L'œuvre de Marguerite Duras ou L'expression d'un tragique moderne, The work of Marguerite Duras or The expression of a modern tragic

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Sous la direction de Gisèle Séginger
Thèse soutenue le 09 décembre 2008: Paris Est
Le tragique semble être au coeur de la littérature contemporaine. En effet, la mort de la tragédie classique ne signifie pas la disparition du tragique. Au contraire, celui-ci survit et prend de nouvelles formes. C’est précisément cette « nouvelle forme » que nous analysons dans notre thèse intitulée « L’oeuvre de Marguerite Duras ou l’expression d’un tragique moderne ». L’oeuvre durassienne participe de ce que Jean-Marie Domenach nomme « le retour du tragique ». Notre étude porte sur la vision tragique de Duras. Elle examine aussi l’évolution du tragique durassien en le comparant souvent au tragique antique. Nous essayons, également, les rapports complexes qui existent, chez Duras, entre le tragique et le comique. Nous tentons, en outre, de voir comment Duras réussit à dépasser ce tragique moderne en développant une ethétique du détachement
-Tragique moderne
-Évolution du tragique
The tragic seems to be at the heart of contemporary literature. Indeed, the death of the tragedy does not mean taht the tragic has disappeared. On the contrary, the latter has survived and has taken on new forms. It is pricesely this “new form” that we analyze in our thesis entitled “The work of Marguerite Duras or the expression of a modern tragic”. Duras’work is part of what Jean-Marie Domenach names “the return of the tragic”. Our thesis studies Duras’s vision of the tragic. It also examines the evolution of this tragic as we compare it with the tragic of the Antiquity. We also try to study the complex link between the tragic and the comic in Duras’s work. We attempt to inderstand how Duras succeeds in surpassing the modern tragic as she develops an aesthetic of detachment
-Tragic
-Comic
-Laughter
-Detachment
Source: http://www.theses.fr/2008PEST0206/document
Publié le : jeudi 27 octobre 2011
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ECOLE DOCTORALE
CULTURE ET SOCIETE

Thèse de Doctorat
en
Littérature française

Présentée et soutenue publiquement par
Hamida Drissi
Le 09/12/2008
L’œuvre de MMMMargargargarguerite Duras
ou
l’expl’expl’expl’expression d’un trag’un trag’un trag’un tragique moderneique moderneique moderneique moderne

The work of Marguerite Duras
or
the expression of a modern tragic

Sous la direction de
Madame Gisèle Séginger

Jury:
Professeur Gisèle séginger
Professuer Bernard Alazet
Professeur Samir Marzouki




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Remerciements

Je tiens tout d’abord à remercier la Directrice de cette thèse, Madame Gisèle Séginger
pour l’intérêt qu’elle a accordé à ce travail et pour ses conseils avisés. Je lui suis très
reconnaissante pour sa constante disponibilité et son aide précieuse.
Je voudrais témoigner toute ma gratitude à Madame Jeanne-Marie Clerc pour sa lecture
attentive de la présente thèse et ses remarques judicieuses. Sa générosité et son humanité
m’ont encouragée tout au long de ce projet.
Ma reconnaissance va également à Monsieur Samir Marzouki, qui m’a initiée à la
littérature française et qui m’a donné le goût et la passion de la recherche. Je le remercie
pour sa confiance et sa bienveillance.

Mes remerciements vont aussi à ma famille pour son soutien et sa foi infaillible dans
l’achèvement de mes travaux.

Un grand merci à Madame Geneviève Kindo qui a éclairé mes nombreuses questions et
ignorances dans le domaine informatique. Sa gentillesse et son appui m’ont été précieux.

Je remercie également Géraldine Vogel, Stefania Tortora, Sameh Jouini, Sophie Carvalho
et Nicolas Kempf qui m’ont entourée durant ces années et qui ont jalonné mon parcours
d’encouragements répétés. Leur soutien inconditionnel a contribué à raffermir ma
persévérance.
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Résumé
Le tragique semble être au cœur de la littérature contemporaine. En effet, la mort
de la tragédie classique ne signifie pas la disparition du tragique. Au contraire, celui-ci
survit et prend de nouvelles formes. C’est précisément cette « nouvelle forme » que nous
analysons dans notre thèse intitulée « L’œuvre de Marguerite Duras ou l’expression
d’un tragique moderne ». L’œuvre durassienne participe de ce que Jean-Marie
Domenach nomme « le retour du tragique ». Notre étude porte sur la vision tragique de
Duras. Elle examine aussi l’évolution du tragique durassien en le comparant souvent au
tragique antique. Nous essayons, également, les rapports complexes qui existent, chez
Duras, entre le tragique et le comique. Nous tentons, en outre, de voir comment Duras
réussit à dépasser ce tragique moderne en développant une ethétique du détachement.


Mots-clés : Marguerite Duras, tragique, comique, rire, détachement.




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Abstract
The tragic seems to be at the heart of contemporary literature. Indeed, the death of
the tragedy does not mean taht the tragic has disappeared. On the contrary, the latter has
survived and has taken on new forms. It is pricesely this “new form” that we analyze in
our thesis entitled “The work of Marguerite Duras or the expression of a modern
tragic”. Duras’work is part of what Jean-Marie Domenach names “the return of the
tragic”. Our thesis studies Duras’s vision of the tragic. It also examines the evolution of
this tragic as we compare it with the tragic of the Antiquity. We also try to study the
complex link between the tragic and the comic in Duras’s work. We attempt to inderstand
how Duras succeeds in surpassing the modern tragic as she develops an aesthetic of
detachment.

Keywords: Marguerite Duras, tragic, comic, laughter, detachment.



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INTRODUCTION
Marguerite Duras est un des écrivains qui aura le mieux marqué son époque. En
effet, en un demi-siècle de création protéiforme, elle aura non seulement imposé son nom
e
dans la littérature du XX siècle, mais elle aura aussi provoqué des réactions
contradictoires et passionnées qui ne se sont pas éteintes avec elle. Elle est présente sur
1toutes les scènes: à la télévision, dès 1964, dans un entretien avec Paul Soban à propos
de la publication du Ravissement de Lol V. Stein, ensuite en 1984 dans l’émission
2Apostrophes de Bernard Pivot à l’occasion de l’obtention du prix Goncourt avec
L’Amant, pour ne citer que ces apparitions sur le petit écran parmi tant d’autres ; à la
3
radio, par exemple, dans Le Bon plaisir diffusé par France Culture ; dans les journaux
ainsi qu’en témoignent ses chroniques à France-Observateur ou encore ses articles dans
Libération comme « sublime, forcément sublime », article violemment controversé, écrit
4
au sujet du fait divers connu sous le nom de l’« affaire Grégory » ; sur la scène politique
aux côtés de François Mitterrand avec lequel elle eut une série d’entretiens, parus dans
5L’Autre journal ; sur la scène sociale en participant activement aux événements de mai
1968 et en soutenant la révolte des étudiants ; au cinéma, que ce soit en tant que
6
réalisatrice, actrice de ses propres films comme pour Le Camion, ou que ce soit en
7participant à des films comme celui d’Hiroshima mon amour réalisé par Alain Resnais.
Marguerite Duras apparaît ainsi sous bien des visages : intellectuelle de gauche,
polémique ou scandaleuse.

1
Entretien retransmis dans Lire et Écrire n°8 : F. comme fiction : Marguerite Duras, émission de décembre
1993, de Pierre Dumayet. Réalisation de Robert Bobert, La Sept/Arte
2
Émission Apostrophes de Bernard Pivot, réalisée par Jean-Luc Léridon et Jean Cazenave, Antenne 2,
diffusée le 28 septembre 1984.
3 Le Bon plaisir, une émission de France Culture (Radio-France), diffusée le 20 octobre 1984, réalisée par
Marianne Alphant avec Denis Roche, Jean Daniel et les comédiens Gérard Desarthe, Nicole Hiss et
Catherine Sellers.
4
Marguerite Duras, « Sublime, forcément sublime », dans Libération, 17 juillet 1985.
5
L’autre journal, 26 février-4 mars 1986.
6 Le Camion, film réalisé en 1977.
7 Hiroshima mon amour, scénario et dialogues de Marguerite Duras. Film réalisé par Alain Resnais en
1959.
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Et pourtant, combien semble insaisissable l’œuvre de cet écrivain dont le nom est
8 9
si connu. Les biographies se succèdent : Alain Vircondelet, Frédérique Lebelley, Laure
10
Adler, pour ne citer que les plus connus, ont chacun donné leur version de la vie de
Marguerite Duras, en soulignant les zones d’ombres qui demeurent après leur analyse.
Quant aux productions de Marguerite Duras, elles suscitent encore et toujours l’intérêt :
11
les critiques se réunissent autour de colloques, comme celui qui fut organisé à Lyon ou
12
encore celui qui a eu lieu à Göteborg, sans que jamais une interprétation ne réussisse à
mettre fin aux interrogations que soulève l’écriture de Marguerite Duras. Par ailleurs, le
nombre d’études universitaires consacrées à cet écrivain est important et ne cesse
d’augmenter. C’est cet aspect d’une écriture porteuse de mystères, auxquels plusieurs
13écrivains, philosophes, critiques et étudiants se sont confrontés, qui nous a séduit.
14
En réalité, c’est une expérience un peu similaire à celle que décrit Laure Adler,
qui nous a poussé à nous consacrer à l’œuvre entière de Marguerite Duras : comme elle,
c’est la lecture, presque fortuite, d’un roman, Un barrage contre le Pacifique, qui nous a
engagé dans une longue traversée de son œuvre. Ce texte de jeunesse, nous semblait-il,
paraissait emblématique de multiples aspects de la pensée contemporaine, tant par les
idées qu’il véhiculait que par la vision tragique du monde et de la condition humaine qu’il
déployait. Il soulevait des questions qui nous préoccupaient, questions aussi primordiales
qu’existentielles, dans la mesure où elles traitaient des sujets tels que le malheur de
l’homme moderne, la fuite du temps, le sens de la vie et de la mort. Mais comme ce
roman n’a eu d’autres effets que d’attiser notre curiosité et d’amplifier l’intensité de nos
questionnements, nous nous sommes intéressé à d’autres livres de cet écrivain. Notre but
était de trouver, quelque part dans ses ouvrages des solutions aux difficultés de
l’existence humaine aussi justement posées. Or, contrairement à nos attentes, et après
avoir épuisé tout ce que Marguerite Duras a publié, nous restions aussi démuni à la

8
Alain Vircondelet, Biographie de Marguerite Duras, Ed. Seghers, coll. « Ecrivains de toujours », Paris,
1972.
9
Frédérique Lebelly, Duras ou le poids d’une plume, Ed. Grasset, Paris, 1993.
10
Laure Adler, Marguerite Duras, Ed. Gallimard, Paris, 1998.
11 Le colloque « Duras et l’intertexte » a lieu à Lyon le 6 et 7 décembre 2002 et a été publié en 2005 sous le
titre Les lectures de Marguerite Duras, textes rassemblés et présentés par Alexandra Saemmer et Stéphane
Patrice, Ed. Presses Universitaires de Lyon, 2005.
12
Ce colloque a eu lieu à Göteborg le 10 et 12 mai 2007 et a été publié sous le titre de Marguerite Duras et
la pensée contemporaine. Actes du colloque international, sous la direction d’Eva Ahlstedt et Catherine
Bouthros-Paillart, Göteborg Universitet, « Romanica Gothoburgensia », LIX, 2008.
13 L’adjectif ou le participe se rapportant à « nous » lorsqu’il désigne une seule personne se met au
singulier. Cf. Grévisse, § 495, 1.
14
Laure Adler, Marguerite Duras, op. cit., p. 9.
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dernière lecture qu’à la première lecture des œuvres écrites par l’auteur. Toutefois, bien
que privé d’une philosophie consolatrice ou d’une proposition de ligne de conduite à
suivre pour lutter contre le tragique inhérent à la vie de l’homme, nous sortions tout de
même raffermi de notre lecture et rempli d’une force nouvelle : tout se passait comme si
nous étions subitement, sans raison apparente, à la fois conscient de la nature du tragique
qui nous accablait, et plus enclin à l’accepter pour mieux le dépasser et vivre sereinement.
C’est précisément la coexistence de ces deux sentiments contradictoires, que tout être
humain connaît, qui a retenu notre attention. En d’autres termes, il nous est apparu que ce
qui domine dans notre existence, comme dans l’œuvre entière de Marguerite Duras, c’est
l’absurdité de la vie et son inanité et non pas le sentiment de certitude et de bonheur pré-
posé dont nous n’aurions plus qu’à nous saisir.
Précisons toutefois que le tragique durassien est différent du tragique de la
tragédie classique, définie par Aristote comme étant « l’imitation d’une action de
caractère élevé et complet d’une certaine étendue, dans un langage relevé […], imitation
qui est faite par des personnages en action et non au moyen d’un récit, et qui, suscitant la
15
pitié et la crainte, opère la purgation propre à pareilles émotions ». Cette identité entre le
"tragique" et "la tragédie" persiste jusqu’à la fin de la tragédie classique élaborée au
eXVII siècle, qui, dans une écriture spécifique, reprend, notamment chez Corneille et
e
Racine, les thèmes des tragédies antiques. En effet, à partir du XIX siècle, le sens du
terme "tragique" évolue dans la mesure où il se sépare de la tragédie. Celle-ci, déjà
econtestée au XVIII siècle, est alors abandonnée au profit du drame romantique. Que
e
devient alors le tragique ? Peut-il même y avoir un tragique au XX siècle ? Et sous quelle
forme ?
16La "mort de la tragédie", pour reprendre le titre de Georges Steiner, ne signifie
pas pour autant la mort du tragique. Au contraire, nous pensons, à la suite de Jean-Marie
17
Domenach, que l’époque contemporaine connaît "le retour du tragique". Celui-ci
déborde le cadre da la pièce théâtrale et investit d’autres genres comme le roman ou la
poésie, ou encore le cinéma. En outre, l’évolution du contexte social et historique
participe à la création de nouvelles formes de la conscience tragique chez l’homme. Ces
dernières s’écartent peu à peu de la définition aristotélicienne du tragique et instaurent
d’autres critères tragiques plus adaptés à l’époque moderne. En effet, les dérives

15 Aristote, Poétique, texte établi et traduit par J. Hardy, Ed. Les Belles Lettres, Paris, 1961, p. 36-37.
16 Georges Steiner, La mort de la tragédie, Ed. du Seuil, Paris, 1956.
17
Jean-Marie Domenach, Le Retour du tragique, Ed. du Seuil, Paris, 1967.
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