La justice comme sollicitude : de Ronald Dworkin à la question de l'éducation, Justice as Care : ?From Ronald Dworkin Toward Education

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Sous la direction de Alain Renaut
Thèse soutenue le 08 décembre 2008: Paris 4
Cette thèse porte sur la théorie de la justice comme égal respect et sollicitude de Ronald Dworkin. Nous y étudions l’interaction entre ses principes et le développement de l’identité de l’agent. L’intuition qui l’anime concerne le problème de la commensurabilité posé par les compréhensions de la justice fondées en égale liberté : comment s’assurer que les individus disposent réellement d’une liberté égale? Nous suggérons que l’actualisation de l’égal respect et sollicitude aurait pour effet secondaire l’assimilation du sujet aux circonstances qui l’entourent à cause des comparaisons nécessaires à l’identification de son dû. Cette dynamique se manifesterait par une différenciation nuisible au maintien du lien politique de la communauté. L’égalité libérale devrait donc accorder une importance particulière à l’éducation comme développement de la capacité d’action. En appui sur les deux principes de dignité humaine, nous proposons une conception libérale de l’éducation.
-Dworkin
-Justice
-Philosophie politique
-Justice distributive
-Stigmatisation
-Education
-Néoclassicisme
-Républicanisme
This thesis is about Ronald Dworkin’s conception of justice as equal respect and concern from which we study the interaction between its principles and the development of personal identity. The idea behind it is that justice as equal liberty involves a problem of commensurability : how do we ascertain that each individual really has an equal share of freedom? Our hypothesis is that the structure through which equal respect and concern is made tangible may have the side effect of dictating membership, whereby one’s identity is fused with his circumstances, on account of the comparison needed to evaluate what he is entitled to. This dynamic would result in a differentiation which weaken the political bonds within the community. Therefore, liberal equality should give education a special place, as a mean of developing agency and its resilience. Using as stepping stones the two principles of human dignity, we define what a liberal education would entail.
Source: http://www.theses.fr/2008PA040097/document
Publié le : jeudi 27 octobre 2011
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Université Paris IV – Sorbonne
ÉCOLE DOCTORALE V : CONCEPTS ET LANGAGES
THÈSE
pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ PARIS IV – SORBONNE
Discipline : Philosophie
présentée et soutenue publiquement par
Pascal Solignac

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date de soutenance
Titre :
LA JUSTICE COMME SOLLICITUDE :
DE RONALD DWORKIN À LA QUESTION DE
L’ÉDUCATION
Directeur de thèse : M. Alain Renaut
JURY
M. Alain Renaut, professeur en philosophie politique et éthique, Université Paris IV -
Sorbonne
Mme Monique Castillo, professeur en philosophie politique et éthique, Université
Paris XII - Val de Marne
M. Christian Nadeau, professeur en philosophie politique et éthique, Université de
Montréal
M.Pierre-Henri Tavoillot, professeur en philosophie politique et éthique, Université
Paris IV - Sorbonne












VOLUME I
2REMERCIEMENTS

Les remerciements sont toujours en deçà de la dette véritablement due.

Tous mes remerciements vont à mon directeur, Monsieur Alain Renaut, de m’avoir permis
d’entreprendre cette thèse. Ses indications comme ses écrits ont été à chaque fois l’occasion
de découvrir et redécouvrir des pans entiers de la philosophie.

Merci à Monsieur Jean Roy qui m’a transmis son enthousiasme pour la lecture et la re-lecture,
l’écriture et la ré-écriture des textes philosophiques.

Je tiens particulièrement à remercier mes principaux conseillers, relecteurs, interlocuteurs
dévoués, disponibles et patients qu’ont été mon père, Alain Solignac, et Yvette Palardy. Leurs
conseils avisés ont considérablement amélioré et aidé à mener à terme cette tâche qu’est la
rédaction d’une thèse en philosophie. Dans le même esprit, je ne saurai passer sous silence
l’apport significatif et la célérité avec laquelle Kristine Metz a revu la dernière version du
manuscrit.

Sur une note plus personnelle, ce travail n’aurait pas été possible sans le support de mes
parents, Marie et Alain, de mon frère Laurent et de ma petite sœur Sandrine, dont le jeune âge
ne l’a pas empêchée de terminer sa thèse avant moi. Merci aussi à François Laurier dont les
réponses patientes à mes nombreuses questions imprègnent ces pages.

Merci à mes amis grâce à qui les études en philosophie n’ont pas empêché le contact et le
dialogue avec le monde vécu. Merci de nouveau à Kristine, Tomasz, Philippe, Marco, Fred,
l’autre Fred, Luc, Simon, Eve, François, Richard, Max, Elena et, bien entendu, Bruno,
Chantal, Amélie, Vincent, Matys et Cassandre.

Enfin, surtout, je ne saurais trouver les mots pour remercier Catherine qui, par son soutien de
tous les instants, son écoute patiente et ses suggestions, a toujours su insuffler le bonheur en
l’absence duquel il n’est de sens. Tu es la preuve que le plus beau est indicible.


3SOMMAIRE
VOLUME I ................................................................................................................................2
REMERCIEMENTS .................................................................................................................. 3
SOMMAIRE .............................................................................................................................. 4
INTRODUCTION...................................................................................................................... 7
PREMIÈRE PARTIE : LE LIBÉRALISME D’INTÉGRATION ........................................... 27
Chapitre 1. Des pratiques sociales à l’éthique................................................................28
1. L’ANTI-ARCHIMÉDISME DWORKINIEN ........................................................................ 28
2. L’INTERPRÉTATION CRÉATIVE.................................................................................... 32
3. SCEPTICISME CONTRE CONSTRUCTION ÉTHIQUE ....................................................... 48
4. RÉCAPITULATION ........................................................................................................ 77
Chapitre 2. De l’éthique au politique..............................................................................80
1. LE CONTRACTUALISME COMME STRATÉGIE DISCONTINUE........................................ 84
2. LIBÉRALISME INTÉGRÉ : MODÈLE DE DÉFI ET INDIVIDUALISME ÉTHIQUE ................ 91
Chapitre 3. Du politique au droit...................................................................................133
1. PREMIÈRE FIGURE DE L’ÉGALE LIBERTÉ : QU’EST-CE QUE LA DÉMOCRATIE? ....... 133
2. DEUXIÈME FIGURE DE L’ÉGALE LIBERTÉ : LE DROIT-INTÉGRITÉ ET LA
.......................................................................................... 156 COMMUNAUTÉ DE PRINCIPE
3. LE DROIT COMME INTERPRÉTATION : CONVENTIONNALISME, PRAGMATISME ET
INTÉGRITÉ...................................................................................................................... 196
Chapitre 4. Du droit à l’égalité......................................................................................248
1. TROISIÈME FIGURE DE L’ÉGALE LIBERTÉ : L’ÉGALITÉ DE RESSOURCES................. 248
2. UNE SEULE ÉGALE LIBERTÉ : L’ÉGALITÉ EN DROIT.................................................. 254
3. RESPECT ET SOLLICITUDE : LE LIBÉRALISME SOLIDARISTE .................................... 264
4. DROITS AUX RESSOURCES : L’ASSOCIATION CONSTITUTIVE DE L’ÉGALITÉ ET DE LA
LIBERTÉ.......................................................................................................................... 303
5. LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ… CAPABILITÉ? LES THÉORIES CONVERSIONNISTES
DE LA JUSTICE ................................................................................................................ 320
6. RÉCAPITULATION ...................................................................................................... 328
VOLUME II ........................................................................................................................... 331
DEUXIÈME PARTIE : L’ACTUALISATION DE LA JUSTICE COMME SOLLICITUDE
................................................................................................................................................ 332
Liminaire.............................................................................................................................333
Chapitre 5. La précipitation...........................................................................................338
1. LE CYCLE DE L’INTERPRÉTATION ET LE CERCLE DE L’IDENTITÉ ............................ 338
2. JUSTICE DISTRIBUTIVE ET PRÉCIPITATION : L’ASCRIPTION DU BÉNÉFICIAIRE ....... 346
Chapitre 6. Deux lectures de la justice comme sollicitude : néoclassicisme et 
républicanisme...................................................................................................................367
1. LA MEILLEURE FIN POSSIBLE : LE NÉOCLASSICISME DE LÉO STRAUSS................... 367
2. LA CRISE DE LA MODERNITÉ..................................................................................... 371
3. UNE TÉLÉOLOGIE DE L’EXCELLENCE : LE DROIT NATUREL..................................... 386
4. LA JUSTICE COMME SOLLICITUDE SOUS LA LUNETTE NÉOCLASSIQUE .................... 400
45. UNE QUESTION DE DOMINATION : LA LIBERTÉ RÉPUBLICAINE ................................ 426
6. LIBERTÉ, ÉGALITÉ, PARTICIPATION.......................................................................... 436
7. LA PRÉCIPITATION COMME DÉVIANCE DE L’IMPERIUM ........................................... 451
Chapitre 7. L’éducation libérale....................................................................................471
1. PRODUIRE LES PRODUCTEURS : ÉDUCATION JUSTE, ÉDUCATION À LA JUSTICE ...... 471
2. L’ÉDUCATION CONTEMPORAINE ............................................................................... 479
3. L’ÉDUCATION DU LIBÉRAL INTÉGRÉ......................................................................... 488
4. L’ÉDUCATION DÉMOCRATIQUE D’AMY GUTMANN .................................................. 496
5. UN EXCÈS DE PROJET ÉDUCATIF ?............................................................................. 497
6. UN MANQUE DE PROJET ÉDUCATIF ? 502
7. L’ÉTAT DÉMOCRATIQUE DE L’ÉDUCATION .............................................................. 515
8. DISCUSSION : QUELLE ÉDUCATION POUR LA JUSTICE COMME SOLLICITUDE? ........ 523
CONCLUSION ...................................................................................................................... 539
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................. 556
1. MONOGRAPHIES......................................................................................................... 556
2. OUVRAGES COLLECTIFS ............................................................................................ 562
3. OES DE RÉFÉRENCE........................................................................................ 564
4. ARTICLES DE PÉRIODIQUES ....................................................................................... 564
5. DOCUMENTS ÉLECTRONIQUES .................................................................................. 566
TABLE DES MATIÈRES ..................................................................................................... 567

5Les ouvrages de Ronald Dworkin sont indiqués selon les sigles suivants :
DPH : Is democracy possible here ?
ED : L’empire du droit
FL : Freedom’s law
JR : Justice in robes
LD : Life’s dominion
PDS : Prendre les droits au sérieux
QP : Une question de principe
SV : Sovereign virtue

6INTRODUCTION
La justice est équivoque. À la fois idéal, institution ou revendication, elle semble
n’exister que pour être disputée, au lieu d’être rendue. De plus, elle est fragile; en fait, toutes
les controverses qui l’entourent exhibent plus ses limites que ses forces. Pourtant, à l’origine,
il s’agissait de quelque chose de simple, presque prosaïque. À chacun son dû, ou « suum
cuique tribuere », d’après la formule consacrée. D’où l’image classique de la balance et du
glaive, mesurant les proportions, récompensant les mérites et punissant le reste, le tout dans
les mains d’une femme aux yeux bandés, symbole d’impartialité et de justice aveugle.
Ainsi commencent les problèmes car la justice n’est pas aveugle; pas plus que la
définition traditionnelle n’est complète. Il lui manque une préposition : selon. À chacun son
dû selon…? Alors les discussions, querelles et autres polémiques reprennent de plus belle;
d’aucuns mentionnent la vertu tandis que d’autres brandissent les besoins; on parle de sphères
de justice, de pluralité, de communauté, de capacité, de bien-être ou de ressources matérielles.
Dans un esprit de précision, des cadres sont instaurés; la justice devient judiciaire, juridique,
politique, économique, internationale ou culturelle. Enfin, de statut, elle se décline selon ses
fonctions et distribue, rétribue, commute. À défaut d’unanimité, le sujet est le ferment d’une
créativité inégalée.
Mais pourquoi parler de justice? Qu’en attendre pour qu’elle suscite un débat dont la
permanence ne s’est jamais démentie? De façon abstraite, on pourrait suggérer qu’à la justice
correspond la recherche d’un guide des actes. Elle se tourne ainsi vers ce qui n’est pas encore
pour indiquer ce qu’il convient de faire. Dans ce rapport à l’agir, la justice se pose comme
sélectrice des objets et des modalités d’action. Elle désigne, selon une fonction de légitimation
ou d’amélioration des actions, ce sur quoi il vaut la peine, mieux, il est impérieux d’agir, et
selon quelles modalités. De ce point de vue, à partir de la problématique de l’action — que
doit-on faire? —elle touche celle du pouvoir, de l’effectivité — que peut-on faire? —, pour
les intégrer dans une dynamique réciproque : d’une part, que peut-on devoir faire, que nous
7incombe-t-il de faire pour une puissance donnée, d’autre part, que doit-on pouvoir faire, que
doit-on chercher à pouvoir faire advenant l’impuissance des moyens?
Enjeu non négligeable dont le terme « recherche » ne rend pas pleinement compte : la
justice est traversée de part en part de son rapport au pouvoir. Elle en justifie l’usage qu’elle
prétend réguler, mais elle en présuppose la concentration afin de s’exercer. Pour peu que ce
dialogue s’instaure à une échelle collective, et la justice se pose comme la réflexion normative
sur l’élément qui semble y être le plus réticent, le politique. De même, l’expression « guide
des actions » relève de l’euphémisme. Car il s’agit bel et bien d’influencer des vies,
d’interdire certains projets et d’en permettre d’autres, de poser des structures, de coordonner
les personnes, bref, de mouler les volontés individuelles et collectives. Or, volonté et pouvoir
font mauvais ménage : la première ne s’accommode du second que si elle en a le plein usage
alors que ce dernier ne se mesure qu’au nombre des premières qui s’y plient.
À la justice donc d’ordonner, de peser sous les auspices de la raison cette tension des
passions qui incite chacun à apprécier une règle pourvu qu’elle ne s’applique qu’au voisin.
Aussi, il semble bien que sa manifestation initiale ait été la réciprocité des limites : si j’y suis
obligé, si je dois m’y soumettre, qu’il en soit ainsi pour les autres. De même, si tous adhèrent
au projet d’individus justes vivant dans une société juste, chacun en conserve une
représentation qui lui est propre, autant pour lui-même que pour autrui. Non que la recherche
de la justice soit dépourvue de motivations altruistes, elle s’en prévaut autant que d’intérêts
bien compris, mais bien parce qu’elle porte à conséquence. La quantité de délibérations autour
de la justice et de ses modalités est en proportion des résultats attendus ou redoutés.
L’unanimité autour de la question se retourne ainsi contre elle et en fait un pandémonium de
significations. La justice devient l’idée normative première, à laquelle tout état de fait
politique ou éthique est ramené, au risque de devenir l’auberge espagnole des idéologies.
Comment lui attribuer un contenu sans y voir une appropriation supplémentaire d’un
vocabulaire voué à changer selon la mode de l’instant ou les rapports de force?
8Réciproquement, que dire d’une procédure de validation qui, pour rester imperméable
aux particularités du réel, sacrifie l’évaluation des implications concrètes des principes —
lesquelles constituent plus souvent qu’autrement le matériau des débats évoqués plus haut —
au profit de la seule description formelle des interprétations en présence? Autrement dit, si à
toute valeur substantielle on ne peut associer qu’une revendication affective et, à toute
procédure, l’expulsion de l’évaluation de la mise en situation du principe au nom d’une
certaine objectivité méthodique, reste-t-il à la justice autre chose qu’un scepticisme érigeant
en absolu l’équivalence de toutes les conceptions?
À l’encontre de ce qui nous semble un luxe intellectuel, le scepticisme étant souvent
autorisé par une situation déjà juste, cette thèse entend explorer la mise en œuvre de l’idée de
justice. En effet, quelle meilleure manière de contester la portée du scepticisme normatif que
de se pencher sur l’actualisation de principes de justice? Toutefois, nous ne partirons pas à
l’aventure pour tenter la synthèse qui épuisera une fois pour toutes les polémiques attenantes à
la justice. Nous construirons notre propos autour de l’étude de l’œuvre de Ronald Dworkin
dont la contribution à la philosophie pratique nous apparaît marquante.
Juriste américain de renom, Dworkin a participé aux débats entourant la justice et a
suscité autant de commentaires enthousiastes qu’il a soulevé de questions. Les sujets abordés,
allant d’une théorie générale du droit à l’analyse d’enjeux plus précis dont le financement des
campagnes électorales ou des systèmes de santé, ont présidé à l’élaboration d’une théorie
originale et nuancée qui conjugue avec élégance philosophie du droit, éthique et morale
politique. Initiée en 1963, son importance n’a cessé de croître. Si ses écrits prennent racine
dans le contexte du droit et de la jurisprudence anglo-saxonne, marqués en cela de la Common
Law et d’enjeux a priori locaux, l’analyse normative qu’il y développe dépasse de loin leur
1cadre culturel d’origine .

1 Voir à ce sujet la préface de Pierre BOURETZ, in DWORKIN Ronald, Prendre les droits au sérieux, traduit de l’anglais par Marie-Jeanne Rossignol
ereet Frédéric Limaire, traduction révisée et présentée par Françoise Michaut, préface de Pierre Bouretz, 1 éd., Paris : Presses Universitaires de France,
1995. 515 p. Léviathan. Traduction de : Taking Rights Seriously. ISBN 2-13-045908-0.
9État de la situation : les théories contemporaines de la justice.
Afin de situer les travaux de Dworkin, un rapide survol du débat contemporain sur la
justice s’avère pertinent. À l’échelle de la philosophie, Dworkin en perpétue l’une des plus
anciennes traditions, remontant au moins à Socrate : à qui doit revenir le pouvoir et comment
doit-il être organisé? À qui est-il juste que le pouvoir revienne? De la Cité platonique au
Léviathan de Hobbes, en passant par La Cité de Dieu de Saint-Augustin et Le Prince de
Machiavel, nombre de réponses furent formulées au cours des siècles. Autant de tremplins qui
mènent à un point tournant de l’histoire des idées, aux environs du XVIIe siècle, lorsque le
problème fut résolu par la doctrine de la souveraineté populaire : le seul dépositaire légitime
de la souveraineté serait dorénavant celui qui en est le sujet, le peuple.
Pour autant, cette doctrine ne signifiait pas que le débat eût été clos. Bien que
partageant le même horizon, les discussions autour de la justice politique n’en reprirent que de
plus belle : admettant la souveraineté du peuple, comment lui donner forme? Quelles en sont
les conditions d’exercice? Qui plus est, le sens même à accorder à l’idée de peuple fut
questionné : s’agit-il d’une somme d’individus, d’un tout organique, d’une classe ou d’une
ethnie? L’essence de ce tout que l’on nomme la Modernité politique, l’idée selon laquelle des
êtres humains concourent également à la substance d’une volonté souveraine aura présidé,
avec ou contre elle, à l’apparition des régimes politiques contemporains et des théories qui les
ont inspirés ou s’en sont réclamées. Aussi relèvera-t-on autant de différences entre
l’unanimité de la volonté générale d’un Rousseau et la séparation des pouvoirs d’un
Montesquieu qu’entre une république présidentielle unitaire et une monarchie
constitutionnelle fédérale. De même, les critiques d’un contre-révolutionnaire comme de
Maistre se distinguent des thèses de Marx aussi sûrement qu’une démocratie pluraliste des
totalitarismes de droite et de gauche.
Parmi les pensées ainsi déployées, le libéralisme se démarque par la relation étroite
qu’il entretient avec la Modernité. Sans prendre part au débat sur la coïncidence exclusive
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