Appropriation de la temporalité au cours du vieillissement normal et pathologique, Temporality Appropriation in Normal and Pathologic Aging

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Sous la direction de Alain Trognon
Thèse soutenue le 22 décembre 2010: Nancy 2
Pour approcher les altérations de la temporalité dans la maladie d'Alzheimer, nous étudions une population de référence et 22 patients en phase légère à modérément sévère, avec une échelle sémantique de temporalité et une tâche d'estimation de durée d'actions de la vie quotidienne clinique et pour concevoir un paradigme d'exploration en IRMf. Une analyse des questions- réponses d'entretiens à propos du récit d'une journée, a été effectuée chez 6 de ces patients avec un suivi évolutif. Les résultats en sémantique de la temporalité sont influencés par âge et niveau culturel, indépendants du genre et significativement altérés chez les patients. Les connaissances sur la segmentation temporelle, indépendantes du niveau culturel, sont les moins atteintes. Nous conjecturons que l'estimation de durée de tâches de la vie quotidienne préservée ferait appel à la mémoire procédurale. L?analyse de contenu des entretiens montre l'atteinte des repères chronologiques et de manière plus marquée celle de l'estimation des durées. Elle éclaire les conduites interlocutoires de fuite mises en oeuvre pour masquer le handicap mnémonique et les représentations défaillantes. L'analyse de contenu des entretiens se révèle constituer une méthode adaptée pour comprendre en profondeur la représentation vécue du temps par le patient et analyser son rapport dans l'interaction avec ses difficultés. Il en découle des perspectives pour le diagnostic et le suivi des altérations de la temporalité. Une démarche raisonnée de réhabilitation cognitive, l'élaboration de stratégies d'aide aux patients spécifiques, le tutoring des interventions des proches et des professionnels, peuvent s'appuyer sur ce travail.
-Vie quotidienne
-Sémantique de la temporalité
-Imagerie fonctionnelle
-Estimation de durée
To approach the representation of time and perturbations in time perception for daily activities in mild and moderate Alzheimer's disease patients, we study a temporal semantic knowledge scale and a time duration estimation about daily activities test, in a control group and in a group of 22 patients. The patients also had a general neuropsychological assessment. We conducted with 6 of these patients a semi structured interview. These 6 patients were followed-up with an other similar evaluation. We create a paradigm with the same material to explore brain areas involved in time duration estimation of daily activities. Age and cultural level, but not gender, influence the semantic knowledge scale, which is significatively impaired in patients. Temporal segmentation, independant from cultural level, appears to be the best preserved acquisitions. There is no difference in time duration estimation test about daily activities between controls and patients who seems to use their preserved procedural memory process connected to the scripts of the actions knowledge. The analysis of the interviews using interlocutory logic, gave us a deep understanding of how the patients experience time. Their perception of time is impaired. The estimation duration is significatively more impaired than chronology. The alterations of temporality in Alzheimer's disease have serious impact in daily life of patients and their caregivers. Results will be helpful to develop their diagnosis, elaborate strategies to help the patients and for tutoring interventions for caregivers and professionnals.
Source: http://www.theses.fr/2010NAN21024/document
Publié le : dimanche 30 octobre 2011
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UNIVERSITE NANCY II
U.F.R. CONNAISSANCE DE L’HOMME
École Doctorale Langages, Temps, Société


THESE
POUR L’OBTENTION DU DIPLÔME DE
DOCTEUR EN PSYCHOLOGIE





APPROPRIATION DE LA TEMPORALITE AU
COURS DU VIEILLISSEMENT NORMAL ET
PATHOLOGIQUE


Thérèse Rivasseau Jonveaux





Présentée et soutenue publiquement le 22 Décembre 2010







Pr Alain Trognon Directeur de Thèse Université Nancy 2
Pr Francis Eustache Rapporteur Université de Caen
Pr Roger Gil Rapporteur Université de Poitiers
Pr Marc Braun Université de Nancy1
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À tous les patients qu’il m’a été donné de rencontrer… chemins entrecroisés…
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Au Professeur Francis Eustache
Nous sommes très sensibles à l’attention portée à notre travail et vous remercions de
l’honneur que vous nous faites en présidant ce jury. Soyez assuré de toute notre gratitude et
de notre respectueuse considération.
Au Professeur Roger Gil
Nous tenons à vous remercier vivement et sommes profondemment touchées de
l’honneur, mais aussi de l’amitié que vous nous témoignez en acceptant de juger ce
travail, aboutissement d’un long rêve qui a ses racines dans les premières années de notre
carrière à Poitiers où vous nous avez fait partager votre passion de la neurologie, de la
neuropsychologie, vivre la médecine auprès des patients, avec eux…
Au Professeur Alain Trognon
Vous avez accepté de partager le pari de ce travail ensemble… vous avez su nous
prodiguer vos encouragements…Grâce à vous, nous avons entraperçu tant de champs de
savoirs nouveaux et de perspectives… Merci pour votre patience, pour la clarté de votre
pensée et cette manière de diriger ce travail par la conversation, où s’exprime pleinement
votre pédagogie
Au Professeur Marc Braun
Nous te remercions vivement de participer à ce jury… ton aide tout au long de ce travail,
malgré les difficultés traversées et les phases de doute, ton soutien réeel ont beaucoup
contribué à son achèvement, qui n’est comme tu le sais, que le début de l’aventure en
fait…

Je remercie sincèrement tous ceux qui ont accepté de jouer le rôle de sujets témoins dans
ce travail et en particulier les trois promotions d’étudiants en médecine de D2 de 2006,
2009 et 2010.

Un grand merci à Martine Batt pour l’éclairage de ses compétences… et ses
encouragements, à toute heure sur la toile.


Je remercie Fabienne Empereur pour les analyses statistiques et ses conseils, Laurent
Koessler puis Gabriela Hossu pour leur investissement dans la mise au point des
paradigmes d’IRM, Astrid Joannais et Céline Schöndorf pour leur aide dans la réalisation
pratique de ce travail.


Je tiens à remercier tous mes collègues du Centre Paul Spillmann et des Services de
Neurologie et de Gériatrie, du CMRR de Lorraine…. en tout premier lieu Monsieur le
Professeur Gérard Barroche et plus particulièrement Alina, Francis, Dominique,
Catherine, Gabriel, sans oublier Cosmin…. Pour leurs encouragements, leur aide dans
nombre de domaines au long de ce travail, leur patience à mon égard, et leur amitié…

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À Philippe, Melchior, Solène et Dunscot

À mes parents, à François et Vincent


À ceux que j’aime








Chacun, à sa manière, a accompagné ces années et ce travail







merci de votre présence













À chaque instant qui dure
« Le présent apparent ne passe pas, tandis qu’ils passent, et ne change pas tandis qu’ils
changent, il est intuition de durée qui éclaire leur traversée, à peu près comme un arc-en-
ciel immobile illumine une chute d’eau… »
William James,
Précis de Psychologie, 1946, Bautin Ed, Paris

7



PREAMBULE...................................................................................................... 3

PREMIERE PARTIE : LA TEMPORALITÉ........................................................ 9

A - INTRODUCTION À LA NOTION DE TEMPORALITÉ............................. 9
Le temps physique.............................................................. 9
Le temps en philosophie................................................... 10
Le temps psychologique 13
Le développement de la temporalité chez l’enfant............. 33
La temporalité du sujet âgé normal ................................................................... 42

B- APPROCHE ANATOMO FONCTIONNELLE DE LA TEMPORALITÉ... 44
Approche électrophysiologique......... 45
Imagerie fonctionnelle...................................................................................... 47

C- TEMPORALITÉ ET PATHOLOGIES........................ 59
La temporalité au cours des affections psychiatriques ....................................... 59
Temporalité et affections neurologiques hors maladie d’Alzheimer .................. 61

DEUXIEME PARTIE : LA MALADIE D’ALZHEIMER... 66

A - NEUROPSYCHOLOGIE DE LA MALADIE D’ALZHEIMER................. 66
Introduction...................................................................................................... 66
Les troubles de la mémoire............... 69
Les autres atteintes cognitives........... 97
Neuropsychologie de la vie quotidienne et maladie d’Alzheimer .....................124
Temporalité et maladie d’Alzheimer................................................................135

TROISIEME PARTIE : LA RECHERCHE.......................143

A - METHODOLOGIE D’ANALYSE DE LA TEMPORALITE ....................143
Objectifs généraux...........................................................................................143
Sujets...............................................144
Matériel...........................................................................169
Méthodes.........179

B - RESULTATS ............................................................................................188
Evaluation de la temporalité chez les sujets de référence..................................188
Evaluation neuropsychologique et de la temporalité chez les 22 patients
atteints de maladie d’Alzheimer.......................................198
Suivi évolutif du sous-groupe de six patients sur le plan neurospychologique et des
épreuves de temporalité...................................................217
Comparaison patients /sujets de référence appariés..........219
Analyse globale des données textuelles des entretiens......221
Analyse individuelle des 6 patients suivis avec entretiens cliniques .................235

8
CONCLUSION : CONVERGENCES ET DIVERGENCES DES DIFFERENTES
APPROCHES UTILISEES ?...........................................................................402
A- SYNTHESE DES RESULTATS402
Au niveau des épreuves neuropsychologiques de temporalité...........................403
Analyse des données textuelles par le logiciel Alceste.....404
Analyse quantifiée d’entretiens cliniques.........................................................404
Analyse interlocutoire des entretiens ...............................405

B- CONVERGENCES ET DIVERGENCES DES DIFFERENTES APPROCHES
UTILISEES.....................................................................................................406
Analyse en imagerie fonctionnelle par IRMf de l’estimation de durée d’actions de
la vie quotidienne............................406
Échelle d’évaluation sémantique de la temporalité...........408
Évaluation de l’estimation de durée des actions de la vie quotidienne ..............408
Analyse de données textuelles à l’aide du logiciel Alceste ...............................409
Méthode d’analyse quantifiée d’entretiens cliniques centrés sur la vie
quotidienne……………………………………………………………………...410
Analyse interlocutoire des entretiens................................................................411

C- PERSPECTIVES PRATIQUES ET DE RECHERCHE ..............................412

BIBLIOGRAPHIE.............................................................................................413
INDEX ..............................................441

2
PREAMBULE

« Rempli(e) d’images, de gestes, d’émotions et bien sûr de mots, cette cognition ordinaire,
contenant toute une phénoménologie de notre sociabilité vécue, fournit un terrain
privilégié où l’on peut saisir la façon -les façons- dont les membres d’une société
interagissent et communiquent entre eux, interprètent leur vie, nomment et définissent leur
réalité collective… se souviennent de leur passé partagé. » Kalampalikis (Kalampalikis, N.,
2003)


Au cours de ce travail, nous souhaitons apporter une contribution à la compréhension de
l’appropriation de la temporalité dans la vie quotidienne au cours du vieillissement
pathologique que représente la maladie d’Alzheimer.


Exerçant à temps partagé à la fois au Centre Mémoire de Recherche et de Ressources
(CMRR) de Lorraine et au Centre Paul Spillmann qui s’est vu confier le projet de création
de son Unité Cognitivo-Comportementale (UCC), nous cotoyons quotidiennement des
patients atteint de la maladie d’Alzheimer et nous constatons la destructuration temporelle
de l’univers de ces sujets. Au fil de la maladie apparaissent clairement des troubles de la
chronologie perceptibles notamment à travers l’effondrement progressif de la mémoire
épisodique et en particulier autobiographique. À l’heure actuelle, nous ne disposons, que
de deux classes médicamenteuses symptomatiques vis-à-vis de la maladie, dont l’effet est
reconnu comme modeste et incomplet dans les méta-analyses de la littérature scientifique.
Face au sentiment d’étrangeté généré par les troubles et le comportement du malade, une
démarche d’analyse lors des consultations médicales de suivi pour tenter d’éclairer les
mécanismes sous jacents à leur survenue, apparaît comme seule capable de combler une
attente renouvelée et d’atténuer la détresse des patients et de leur famille.

Comment conseiller, s’adapter face à la plainte rapportée par la fille d’une patiente, « cela
devient difficile à la maison de retraite, elle devient agressive et a essayé de frapper le
personnel l’autre jour avec sa canne » sans une analyse rigoureuse des tenants et
aboutissants de la situation ? Dans ce cas précis, l’agressivité survenait pour la première
fois après plusieurs années de vie en institution. Certes, mais dans quelle circonstance ?
Lors de la venue à l’initiative de sa fille, de la coiffeuse chez qui se rendait la patiente
lorsqu’elle vivait à domicile, à la place de celle chargée auparavant par la maison de
retraite de la « mise en plis » hebdomadaire de la patiente: « j’ai pensé qu’elle serait
contente de la revoir et puis elle me prend moins cher pour coiffer ma mère ».
Aussitôt après avoir été coiffée et avant d’être agressive, la patiente, que quittait la
coiffeuse, a exprimé à plusieurs reprises d’après les membres du personnel présents en
cette fin d’après midi, qu’elle devait « rentrer à la maison maintenant qu’elle avait été
coiffée ». L’interdiction de sortir de l’établissement a précédé immédiatement les gestes
d’agressivité de la patiente.
Nous proposons une interprétation associant, les risques de troubles du comportement
majorés à l’heure du coucher de soleil, la réaction « physiologique » à une privation
manifeste de liberté dont la patiente n’intègre pas le sens, à la réactivation intempestive du
script « je vais chez ma coiffeuse, quand c’est fini il faut que je rentre à la maison ».


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