PRESCRIPTION UN NOUVEAU POUVOIR POUR LE PHARMACIEN ?

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PRESCRIPTION UN NOUVEAU POUVOIR POUR LE PHARMACIEN ?

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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PRESCRIPTION UNNOUVEAUPOUVOIR POURLEPHARMACIEN?
La notion de pharmacien prescripteur n’est pas inédite mais la signature de la nouvelle convention nationale ouvre des perspectives. L’idée, aussi prometteuse que risquée, ne convainc pas tous les acteurs du système de santé. Les officinaux relèvent le défi. —————— ’il fallait encore prouver leautres professionnels de santé et lecompétences et adapter son statut au rôle essentiel du pharma-soutien des campagnes de santé pu-développement de ses missions, ac-naleSde pharmaciens, qui ont récemmentappelle les pharmaciens à pleine-a signée le 30 mars dernier avec cien dans le système deblique. La convention intègre l’ac-tivement éperonnée par son Acadé-soins, la convention natio-cord générique du 6 janvier 2006 etmie et le Collectif des groupements l’assurance-maladie l’officialise. Cetment s’engager dans la maîtrise mé-ouvert le débat. accord met fin à plusieurs années dedicalisée des dépenses. Elle prévoit lutte des officinaux, enfin reconnusultérieurement la définition d’objec-Une évolution plutôt qu’une révolu-comme profession de santé, à l’instartifs de qualité via des accords de bontion.En octobre 2005, dans un rap-des médecins, dentistes, kinésithéra-usage du médicament dans plusieursport consacré à l’évolution des pra-peutes et infirmières. Ils bénéficientdomaines thérapeutiques : asthme,tiques professionnelles en pharmacie désormais d’un cadre juridique simi-diabète, hypertension artérielle,d’officine, l’Académie nationale de laire et sont confortés dans leurs mis-contraception d’urgence,pharmacie évoque sions et objectifs, que sont l’aide àvaccination antigrippalepour la première fois l’observance, la prévention de la ia-ou encore associationsl’intérêt de permettre Un atout pour trogénie, la dispensation de conseilsformellement contre-in-au pharmacien de l’économie de de prévention, l’éducation à la santé,diquées. D’autres ave-prescrire dans des cas santé l’exercice en coordination avec lesnants fixeront notam-précis : traitement de ment les modalités dela douleur et des affec-PETIT RISQUE : LES GÉNÉRALISTES participation des phar-tions bénignes, suivi RÉSERVÉSdes maladies chroniques, prescrip-maciens aux réseaux de santé et de Pourrait-on envisager dans l’avenir que le pharmacien, dans un cadretions liées à la prévention et au dé-leur formation continue. Les signa-limité, prescrive des médicaments pour le petit risque en France ? taires ont enfin convenu d’étudierpistage (vaccins, home-tests, suivi Ne peut pas répondre, demande réflexion1%avec le corps médical la possibilitédiététique…), ou facilitant la coordi-1%Ça dépend pour le pharmacien de renouvelernation à l’intérieur des réseaux de NSP1%Oui, certainement des ordonnances en cas d’indispo-soins, dans le cadre du maintien à nibilité du prescripteur dans le cadredomicile (mucoviscidose, sida...). 16% d’un traitement chronique. A l’heureL’institution suggère d’officialiser le d’un système de santé engorgé etpharmacien en tant que prescripteur 37%complémentaire, voire d’étendre ced’une nécessaire réorganisation des Non, Oui, certainement pas22% probablementrôle à la prescription initiale pour unsoins, le concept séduit. La profes-sion le revendiquait déjà. Elle voit au-traitement de courte durée d’affec-jourd’hui dans la convention natio-tions courantes et symptomatiques. 22% nale pharmaceutique le socle d’uneA ses yeux, cette « possible et même évolution. Elle se mobilise aujour-probable évolution » s’avère indis-d’hui pour élargir son champ depensable dans le contexte actuel. Qui Non, probablement pas  M A I2 0 0 6_P H A R M A C E U T I Q U E S
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RENOUVELLEMENT DE TRAITEMENTS services d’urgences et concourrait ef-cien ne dispose pas non plus des ficacement à la diminution des dé-moyens pratiques qu’exige l’acte de CHRONIQUES : C’EST PLUTÔT NON penses de l’assurance-maladie.prescription. A savoir un espace de A votre avis, pourrait-on envisager que le pharmacien joue un rôle de prescription en France ?confidentialité, du temps à consacrerCQFD. La prescription pharmaceu-tique présenterait comme autres inté-à chaque patient, une rémunération Ça dépend1% rêts de permettre aux médecins despécifique, un remboursement de la Oui, certainementconsacrer plus de temps à certains pa-prescription et un large accès au dos-tients et de se concentrer sur la patho-sier médical personnel. Sa formation 14% logie. Les laboratoires bénéficieraientdevra être adaptée et complétée par d’un meilleur suivi thérapeutique, cli-la création de modules universitaires nique et de pharmacovigilance despécialisés et l’instauration d’une for-42% Non, Oui, leurs produits.mation continue commune avec les certainement pas21% probablement médecins. Le pharmacien devra Un ambitieux chantier.L’Observa- adopterune démarche qualité effec-22% toire de la pharmacie indiquait l’antive et s’intégrer à un réseau de soin. dernier que 9 officinaux sur 10 se dé-Instaurer la prescription pharmaceu-clarent favorables à la prise en chargetique soulève en outre quelques Non, probablement pas du petit risque à l’officine et 7 sur 10questions. Faudra-t-il par exemple ne sait pas que la population vieillit etau renouvellement de médicamentréserver cet acte aux pharmaciens  que les techniques de soins et de dia-chez un patient chro-remplissant les condi-gnostic progressent ? Qui n’a jamaisnique entre deux visitestions requises préci-entendu parler des exigences de plusde contrôle chez le mé-tées ? La consomma-Une « possible et en plus fortes des patients en termesdecin. Justement, qu’ention de médicaments même probable de qualité des soins et d’informationpensent les généra-progresse : autoriser le sur la santé ? Qui ne connaît pas lalistes… et les patients ?évolution »pharmacien à prescrire pénurie latente des professionnels deSelon une enquête Har-ne risquerait-il pas de santé ?ris réalisée en 2004, lesl’intensifier encore ? Le Collectif des groupements deomnipraticiens reconnaissent auQuelle prise en charge proposeraient pharmaciens a voulu dresser le por-pharmacien sa légitimité pour leles complémentaires ? Enfin, le mar-trait du « pharmacien de demain »suivi de l’observance et la préven-ché de l’automédication est sous-uti-lors d’un colloque parlementaire or-tion. Cependant, 60 % d’entre eux selisé en France et ne représente que ganisé au début de mars. Pour luimontrent sceptiques, voire s’oppo-10 % environ du chiffre d’affaires de aussi, le pharmacien sera prescrip-sent à une éventuelle implicationl’officine : la perspective économique teur. Simple logique après l’obten-dans le dépistage des pathologies etque représente la prescription phar-tion du droit de substitution en 1999,des facteurs de risque, à la possibilitémaceutique suscite des inquiétudes la signature du décret relatif à lade renouveler des traitements mêmedéontologiques. contraception d’urgence en 2002 et lepour des pathologies chroniques etL’ouverture du débat est aussi délistage des substituts nicotiniques.de prescrire en autonomie dans lecomplexe que justifiée. Le pharma-Le pharmacien a déjà fait preuvecadre du « petit risque ». Certainscien apparaît déjà prescripteur à bien d’une implication et d’un rôle actifsperçoivent même les pharmaciensdes égards, mais le cadre reste à dé-dans les politiques de santé publique.comme des concurrents. Les assurésfinir, en concertation avec le corps Ses responsabilités se sont aussi étof-adhèrent davantage à l’idée : 73 %médical. Il s’agira de nouer des liens, fées avec la sortie de médicaments dedes Français sont favorables à uned’inventorier ensemble les patholo-la réserve hospitalière. Ainsi, « dans leprescription du pharmacien pourgies et les traitements pouvant être prolongement du rôle de conseil qu’ildes pathologies à petit risque*.concernés et de préciser le champ et assume spontanément auprès de sesL’Observatoire de la pharmacieles moyens de l’autorisation de pres-patients et après un interrogatoireavait également relevé quelques in-cription. Le partenariat avec les gé-approprié permettant d’apprécier laquiétudes au sein même de la pro-néralistes implique en effet une dé-gravité des symptômes de la maladie,fession, telles le manque de temps,termination claire des rôles et le pharmacien prescripteur pourrait,les problèmes de responsabilité et laresponsabilités de chacun, un sys-soit orienter le patient vers le méde-subsistance d’un certain complexetème organisé et coordonné, in-cin, soit délivrer, sans ordonnancevis-à-vis des médecins. Le pharma-cluant des niveaux et des modes de médicale, certains médicaments prisrémunération adaptés. Seul un projet en charge, dans certaines conditions,commun, efficace et professionnel A L’ÉTRANGER par la Sécurité sociale ou les orga-pourra voir le jour. Avant de le pré-nismes complémentaires ».- Grande-Bretagne : officialisationsenter aux pouvoirs publics, il fera Outre un avantage certain pour ledu rôle de prescripteur dul’objet d’une expérimentation en ré-patient, traiter directement la patho-pharmaciengion dès 2007, en partenariat avec les logie légère éviterait qu’elle ne se dé-- Québec : modification du codecaisses d’assurance-maladie.grade, limiterait le recours systéma-des professions plaçant le tique à la consultation médicalepharmacien au premier plan deANNELAURE MERCIER et/ou à l’arrêt de travail, désencom-l’acte pharmaceutique * Enquête Pharmagora-Ipsos, avril 2006 brerait les cabinets médicaux et les
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