Construction - reconstruction identitaire dans le discours des Pieds-noirs : étude de cas, Built - rebuilt of identity in French-Algerian's language : case study

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Sous la direction de Patrice Brasseur
Thèse soutenue le 09 décembre 2009: Avignon
Notre travail consiste à analyser le phénomène de construction et de reconstruction de l'identité des Pieds-noirs. L'étude que nous proposons est basée sur les productions discursives que nous avons recueillies grâce à des entretiens. Elle permet de mettre en évidence la complexité des processus identitaires, qu'ils soient conscients ou inconscients. Il s'agit d'une analyse comparative qui fait appel à un certain nombre de champs disciplinaires comme l'histoire, la linguistique ou la sociologie. Ainsi, en mettant en parallèle les différents discours des informateurs, nous pouvons remarquer que l'identité pied-noir, définie à partir d'éléments culturels, sociaux et historiques, présente un aspect collectif, partagé par l'ensemble des membres de la communauté, et un aspect individuel, propre à chacun et variable en fonction des expériences vécues
-Langage
-Reconstruction identitaire
-Actes de langage
This work consists in studying the phenomenon of French-Algerian identity, built and rebuilt by language. Our study is based on speech acts collected by interviews. The analysis brings the fore the complexity of identitary process, conscious or unconscious. This study is about a comparative analysis, which calls on several disciplinary fields as history, linguistic or sociology. Thus, by comparative analysis of informants’ speeches, we can note that French-Algerian identity, defined from cultural, social and historical components, presents a collective side, shared with all the other members of the community, and an individual side, characteristic of each one and which varies with personal experiences
-Language
-Rebuilt of identity
-Speech acts
Source: http://www.theses.fr/2009AVIG1080/document
Publié le : vendredi 28 octobre 2011
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ACADÉMIE D’AIX-MARSEILLE
UNIVERSITÉ D’AVIGNON
THÈSE
présentée pour obtenir le grade de Docteur
de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse
Spécialité : Sciences du langage : linguistique et phonétique générale
CONSTRUCTION /R ECONSTRUCTION IDENTITAIRE
DANS LE DISCOURS DES P IEDS- NOIRS : ÉTUDE DE CAS
volume 1
Catherine GOMEZ-BELLOMIA
Décembre 2009
M. Patrice BRASSEUR, professeur à l’Université d’Avignon et des Pays de Vauclus e,
Directeur de thèse
Mme Claudine MOÏSE, maître de conférences à l’Université d’Avignon et des Pays de
Vaucluse
Madame Marielle RISPAIL, professeur à l’ Université Jean Monnet, St-Étienne
Monsieur Paul SIBLOT, professeur émérite à l’ Université Paul Valéry, Montpellier III
École doctorale
Arts, lettres, langues (ED 354)
tel-00466559, version 1 - 24 Mar 20102
tel-00466559, version 1 - 24 Mar 2010A ma grand-mère.
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tel-00466559, version 1 - 24 Mar 2010REMERCIEMENTS
Je tiens tout d’abord à adresser mes plus sincères remerciements au directeur de cette thès e,
M. Patrice BRASSEUR, pour avoir accepté de diriger mon travail. Ses précieux conseils, ses
encouragements et sa disponibilité m’auront assurément permis de mener ce travail à son
terme.
Je remercie également les informateurs de mon corpus, qui m’ont chaleureusement et
généreusement ouvert leur porte et leurs souvenirs, même si parfois certaines évocat ions
furent douloureuses. Sans eux, ce travail n’aurait pas lieu d’être.
Toute ma gratitude va vers les personnes qui m’ont encouragée et supportée, en particul ier
Angélique, Julie, Eric, Isabelle, Nicolas, Sandra, Lionel, Guillaume, Léo, Matthieu et bien sûr
ma mère. Merci à Georges pour sa confiance, son écoute et sa patience, ainsi que pour son
regard critique. Toute ma reconnaissance va également vers Yvelise qui m’a permi s de
perfectionner mon travail et d’éviter bien des erreurs.
Je remercie également Timothé, Théophile et Rebecca qui ont gentiment et patiem ment
accepté que leur maman sacrifie autant de temps pour son travail…Un immense me rci à
Etienne qui a cru en moi et a su me redonner confiance lorsque je me perdais dans le flot des
analyses et des traitements de données, l’auditeur silencieux de tous mes doutes…
Une pensée enfin pour ma grand-mère et pour mon père, qui sont, en quelque sorte , à
l’origine de ce travail.
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tel-00466559, version 1 - 24 Mar 2010INTRODUCTION
La question de l’identité pied-noir
L’identité implique un certain nombre de processus qui concernent autant l’individu
que le groupe d’appartenance. Pour pouvoir se construire, elle doit traverser de nombreuses
phases qui commencent à la naissance et se terminent à la mort de l’individu. De ce fait,
aborder le thème de l’identité, c’est ouvrir un vaste champ de réflexion.
Notre objet d’étude porte sur l’identité, en particulier celle d’une communauté qui
s’éteint peu à peu : les Pieds-noirs, originellement appelés les Français d’Algérie . Les
membres de cette communauté ont dû faire face à des épreuves qui ont remis en cause une
partie considérable de leur identité. En effet, ceux-ci ont considéré l’Algérie comme l eur
propre pays, en se basant sur deux paramètres fondamentaux : 1) leur naissance sur l e sol
algérien ; 2) l’histoire de leurs aïeux. Après plus d’un siècle de présence coloniale , ils ont
pourtant été contraints d’abandonner « leur » pays, de quitter « leurs » racines, de renoncer à
« leur » vie. L’expérience douloureuse du déracinement n’est pas sans conséquences sur
l’identi :t éelle la modifie ou elle la brise. C’est ainsi que se produit la crise identi taire. A cette
crise succède le temps de la reconstruction, qui peut s’opérer par différents moyens. Dans le
cadre de notre étude, nous avons choisi d’analyser la reconstruction identitaire par le langage ,
c’est-à-dire que nous considérons que l’interaction verbale peut constituer l’un des outils de
reconstruction identitaire.
Le champ d’étude
Pour mener à bien notre travail, nous avons délimité notre champ de recherche à partir
de critères précis. Tout d’abord, nous avons sélectionné nos informateurs en fonction de leur
origine géographique : notre échantillon se compose d’individus nés et ayant vécu en Algérie .
En effet, seul ce pays de l’Afrique du nord était une colonie, contrairement à la Tunisie , par
exemple, qui était un protectorat. Les Français d’Algérie étaient donc de « véritables »
Français, résidant dans un département attaché à la métropole. Ce point est essentiel dans
l’image que nos informateurs ont d’eux-mêmes : ils revendiquent leur nationalité frança ise,
au-delà de leurs origines européennes (italiennes, espagnoles, etc.).
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tel-00466559, version 1 - 24 Mar 2010Notre second critère concerne également l’origine géographique des informateurs : nous
avons interviewé des locuteurs ayant résidé dans des villes différent :es Oran, Alger, Bône,
Arzew, Tiaret. Ce facteur nous semblait fondamental pour pouvoir procéder à une étude
comparative, afin de vérifier l’une de nos hypothèses de départ (que nous exposons un peu
plus loin). Ces différences d’origine apportent à notre corpus une certaine hétérogénéité, qui
favorise les analyses comparatives.
Enfin, nous avons décidé de n’interroger que des Pieds-noirs qui étaient adultes au moment
du rapatriement, afin de recueillir des récits de vie significatifs pour notre analyse. E n effet, il
nous était nécessaire d’entendre les témoignages de personnes ayant des souvenirs précis de
leur aventure algérienne. Cela nous permettait d’étudier les processus identitaires à travers les
discours des locuteurs. De ce fait, notre corpus est composé d’entretiens dont les locuteurs
sont âgés en moyenne de 70 ans au moment de l’enquête.
La population pied-noir vieillissant, notre motivation n’en était que plus : nousgrande
considérions que mener cette enquête constituait un privilège car, avec la disparition des
derniers Pieds-noirs, c’est toute une partie de l’histoire coloniale de la France qui s’é vanouit.
En outre, l’exploitation des récits de vie de nos informateurs constituait un enjeu considé rable
pour notre étude car, étant donné leur âge avancé et le recul qu’ils avaient pris par rapport aux
événements, ils étaient en mesure de nous faire part un point de vue relativement détaché et
objectif sur leur parcours ainsi que leur situation actuelle. Il est évident que nous avons dû
procéder à une interprétation des données, c’est-à-dire chercher dans le dit et le non-di t les
traces de l’évolution de leur identité. De ce fait, l’étude que nous proposons contient une
dimension inévitablement partiale et subjective, malgré nos efforts pour adopter et maintenir
une conduite d’analyste.
Des motivations personnelles accueillies favorablement
Notre démarche répond initialement à une motivation personnelle. En effet, éta nt
descendante de Pieds-noirs, nous nous sentions directement concernée par l’histoire de la
colonisation de l’Algérie. Les nombreuses interrogations suscitées par les zones d’ombre, les
tabous, les douleurs que nous avons remarquées dans notre entourage ont engendré une
curiosité croissante ainsi que le besoin de découvrir une histoire collective. Toutefois, com me
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tel-00466559, version 1 - 24 Mar 2010nous l’avons signalé plus haut, nous avons tenté de privilégier notre position d’analyste e t de
conserver le plus d’objectivité possible. Cet effort fut appuyé par le sentiment de ne pas
appartenir à la première génération de Pieds-noirs, mais de n’en être que le prolongement.
Les différents informateurs que nous avons contactés pour notre enquête ont accueilli
notre projet de manière très favorable. Ils se sont volontiers prêtés au jeu de l’interview et ont
fait preuve d’une grande amabilité doublée d’une générosité considérable, tant au niveau des
informations fournies que des émotions partagées. Un climat de confiance s’est installé dès le
début de l’interview et a perduré tout au long de l’interaction. Il nous semble que deux raisons
sous-tendent l’accueil favorable dont nous avons bénéficié. D’une part, le fait de nous être
présentée comme une descendante de Pieds-noirs a permis de faire tomber les barrières de la
méfiance, les informateurs ont eu le sentiment de se trouver face à une personne « de la
famil l».e Il est évident que nos origines, annoncées dès la prise de contact, ont favorisé cet
accueil chaleureux. En effet, nous supposons que nos informateurs se sont sentis écoutés,
compris et reconnus. De ce fait, certains d’entre eux n’ont pas hésité à nous faire part
d’anecdotes et d’opinions très personnelles, parfois intimes. Ceci a considérablement s ervi
notre étude, dans la mesure où les informateurs se sont ouverts à nous avec authenticité et
sincérité. D’autre part, ces entretiens représentaient pour eux l’occasion de parler de leur vi e,
de partager leurs expériences, de revendiquer leur appartenance légitime à la France, de
dénoncer des injustices, etc. Il s’agissait donc de faire valoir leur histoire pe rsonnelle et de
contribuer au rétablissement de leur « vérité ». Pour certains informateurs, notre travail sur
l’identité constituait le moyen d’affirmer leur légitimité par divers procédés
d’autojustification et de stratégies identitaires.
Pour mener notre enquête, nous avions le choix entre différentes méthodes de recueil
des informations : le questionnaire, l’entretien non-directif et l’entretien semi-direc tif. Nous
avons sélectionné ce dernier pour deux raisons : 1) il nous permettait de délimiter le champ de
l’interaction au moyen de la consigne initiale et du guide d’e; 2)ntret iienl offrait néan moins
une grande liberté d’expression à nos informateurs qui avaient la possibilité d’organis er leur
discours comme ils le souhaitaient.
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tel-00466559, version 1 - 24 Mar 2010Hypothèses de travail
Notre étude repose sur deux hypothèses. Tout d’abord, nous considérons que l’identité
n’est pas donnée dès la naissance, mais qu’elle se modèle tout au long de la vie, se construit e t
se reconstruit par la parole. C’est au moyen d’outils linguistiques qu’un sujet parlant verbalise
et, par conséquent, rend visible ses perceptions du monde qui l’entoure et de lui-même. Le
langage ne constitue donc pas seulement un mode d’expression de l’identité, mais partici pe
activement à sa reconstruction. Comme nous l’étudierons tout au long de notre analyse, les
locuteurs de notre corpus ont changé de statut à deux niveaux : d’une part, les « colons »,
communauté dominante en Algérie, occupant une position haute, sont devenus les rapatriés en
France, un groupe minoritaire et considéré comme « exploiteur » de la population
autochtone ; d’autre part, les Français d’Algérie se sont vu affublés d’un sobriquet humilia nt,
les « Pieds-noi ».rs De ce fait, ce n’est que dans et par le langage que les informateurs pieds-
noirs peuvent redevenir des Français d’Algérie et recréer le pays perdu. L’évocation d’une
identité cristallisée permet de se la réapproprier, le temps d’un récit.
Notre seconde hypothèse concerne l’essence même de l’identité pied-noir. Notre étude
consiste à vérifier s’il existe une ou plusieurs identités pieds-noirs. Pour cela, nous
considérons cette identité sous deux aspects : individuel et collectif. L’analyse des données
fournies par le corpus nous permettra de découvrir si tous les membres de cette communauté
peuvent être considérés comme formant une unité collective, ou bien s’il est possible que des
individus appartenant à ce groupe puissent apparaître comme extérieurs à ce groupe.
Une approche pluridisciplinaire
Nos deux hypothèses découlent d’une question de départ : comment les Pieds-noirs
perçoivent-ils leur ident i? téC’est sur cette interrogation que repose l’ensemble de notre
étude. Pour y répondre, nous avons procédé à une approche pluridisciplinaire. Tout d’abord,
notre première partie présente l’histoire des Pieds-noirs de 1830 à 1962. Nous avons choi si
d’organiser cette partie en deux sous-parti e:s la première décrit les événements d’un point de
vue historique, en se basant sur des textes offici ;el sdans la seconde sous-partie, nous avons
« donné la parole » aux locuteurs en exploitant leurs discours pour présenter l’histoire de
l’Algérie française à travers leurs expériences personnelles. Cette double approche a permis
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tel-00466559, version 1 - 24 Mar 2010de mettre en valeur l’importante part de subjectivité qui intervient dans la perception des
événements de la vie des informateurs.
Deux études complémentaires
Outre la littérature concernant l’histoire de la colonisation de l’Algérie, nous avons
exploité deux ouvrages en lien avec notre objet d’étude. Tout d’abord, l’étude de Clarisse
BUONO Pieds-noirs de Père en F il(2004)s présente l’histoire des Pieds-noirs sous un a spect
sociologique. L’auteur avait pour objectif de se pencher sur le cas des Pieds-noirs hor s du
cadre historique : « La population concernée était fortement définie par l’Histoire mais j’a vais
le sentiment que seule une analyse sociologique pouvait apporter une vision pertinente de la
population des rapatriés d’Algérie aujourd’hui. » (p. 14) Dans son ouvrage, elle apporte un
éclairage nouveau à l’histoire de cette communauté et lui octroie une dimension plus
humaine.
La seconde étude est la thèse de Doctorat en Sciences politiques de Marie MUYL Les
Français d’Algérie : socio-histoire d’une identité (2007). Tout comme le précédent, ce travai l
présente l’histoire des Pieds-noirs sous un angle sociologique, tout en incluant des conc epts
politiques. Cette thèse traite en grande partie de la mémoire des Pieds-noirs et de sa
transmission. Elle met en valeur le traumatisme causé par le rapatriement et la diffi cile
intégration qu’il a nécessité.
Notre analyse présente des aspects similaires à ceux contenus dans les études que nous
venons de citer, mais elle diverge tant au niveau méthodologique que disciplinaire. En effet,
dans notre deuxième partie, notre approche étant sociolinguistique, notre travail consistait à
exploiter des données linguistiques. Pour cela, nous avons transcrit les entretiens que nous
avions enregistrés, en nous appuyant en partie sur les conventions de transcription du
G.A.R.S. Une fois les informations retranscrites, nous avons procédé à deux analy s:e sune
analyse thématique et une analyse propositionnelle de discours (APD). La première consistait
à relever les occurrences thématiques présentes dans chaque entretien. Cette démarche nous a
permis d’établir un tableau récapitulatif grâce auquel nous pouvons constater l’importance
que chaque informateur accorde aux thèmes évoqués (en fonction du nombre d’occurrences),
ainsi que d’en déduire les référents identitaires pour chaque interviewé.
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tel-00466559, version 1 - 24 Mar 2010L’APD, quant à elle, procède à une étude plus précise des énoncés. En effet, cette
technique, mise au point par GHIGLIONE, MATALON & BACRI, consiste à découper un
énoncé complet en propositions. Il s’agit d’une délinéarisation qui isole les référents noyaux
(RN) ; nous n’en avons sélectionné qu’une dizaine en fonction de leur pertinence par rapport à
notre objet d’étude. Une fois ces RN isolés, nous les avons classés par catégories dans un
tableau. L’APD complète l’analyse thématique dans la mesure où elle permet un traitement
quantitatif des données.
Interprétation des données et reconstruction identitaire
C’est à partir des informations recueillies par enregistrement, puis traitées par
l’analyse thématique et l’APD que nous avons procédé à l’étude du processus de
reconstruction identitaire des Pieds-noirs. Nous avons concentré notre analyse de corpus sur
deux études : les actes de langage et la narration. En ce qui concerne les actes de langa ge,
nous avons décidé de n’étudier que la classe des assertifs, car ils nous semblaient les plus
significatifs dans le processus de reconstruction identitaire. Cette analyse nous a permi s de
décrire certains phénomènes singuliers et de mettre en valeur la dimension individuelle da ns
le processus de reconstruction de l’identité par le langage. D’autre part, l’analyse des procédés
narratifs avait pour objectif de vérifier nos hypothèses de départ. Nous nous sommes efforcée
d’exploiter de manière pertinente notre corpus en sélectionnant les extraits les plus appropriés
à notre exposé.
Ainsi, nous proposons de considérer l’expression et la reconstruction de l’identité à
partir d’approches diverses mais complémentaires, afin de comprendre quels procédés et
quelles stratégies (conscients et inconscients) les informateurs ont mis en œuvre dans leur
discours. Notre étude a permis de mettre en évidence le rôle fondamental et incontournable
que joue le langage dans la reconstruction de l’identité.
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