Culture et propagande au goulag soviétique (1929 - 1953) [Elektronische Ressource] : le cas de la république des Komi / Ekaterina Shepeleva-Bouvard

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Ekaterina SHEPELEVA-BOUVARD THÈSE DE DOCTORAT Soutenue le 2 juillet 2007 CULTURE ET PROPAGANDE AU GOULAG SOVIÉTIQUE (1929-1953) LE CAS DE LA RÉPUBLIQUE DES KOMI Discipline : Civilisation russe Directrice de la thèse Co-directeur de la thèse Mme. Annie ALLAIN M. Heinz -Dietrich LÖWE Université Charles de Gaulle Université Ruprecht-Karl de Lille III, France Heidelbeg, Allemagne Université Charles de Gaulle – Lille III TABLE DES MATIÈRES REMERCIEMENTS……………………………………………………………....…..…..4 AVERTISSEMENT..………………………………………….…………….…....…….5-6 AVANT-PROPOS………………………………………………………………………7-8 INTRODUCTION………………………………………………….…………...…....9-16 PARTIE I – Les camps au cœur du pays des Komi 1. En guise de géopolitique ………………………………………….…....……....…17-30 2. L’expédition Oukhtinskaia de l’OGPOU……………………...………..……....…31-44 3. L’Oukhtpetchlag……………………………………...………………….….....…..45-54 4. Les géants concentrationnaires……………………………………………….........55-68 PARTIE II – La culture derrière les barbelés : hasard historique ou directivisme soviétique ? 1.
Publié le : mardi 1 janvier 2008
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Ekaterina SHEPELEVA-BOUVARD







THÈSE DE DOCTORAT



Soutenue le 2 juillet 2007


CULTURE ET PROPAGANDE AU GOULAG
SOVIÉTIQUE (1929-1953)
LE CAS DE LA RÉPUBLIQUE DES KOMI



Discipline : Civilisation russe


Directrice de la thèse Co-directeur de la thèse
Mme. Annie ALLAIN M. Heinz -Dietrich LÖWE
Université Charles de Gaulle Université Ruprecht-Karl de
Lille III, France Heidelbeg, Allemagne




Université Charles de Gaulle – Lille III
TABLE DES MATIÈRES


REMERCIEMENTS……………………………………………………………....…..…..4

AVERTISSEMENT..………………………………………….…………….…....…….5-6

AVANT-PROPOS………………………………………………………………………7-8


INTRODUCTION………………………………………………….…………...…....9-16


PARTIE I – Les camps au cœur du pays des Komi

1. En guise de géopolitique ………………………………………….…....……....…17-30

2. L’expédition Oukhtinskaia de l’OGPOU……………………...………..……....…31-44

3. L’Oukhtpetchlag……………………………………...………………….….....…..45-54

4. Les géants concentrationnaires……………………………………………….........55-68


PARTIE II – La culture derrière les barbelés : hasard historique ou
directivisme soviétique ?

1. Les milieux intellectuels sous la répression………………………………....….…69-80

2. Le « camp intelligentsia »………………………………………………….............81-99

3. La culture « centralisée » et la « Ejovchtchina »………………….…….……....100-122

4. La « Jdanovchtchina » et sa portée dans les camps………..………....…..…......123-138


2PARTIE III – L’édification culturelle : l’élément essentiel du Goulag ?

1. La KVTch et la Section politique : les enjeux idéologiques et culturels……..…139-164

2. La rééducation au Goulag : l’exemple de La Grande Petchora de Kantorovitch……….
……………………………………………………………………………………..165-185

3. Les rudiments du travail « culturo-éducatif » de la KVTch…...………………..186-203

4. Les journaux à grand tirage de la Section politique………………………….....204-214


PARTIE IV – Le miracle en pleine neige : le théâtre des « serfs »

1. Comment la vie culturelle a-t-elle émergé de l’Oukhtpetchlag?..........................215-229

2. Le théâtre de la Comédie musicale et d’Art dramatique de l’Oukhtijemlag……230-246

3. Les théâtres d’Art dramatique du Sevjeldorlag ………………………………...247-258

4. Le théâtre de la Comédie musicale et d’Art dramatique du Vorkoutlag………..259-266



CONCLUSION…………………………………………………………………...267-271

Résumé en anglais…………………………………………………………………272-290

BIBLIOGRAPHIE CHOISIE……………………………………………………...291-304

Glossaires des sigles……………………………………………………………….305-307
Glossaires des noms géographiques……………………………………………… 308-310






3
REMERCIEMENTS



Je voudrais exprimer mes remerciements les plus sincères à mon professeur Madame
Annie ALLAIN pour l’acuité de son regard sur les diverses versions de ce travail, pour
les conseils et l’encouragement qu’elle m’a prodigués.

Mes pensées de remerciements vont ensuite au professeur Heinz-Dietrich LÖWE qui m’a
guidée, en Allemagne, de part de son professionnalisme, dans le cadre de la cotutelle de
la thèse de doctorat, établie entre l’Université Charles de Gaulle - Lille 3 et l’Université
Ruprecht-Karl de Heidelberg.

Pour rédiger ce travail, j’ai également eu la chance et le privilège de bénéficier de l’aide
très appréciée de plusieurs collègues et amis :

Maurice BOUVARD, Pietr CHOURGANOV, Brigitte FLICKINGER, Frank GRÜNER,
Marlies KABORÉ, Lioudmila MAKSIMOVA, Èmilia PERCHINA, Anatoli POPOV,
Mikhaïl ROGATCHEV, Aleftina ZAOUGAROVA.

Que chacun d’entre eux trouve ici le témoignage personnalisé de mes remerciements les
plus chaleureux.

Enfin, je voudrais réserver une place toute spéciale à Valery et Nina SHEPELEV, mes
parents, qui m’ont apporté une aide financière tout au long des trois ans qu’a duré
l’élaboration de ce travail. Qu’ils trouvent ici l’expression de mes plus sincères
remerciements pour leur soutien à chacune des étapes de ce travail.




4
AVERTISSEMENT



Premièrement, dans la présente thèse, deux systèmes de translittération en
caractères latins des caractères cyrilliques sont utilisés. La transcription la plus courante
en français, celle qui tient compte des usages, est utilisée pendant la plus grande partie du
texte. En revanche, la « transcription internationale », autrement appelée « translittération
des slavistes », est utilisée pour la présentation des références bibliographiques qui
figurent en notes en bas de page et en fin de thèse, ainsi que dans certains textes
poétiques. Par conséquent, le tableau N° 1, exposé à la page suivante, met en évidence les
deux systèmes de transcription utilisés dans le présent travail de recherche. C’est
précisément pour cette raison que l’on pourra lire, par exemple, dans le corps du texte
Ejov, Jdanov, Ijma, Petchora, Oukhtpetchlag, Vorkouta, Tchibiou, lagpounkt et dans les
références bibliographiques Ežov, Ždanov, Ižma, Pe čora, Uxtpe člag, Vorkuta, Čib’ju,
lagpunkt.
Deuxièmement, l’usage du nom géographique de la région mise en valeur par la
présente thèse n’est pas codifié en français. Par exemple, dans le livre L’institution
concentrationnaire en Russie (1930–1957), publié en 1969 à Paris, le professeur
américain Paul Barton parle de la « république des Komis » ; alors que dans le livre La
Russie: dictionnaire géographique, publié en 2001, par le Centre National de Recherches
Scientifiques (CNRS), Roger Brunet, professeur des universités, directeur de recherches
émérite, ne tient pas compte du « S » final du mot « Komi ». Par conséquent, je suis
l’écriture proposée par Roger Brunet et le CNRS, en prenant également en considération
le fait que le mot « ко ми » ne se décline pas dans la langue russe. Aussi pourra-t-on lire
dans cette thèse : la région des Komi, la république des Komi, la langue des Komi,
l’A.S.S.R. des Komi.




5

Tableau N°1 : Translittération du russe moderne en français contemporain :


Lettres Translit. Translit. Lettres Translit. Translit.
russes courante des slavistes russes courante des slavistes
А а a a Р р r r
Б б b b С с s s
В в v v Т т t t
Г г g (gu) g У у ou u
Д д d d Ф ф f f
Е е e (é) e Х х kh x
Ë ë ë ë Ц ц ts c
Ж ж j Ч ч tch č
З з z z Ш ш ch š
И и i i Щ щ chtch š č
Й й ï (i, y) j ъ ’’
К к k k Ы ы y y
Л л l l ь ’
М м m m Э э e è
Н н n n Ю ю iou ju
О о o o Я я ia ja
П п p p







6
AVANT-PROPOS


Le camp de concentration soviétique (laguer’), autrement appelé « camp de
travail forcé » ou « camp de redressement par le travail », reflétait, sans aucun doute, une
nouvelle réalité socioculturelle soviétique que les dirigeants du PCUS avaient mise en
place dans le cadre de nouveaux objectifs économiques et répressifs. Par conséquent,
maints termes décrivant la structure complexe du camp soviétique, employés dans le
vocabulaire de la police politique (Tchéka / OGPOU / NKVD / MVD / KGB), n’ont pas
d’équivalents en français, ni d’ailleurs dans d’autres langues étrangères. Aussi dois-je
préciser que dans la terminologie soviétique le terme laguer' désignait un ensemble de
vastes agglomérations concentrationnaires et non pas un camp dans le sens ordinaire.
C’était un véritable complexe pénitentiaire regroupant des dizaines de milliers de
détenus. Le Laguer’ occupait un vaste territoire qui disposait d’unités administratives
(oupravlénié) et de multiples sous-ensembles dépendant de ces dernières : les « filiales »
(lagotdélénié) qui regroupaient un certain nombre de « secteurs tertiaires »
(lagoutchastok), divisés en « points de camps » (lagpounkt, en abrégé « OLP »).
Les « OLP » étaient ensuite divisés en « quartiers d’exploitation » (rabotchi
outchastok ou promyssel) qui constituaient les plus petites unités administratives. De
plus, « en vue d’accomplir les tâches économiques déterminées pour chaque camp, la
police politique détachait à partir des promyssel et parfois même à partir des « OLP » des
« kommandos » (kommandirovka) et des « sous-kommandos » (pod-kommandirovka).
Ces derniers étaient composés d’un nombre variable de détenus qui étaient souvent
envoyés en mission pour l’exécution, dans les plus brefs délais, des tâches désignées. De
manière générale, les kommandirovka n’avaient pas de lieu de résidence fixe. « Dans le
langage de la police politique, les « OLP », autrement dits « petites subdivisions »
propres à telle ou telle production, avaient souvent des dénominations très variées :
colonies de redressement, fermes, mines, points de production, etc., tout cela revenait du
1même principe d’organisation » . « Dans chaque « OLP », les détenus s’organisaient en

1 P. Barton, L’institution concentrationnaire en Russie (1930–1957), Paris, 1969, p. 120.
72« colonnes », composées de brigades » . Les « colonnes » et les brigades étaient ainsi des
formes élémentaires d’organisation et d’exploitation des détenus dans chaque laguer'. La
pratique qui consistait à regrouper les détenus en « colonnes », composées de brigades,
apparut dans le camp de Solovki, et elle fit preuve de son efficacité au cours de la
construction du canal mer Blanche-mer Baltique. L’activité des « colonnes » et des
brigades était réglementée par des directives et des instructions d’ordre administratif du
Goulag qui stipulaient des récompenses pour le travail de « choc » ou des sanctions
disciplinaires pour la violation du régime de détention. D’une manière générale, les
détenus travaillaient 11 heures par jour dans chaque camp soviétique : le matin, les
détenus, en formant des « colonnes » sous escorte, se dirigeaient vers les lieux de travail
3en dehors de la « zone » , où ils travaillaient en brigades toute la journée, et le soir,
encore en formant des « colonnes », ils rentraient dans leurs baraques, leurs tentes ou
leurs huttes dans la « zone ».

















2 Istoriko-Kul’turnyj Atlas Respubliki Komi, Moscou, 1997, p.131.
3 Territoire entouré par les barbelés
8INTRODUCTION

4« Toute l’histoire de l’Archipel du Goulag - à
partir de l’apparition dans l’abîme de la
révolution des premiers îlots, jusqu’à leur
transformation en continent, jusqu’à la fusion du
Pays du Goulag et du Pays des Soviets - était
l’histoire de la lutte de l’État contre l’homme,
l’histoire de l’asservissement de l’homme par
l’État et de la soumission graduelle de l’homme
à l’esclavage, de son acceptation de
5l’esclavage » .

eDurant les années 30-50 du XX siècle, deux civilisations parallèles existaient en
URSS : l’une glorifiée par la propagande et l’autre vouée à la clandestinité. Des centaines
de milliers de Soviétiques, voire des millions, ont travaillé, ont souffert, ont péri dans ce
deuxième monde « inexistant » mais pourtant bien réel… il s’agit des camps de travail
forcé et de redressement autrement dits le Goulag. Depuis l’effondrement de l’Union
soviétique et le changement de politique générale en 1986 (la politique de la « glasnost »
(« la transparence ») prônée par Mikhaïl Gorbatchev) ainsi que l’ouverture des archives
de l’administration du Goulag et des archives du PCUS, cette double conception du
monde soviétique s’est progressivement dévoilée à l’opinion publique, s’exprimant par la
libéralisation de la mémoire des victimes, l’abolition de la distorsion de l’histoire et la
publication des souvenirs des ex-prisonniers. Depuis la publication de l’Archipel du
Goulag, grande révélation historique et littéraire, les soviétologues du monde entier se
penchent sur la problématique complexe du Goulag en Union soviétique. Ils étudient

4 Le terme « Archipel du Goulag » fut utilisé pour la première fois en 1973 par Alexandre
Soljenitsyne afin de désigner la multiplication des camps et leur diffusion dans tout le pays
comme un ensemble d’îlots connus uniquement par ceux qui étaient condamnés à les peupler, à
les construire et à les relier.
5 Cité par M. Heller, Le monde concentrationnaire et la littérature soviétique, Lausanne, L’Age
d’Homme, 1974, p.254.
9l’ère stalinienne sur la base de documents d’archives et dévoilent les aspects des camps
de travail forcé maintenus longtemps cachés.
Il est vrai que les perspectives de recherche sont multiples. D’abord, les
chercheurs étudient tout ce qui touche au fonctionnement du système répressif en URSS :
la façon dont la police politique arrêtait les gens ; la façon dont les enquêtes étaient
menées ; quels étaient les hommes qui effectuaient les arrestations ; quels étaient les
groupes sociaux touchés ; quelles étaient les conditions de détention au cours des
enquêtes. Les chercheurs tentent également d’analyser le développement du Code Pénal
soviétique dès les premières années de la Révolution bolchevique, ses variations et sa
distorsion sous Staline. Il est question notamment du célèbre article 58 qui permettait
d’arrêter les gens sous prétexte de simples intentions ou possibilités de nuire, - le
6procureur Andreï Vychinski était à l’origine de la théorie sur les aveux en tant que
preuve essentielle de culpabilité, - et tous les moyens étaient employés pour les obtenir.
Actuellement, les soviétologues étudient les grandes vagues d’arrestations qui ont balayé
l’URSS dès la fin des années 20 jusqu’à la mort de Staline. Alexandre Soljenitsyne parle
à cet égard des flots humains canalisés vers les camps à tel ou à tel moment de l’histoire
de la Russie soviétique. Finalement, les chercheurs analysent les éléments constitutifs des
camps, en dévoilant avec précision leur évolution au cours des années du point de vue
politique, les différentes étapes de leurs réorganisations, le nombre de détenus, leurs
affectations économiques, leurs répartitions par type de condamnation, sexe, âge,
nationalité, niveau d’éducation. Certes, le fait que les camps de travail forcé ont été
promus au rang d’institution économique prépondérante sous Staline n’est plus un secret
pour personne. L’attention se porte sur les données statistiques, sur les territoires
géographiques et sur les aspects sociaux du camp.
Toutefois, il faut admettre que certains aspects du Goulag ne sont pas encore
suffisamment appréhendés. L’historienne américaine Anne Applebaum déclare à cet
égard : « on pourrait dire que, jusqu’à maintenant, le cadre social, culturel et politique de

6 Andrei Vychinski [Vyšinskij] (1883-1954) écrivit la Théorie des preuves juridiques dans le
eme droit soviétique (3 éd. complète, Gosjurizdat, Moscou, 1950) où il dressa la base pratique de la
théorie sur les aveux en tant que preuves essentielles de culpabilité. C’est justement cette théorie
qui servit de fondement à la nécessité de recourir aux « méthodes de pression physique »;
puisqu’il n’y avait pas d’autres preuves de la culpabilité des inculpés, les aveux obtenus par la
torture en tenaient lieu.
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