L'accompagnement vers l'emploi. Acteurs, pratiques, dynamiques
En Mars 2006, la DARES lançait un appel à projet intitulé « l'accompagnement vers l'emploi et l'accompagnement dans l'emploi ». Les objectifs de cet appel à projet étaient, d'une part, de mieux cerner les spécificités de l'accompagnement en mettant en lumière les principaux types d'accompagnement au regard des pratiques professionnelles et des modes de coordination et, d'autre part, de recenser les facteurs potentiels, mais aussi effectifs de réussite des différentes formes d'accompagnement.
notre projet de recherche affichait deux objectifs principaux. Le premier visait à saisir de manière fine les pratiques d'accompagnement et à proposer sur cette base une typologie des pratiques locales rencontrées. En ce sens, le projet consistait à se focaliser sur les pratiques des acteurs, sur leurs outils et méthodes en cherchant à mettre en évidence les différences selon les intermédiaires, selon les publics concernés, ou selon les marchés du travail locaux ou les segments de marchés. Il s'agissait également de saisir la manière dont les partenariats locaux interagissent avec les pratiques d'accompagnement, ainsi que les logiques et critères dans les procédures de répartition des publics entre les acteurs de l'accompagnement. Le second objectif du projet de recherche affichait l'ambition de mettre en évidence des pratiques innovantes construites dans le cadre de processus d'accompagnement.
L’ACCOMPAGNEMENT VERS L’EMPLOI
ACTEURS, PRATIQUES, DYNAMIQUES
Rapport final pour la DARES
Septembre 2008
Bernard Balzani, GREE-2L2S, Université Nancy 2
Mathieu Béraud, GREE-2L2S, Université Nancy 2
Ali Boulayoune, GREE-2L2S, Université Nancy 2
Sophie Divay, Centre d’Economie de la Sorbonne / Equipe Matisse, Université Paris 1
Anne Eydoux, CRESS-Lessor, Université Rennes 2 et Centre d’Etudes de l’Emploi
Annie Gouzien, CRESS-Lessor, Université Rennes 2
- 1 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009
INTRODUCTION GENERALE ......................................................................................................................... 4
L’APPEL A PROPOSITIONS DE RECHERCHE........................................................ 5
NOTRE PROJET DE RECHERCHE......................................................................... 6
ORGANISATION DU RAPPORT......................... 9
PREMIERE PARTIE - L’ACCOMPAGNEMENT, UNE MISE EN PERSPECTIVE................................ 11
1. INTRODUCTION.............................................................................................................................................. 12
2. L’ACCOMPAGNEMENT : CONTEXTE D’EMERGENCE ET POLYSEMIE DE LA NOTION ......................................... 13
2.1. L’accompagnement : une pratique initialement centrée sur la personne et ses difficultés propres ..... 13
2.2. Champs d’application de l’accompagnement et polysémie de la notion.............................................. 17
3. L’EXTENSION DE L’ACCOMPAGNEMENT AUX POLITIQUES DE L’EMPLOI : UN NOUVEAU REFERENTIEL DANS LE
TRAITEMENT DES SITUATIONS DE CHOMAGE ET DE PRECARITE ?....................................................................... 22
3.1. L’individualisation : point d’ancrage de l’accompagnement............................................................... 23
3.2. Ce que disent les accompagnateurs à propos de l’accompagnement : points de vue partagés, socle
commun de pratiques................................................................................................................................... 25
3.3. Les sens sociaux de l’accompagnement : quelques voies d’analyse..................................................... 30
4. CONCLUSION.............................................................................................. 37
DEUXIEME PARTIE - APPROCHE SOCIO-INSTITUTIONNELLE : POLITIQUES D’ACTIVATION
ET PRATIQUES DES INTERMEDIAIRES.................................................................................................... 39
1. INTRODUCTION........................................ 40
2. L’ACCOMPAGNEMENT DES CHOMEURS : QUELLE ACTIVATION ? ................................................................... 43
2.1. Les analyses de l’activation : diversité des régimes............................................................................. 44
2.2. L’approche libérale de l’OCDE : réduction des dépenses passives, incitations financières et
conditionnalité des aides ............................................................................................................................. 47
2.3. L’approche européenne : la promotion de l’« État social actif »......................................................... 50
2.4. La généralisation de l’accompagnement en France : quelle activation ?............................................ 55
3. LA MISE EN ŒUVRE DE LA GENERALISATION DE L’ACCOMPAGNEMENT DES CHOMEURS EN FRANCE............. 58
3.1. La généralisation de l’accompagnement........................................... 58
3.2. L’accompagnement couplé à une réforme des règles d’indemnisation du chômage............................ 64
3.3. Un nouveau régime de droits et devoirs pour les demandeurs d’emploi.............................................. 71
3.4. L’accompagnement : définitions et pratiques institutionnelles ............................................................ 74
4. LE PAYSAGE DE L’ACCOMPAGNEMENT : REDEFINITION DU SERVICE PUBLIC DE L’EMPLOI ET DU ROLE DES
ACTEURS ........................................................................................................................................................... 84
4.1. Panorama des acteurs de l’accompagnement ................................... 85
4.2. Les nouveaux contours du service public de l’emploi .......................................................................... 91
4.3. Les acteurs de l’emploi qui concurrent au SPE : entre concurrence et coordination.......................... 95
4.4. Le rapprochement des institutions de l’emploi................................................................................... 119
4.5. Vers un service de l’emploi moins complexe et plus équitable ?........................................................ 131
5. L’ACCOMPAGNEMENT ET LE SERVICE PUBLIC DE L’EMPLOI AU CRIBLE DE L’EVALUATION ......................... 134
5.1. Evaluation des politiques publiques : une institutionnalisation progressive...................................... 135
5.2. Discours de la méthode ................................................................... 137
5.3. Les évaluations des pratiques d’accompagnement et de l’organisation du SPE en France et à
l’étranger................................................................................................................................................... 139
5.4. L’évaluation dans les structures enquêtées : quelques exemples ....................................................... 143
5.5. Une évaluation diversement perçue par les acteurs ........................................................................... 148
6. CONCLUSION............................................................................................ 156
TROISIEME PARTIE : PRATIQUES ET INSTITUTIONS ANCIENNES ET CONTEMPORAINES DE
L’ACCOMPAGNEMENT DANS LE SECTEUR DES PECHES MARITIMES EN BRETAGNE ......... 158
1. INTRODUCTION......................................................................................... 159
2. LES FORMES TRADITIONNELLES DE GESTION DE L’EMPLOI ET D’ACCOMPAGNEMENT PAR LE MILIEU DANS LE
SECTEUR DES PECHES MARITIMES EN BRETAGNE......................................... 161
2.1. Modèles sociaux d’activité et d’emploi et gestion de l’emploi ........................................................... 161
2.2. La gestion de l’emploi par les institutions de gouvernance professionnelle des quartiers maritimes :
les bourses maritimes ............................................................................. 162
2.3. Le système formation-emploi des pêches maritimes........................................................................... 163
- 2 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 20093. MUTATIONS SOCIO-ECONOMIQUES DU SECTEUR DES PECHES MARITIMES ET INNOVATIONS
INSTITUTIONNELLES SUPPORTS DE L’ACCOMPAGNEMENT ............................................................................... 166
3.1. Les mutations socio économiques du secteur des pêches maritimes .................................................. 166
3.2. Les innovations institutionnelles supports de l’accompagnement : Descriptif des dispositifs ........... 169
4. APPORTS DE LA PROBLEMATIQUE DE L’ACCOMPAGNEMENT DANS CES INNOVATIONS INSTITUTIONNELLES 174
4.1. Accompagnement et partenariat dans une problématique de l’offre d’emploi................................... 175
4.2. Le rôle d’accompagnateur : coordinateur, facilitateur, régulateur, traducteur, assistante sociale... 178
4.3. Les outillages de l’accompagnement.................................................................................................. 180
4.4. Les ajustements entre mondes différents (valeurs, normes) ............................................................... 183
5. CONCLUSION............................................................................................ 186
QUATRIEME PARTIE - ANALYSE DES PRATIQUES PROFESSIONNELLES
D'ACCOMPAGNEMENT DES CHOMEURS ........................................... 187
1. INTRODUCTION......................................................................................... 188
2. CARACTERISTIQUES DES PROFESSIONNELS DE L’ACCOMPAGNEMENT ......................................................... 190
2.1. Un large spectre de titres d’emploi ................................................. 190
2.2. L’accompagnement des chômeurs ne requiert aucune formation initiale spécialisée........................ 199
2.3. Conseillers débutants et reconvertis : deux types de parcours professionnels................................... 203
3. LES COMPETENCES DES PROFESSIONNELS DE L’ACCOMPAGNEMENT DES CHOMEURS.................................. 207
3.1. Les compétences requises................................................................................................................... 207
3.2. Modes d’acquisition des compétences............................................. 212
4. CONTENU DE TRAVAIL DES INTERVENANTS DANS LE CHAMP DE L’ACCOMPAGNEMENT DES CHOMEURS..... 215
4.1. Le « cœur de métier » ou le socle commun d’intervention des accompagnateurs.............................. 215
4.2. Tâches additionnelles à l’activité centrale d’accompagnement ......................................................... 220
4.3. Les outils de l’activité d’accompagnement...................................... 223
5. SENTIMENT DE SATISFACTION, SENTIMENTD’INSATISFACTION AU TRAVAIL : SOURCES DE PLAISIR ET DE
PENIBILITE PROFESSIONNELLES....................................................................................................................... 228
5.1. Sentiment de satisfaction au travail................................................. 228
5.2. Sentiment d’insatisfaction au travail ............................................... 231
6. CONCLUSION : QUEL DEGRE DE PROFESSIONNALISATION DES PRATIQUES D’ACCOMPAGNEMENT DES
CHOMEURS ? ................................................................................................................................................... 241
CONCLUSION GENERALE ....................................................................... 245
BIBLIOGRAPHIE......................................................................................... 248
PREMIERE PARTIE......................................................................................... 249
DEUXIEME PARTIE........................................................................................ 252
TROISIEME PARTIE.................................... 258
QUATRIEME PARTIE (BIBLIOGRAPHIE ADDITIONNELLE) .................................................................................. 260
ANNEXES ......................................................................................................................................................... 261
ANNEXE 1 : LISTE DES SIGLES UTILISES.... 262
ANNEXE 2 : LISTE DES STRUCTURES ENQUETEES......................................... 264
ANNEXE 3: GUIDE D’ENTRETIEN ACCOMPAGNATEUR..................................................................................... 267
ANNEXE 4 : GUIDE D’ENTRETIEN RESPONSABLE.......................................... 271
- 3 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009INTRODUCTION GENERALE
Pour présenter et introduire le rapport final de notre recherche sur l’accompagnement, nous
avons jugé opportun de rappeler dans un premier temps quelles étaient les attentes du
commanditaire, la Direction de l’Animation de la Recherche et des Etudes Statistiques, en
soulignant les grands axes de l’appel d’offre à projet. Nous revenons dans un second temps
sur notre projet de recherche en rappelant notre cadre problématique et méthodologique, ce
qui nous conduit à présenter les trois parties qui structurent le rapport final.
- 4 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009L’appel à propositions de recherche
En Mars 2006, la DARES lançait un appel à projet intitulé « l’accompagnement vers l’emploi
et l’accompagnement dans l’emploi ». Les objectifs de cet appel à projet étaient, d’une part,
de mieux cerner les spécificités de l’accompagnement en mettant en lumière les principaux
types d’accompagnement au regard des pratiques professionnelles et des modes de
coordination et, d’autre part, de recenser les facteurs potentiels, mais aussi effectifs de réussite
des différentes formes d’accompagnement. A cet égard, les commanditaires suggéraient de
s’intéresser aux coûts, au taux de retour à l’emploi et à la durée ainsi qu’au statut des emplois
retrouvés. Les propositions de recherche attendues devaient porter sur l’un ou plusieurs des
quatre grands axes construisant l’appel à projet. Le premier axe était intitulé « analyse des
éléments constitutifs de l’accompagnement ». L’attente des commanditaires, quant à cette
première direction, était que les recherches débouchent sur une caractérisation et une
définition de l’accompagnement dans ces différentes composantes ou phases (vers et dans
l’emploi). L’objectif étant également dans ce premier volet de caractériser finement les
pratiques selon la nature du prestataire, d’analyser les articulations entre accompagnement et
formation, de rechercher les spécificités de l’accompagnement en fonction du profil de la
1personne . Le deuxième axe intitulé « le secteur de l’accompagnement de l’accès à l’emploi »
soulignait l’intérêt porté à une meilleure connaissance du secteur, en particulier les sous-
traitants de l’ANPE et de l’UNEDIC, des modes de recours à ces sous-traitants et des types de
relations entre prestataires et commanditaires. Il s’agissait, en particulier, de saisir la
structuration de l’offre des prestataires et de connaître les acteurs qui travaillent dans ces
2structures, y compris du point de vue de la représentation de leur propre activité . Le troisième
axe visait pour sa part à renforcer les connaissances des « pratiques concrètes des acteurs en
Europe » du point de vue de l’accompagnement en insistant sur le rôle des contreparties et
leurs effets sur l’accompagnement. Enfin, le quatrième axe soulignait l’intérêt de creuser la
« connaissance des pratiques concrètes de l’accompagnement des acteurs en France et de leurs
effets sur le retour à l’emploi durable ». Dans ce cadre, la suggestion des commanditaires était
de partir d’une connaissance précise d’un segment du champ concerné (par exemple, les
réalisations d’un opérateur sur une catégorie bien déterminée de chômeurs), de comparer les
résultats des dispositifs, des différents opérateurs, ou de différentes configurations
institutionnelles en France et en Europe.
1
« Différents processus d’accompagnement (en emploi/vers l’emploi, avec la présence ou non d’un référent
concernant les personnes et les employeurs…), mis en œuvre par les acteurs différents (ANPE, UNEDIC,
nouveaux opérateurs dont les entreprises d’intérim) et mis dans leur contexte (économique et territorial…)
devront être suivis et analysés rigoureusement sur des publics et dans des lieux différents » (extrait de l’appel à
projet de recherche)
2 « Comment les prestataires se font-ils connaître ? Comment tarifient-ils leurs prestations ? Que constate-t-on
sur les premières expériences de recours à des sociétés d’intérims ou à des opérateurs étrangers de ce point de
vue ? dont les coûts seraient nettement supérieurs à ceux des sous-traitants actuels de l’ANPE » (extrait de
l’appel à projet de recherche)
- 5 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009Notre projet de recherche
Dans notre réponse à cet appel d’offre de la DARES, nous avons proposé un projet de
recherche s’inscrivant principalement sur les deux premiers axes. Nous rappelons maintenant
quelles étaient les grandes lignes de notre projet en soulignant ce qui a été effectivement
réalisé, quels ont été les problèmes auxquels nous nous sommes heurtés et les résultats que
nous avons obtenus.
3Partant d’un double constat , notre projet de recherche affichait deux objectifs principaux. Le
premier visait à saisir de manière fine les pratiques d’accompagnement et à proposer sur cette
base une typologie des pratiques locales rencontrées. En ce sens, le projet consistait à se
focaliser sur les pratiques des acteurs, sur leurs outils et méthodes en cherchant à mettre en
évidence les différences selon les intermédiaires, selon les publics concernés, ou selon les
marchés du travail locaux ou les segments de marchés. Il s’agissait également de saisir la
manière dont les partenariats locaux interagissent avec les pratiques d’accompagnement, ainsi
que les logiques et critères dans les procédures de répartition des publics entre les acteurs de
l’accompagnement. Le second objectif du projet de recherche affichait l’ambition de mettre
en évidence des pratiques innovantes construites dans le cadre de processus
d’accompagnement.
Partant volontairement d’une approche large de l’accompagnement, c’est-à-dire incluant des
pratiques que les acteurs ne qualifient pas nécessairement d’accompagnement, mais qui du
point de vue de leur forme, des publics ou des dispositifs concernés peuvent être considérées
comme relevant de cette catégorie, nous avons orienté la problématique générale de notre
recherche autour de quatre hypothèses principales dont nous rappelons les grandes lignes :
Hypothèse 1 : L’accompagnement, une construction sociale, porteuse d’ambiguïtés et de
tensions
La notion d’accompagnement se présente comme une notion vertueuse, consensuelle, propre à
susciter l’adhésion. Toutefois, ce n’est pas une notion simple, mais une construction sociale,
inscrite dans une histoire, polysémique, porteuse d’ambiguïtés et de tensions. Elle prend en
effet des formes et significations différentes, voire opposées, au cours du temps, selon les
acteurs ou les pays.
Hypothèse 2 : Un secteur segmenté, une professionnalisation problématique
Il existe une segmentation importante du secteur de l’accompagnement, non seulement des
professionnels (accompagnateurs), mais aussi des publics (destinataires), des pratiques et des
3 - Des transformations majeures se sont produites, concernant tant l’action publique face au chômage que le
paysage des intermédiaires de l’emploi : d’une part, on a assisté à une généralisation de l’accompagnement
depuis 1998 comme forme d’activation des chômeurs dans le cadre d’une approche qui se veut « préventive » du
chômage, et en particulier du chômage de longue durée ; d’autre part, on assiste à un renouvellement du paysage
de l’intermédiation, qui prend la forme d’un renforcement des liens entre l’ANPE et les autres intermédiaires,
avec un développement des pratiques de co-traitance et de sous-traitance.
- La manière dont ces transformations affectent les pratiques d’accompagnement des chômeurs elles-mêmes n’a
pas été au centre des recherches et travaux récente, qui se sont surtout focalisés sur l’évaluation des effets de
l’accompagnement sur les trajectoires des demandeurs d’emploi (Crépon, Dejemeppe et Gurgand 2005), ou sur
l’analyse du système d’aide au retour à l’emploi (CERC 2005).
- 6 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009logiques d’accompagnement. Cette segmentation renvoie tout autant à une segmentation du
marché du travail, qu’à une segmentation du champ professionnel de l’accompagnement. Elle
se manifeste par une grande complexité du paysage français de l’accompagnement, qui rend
délicate la définition d’un métier de l’accompagnement ou d’« accompagnateur », les
professionnels concernés s’inscrivant dans des « métiers flous », pour reprendre le terme de
G. Jeannot (2005).
Hypothèse 3 : Des pratiques instables, sujettes au changement et à l’innovation
La polysémie du terme accompagnement, tout autant que les transformations qui affectent les
intermédiaires et les politiques de l’emploi (changements institutionnels), sont de nature à
faire évoluer les pratiques (procédures) d’accompagnement.
Hypothèse 4 : Des logiques complexes d’individualisation
La généralisation de l’accompagnement des demandeurs d’emploi procède d’une tendance à
l’individualisation du suivi, selon des formes et des logiques complexes. On peut opposer
deux logiques d’individualisation : l’individualisation comme suivi individualisé où le
demandeur d’emploi (ou l’« accompagné ») est considéré comme acteur de son propre projet,
avec une approche personnalisée mettant au premier plan ses droits à l’emploi, ses
caractéristiques et ses besoins (la responsabilité de l’emploi étant celle de la société), et visant
à créer ou recréer les conditions d’une correspondance entre projet personnel et perspective
d’insertion. A l’opposé, l’individualisation peut procéder d’une logique « adéquationniste »
lorsqu’il s’agit de rapprocher ou d’adapter le demandeur d’emploi (qui aurait la responsabilité
de son « employabilité ») ou l’offre de travail, en partant des besoins en main-d’œuvre et en
qualification sur le marché du travail. L’individualisation peut aussi aller de pair avec une
« psychologisation » du mode d’intervention (Dugué et Maillard, 1993), ou glisser vers une
« nouvelle forme d’assistanat » (Leplâtre 2002).
C’est autour de ces quatre hypothèses et des questionnements relatifs que s’est organisée la
recherche que nous avons structurée en quatre temps. Avant de présenter les quatre parties de
ce rapport, nous revenons brièvement sur notre méthodologie et l’échantillon de structures
finalement retenues dans le cadre de cette recherche.
Notre entrée dans les pratiques d’accompagnement et dans le paysage de l’intermédiation
4repose sur une démarche empirique axée sur un travail monographique . La composition de
l’équipe de recherche nous a conduits à mener des investigations dans trois sites différents
(Lorraine, Bretagne et Région Ile de France) avec des accentuations sur certaines structures
et/ou certains types de prestations. L’enquête a été menée auprès de 30 organismes, soit
davantage que les 23 organismes que nous envisagions au départ dans le cadre de notre projet.
(cf. encart méthodologique). L’échantillon n’a pas vocation à une quelconque représentativité
statistique de l’ensemble des structures spécialisées dans l’accompagnement vers ou dans
l’emploi. Il est constitué de structures variées afin d’embrasser le champ de
l’accompagnement dans sa multiplicité et sa complexité, et laisse une place à des structures
qui apparaissent correspondre à des évolutions actuelles de l’accompagnement ou à des
pratiques innovantes. Parmi les difficultés rencontrées dans le cadre de cette enquête, nous
4 Les enquêtes ont été menées pour partie par les chercheurs, mais aussi par des étudiants de master, en
particulier en Bretagne. Des étudiantes du master 2 Politiques d’emploi, Ressources humaines, formation et
insertion, Nathalie Le Treust, Sarah Roger et Adeline Meunier ont effectuées seules certaines monographies qui
entraient dans le cadre de leur mémoire de recherche appliquée ; qu’elles en soient ici remerciées. Par ailleurs,
bon nombre d’entretiens en Bretagne ont été retranscrits par des étudiants de master 1 dans le cadre de leurs
travaux de méthodologie, qu’ils soient également remerciés pour leur travail minutieux.
- 7 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009mentionnerons particulièrement le refus qui nous a été fait par les Assedics de Lorraine et de
leur hiérarchie nationale de procéder à une enquête auprès du prestataire privé auprès duquel
sont orientés pour un accompagnement renforcé les demandeurs d’emploi indemnisés de la
région retenus et volontaires. Au-delà de ce problème qui ne nous a pas permis de prolonger
notre travail de comparaison entre les différentes structures autant que nous le souhaitions,
soulignons que la plupart de nos interlocuteurs ont joué le jeu malgré des emplois du temps
parfois très serrés, la durée des entretiens ne permettant pas dans certains cas d’approfondir
tous les thèmes. Nous les en remercions ici.
- 8 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009Organisation du rapport
Dans la première partie du rapport intitulée « l’accompagnement, une mise en
perspective », constituant le premier rapport intermédiaire remis à la DARES au troisième
5trimestre 2006/2007 , nous avons cherché à travers un état de l’art et sur la base de notre
travail d’enquête à analyser la catégorie même de l’accompagnement. En lien avec nos
première et quatrième hypothèses, nous avons recherché l’origine et retracé l’histoire de cette
notion dans son « application » à divers domaines et pratiques, ce qui nous a conduits, d’une
part, à souligner son caractère éminemment polysémique et, d’autre part, à l’interpréter à
l’aune du mouvement « d’individualisation du social ».
La deuxième partie intitulée « Accompagnement vers l’emploi, approche socio-
institutionnelle » (partie constituant le deuxième rapport intermédiaire remis à la DARES en
décembre 2007 et remaniée depuis) dresse un panorama institutionnel du secteur en mettant
en évidence les facteurs et les dynamiques d’évolution des politiques et des pratiques en
matière d’accompagnement. Cette partie s’ouvre sur un premier chapitre qui inscrit la
généralisation de l’accompagnement dans le contexte des inflexions des politiques de l’emploi
et des évolutions du champ de l’intermédiation en France. Partant de l’idée que le
développement, puis la généralisation de l’accompagnement des chômeurs auxquels nous
assistons depuis près de dix ans en France procèdent d’une forme d’activation des chômeurs
(qu’il s’agit tout à la fois d’inciter à travailler et d’accompagner vers l’emploi), nous revenons
sur l’analyse des différents « modèles » (ou types) d’activation en Europe et sur la manière
dont l’activation est promue par les institutions internationales (OCDE et Union Européenne).
Ce détour nous permet de qualifier le type d’activation à l’œuvre dans l’accompagnement, tel
qu’il s’est développé en France. Dans un deuxième chapitre, nous analysons les évolutions du
dispositif français d’accompagnement des chômeurs tel qu’il s’est développé depuis 2001, au
fil des conventions entre l’Unedic (en charge de l’indemnisation du chômage) et l’ANPE (en
charge de l’accompagnement et du placement des demandeurs d’emploi). A partir d’exemples
tirés de nos enquêtes, nous montrons comment ces évolutions travaillent les pratiques de ces
acteurs centraux de l’accompagnement. Le troisième chapitre s’intéresse aux effets des
changements institutionnels récents qui jalonnent le développement et la généralisation de
l’accompagnement (fin du monopole théorique de l’ANPE, nouveaux contours du Service
Public de l’Emploi, évolution des relations entre acteurs de l’emploi, notamment entre
commanditaires et prestataires, projet de fusion entre l’ANPE et les Assedics). A cette
occasion, ont été mis en regard les débats et les discours et représentations des acteurs des
structures enquêtées. Nous avons en particulier recherché les effets des évolutions du secteur
visant à mieux coordonner les interventions du Service public de l’emploi, mais aussi
d’étendre son périmètre à de « nouveaux » acteurs, mis en concurrence et animés d’une
logique marchande. Dans le quatrième chapitre, nous abordons les questions touchant à
l’évaluation et à l’efficacité de l’accompagnement et du Service public de l’emploi (SPE). Ces
questions sont apparues essentielles pour deux motifs : d’une part parce qu’elles occupent une
place centrale dans les évolutions en cours (du dispositif d’accompagnement et du SPE) et
dans les débats actuels, et, d’autre part, parce que la manière dont elles se posent à l’heure
actuelle est de nature à affecter les pratiques d’accompagnement elles-mêmes. Le point de vue
5
Cette première version a fait l’objet d’enrichissements et constitue de fait la partie 1 du présent rapport final.
- 9 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009que nous avons adopté n’est pas celui d’évaluateurs cherchant à déterminer le degré
d’efficacité des programmes, mais celui d’observateurs cherchant à illustrer la manière dont la
diffusion des pratiques d’évaluation et les critères retenus travaillent les pratiques
d’accompagnement et comment les acteurs (notamment à l’ANPE) perçoivent ces pratiques et
se les approprient.
La troisième partie intitulée « Pratiques et institutions anciennes et contemporaines de
l’accompagnement dans le secteur des pêches maritimes en Bretagne » se focalise sur une
forme d’accompagnement ancienne, dans laquelle le parcours professionnel des personnes en
recherche d’emploi s’inscrit dans un accompagnement « par le milieu », celui des pêches
maritimes en Bretagne. Cette forme ancienne d’accompagnement est travaillée par les formes
actuelles de l’accompagnement dans les politiques publiques, qui lui donnent un contenu plus
centré sur la gestion institutionnelle publique individualisée des parcours d’accès vers
l’emploi et dans l’emploi. Toutefois, si dans les politiques publiques, l’accompagnement
relève plutôt d’une problématique de la « demande » centrée sur le demandeur d’emploi, ses
difficultés et son projet, elle apparaît centrée sur « ’offre »dans le secteur des pêches, ce qui
interroge la pertinence même de l’usage de la notion d’accompagnement lorsque ce dernier
est mobilisé pour le renouvellement des viviers de main d’œuvre d’un secteur qui peine à
recruter. Cette troisième partie aborde successivement les formes traditionnelles de « gestion
de l’emploi » dans le secteur des pêches et notamment les pratiques traditionnelles
d’accompagnement par le milieu (1), les facteurs de mutation et les innovations
institutionnelles à l’œuvre (2) et enfin les apports particuliers de la problématique de
l’accompagnement dans ces innovations institutionnelles (3).
La quatrième partie du rapport intitulée « Analyse des pratiques professionnelles
d’accompagnement des chômeurs» se tourne vers les pratiques professionnelles
développées dans le secteur de l’accompagnement des chômeurs. En lien avec notre deuxième
hypothèse, l’analyse s’ouvre sur un examen du cadre institutionnel des métiers de
l’« accompagnement » de façon à préciser la nature et le degré de structuration de ce champ
professionnel. Au-delà de cette première étape qui montre une faible homogénéité dans les
intitulés de poste et l’absence de convention collective commune, l’analyse du champ
professionnel de l’accompagnement se poursuit par l’examen des qualifications et
compétences requises et acquises des intervenants, ainsi que de leurs conditions d’emploi.
Dans un second temps, une autre question centrale est soulevée, celle des pratiques concrètes
de travail des « accompagnateurs » (contenu de travail, outils, méthodes, etc.). Une attention
particulière est portée aux discours que ces derniers tiennent sur leur activité, leur identité
professionnelle, la manière dont ils légitiment (ou non) leur action et dont ils l’évaluent. Dans
cette optique, il a été intéressant de s’arrêter sur les difficultés que les « accompagnateurs »
rencontrent dans leur activité, notamment liées aux limites de leur action, aux manques qu’ils
signalent et qui entravent leur travail. Ces éléments permettent, en fin de partie, de livrer
quelques constats sur le degré de professionnalisation du champ de l’accompagnement.
- 10 -
halshs-00377437, version 1 - 21 Apr 2009
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