La poétique de l'incertitude dans l'œuvre romanesque d'Ahmadou Kourouma, Uncertainty in the novels of Ahmadou Kourouma

De
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Sous la direction de Daniel Leuwers
Thèse soutenue le 05 décembre 2008: Tours
La thèse examine quatre romans de l'écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma sous le prisme de l'incertitude. L'étude analyse les rapports entre les textes et les discours hégémoniques à la source de l'insécurité ontologique et de la confusion des valeurs. Elle aborde aussi la représentation narrative et temporelle du thème de l'incertitude dans l'esthétique romanesque kouroumaïenne soulignant la difficulté de déchiffrer le dit et la confusion de la parole. La thèse attire enfin l'attention vers les notions de l'absurde, du désenchantement et de la nausée post-coloniale autour du concept du bâtard, figure symbolique et angoissante de l'incomplétude de l'être, et du sujet africain face aux drames de l'histoire
-Batardise
-Absurde
-Colonisation
-Dictature
The dissertation examines four novels by Amadou Kourouma through the perspective of uncertainty. It analyses the connections between texts and the ruling discourses at the foundation of ontological insecurity and values confusion. It also tackles narrative and temporal representation of uncertainty in Kourouma's novelistic style, underlying the difficulty to fathom discourse and its confused form. Finally, the work highlights the notions of absurdity, disenchantement and postcolonial nausea dealing with the concept of bastardy, which symbolizes anguish and unefficiency in the african being facing the tragedies of history
Source: http://www.theses.fr/2008TOUR2016/document
Publié le : mercredi 26 octobre 2011
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UNIVERSITÉ FRANÇOIS - RABELAIS
DE TOURS

ÉCOLE DOCTORALE SCIENCES DE L’HOMME ET DE LA SOCIETE
Histoire des Représentations

THÈSE présentée par :
Alain NDONG NTOUTOUME



pour obtenir le grade de : Docteur de l’université François - Rabelais
Discipline/ Spécialité : Lettres Modernes

La poétique de l’incertitude dans l’œuvre
romanesque d’Ahmadou Kourouma











THÈSE dirigée par :
LEUWERS Daniel Professeur des universités, Université François – Rabelais, Tours.




JURY:
1A ma femme Larissa DIANGA
A mon fils Samuel
A toute ma famille
A tous mes proches.
2REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier chaleureusement notre Directeur M. Daniel Leuwers dont la patience
et la rigueur ont été déterminantes dans l’élaboration de ce travail.Erreur ! Référence non
valide pour un signet.
3Table des matières.


Remerciements........................................................................................................................... 3
Table des matières...................................................................................................................... 4
Introduction ................................................................................................................................ 5

Première partie :

Les romans d’Ahmadou Kourouma face aux discours hégémoniques ................................... 26
Chapitre 1 : les romans d’Ahmadou Kourouma et leurs univers diégétiques. ........................ 29
Chapitre 2 : les romans de Kourouma face aux discours hégémoniques ................................. 47
Chapitre 3 : les roma et la critique des discours hégémoniques .................... 95

Deuxième Partie:

Chapitre 4 : écriture et narration : pour une poétique de l’ambivalence. ............................... 152
Chapitre 5 : la crise de la parole et du langage....................................................................... 176
Chapitre 6 : la distance temporelle......................................................................................... 199

Troisième Partie:

Chapitre 7 : Pour un absurde africain : le mythe du bâtard.................................................... 224
Chapitre 8 : Du désenchantement au tragique de l’histoire. .................................................. 265

Conclusion.............................................................................................................................. 283
Bibliographie.......................................................................................................................... 288
Résumé.........................................................................................................................................
Résumé en anglais........................................................................................................................
4Introduction
5Des philosophes sceptiques de la Grèce antique aux enjeux de la mondialisation de ce
début de millénaire, la notion d'incertitude a de tout temps alimenté les débats et les grandes
querelles de l'histoire humaine. Sommairement définie comme "le caractère de ce qui ne peut
être déterminé, connu à l’avance, ce qui ne peut être établi avec exactitude, qui laisse place
1au doute » , l’incertitude touche tous les domaines de l’activité humaine : mathématiques,
physique, économie, sciences humaines, etc. Dans un essai qu’il consacre à ce thème, le
sociologue français Gérald Bronner établit une distinction entre « l’incertitude matérielle » et
« l’incertitude de sens »; pour le premier volet, il déclare:

« Nous définirons l’incertitude en finalité comme cet état dans lequel se trouve un individu qui,
2nourrissant un désir, se trouve confronté à son propos au champ ouvert des possibles » .

Et d’ajouter :

« L’incertitude de sens quant à elle sera définie comme l’état que connaît l’individu lorsqu’une
3partie, ou l’ensemble de ses systèmes de représentation est altéré ou risque de l’être » .

Nous retenons de ces deux définitions la difficulté pour l’homme de retenir tel ou tel
système de valeur face à la multiplicité des choix et des possibles qui s’offrent à lui ;
l’incertitude de sens telle qu’elle définie par Bronner rend totalement compte des limites de
l’homme en butte à l’immensité de l’univers. A ce titre, le thème de l’incertitude nous paraît
indissociable de l’imaginaire humain, car l’homme pour sécuriser ou « baliser » son existence
et répondre aux questions qu’il se pose, crée des systèmes de pensées censés répondre à ses
angoisses existentielles C’est la naissance des mythes. Depuis toujours, l’homme a eu besoin
de donner un sens au monde qui l’environne, de rendre son univers culturel et naturel plus
compréhensible. Gérald Bronner observe ainsi que :

« Le mythe, a sans doute été la première tentative de réduction d’incertitude de sens. Dès qu’il
s’est pris à imaginer, l’être humain a exploré les frontières du sens, ceux de l’après - mort en
4particulier. »

1 - Le Petit Larousse, Paris, Larousse, p.537
2
- Bronner Gérald, L’Incertitude, Paris, PUF, 1997, p.109
3 - Ibid., p 109.
4
- Ibid., op. cit,. p 8.
6
Le mythe a, entre autres, permis de repeindre de sens le monde tout entier ; il proposait
des réponses à des questions aussi essentielles que l’origine du monde ou du mal. Les récits
cosmogoniques, par exemple, permettent à ceux qui y adhèrent, de donner un sens à l’univers.
L’homme avait très peu d’indices pour résoudre non seulement l’énigme de la naissance de
l’univers, mais aussi pour rendre compte de la géographie, du temps et de l’espace, des
coutumes et de la culture de chaque peuple.

Pourtant, de tout temps et dans toutes les cultures, il a existé diverses conceptions de
l’incertitude. Celle-ci peut recouvrir plusieurs notions telles que l’angoisse, la mélancolie.
Plus généralement, l’incertitude est en relation avec la notion du Mal au sens plein du terme,
c’est à dire le mal physique et le mal moral ; le mal physique étant la douleur, la souffrance
du corps; le mal moral est lui associé à l’idée de faute, de péché qui résulte de la transgression
de la loi. Il y a donc lieu d’établir une connexion entre le thème de l’incertitude et la notion du
Mal. A la suite des récits mythiques, des textes théologiques et philosophiques renforcent
cette concordance à tel point que la figure du Mal apparaît comme la face « visible » de
l’incertitude. A travers les siècles, l’incertitude a conquis un espace problématique important
voire central dans les différentes sphères du savoir ; elle s’élargit sans cesse au fur et à mesure
que l’on tente d’en définir les limites et les contours exacts.



0.1 La petite histoire de l’incertitude


Des tragiques grecs aux théories psychanalytiques de Freud ou de Lacan, l’incertitude
n’a cessé de changer de visage ; elle est expérience naturelle, question métaphysique,
argument pour exhorter ou appeler au Salut ou source d’inspiration. L’expérience de
l’incertitude est indissociable de la condition humaine.

Le problème de l’incertitude est au cœur de la réflexion philosophique du monde
occidental gréco-romain. De Homère à Eschyle, de Socrate à Platon, le mal, c’est la
souffrance qui a fait déchoir l’homme et l’a éloigné du paradis, c’est aussi l’ignorance dans
7laquelle sont tenus les hommes. Pour les poètes grecs, il faut souffrir pour accéder aux
mystères des dieux et du monde. C’est l’aspect que nous livrent les récits épiques d’Homère
et les tragédies d’Eschyle. Et la célèbre allégorie de la « caverne » de Socrate met en exergue
la souffrance de l’homme qui ne sait pas, l’ignorant, le non-initié, avant d’accéder à la
lumière, à la connaissance et à la sagesse. Chez Aristote, l’incertitude est angoisse et affection
de l’âme dont on peut être délivré par la Raison et ses pouvoirs, seule voie permettant
d’atteindre la sérénité et l’ataraxie du sage. A cet éloge de la raison, les Sceptiques, Stoïciens
et Sophistes vont opposer le doute et le relativisme ; le savoir humain est limité et ne peut
donc prétendre à la connaissance absolue des choses.

Cette idée de relativisme annonce le renouvellement de la problématique de
l’incertitude durant le moyen-âge. En effet, la notion du Mal est au centre de toute une
réflexion théologique qui prend source notamment dans le christianisme. Le Mal, c’est le
Péché Originel dont s’est rendu coupable l’homme. C’est par la faute d’Adam et Ève et leur
expulsion du Jardin d’Eden que la souffrance, la maladie et la mort se sont engouffrées dans
le monde. Pour la pensée judéo-chrétienne, cette faute a irrémédiablement causé la rupture
entre l’homme et le sacré (même si pour certains théologiens, il existe une possibilité de
rachat pour l’homme fautif) ; c’est la perte de la part divine de l’homme désormais
abandonné à son sort. Le Péché Originel ouvre un abîme entre l’homme et son créateur. Au
cœur de ce courant se détache la figure emblématique de Saint- Augustin (354-430 av. j-c),
chantre du christianisme et de ses vertus. L’auteur de La Cité de Dieu associe l’expérience de
l’angoisse à la possibilité de Dieu ; l’angoisse nous viendrait des limites de notre
entendement. Tout comme les philosophes Sceptiques, Saint-Augustin doute que la raison
puisse nous en délivrer, mais il en appelle pour notre salut à la vérité des Écritures. « Si je suis
angoissé, c’est que mon savoir est limité ; aussi je m’en remets à la Révélation » ; en somme,
s’éloigner de Dieu pour le carthaginois, accroît l’angoisse.
Toujours au Moyen Age, notons que l’angoisse est avec l’amour impossible le thème
principal de la poésie de cette époque avec notamment l’œuvre de Chrétien de Troyes.

Le 16ème siècle (1492-1610) est une époque de mouvements; dans un monde élargi
par les grandes découvertes maritimes, l’homme du 16ème apparaît à la fois libéré et
tourmenté, gai et mélancolique. Les tensions religieuses (guerres de religions, Réforme)
bouleversent une grande partie de l’Europe chrétienne et divisent radicalement les hommes de
8lettres. C’est en effet le début des grandes querelles qui vont durablement agiter les esprits et
la société dans son ensemble.

Au 17ème siècle (1610-1715), période du Classicisme et de l’absolutisme incarné par
la figure de Louis XIV, on remarque un renouvellement littéraire et philosophique ; des écoles
se forment, des querelles s’enveniment ; le poids de la religion est encore fort et il faut
attendre la fin du siècle pour voir émerger l’esprit moderniste des Lumières. C’est le siècle de
Descartes et son célèbre Discours sur la méthode qui formule le principe du doute comme
critère d’évaluation de la Vérité ; en même temps, ce doute purifie l’esprit humain de toute
puissance trompeuse et maintient sa raison sur le chemin de la clarté par un ensemble de
règles et de méthodes. Par là, Descartes introduit le Classicisme, là où tout repose sur l’ordre,
la perfection absolue et la discipline de la raison. C’est aussi le siècle de Pascal qui, à la suite
de Saint Augustin, élabore une pensée théologique au sujet de la notion de la Grâce de Dieu.
En effet, une violente querelle divise les tenants du Christianisme ; au centre de ce conflit, la
question de la liberté de l’homme et la toute-puissance de Dieu ; il s’agit en effet de savoir ce
que peut la volonté humaine, si elle est libre de vouloir et de pouvoir ce qu’elle veut. Une
crise qui aboutit à l’émergence sur la scène religieuse de deux courants théologiques : l’école
janséniste fondée par Jansénius et l’école de Port-Royal tenue par les calvinistes. Ces deux
écoles vont influer sur la vie littéraire et philosophique de cette période. Ainsi, sur le plan
littéraire, le thème de la prédestination l’affirmation de la passion du mal, de la déraison de la
passion nourrissent les textes de Racine et de Corneille ; les mythes antiques gréco-romains
sont remis au goût du jour et placées sous le signe de la fatalité, du tragique et du châtiment
divin. Autre querelle qui surgit dans cette période, c’est celle qui oppose les Anciens et le
Modernes, les partisans de l’héritage gréco-romain et les tenants d’un ordre nouveau plus en
phase avec les réalités du monde moderne. En somme, il s’agit de proposer et de retenir un
nouveau modèle normatif et dogmatique ; aux centre de ces débats, la question de la liberté de
l’homme n’est pas pourtant autant résolue et assumée par les protagonistes ; les Lumières en
feront une de leurs causes.

Le 18ème siècle (1715-1810) représente un moment important dans la conception
historique de la figure de l’incertitude. En effet, si le 17ème siècle a été qualifié de religieux,
le 18ème siècle lui est le « siècle des philosophes ». Ce siècle voit apparaître des figures
importantes comme l’intellectuel épris de vérité et de liberté, le philosophe épris de science et
de justice et de l’humaine nature, et l ‘écrivain engagé épris de vérité. Le projet des Lumières
9consiste à édifier un homme nouveau libéré de tout despotisme, de tout dogmatisme. On passe
de la foi à la curiosité, de l’admiration des Anciens à l’éloge des passions, de la volonté de
conserver à la volonté de changer. Les écrivains et philosophes sont animés d’un dessein
généreux, qui est d’installer l’homme sur la terre, le rendre plus heureux. Ce mouvement est
porté par des grands penseurs tels Diderot, Rousseau, Voltaire, Kant, Hume, Montesquieu,…
Si le projet a permis de jeter les bases d’une modernité dans de nombreux domaines (nous
pensons notamment au texte de La Déclaration universelle des droits de l’homme et du
citoyen), des progrès indéniables sur le plan technique et scientifique, le constat est que de
Diderot à Benjamin Constant, l’angoisse du vide et de l’abandon liée à l’absence de toute
force constructive, succède à celle de la clôture et du confinement. Car l’individu se trouve
confronté à un curieux paradoxe : autant la sensation de liberté n’a jamais paru aussi grande,
autant le sentiment de lassitude et d’ennui (Schopenhauer) n’a été aussi durement vécue par
les consciences humaines. Le vertige de la liberté s’estompe et les esprits sont en proie au
doute et à la mélancolie.

ème Au 19 siècle, les espoirs nés des Lumières et de la Révolution française s’estompent
peu à peu ; la cassure historique entre l’Ancien Régime et le nouveau paysage politique qui
s’en suit aboutit à une forme d’incertitude, d’inquiétude ; la « mort de Dieu » proclamée par
Nietzsche, l’athéisme revendiqué des philosophes et le détournement des valeurs religieuses,
la déshumanisation des rapports née de la capitalisation et de l’industrialisation, tout cela
concourt au déchirement exprimé par les Romantiques sous les noms de « spleen » et de
« mal du siècle » dans la première moitié du siècle puis par les « poètes maudits »(Verlaine,
Rimbaud), décadents et symbolistes de la fin du siècle. Les productions littéraires de ces
courants s’inscrivent dans un premier temps comme des condamnations de la nouvelle société
jugée brutale et corrompue, puis comme l’expression d ‘une identité troublée, ruinée par
l’ennui du présent et l’indécision.

Au début du 20ème siècle, un certain pessimisme se fait jour ; cela commence avec les
théories d’Einstein sur la Relativité et les importants travaux de Freud en psychanalyse à
mettre en doute la toute puissance de la raison et de la science (ou du moins leurs limites).
Puis, les événements historiques que sont les deux grandes Guerres mondiales, le
déchaînement des nationalismes, les horreurs des camps, tout cela a marqué les esprits. Ainsi,
l’œuvre de Kafka (Le Château, Le Procès) est interprétée comme la matérialisation
romanesque de l’absurde, l’illustration d’un pessimisme existentiel. Ses héros vivent dans un
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