L’indétermination générique dans la prose poétique du symbolisme et du modernisme (domaines francophone et hispanophone, 1885-1914), Generic indetermination of poetic prose in symbolist and modernist literature (French and Hispanic fields, 1885-1914)

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Sous la direction de Jean-Louis Backès
Thèse soutenue le 20 janvier 2011: Paris 4
Cette thèse étudie les ressorts de l’indétermination générique dans les proses poétiques du symbolisme et du modernisme hispanophone, de 1885 à 1914. L’indéfinition et l’hybridité génériques se manifestent d’abord dans les représentations des formes et des genres, transparaissant dans les discours des écrivains et des critiques. La redéfinition du poétique entraîne la perception d’un continuum entre les formes et entre les genres. La chanson poétique et narrative symboliste et les recueils hétéroclites, associant différentes formes et différents genres illustrent ces phénomènes. Dans ce contexte, le genre du poème en prose tend à se confondre avec un genre limitrophe comme le conte. Cette indéfinition générique s’observe dans les textes, à travers différentes voies de poétisation du récit : la discontinuité, le statisme et la répétition, qui permettent d’explorer d’autres modes de représentation du temps, et de jouer sur l’ambiguïté référentielle.
-Genres littéraires
-Conte
-Poème en prose
-Symbolisme
-Modernisme
This thesis seeks to examine the mechanisms of generic indetermination in the poetic prose of francophone symbolists and hispanic modernists from 1885 to 1914. Generic indetermination and hybridity tend to appear at first in representations of forms and genres, and in the discourse of writers and critics. The new definition of the poetic category leads to the perception of a continuum between different forms and genres. The narrative poetic symbolist song and the heterogeneous collections mixing different types are an example of this tendency. In this case, the genre of prose poem tends to merge with contiguous genres such as the tale. The absence of generic definition may be observed in discontinuity, immobility and repetition which allow the exploration of other modes of time representation and the play on referential ambiguity.
-Gender
-Tale
-Poetry
Source: http://www.theses.fr/2011PA040001/document
Publié le : samedi 29 octobre 2011
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UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE




ÉCOLE DOCTORALE III (Littératures française et comparée)


T H È S E
pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE
Spécialité : Littérature comparée
Présentée et soutenue par :
Émilie YAOUANQ TAMBY

le 20 janvier 2011


L’INDÉTERMINATION GÉNÉRIQUE
DANS LA PROSE POÉTIQUE
DU SYMBOLISME ET DU MODERNISME
(DOMAINES FRANCOPHONE ET HISPANOPHONE, 1885-1914)


Sous la direction de :

Monsieur Jean-Louis BACKÈS Professeur émérite, Paris IV-Sorbonne


JURY:

Monsieur Dominique COMBE Professeur, École Normale Supérieure, rue
d’Ulm

Monsieur Emmanuel LE VAGUERESSE Professeur, Université de Reims
1



2 Remerciements


Je tiens tout d’abord à remercier chaleureusement mon directeur de thèse, Monsieur
Jean-Louis Backès, pour sa bienveillance, ses encouragements, pour sa curiosité insatiable
et vivifiante, et pour m’avoir fait partager sa passion du détail. Je remercie ma mère
Armelle Yaouanq, pour son soutien et son écoute indéfectibles. Je suis reconnaisante à ma
famille et à mes proches, en particulier Nathalie Ferron, pour leur patience et leurs
encouragements, pendant toutes ces années. Merci à toute la famille Roger-Lacan, qui m’a
aidée à mener à bien ces recherches, par son accueil fraternel. Je tiens encore à exprimer
ma reconnaissance à Agnès Lhermitte pour ses précieux conseils, à mon vigilant
correcteur Thomas Savary, à Andrew Hunter, Loraine Pierron, Estelle Soulignac et Aurélie
Crouzet, pour leurs aides techniques. Enfin, ce travail aurait difficilement pu aboutir sans
le soutien quotidien, culinaire, moral et intellectuel, de mon époux Jean-Luc Tamby.

3

4 Avertissement sur les traductions

Cet ouvrage comprend un grand nombre de citations en langues étrangères. Dans
certains cas où il existait une traduction en français de l’œuvre citée, nous y avons eu
recours, et la traduction est suivie d’une notice bibliographique. Nous avons tenté de nous
acquitter de cette tâche dans les autres cas, ou quand une traduction plus littérale était
nécessaire à la compréhension de notre propos. Ce sont les traductions qui ne sont pas
suivies d’une notice bibliographique.

5



6 Sommaire
Remerciements ..................................................................................................................... 3
Avertissement sur les traductions ...................... 5
Sommaire .............................. 7
Introduction ......................................................................................................................... 9
Première partie : L’indéfinition et l’hybridité génériques à l’époque symboliste et
moderniste .......................... 31
1. Les représentations de la poésie et des formes à l’époque symboliste ................... 35
2. Quels discours sur le conte ? ...................................................................................... 73
3. La chanson populaire au carrefour des formes et des genres ............................... 103
4. Recueils hétéroclites .................................................................................................. 147
Deuxième partie : l’insaisissable conte symboliste ........................ 233
1. La discontinuité ......... 237
2. Statisme et répétition ................................................................................................ 405
Conclusion ........................................................ 543
Bibliographie .................................................................................... 549
Bibliographie primaire .................................................................................................... 549
Bibliographie secondaire . 569
Bibliographie sur les auteurs .......................................................................................... 581
Table des matières ........................................................................................................... 591
Index des noms propres .. 595


7


8 Introduction

Le tournant du dix-neuvième siècle est, tant en Europe qu’outre Atlantique, une
époque de foisonnement formel, qui voit la naissance de la modernité poétique. Avec le
développement du poème en prose et l’apparition du vers libre, c’est tout le système des
genres qui est bouleversé. Plus précisément, il faut trouver de nouveaux critères pour
définir la poésie, dans la mesure où le mètre n’est plus un outil discriminant
incontournable. La musique sera un recours, car le rythme permet de rendre compte d’un
travail du matériau langagier qui ne soit pas forcément le vers, et la multiplicité des
acceptions du mot « musique » est parfaitement adaptée à cette époque qui hésite encore
entre expressivité, suggestion et prééminence de la forme. La définition moderne de la
poésie voit le jour chez Poe et Baudelaire, mais surtout chez Mallarmé, qui formule dans
Crise de vers le rejet de l’usage ordinaire du langage, à des fins utilitaires :
Un désir indéniable à mon temps est de séparer comme en vue d’attributions différentes le double
état de la parole, brut ou immédiat ici, là essentiel.
Narrer, enseigner, même décrire, cela va et encore qu’à chacun suffirait peut-être pour échanger la
pensée humaine, de prendre ou de mettre dans la main d’autrui en silence une pièce de monnaie,
l’emploi élémentaire du discours dessert l’universel reportage dont, la littérature exceptée, participe
1
tout entre les genres d’écrits contemporains .
2Comme l’a montré Dominique Combe dans Poésie et récit , ces propos ont donné lieu au
début du vingtième siècle à une conception de la poésie excluant le récit et la description,
et au mythe d’une poésie pure, autonome par rapport au réel, et refusant la mimèsis.
Au sein de cette époque charnière des années 1880-1890, des innovations du côté
de la prose et du vers libre, voisinant avec la pratique de la poésie versifiée rigoureuse, se
manifestent dans une production abondante, qui explore les rencontres, les ruptures, les
mélanges de formes, les frontières et les transitions entre les genres. Les proses brèves
connaissent un essor, qu’explique en partie le mode de publication dans les journaux et
dans les revues littéraires, où la nouvelle littérature trouve un espace d’expression
privilégié. Mais souvent à la charnière entre prose et poésie, et entre poésie et récit, elles
ont un statut générique problématique.


1
Stéphane Mallarmé, Crise de vers [The National observer, 26 mars 1892], dans Igitur. Divagations. Un
Coup de dés, Paris, Gallimard, 1976, p. 251.
2
Dominique Combe, Poésie et récit : une rhétorique des genres, Paris, Corti, 1989.

9 État des lieux
3On est loin d’avoir exploré tout ce pan de la littérature symboliste et moderniste .
En effet, dans l’étude de ces mouvements aux aspirations idéalistes et subjectivistes, qui
érigeaient au sommet des genres littéraires la poésie, plus propice à l’évocation des idées et
des mystères du moi, il était naturel que la prose passe au second plan. Les recherches se
sont d’abord concentrées sur la poésie symboliste, à l’instar du Message poétique de
symbolisme (1947) de Guy Michaud, ou de La Crise des valeurs symbolistes. Vingt ans de
poésie française 1895-1914 (1960) de Michel Décaudin. On peut remarquer que
l’Encyclopédie du symbolisme, publiée en 1979, n’évoque presque jamais la prose, dans le
chapitre qu’elle consacre à la littérature. Bertrand Marchal privilégie, lui aussi, le versant
poétique du mouvement, dans Lire le symbolisme (1993), même s’il consacre un chapitre
au roman. Une deuxième raison au manque d’intérêt suscité par les proses brèves
symbolistes vient de l’indétermination générique déconcertante que l’on y découvre. Un
grand nombre de ces textes restent à l’écart de tous les genres littéraires consacrés.
L’important travail de description et de théorisation suscité par le poème en prose a
contribué, en partie, à jeter dans l’ombre des productions qui ne correspondaient pas à la
définition du genre. Dans son ouvrage de référence sur la question, Suzanne Bernard
définit le poème en prose par les critères de la brièveté, de la concentration et de
4l’autonomie . Le poème en prose n’a aucune fin en dehors de lui-même, ni narrative, ni
démonstrative, et la composition, la dimension spatiale, la recherche de simultanéité s’y
opposent à la linéarité et au développement temporel. Suzanne Bernard souligne
également, à plusieurs reprises, que le poème en prose refuse le lyrisme, depuis Aloysius
Bertrand. Ces critères ont été souvent repris par les critiques postérieurs. Or beaucoup de
proses symbolistes correspondent mal à cette définition, parce qu’elles sont trop longues,
trop narratives, trop descriptives, trop rhapsodiques... Les critiques modernes ont souvent
été sévères à l’égard de ces œuvres qui défient les classifications. Que faire du Livre de
Monelle de Marcel Schwob, de Thulé des brumes d’Adolphe Retté ? « Malheureusement
Retté n’a pas su choisir entre de véritables poèmes en prose et une sorte de récit poético-
onirique où des visions de rêves, d’abord fragmentaires, finissent par s’enchaîner pour
5constituer l’aventure intérieure d’un personnage nommé Ŗle pauvreŗ », juge Yves Vadé.

3 Une seule thèse, à notre connaissance, est exclusivement consacrée au conte symboliste : Michael Sadler,
The Symbolist short story, with special reference to Edouard Dujardin, Henri de Régnier, Albert Samain,
Remy de Gourmont, Marcel Schwob and Marcel Proust, thèse de doctorat présentée à Oxford en 1972.
4
Suzanne Bernard, Le Poème en prose de Baudelaire à nos jours, Paris, Nizet, 1959.
5 Yves Vadé, Le Poème en prose et ses territoires, Paris, Belin, 1996, p. 77.
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