Le végétal donneur d'ambiances : jardiner les abords de l'habitat en ville., Vegetation as an ambience : gardening the urban housing surroundings

De
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Sous la direction de Olivier Balay, Sandra Fiori
Thèse soutenue le 11 mai 2011: Grenoble
Qu'est-ce qui pousse les citadins à jardiner, dans des contextes souvent peu favorables, les abords de leur logement ? Guidé par cette question, notre travail se focalise sur les pratiques habitantes du jardin privé de type balcon, loggia, terrasse et pied d'immeuble. Parmi les nombreux travaux consacrés à l'étude des modes d'habiter urbains, peu se sont jusque-là spécifiquement intéressés au rôle du petit jardin. Comment ce petit jardin – et en particulier son jardinage - permet-il à la fois de se ménager un chez-soi et de cohabiter avec ses voisins ? C'est cette problématique que nous avons explorée en inscrivant notre travail dans le champ des ambiances architecturales et urbaines, c'est-à-dire en faisant de l'environnement sensible une clé de lecture privilégiée des pratiques habitantes jardinières. Notre enquête a porté sur quinze ensembles de logements grenoblois et parisiens situés en milieu urbain dense. Sur une période de quatre ans, elle s'est déployée autour du recueil de la parole habitante, couplée à des observations ethnographiques. Adoptant une approche pluridisciplinaire qui croise les dimensions spatiales, horticoles, sociales et sensibles du jardin, l'analyse s'attache à élaborer une typologie de configurations de jardins à partir de quatre critères : la morphologie (horticole et paysagère) des jardins, leur imaginaire, les perceptions sensibles et les tactiques habitantes dont ils sont le support. Cette typologie propose une rhétorique jardinière explicitant les formes de liens et de ruptures que les habitants créent entre eux et leurs voisins, entre leur logement et leur jardin, entre leur jardin et le voisinage et entre leur jardin et la ville. Elle intéresse directement la programmation et la conception des abords de l'habitat en questionnant les manières de composer le jardin et ses articulations au logement, d'agencer les logements entre eux et de penser le rapport du logement à la ville par le biais du jardin. Deux expériences pédagogiques réalisées à la fin de la recherche rendent compte de ce potentiel. Plus largement, cette recherche ouvre vers l'hypothèse selon laquelle les enjeux de l'habiter urbain se situeraient à la lisière jardinée entre un chez-soi (qu'il soit privé ou public) et la ville.
-« petit » jardin en prolongement du logement
-Habiter et co-habiter
-Configurations de jardin
-Morphologie jardinée
-Imaginaire
-Effets sensibles et tactiques habitantes
What encourages city dwellers to garden their housing surroundings often located in unfavourable contexts? Following this question, this research focuses on the residents' practices in private gardens such as balcony, loggia, terrace and ground garden. Among the numerous works about the different types of urban dwellings, few of them interest in the role of small gardens. How do small gardens -and its gardening- allow handling carefully a home and help living together among neighbours? This research question is tackled through the field of urban and architectural ambiences, in which the sensory environment is considered a key element in reading residents' gardening practices. For elaborating this work, we conducted a survey on fifteen dwellings, located in high-density urban context in two different French cities: Grenoble and Paris. During four years, we realised semi-directive interviews in addition to ethnographic observations in sixty households. We analysed the collected data through a pluridisciplinary approach that crosses spatial, horticultural, social and sensory dimensions of gardening. This approach aims at designing a typology -gathering configurations of gardens- based on four criteria: gardens' morphology, its imaginary, sensory perception and residents' tactics. This typology proposes a rhetoric gardening that explores the different links and ruptures that residents create between them and their neighbours, their housing and their garden, their garden and the neighborhood and finally between the garden and the city. This work deals directly with the housing surroundings briefing and design by reappraising how gardens are composed and linked to the housing, how housings are organized with each other, while examining at the same time the way that gardens link together housing projects to the city. Two educational experiences have been realised in two French schools of architecture at the end of this research in order to test the design potentials of our typology. In a wider sense, we theorize that the urban dwelling issues are anchored in a gardening edge between a home (set on a private or public space) and the city.
-Small garden at the housing surroundings
-Dwelling together
-Configurations of garden
-Gardens morphology
-Imaginary
-Sensory effects and residents’ tactics
Source: http://www.theses.fr/2011GRENH005/document
Publié le : samedi 29 octobre 2011
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THÈSE
Pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ DE GRENOBLE
Spécialité : Urbanisme mention Architecture
Arrêté ministériel : 7 août 2006


Présentée par
Magali PARIS


Thèse dirigée par Olivier BALAŸ, Architecte, Professeur à l’Ecole
Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon
et
codirigée par Sandra FIORI, Urbaniste, Maître-assistante à l’Ecole
Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon



préparée au sein du Laboratoire CRESSON, UMR CNRS-MCC
1563 Ambiances Architecturales et Urbaines, Ecole Nationale
Supérieure d’Architecture de Grenoble

dans l'École Doctorale 454 Sciences de l’Homme du Politique
et du Territoire


Le végétal donneur d’ambiances
Jardiner les abords de l’habitat en ville
Tome 1 Manuscrit principal

Thèse soutenue publiquement le 11 mai 2011,
devant le jury composé de :

Madame Nicole MATHIEU
Géographe, Directrice de recherche émérite au CNRS, LADYSS UMR
7533 (Présidente)
Madame Chris YOUNES
Philosophe, Professeure à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de
Paris La Villette (Rapporteur)
Monsieur Frédéric POUSIN
Architecte, Directeur de recherche au CNRS, UMR Géographie-Cités
8504 (Rapporteur)
Madame Bernadette LIZET
Ethno-botaniste, Directrice de recherche au CNRS, Museum National
d’Histoire Naturelle, Laboratoire Eco-anthropologie et Ethnobiologie UMR
7206
Monsieur Luc BOUSQUET
Architecte et urbaniste de l’Etat, Directeur de la recherche et des
partenariats à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon
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Remerciements

Je remercie les membres du jury - Bernadette Lizet, Nicole Mathieu, Chris Younès, Luc
Bousquet et Frédéric Pousin - de m’honorer de leur lecture.

Je remercie Olivier Balaÿ pour la confiance qu’il m’a accordée et pour ses lectures.

Je remercie Sandra Fiori pour le suivi de qualité qu’elle m’a offert, ses conseils avisés
tant théoriques, que méthodologiques et analytiques, pour ses nombreuses lectures et
pour son soutien inconditionnel.


Je remercie le personnel administratif du Laboratoire Cresson. Merci à David Argoud
pour sa disponibilité et sa patience. Merci à Françoise Cholat pour sa disponibilité et
son écoute. Merci à Françoise Acquier pour son soutien tant logistique qu’émotionnel.
Merci Françoise pour avoir bien voulu endosser le rôle de « coach » quand il en était
temps.

Je remercie les chercheurs du Laboratoire Cresson qui m’ont accompagnée de près ou
de loin dans l’élaboration de ce travail de thèse et qui ont tous nourri intellectuellement
mes recherches. Merci en particulier à : Jean-François Augoyard, Catherine Aventin,
Grégoire Chelkoff, Cécile Régnault, Nicolas Remy, Jean-Paul Thibaud et Henry
Torgue.


Je remercie mes parents pour leur soutien quotidien et pour leurs nombreuses lectures
attentives.

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tel-00600416, version 2 - 10 Oct 2011Je remercie Walter Simone pour son soutien, en particulier dans les moments les plus
difficiles, pour nos nombreuses discussions théoriques et pour son aide et ses conseils
graphiques. Merci de m’avoir tant fait confiance et d’avoir cru en moi.

Je remercie tous les doctorants et jeunes docteurs du Cresson qui ont parcouru un bout
de chemin avec moi. Merci à tous pour votre amitié, nos échanges théoriques et
méthodologiques et nos collaborations de recherche. Je remercie en particulier mes très
chers amis docteurs et doctorants : Ricardo Atienza, Mohsen Ben Hadj Salem, Aurore
Bonnet, Sarawut Premaechai et Anna Wieczorek.


Je remercie tous les habitants qui m’ont si gentiment ouvert leur porte et divulgué leur
jardin secret.

Je remercie les étudiants de Master 2 (promotion 2009-2010) de l’Ecole d’Architecture
de Lyon ayant participé au séminaire Habitat et Nature dans la Ville Dense et les
étudiants de Master 1 filière Architecture et Culture Sensible de l’Environnement
(promotion 2009-2010) de l’Ecole d’Architecture de Grenoble pour leur enthousiasme
et leur créativité face aux exercices pédagogiques que je leur ai proposés.

Je remercie mon jardin grenoblois du 38 avenue Jean Perrot et mon chat Zazou qui y
sont pour beaucoup dans mon appréhension sensible du petit jardin.
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Visuel tiré d’un poster réalisé pour la 38ème conférence annuelle de l’EDRA (Environmental Design
Research Association), Sacramento (Californie), 30 mai – 3 juin 2007.
Photomontage réalisé avec des photographies des lieux étudiés dans le cadre de cette thèse.
Conception: Magali Paris & Walter Simone. Réalisation: Walter Simone.
Paris Magali. 2007. Micro-Social Ambiances of Housing Surroundings, Sensory/Sensitive and Social
properties of Row-Housing Gardens, Poster session. In Janice M. Bissel (Ed.), Building Sustainable
Communities-EDRA 38 Sacramento, May 30-June 3 2007, Sacramento: EDRA, p. 280.


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« Le jardin clos peuplé de rêves. Le jardin clos où le corps dissimule sa peine et ses
joies n’est pas une cité interdite. S’il ne veut pas devenir synonyme d’une terrible
assignation à résidence, à l’écart des vivants, l’espace privé doit savoir s’ouvrir à des
flux d’entrants et de sortants, être le lieu de passage d’une circulation continue, où se
croisent objets, gens, mots et idées. Car la vie est aussi mobilité, impatience du
changement, relation à un pluriel d’autrui ».
1Michel De Certeau, Luce Giard et Pierre Mayol

« La politesse des maisons. Portes chaleureuses, porches accueillants, escaliers pour
grimper et s’asseoir, perrons discrets ou somptueux, balcons fleuris, la maison, dans la
ville, s’occupe de l’autre, connu ou inconnu ».
2Renée Gailhoustet

1
De Certeau, Michel ; Giard, Luce ; Mayol, Pierre (1994, 1980). Chapitre IX Espaces privés/ Section Le jardin clos peuplé de
rêves L’invention du quotidien ; Tome 2. Habiter, cuisiner. Gallimard, p.209
2 Chaljub, Bénédicte (2009). La politesse des maisons : Renée Gailhoustet, architecte. Actes Sud, p.68
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Préambule
Notre travail coïncide avec le contexte de l’engouement pour la nature en ville, et plus
particulièrement pour le végétal, qui ne cesse de croître depuis une quinzaine d’années.
Agronome, paysagiste et formée à l’analyse sensible de l’environnement urbain par le
3biais des sciences humaines et sociales , nous proposons une approche critique de cet
engouement en nous intéressant au « logement jardiné » et plus particulièrement au
point de vue de l’habitant. Notre recherche prend comme point de départ le paradoxe
entre d’un côté la mise en œuvre par les professionnels d’espaces végétalisés de plus en
plus complexes (du point de vue de la technique et de l’aspect plastique) et, de l’autre,
la capacité des habitants à jardiner intuitivement des espaces souvent ingrats. Ceux-ci
jardinent en effet aux abords de leur logement : sur balcon, terrasse, rebord de fenêtre
ou en pied d’immeuble ; et de manière générale ils pratiquent de plus en plus le
4jardinage en dehors de la sphère du logement : dans des jardins familiaux -

3 Nous avons suivi la formation du DEA Ambiances Architecturales et Urbaines au sein du laboratoire CRESSON en 2003-2004.
Paris, Magali (2004). Les ambiances végétales et la conception de la façade d'habitat collectif. Mémoire de Master : Université de
Nantes; Ecole Polytechnique de Nantes; Ecole d'Architecture de Nantes (CERMA); Ecole d'Architecture de Grenoble (CRESSON).
78p. Ce DEA a été dispensé jusqu’en 2006 par l’Université de Nantes, l’Ecole Polytechnique de Nantes, L’Ecole d’Architecture de
Nantes et l’Ecole d’Architecture de Grenoble au sein des laboratoires CERMA et CRESSON associés dans l’UMR CNRS-MCC
1563 « Ambiances Architecturales et Urbaines ».
4 Les jardins familiaux sont des lotissements de jardins la plupart du temps dissociés de l’habitation. Sous l’appellation « jardins
eouvriers », leur création a été initiée à la fin du XIX siècle par l’abbé Lemire pour les ouvriers sur des principes à la fois
philanthropiques et hygiénistes. Collectif (1996). Cabedoce, Béatrice & Pierson, Philippe (ed.) Cent ans d'histoire des jardins
ouvriers, 1896-1996 : la Ligue Française du Coin de la Terre et du Foyer. Editions Créaphis, 221p.
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5 6nouvellement nommés jardins partagés -, dans les parcs et jardins publics ou tout
7simplement dans la rue en jardinant les pieds d’arbres . Privé ou public, le jardin est un
lieu d’hospitalité, entendu comme double mouvement d’enveloppement et de
développement de soi aux autres : il est à la fois un lieu clos, tourné sur lui-même, lieu
de liberté et d’intimité, et un lieu d’obéissance à des normes communautaires,
8d’échanges sociaux et de créations collectives.

9Dans le cadre de cette thèse , nous proposons d’explorer le versant familier de ce jardin
en nous intéressant aux petits jardins situés aux abords de l’habitat en ville ou petits
10jardins « avec maison » , espaces modelés au quotidien par les habitants à travers d’une
part la pratique du jardinage et d’autre part les relations sociales de voisinage. Ainsi,
plutôt que de nous intéresser au jardin comme une finalité, nous proposons de focaliser
sur les processus mis en œuvre par les habitants pour leur donner forme. La petitesse de
ces jardins est relative à leur superficie réduite (de l’ordre de quelques mètres carrés à
cent mètres carrés) en comparaison avec les parcs, jardins et squares publics et avec les
11 12jardins privés de dimensions plus généreuses . Dans les pas de Annie-Hélène Dufour ,

5 Baudelet, Laurence; Basset, Frédérique & Le Roy, Alice (ed.) (2008). Jardins partagés : utopies, écologie et conseils
pratiques. Terre Vivante, 154p.
6 Nathalie Blanc qualifie « d’hétérodoxes » les pratiques jardinières habitantes développées dans l’espace public. Elle les définit
comme suit : achat de plantes ou « sauvetage » de plantes jetées ou abandonnées ou multiplication végétative de plantes introduites
par un paysagiste et insertion de ces plantes dans l’espace public par les habitants : Blanc, Nathalie; Cohen, Marianne & Glatron,
Sandrine (2004). Quelle place pour le paysage dans les politiques urbaines ? In : De la connaissance des paysages à l'action
paysagère, colloque international, Bordeaux, 2-4 décembre 2004. CEMAGREF; Ministère de l'écologie et du développement
durable. En ligne sur : www.symposcience.org/exl-doc/.../ART-00001244.pdf (consulté le 10 mai 2010) 14p.
7 Au sujet du jardinage des pieds d’arbres voir les recherches en cours menées au Muséum National d’Histoire Naturelle dans le
cadre de l’ANR « Villes Durables » programme interdisciplinaire « Trame verte urbaine ». Ces recherches croisent les regards
d’ethnologues et d’écologues. Pellegrini, Patricia ; Lizet, Bernadette ; Maurel, Noëlie ; Machon, Nathalie (2010). Pieds
d’arbres jardinés : espaces de diversités. Colloque international Les Jardins ; Espaces de vie, de connaissances et de biodiversité –
2,3,4 Juin 2010. XXIIe Journées de la Société d’Ecologie Humaine, Brest 2010.
8 Collectif (1990). Francis, Mark & Hester Jr., Randolph T. (ed.) The meaning of garden: idea, place and action. MIT Press,
293p. et Collectif (1999). Hervé, Brunon (ed.) Le jardin, notre double- sagesse et déraison. vol. 184. Editions Autrement, 295p.
Collection Mutations
9 Notons que concomitamment à ce travail de thèse, nous avons mené plusieurs recherches qui sont venues l’alimenter aussi bien
théoriquement qu’empiriquement.
En 2006-2007, nous nous sommes intéressés avec la psychologue environnementaliste Anna Wieczorek et avec des chercheurs
architectes du laboratoire Cresson - Olivier Balaÿ, Ricardo Atienza et Karine Houdemont - aux tactiques développées par les
habitants aux abords privatifs et collectifs de leur logement dans un type d’habitat collectif particulier - l’habitat individuel dense -,
tactiques développées afin de vivre ensemble mais séparément. Cette recherche inscrite dans le programme de recherche du PUCA
« Habitat pluriel » a donné lieu à un article de synthèse : Paris, Magali & Wieczorek, Anna. (2010). L’intimité au sein des espaces
extérieurs de l’habitat individuel dense, rêve ou réalité ?. in : Sabri Bendimérad (ed.) Habitat pluriel : urbanité, densité et intimité
des logements aujourd’hui. Editions du PUCA, pp.39-57
Depuis 2009, nous développons avec Grégoire Chelkoff un travail pluridisciplinaire sur l’écologie et l’urbanité des jardins
familiaux situés à proximité d’autoroutes urbaines et d’habitats collectifs sociaux. Programme de recherche ITTECOP 2,
Infrastructures de transports terrestres, Ecologie et Paysages, MEDDATT et programme de recherche Architecture de la Grande
Echelle 4, PUCA+MCC et programme de recherche Ingénierie écologique, Valoriser les fonctions de la nature : pour qui et
comment ?, CNRS+CEMAGREF
10
Nous utilisons le vocable « jardin avec maison » qui définit un jardin associé à l’habitation en référence aux travaux de la
sociologue et anthropologue Florence Weber qui étudiant les jardins familiaux - lotissements de jardins dissociés de l’habitation -
parle de « jardin sans maison ». Weber, Florence (1998). L’honneur des jardiniers ; les potagers dans la France du XXème siècle.
Belin, 287p.
11 Au-delà de 100 mètres carrés, il devient viable d’installer des végétaux de plus grand développement tels qu’arbres et arbustes en
pleine terre ou en conteneurs et il devient possible de distinguer au sein du jardin différents sous espaces. A contrario, les petits
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nous soutenons l’idée selon laquelle la petitesse d’un lieu n’empêche pas son jardinage,
bien au contraire le petit jardin est beaucoup plus abordable pour les jardiniers urbains
qui n’ont bien souvent ni le temps, ni le savoir requis pour modeler de grands espaces.
Ces jardins se trouvent toujours à proximité du logement. Ils se situent en pied
d’immeuble aussi bien qu’en étages (sur terrasse, balcon, loggia et véranda), en pleine
terre aussi bien qu’hors-sol.
Nous défendons l’idée selon laquelle ces jardins, parce qu’ils sont situés entre un espace
d’interactions sociales (espace public ou collectif) et la sphère privative du logement,
entre un dehors et un dedans, sont à même de jouer un rôle dans la production d’une
urbanité et d’architectures qui soient à la mesure de la demande actuelle d’intimité et de
13sociabilité, ou autrement dit à la mesure de la « politesse des maisons » de l’architecte
Renée Gailhoustet, tout en répondant à l’injonction de la densité urbaine. Ces jardins ne
peuvent jouer ce rôle que de concert avec les qualités sensibles, urbaines et
architecturales des abords du logement. L’étude de ces jardins a ainsi appelé une
approche par les ambiances architecturales et urbaines, approche située,
pluridisciplinaire et croisant les dimensions perceptives, les dimensions d’usage, les
dimensions imaginaires et les dimensions matérielles et physiques de l’espace.
Cette thèse s’articule en cela à la conception architecturale ; réalisée au sein de l’UMR
Ambiances Architecturales et Urbaines (plus particulièrement au sein du laboratoire
CRESSON qui compose avec le laboratoire CERMA cette UMR) et inscrite dans la
discipline « Urbanisme mention Architecture » au sein de l’école doctorale 454 Sciences
de l’homme, du politique et du territoire, elle a pour principal objectif d’envisager une
conception renouvelée des abords de l’habitat en ville par le jardin à travers le prisme
des ambiances. L’UMR a peu abordé la problématique du végétal dans les ambiances
14architecturales et urbaines et n’a pas encore abordé celle du jardin avec maison. En

jardins qui nous intéressent accueillent généralement une végétation de faible développement et sont identifiables comme une entité
unique.
12 Dufour, Annie-Hélène (1998). 2- Une passion pacifique: le jardinage. Première partie- Passions domestiques. In Christian
Bromberger (Ed.) Passions ordinaires; football, jardinage, généalogie, concours de dictée... Editions Bayard, pp.71-94
Annie-Hélène Dufour s’est intéressée à des jardins d’agrément avec maison, jardins qui mêlent plantes ornementales, légumes,
fruitiers, plantes aromatiques et qui se développent « peu importe la taille » aussi bien sur « une paire de fenêtre » que sur une
terrasse ou en pleine terre.
13 Ibid note 2 Chaljub (2009) En parlant de « politesse des maisons », Renée Gailhoustet propose de considérer les abords du
logement comme des lieux que l’on habite avec plaisir et que l’on « décore » non seulement pour soi et ses proches mais aussi pour
les autres, les inconnus. Réciproquement, ces abords habités offrent à la ville et à ceux qui la parcourent une sensation d’hospitalité.
14
Faisons mention toutefois du côté maîtrise des ambiances thermo-aéraulique au moyen du végétal des travaux du CERMA, et du
côté de la perception sensible des dispositifs végétalisés d’une recherche de Pascal Amphoux sur l’identité topo-végétale de la ville
de Lausanne (Suisse) et de notre DEA proposant une exploration des ambiances végétales en façade d’habitat collectif en mettant en
opposition d’une part le discours des concepteurs et d’autre part le discours des habitants.
Musy, Marjorie (en cours). VegDUD - Rôle du végétal dans le développement urbain. ANR 2009 Ville durable.
CERMA. Partenariat : CRESSON (Olivier Balaÿ), IRSTV, LCPC, Plante&Cité, LEPTIAB, LPGNantes, EPHYSE, ONERA,
GAME, CSTB, IRSN, la Ville de Nantes, SEVE.
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