention dadopter le comportement, lhabitude et la présence de conditions facilitant ou empêchant ladoption du comportement. Lintention est lexpression de la motivation à adopter le comportement alors que lhabitude est le degré dautomatisme dun comportement dans une situation donnée. Dans le présent contexte, lhabitude fait référence au fait que les personnes ont déjà réalisé les comportements à létude par le passé. Les conditions facilitant ou empêchant ladoption du comportement incluent des circonstances qui rendent plus ou moins difficile l'adoption de comportements chez un individu.  Quatre facteurs principaux définissent lintention: les composantes cognitive et affective de lattitude, les croyances normatives, les croyances en lexistence de rôles sociaux spécifiques et les convictions personnelles (norme morale). La composante cognitive de lattitude est le résultat dune analyse subjective des avantages et des désavantages qui résulteraient de ladoption du comportement. Lindividu traduit en croyances un certain nombre de conséquences avantageuses et désavantageuses provoquées par ladoption dun comportement. La dimension affective est la réponse émotionnelle dune personne à la pensée dadopter un comportement donné. Par exemple, une personne pourrait décider de ne pas consentir au don de sang parce que cette pensée susciterait trop danxiété chez elle. Les croyances normatives sont celles dun individu concernant les chances quune personne significative pense quil devrait adopter ou non le comportement. La croyance en lexistence de rôles sociaux désigne le degré auquel une personne perçoit quil est approprié de réaliser le comportement pour des individus occupant une position similaire à la sienne dans la structure sociale. Les convictions personnelles (variable qui réfère au concept de morne morale
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Cadre théorique
dans la littérature anglophone) mesurent le sentiment dobligation personnelle quant à ladoption du comportement. Ce facteur se réfère aux règles de conduite personnelle ou, en dautres termes, aux principes moraux. La personne évalue donc jusquà quel point le comportement est en accord ou non avec ses principes. De plus, les convictions personnelles se distinguent de la croyance normative. Elles ne dépendent pas de la perception de ce que pensent les autres, mais plutôt des principes personnels en regard du comportement. Dans la mesure où une personne valorise l'altruisme, par exemple, elle sera davantage encline à donner du sang.  Au cadre théorique de Triandis, nous avons retenu un certain nombre de construits théoriques additionnels. Parmi les ajouts théoriques (variables dites externes à la théorie de Triandis), nous avons retenu, dans le cadre de la présente étude, huit variables : trois variables liées à des principes éthiques (autonomie, bienfaisance et justice), le regret anticipé, le sentiment positif anticipé, lidentité personnelle, la norme descriptive et la satisfaction envers le dernier don de sang. La raison principale pour retenir ces variables est que plusieurs auteurs [e.g. voir Sheeran (2002) pour une revue des écrits à ce sujet] ont démontré que la relation intention-comportement était influencée par certaines variables dites modératrices. En conséquence, des personnes endossant fortement ou non lune ou lautre de ces variables modératrices présentent une relation intention-comportement plus ou moins forte. La connaissance de cet effet permet donc dajuster les stratégies dinformation subséquentes de manière appropriée. Dans le cadre de cette étude parmi la population générale, nous vérifierons linfluence de ces variables sur lintention de donner du sang. Ces variables sont définies dans les paragraphes qui suivent.  Les principes éthiques sont ceux proposées par Blondeau, Valois, Keyserlingk, Hébert, & Lavoie (1998) pour létude de comportements ayant une incidence éthique. Les trois variables se définissent de la façon suivante. Le principe de l'autonomie se concrétise par l'exercice du droit à l'autodétermination, soit la capacité d'un individu de se gouverner lui-même et de faire des choix. Dans la tradition de la philosophie de Kant, la liberté est au fondement de la dignité humaine puisqu'elle permet, à travers les choix, de dévoiler l'unicité de la personne humaine. Selon cette dimension, une personne peut choisir de donner du sang pour décider de sa destinée. Le principe de bienfaisance se définit comme l'obligation morale de faire le bien pour autrui et d'agir dans ses meilleurs intérêts. En d'autres mots, il s'associe à la production de bienfaits, c'est-à-dire à la promotion du bien-être d'autrui. Dans le contexte du don de sang, une personne pourrait donner dans un but altruiste et dans le but de procurer un bienfait à autrui, comme lamélioration de sa qualité de vie. Le bienfait pourrait aussi être celui d'éviter une mort certaine en donnant à autrui la possibilité de vivre grâce à une transfusion. Quant à la justice, depuis Aristote, elle se scinde en deux concepts: la justice commutative où l'on donne à chacun une part égale et la justice distributive qui répartit en fonction de l'iniquité. En ce sens, cette dernière forme de justice vise à rétablir les iniquités naturelles ou sociales. Elle concerne également toute la question de l'allocation des ressources rares où des critères justes devraient contribuer à éviter toute forme de discrimination. Dans le contexte du don de sang, il est davantage question de justice distributive puisque le don peut contribuer à corriger les iniquités produites par la maladie, notamment, et à rétablir l'injustice. Une étude récente a démontré que les principes dautonomie et de justice savéraient deux importantes variables définissant lintention des infirmières de respecter les directives de fin de vie des patients (Blondeau, Lavoie, Valois, Keyserlingk, Hébert & Martineau, 2000).
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