L'aurignacien récent (post-ancien) dans le Sud-Ouest de la France : variabilité des productions lithiques : révision taphonomique et techno-économique des sites de Caminade-Est, abri Pataud, Roc-de-Combe, Le Flageolet I, La Ferrassie et Combemenue

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Sous la direction de Jacques Jaubert, Jean- Guillaume Bordes
Thèse soutenue le 08 octobre 2010: Bordeaux 1
Négligées ces vingt dernières années, les séries attribuées aux phases récentes de l’Aurignacien ont trop rarement bénéficié d’études modernes, tournées inexorablement vers la recherche du plus ancien Aurignacien et de ses éventuels points de contact avec les dernières sociétés néandertaliennes. De plus, les dernières synthèses et propositions de classification de l’Aurignacien sont fondées sur des données typologiques issues de séries dont l’homogénéité n’a pas toujours été critiquée. La révision taphonomique et techno-économique de séries classiques du Sud-Ouest de la France (Caminade-Est, l’abri Pataud, Roc-de-Combe, Le Flageolet I, La Ferrassie et Combemenue) nous a permis d’entrevoir et d’identifier des variations diachroniques au sein de ce techno-complexe. Sur la base notamment des productions lamellaires, sept phases ont pu être reconnues, renouvelant ainsi notre perception des premières sociétés du Paléolithique supérieur portées par l’Homme moderne.
-Préhistoire
-France
-Aquitaine
-Aurignacien récent
-Technologie lithique
-Taphonomie litihique
Neglected past twenty years, the series attributed to recent phases of the Aurignacian have rarely received modern studies, touring relentlessly researching the earliest Aurignacian and its possible contact points with the last Neanderthal societies. In addition, recent proposals for classification and synthesis of the Aurignacian are based on data from typological series whose homogeneity has not always been criticized. Taphonomic and techno-economic revision of classic series from Southwestern France (Caminade-Est, l’abri Pataud, Roc-de-Combe, Le Flageolet I, La Ferrassie et Combemenue) allowed us to foresee and identify diachronic variations in this techno-complex. Based on such bladelets productions, seven phases have been recognized, renewing our perception of the first society of Upper Paleolithic made by modern humans.
-Prehistory
-France
-Aquitaine
-Recent Aurignacian
-Lithic technology
-Lithic taphonomy
Source: http://www.theses.fr/2010BOR14065/document
Publié le : vendredi 28 octobre 2011
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N° d’ordre : 4065
THÈSE
PRÉSENTÉE A
L’UNIVERSITÉ BORDEAUX 1
ÉCOLE DOCTORALE DES SCIENCES ET ENVIRONNEMENTS
Par Alexandre MICHEL
POUR OBTENIR LE GRADE DE
DOCTEUR
SPÉCIALITÉ : Préhistoire et Géologie du Quaternaire
L'Aurignacien récent (post-ancien) dans le Sud-Ouest de la
France : variabilité des productions lithiques.
Révision taphonomique et techno-économique des sites de Caminade-Est, abri Pataud,
Roc-de-Combe, Le Flageolet I, La Ferrassie et Combemenue.
Directeur de recherche : Jacques JAUBERT
Co-Directeur : Jean-Guillaume BORDES
Soutenue le vendredi 8 octobre 2010
Après avis de :
M. Jacques PELEGRIN, Directeur de recherche au CNRS, UMR 7055, Nanterre.
M. João ZILHAO, Professor, University of Bristol, Royaume-Uni.
Devant la commission d’examen formée de :
M. Federico BERNALDO DE QUIROS, Professeur d’université, Universidad de León, Espagne
M. François BON, Maître de Conférence, Université Toulouse II le Mirail
M. Jean-Guillaume BORDES, Maître de Conférence, Université Bordeaux 1…………………….co-directeur
M. Francesco D’ERRICO, Directeur de recherche, CNRS, PACEA, Bordeaux
M. Jacques JAUBERT, Professeur des universités, Université Bordeaux 1 ……..………………..Directeur
M. Pierre NOIRET, Assistant Professor, Université de Liège, Belgique
M. Jacques PELEGRIN, Directeur de recherche, CNRS, MAE, Nanterre ……………………….Rapporteur
M. João ZILHAO, Professor, University of Bristol, Royaume-Unis ……………………………...Rapporteur
Université Bordeaux 1
Les Sciences et les Technologies au service de l’Homme et de l’environnementRemerciements
Je tiens à remercier en premier lieu Jacques Jaubert, qui a accepté de diriger cette thèse. Je lui
suis reconnaissant pour son aide et son soutien depuis le master 1 et ce jusqu’au terme de ce
travail, malgré ma transition du Paléolithique moyen vers le Paléolithique supérieur.
Un grand merci à Jean-Guillaume Bordes, qui a co-dirigé ce travail. Je ne saurais exprimer
l’étendue de ma gratitude pour ton aide, quelle qu’elle soit, constante et sans faille. J’espère
simplement avoir été à la hauteur de tes attentes.
Je tiens à remercier vivement les deux rapporteurs, Jacques Pelegrin et João Zilhão d’avoir
trouver le temps de relire ce travail malgré des emplois du temps surchargés.
Toute ma gratitude va aux membres du Jury, François Bon, Federico Bernaldo De Quirós,
Francesco d’Erricco et Pierre Noiret qui m’ont acceptés de participer à cette soutenance.
Je tiens à remercier Anne Delagnes pour son accueil au sein de l’IPGQ, et les membres du
laboratoire parmi lesquels Michel Lenoir, Véronique Laroulandie, Pierre-Yves Demars, Jean-
Pierre Texier, Patrick Michel, sans oublier Eric Pubert, Michèle Charuel, Geneviève Peyre et
Sylvie Djian.
Je tiens à remercier chaque conservateur et personnel des musées m’ayant permis l’accès aux
collections dans les meilleures conditions. Tout d’abord Jean-Jacques Cleyet-Merle du Musée
National de la Préhistoire, ainsi qu’André Morala et Alain Turq, sans oublier Bernard et
Peggy. Merci à Patrick Perrin du Musée d’Archéologie Nationale et à Catherine Schawb.
Enfin, je ne saurais oublier l’accueil et les possibilités d’études que m’ont offert Roland
Nespoulet et Laurent Chiotti pour l’étude du matériel de l’abri Pataud.
Je ne peux oublier toutes les personnes qui m’ont permis d’étudier diverses collections,
notamment Jean-Philippe Rigaud, Jean Airvaux, Jean-Guillaume Bordes, Arnaud Lenoble,
Foni Le Brun-Ricalens, Michel Brenet, Catherine Cretin, Alain Turq et Michel Lenoir.
Merci au Ministère de la culture et de la communication pour l’octroi d’une AFR, et plus
précisément les personnels de la DRAC et du SRA Aquitaine, Dany Barraud conservateur
général du patrimoine et Nathalie Fourment.
Merci à Mme Bouyssonie, Jean-Marc Bouvier et l’association « pour le gisement de la
Madeleine », pour l’attribution d’une bourse de recherche.
Merci à Arnaud Lenoble, André Morala et Eugène Morin pour leurs relectures et les
nombreuses discussions que nous avons pu échanger.
En grand merci à Cédric Beauval, Jean-Christophe Castel, Loïc Daulny, Sylvain Ducasse,
Laura Eizenberg, Jean-Philippe Faivre, Damien Flas, Sophie Guégan, Patricia Guillermin,
Laurent Klaric, François Lacrampe, Mathieu Langlais, Foni Le Brun-Ricalens, Christian
Normand, Seong-Jin Park, Sylvain Pasty, Damien Pesesse, Caroline Renard, Sylvain Renou,
Nicolas Teyssandier, Tsenka Tsanova et Marianne Vanhaeren.Je ne saurai oublier mes collègues de bureau, anciens et nouveaux, Gérald Bereiziat, Myriam
Boudadi-Maligne, Emilie Claud, Emilie Campmas, Emmanuel Discamps, Jean-Baptiste
Mallye, William Rendu, et un merci plus particulier pour Solange Rigaud.
Je ne saurais oublier François Bachellerie, toujours présent, dans les bons comme les mauvais
jours. Plus qu’un collègue, un véritable ami, un conseiller avisé, un parrain pour ma fille et
bien plus encore…Je t’en remercie, et Fanny aussi, toujours présente pour moi et ma famille .
Merci à Nico et Tom toujours présents depuis notre première rencontre dans les bacs à sable,
pour qui je reste le « cailloutologue » de service.
Merci à tous ceux qui m’ont suivi et soutenu avant, et durant ces années : mon petit frère
Vincent, Pauline, Claire, marraine Raphaëlle et tonton Toto, Agnès et les filles sans oublier
Bertrand, ainsi que Linette, qui m’a choyé (les précieuses voisines !), ma famille comme ma
belle-famille.
Pour Julie et nos deux enfants, Achille et Jeanne, merci de votre présence, de votre patience et
de votre soutien et bien plus encore … je vous dois tant.« Faites du bien à une pierre, elle vous le
rendra. »
Proverbe Berbère.Introduction
L'Aurignacien est considéré, à tort ou raison, comme le premier techno-complexe du
Paléolithique supérieur porté par l’Homme moderne. Pour le Sud-Ouest de la France trois
1grandes phases y sont actuellement reconnues (cf. infra historique) : le Protoaurignacien ,
l'Aurignacien ancien classique et l'Aurignacien récent sensu largo. La phase récente (Bon
2002 ; Bordes 2005) renvoie, par opposition à la phase ancienne (Aurignacien I) aux épisodes
ultérieurs et correspond à un regroupement des stades II, III et IV de D. Peyrony (1933,
1934), et des phases moyennes, récentes et finales de H. Delporte, (1984, 1991).
L'Aurignacien récent recouvre une période de temps allant de 32000 BP à 28000 BP
(Djindjian 1993a, 1993b ; Djindjian et al. 2003), voire 25000 BP (Delporte 1991). Les
2industries lithiques attribuées à l’Aurignacien récent se retrouvent sur une grande partie de
l'espace européen : depuis la façade atlantique (e. g. Delporte 1984, 1991 ; Djindjian 1986,
1993a, 1993b, 2002 ; Peyrony 1933, 1934 ; Rigaud 1982b, 1993 ; Sonneville-Bordes 1960,
1982), en passant par l’Europe du Nord et centrale (e. g. Delporte 1963 ; Flas 2006 ; Hahn
1977, 1982a, 1982b ; Oliva 1982 ; Otte 1979 ; Sachse-Kozlowska 1982 ; Valoch 1982) avec
des extensions probables au Proche-Orient (Lucas 2000 ; Ploux et Soriano 2003 ; Soriano
1998 ; Tixier 1974) et ce, par opposition à l'Aurignacien ancien qui semble confiné au Sud-
Ouest de la France et au Jura Souabe en Allemagne (e. g. Bon 2002 ; Bordes 2002 ; Flas
2006 ; Teyssandier 2007).
Approcher le techno-complexe aurignacien, quel que soit le domaine d’étude privilégié
(industrie lithique, industrie osseuse, stratégie de subsistance, art figuratif, restes humains …),
revient actuellement à alimenter le débat, ou à traiter des processus mis en jeu lors de « La
Transition » Paléolithique moyen / supérieur (e. g. Teyssandier 2007). Ce « paradigme très
puissant » (Teyssandier et Liolios 2008), réduisant ce moment à des « invasions de peuples
beaucoup plus élevés dans l’échelle des races et dans celle de la civilisation que leurs
prédécesseurs néanderthaliens » (Breuil 1913), sur une échelle géographique large, à la fois
européenne et proche-orientale, voir centre asiatique, a donc largement influencé les études

1 L’utilisation de ce terme ne fait pas encore l’unanimité ( Bon 2006 ; Bordes et al. 2008), d’autres le substituant
au terme d’Aurignacien archaïque ou initial (e.g. Bon 2002, 2006 pour une synthèse).
2 Présence de pièces « carénoïdes », et notamment des burins carénés, voir, lorsqu’elles sont présentes, de
lamelles Dufour.
2menées sur les débuts du Paléolithique supérieur en général, et de l’Aurignacien en
particulier.
L’attention portée aux premières manifestations de l’Aurignacien a induit une meilleure
compréhension des systèmes techniques en matières dures animales (Hahn 1988a et b ;
Knecht 1991, 1992 ; Leroy-Prost 1974, 1975a et b, 1979 ; Liolios 1999, 2004), des activités
symboliques et artistiques (Hahn 1992, 1995 ; Delluc et Delluc 1991 ; Taborin 1993 ;
Vanhaeren 2002 ; Vanhaeren et d’Errico 2006 ; White 1989, 1993a, 1993b), ainsi que des
systèmes de productions lithiques (e. g. Bon 1996, 2002 ; Bon et al. (Eds.) 2002 ; Bordes
2002, Chiotti 1999, 2000, 2003 ; Flas 2006 ; Le Brun-Ricalen 1993 ; Le Brun-Ricalens et al.
(Eds.) 2005 ; Teyssandier 2000, 2003, 2007 ; Tsanova 2007).
Il est communément admis que ce techno-complexe est l’œuvre des Hommes
anatomiquement modernes (depuis Breuil 1913, jusqu’à Bailey et Hublin 2005 ; Bailey et al.
2009). Cette association ne fait cependant pas l’unanimité, en particulier pour les phases
anciennes de l’Aurignacien (Conard et al. 2004 ; Henry-Gambier et al. 2004). Les vestiges
humains de ces périodes demeurent rares et fragmentaires, principalement sous la forme de
restes dentaires (Churchill et Smith 2000), limitant de fait toute généralisation.
Les restes dont l’attribution taxinomique à l’Homme moderne ne semble pas poser de
problème concernent essentiellement les phases postérieures à l’Aurignacien ancien (Henry-
Gambier 2007 ; Trinkaus 2007). Parmi les sites du Sud-Ouest de la France attribués aux
phases récentes de l'Aurignacien et ayant livré des restes humains, nous pouvons citer Les
Rois (Mouthon et Joffroy 1958 ; Vallois 1958, Michel et al. 2008), Les Vachons (Ferembach
1957) et La Gravette (Lacorre 1960).
La révision de différentes sépultures datées de l’Aurignacien a souvent conduit à leur
rajeunissement. En effet, une parure associée aux squelettes de Cro-Magnon a été datée de 27
680 ± 270 BP, indiquant une origine plutôt gravettienne de ces sépultures (Henry-Gambier
2002). De même, le squelette découvert à la grotte du Bouil Bleu à Saint-Porchaire en
Charente-Maritime, a été daté de la période Gallo-Romaine (Foucher et al. 1995). Enfin, les
quelques 70 squelettes du Gros du Charnier à Solutré sont datés du haut Moyen Âge (Combier
et Montet-White 2002).
Les restes humains de Vogelherd dans le Jura Souabe ont été datés du Néolithique, entre 5000
et 4000 BP (Conard et al. 2004). Enfin, le squelette de la « Red Lady » à Paviland serait
probablement plus récent et à rapprocher du Gravettien ancien (Jacobi et Higham 2008).
3Concernant les nombreux restes humains retrouvés à Mladec en Moravie (République
Tchèque), si l'attribution culturelle reste controversée (Oliva 1993), et essentiellement
caractérisée par la présence de sagaies losangiques de type Mladec (le reste du mobilier
lithique est peu caractéristique), les dates directes obtenues sur différents sujets indiquent un
âge aux alentours de 31 000 BP (Wild et al. 2006), les plaçant dans la fourchette
chronologique de l’Aurignacien. De la même manière, les restes d’hommes modernes de
Pestera cu Oase en Roumanie, daté d’environ 35.000 BP, ne sont associés à aucun contexte
industriel (Trinkaus et al. 2003).
Aucune sépulture en pleine terre ne semble exister pour cette période, sauf peut-être à la
Cueva Morin, où des négatifs de quatre ensembles sépulcraux attribués au Protoaurignacien
(mais sans reste osseux) ont été décrits (Freeman 1982).
1. Problématique générale
Ces dernières années, le nombre d’études technologiques portant sur des ensembles
aurignaciens s’est vu considérablement augmenté (e. g. Bon 1996, 2002 ; Bon et al. (Eds.)
2002 ; Bordes 2002, 2006 ; Chazan 1999 ; Chiotti 1999, 2000, 2003 ; Le Brun-Ricalens
1993 ; Le Brun-Ricalens et al. (Eds.) 2005 ; Lucas 1997, 1999 ; Teyssandier 2000, 2003,
2007 ; Tsanova 2007). Comme nous l’évoquions précédemment, ces analyses ont été
motivées, de manière consciente ou non, et en supplément d’une caractérisation techno-
économique, pour alimenter le débat portant sur la transition Paléolithique moyen /
Paléolithique supérieur. Ceci n’a malheureusement pas permis un développement synchrone
des études sur l’ensemble de l’Aurignacien, et sur les phases récentes en particulier, tombées
alors peu ou prou en oubli. Fort de ce constat, notre démarche fut différente. C’est par le biais
d’une approche tencho-économique de différentes séries lithiques datées de la fin du techno-
complexe Aurignacien, entre 32 000 et 27 000 BP (soit probablement les deux tiers de sa
durée totale), que nous avons souhaité aborder les variations chronologiques de celui-ci, en
passant outre les phases anciennes, actuellement les mieux individualisées. Il nous paraît en
effet important, voire nécessaire, de comprendre ce que sont les
« spécificités aurignaciennes », si des comparaisons doivent être effectuées, d’une part avec
ce qui précède (industries de transition au sens large, et plus particulièrement
châtelperroniennes), mais aussi avec ce qui suivra, le monde du Gravettien.
Nous proposons donc un réexamen de certaines séquences de référence de l'Aurignacien nord
aquitain, afin de cerner au mieux la varibilité des industries lithiques post Aurignacien ancien.
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