Une décentralisation en kit : analyse des trajectoires des politiques de régionalisation et de décentralisation dans la construction de l’État au Chili (1964-1996), The decentralization kit : an analysis of regionalization and decentralization policy itineraries in the construction of the Chilean state (1964-1996)

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Sous la direction de Pierre Mathiot
Thèse soutenue le 19 novembre 2010: Lille 2
Cette thèse retrace les trajectoires des politiques de régionalisation et de décentralisation au Chili ainsi que celles de leurs promoteurs/médiateurs. Ce faisant, elle montre que ces acteurs, constituant une « communauté réformatrice », agissent en réseau. Cette communauté devra non seulement imprégner l’administration pour agir sur elle mais elle devra aussi s’adapter et ajuster ses idées, révélant ainsi la fragilité d’un certain nombre de mécanismes institutionnels tant au niveau national qu’international, en particulier ceux relatifs à la coopération
-Institutions
-Régionalisation
-Décentralisation
-Politiques publiques
-Coopération internationale
-Réseaux sociaux
This thesis follows the itineraries taken by regionalization and decentralization policies in Chile as well as those of their advocates and/or brokers.In doing so, it will be shown that those involved, making up a community for reform, form a network. This community was not only to permeate the administration in order to act upon it, but also to adapt and adjust its ideas, thus bringing to the fore the frailty of a certain number of institutional mechanisms as much at national as at international level, in particular those relative to cooperation.
-Institutions
-Regionalization
-Decentralization
-Public policies
-International cooperation
-Social networks
Source: http://www.theses.fr/2010LIL20010/document
Publié le : lundi 31 octobre 2011
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Thèse délivrée par

L’Université Lille 2 – Droit et Santé


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THÈSE

Pour obtenir le grade de Docteur en Science Politique
Présentée et soutenue publiquement par
Carolina Gutiérrez Ruiz
19 novembre 2010
Une décentralisation en kit.
Analyse des trajectoires des politiques de régionalisation
et de décentralisation dans la construction de l’État au Chili
(1964-1996)
JURY
Directeur de thèse : M. Pierre Mathiot, Professeur des Universités, IEP Lille
Membres du jury :

M. Philippe Bezes, Chercheur au CNRS, CERSA, Université Paris II
M. Yves Dezalay, Directeur de recherches émérite au CNRS, CSE, EHESS
M. Olivier Nay, Professeur des Universités, Université Lille 2
M. Renaud Payre, Professeur des Universités, Université Lyon 2
M. Gilles Pollet, Professeur des Universités, IEP Lyon


















































L’Université de Lille 2 n’entend donner ni approbation ni improbation
aux opinions émises dans les thèses.
Celles-ci doivent être considérées comme propres à leurs auteurs.

REMERCIEMENTS
Remercier… Peut être la dernière tâche à laquelle on se consacre durant la rédaction d’une thèse, bien
qu’elle nous suive tout au long de ce travail de recherche et soit si importante.

La thèse est un travail intellectuel collectif et, en tant que tel, je tiens d’abord à remercier celles et ceux qui,
de près ou de loin, ont contribué à l’améliorer (ses défauts, encore nombreux, ne sont imputables qu’à son
auteure).

Je voudrais ainsi remercier les membres de mon laboratoire, le CERAPS, et cela à plusieurs niveaux. Je
tiens tout d’abord à remercier Pierre Mathiot, Frédéric Sawicki et Christian-Marie Wallon-Leducq, pour la
confiance qu’ils m’ont témoignée. En concourant à m’accorder une allocation de thèse, ils m’ont permis
de poursuivre et d’achever ce travail. Ensuite, toute ma reconnaissance va aux titulaires, doctorants et
personnel administratif, qui par leur accueil chaleureux ont rendu lumineuses ces journées passées dans le
laboratoire, malgré les nuages de Lille. Finalement, ce laboratoire m’a offert l’opportunité de discuter
autant des travaux et des perspectives de recherche, dans le cadre des séminaires de recherche, que de
discuter « de l’humain et du divin » dans les couloirs et dans la « salle de convivialité ».

Je remercie en particulier, pour leur aide, mon directeur de thèse Pierre Mathiot, le directeur du laboratoire
Jean-Gabriel Contamin et mes camarades cerapsiens Rachel Vanneuville, Isabelle Bruno, Fabien Desage,
Bastien Sibille, Ivan Chupin, Mathieu Hauchecorne, Marion Gurruchaga, Jérémie Nollet, Thomas Alam,
Pierre Dos Santos, Thomas Léonard, Julien O’Miel et Sara Belleil pour leurs lectures et commentaires.
Dans ce cadre, la possibilité de participer à l’École d’été de Lille, dirigée alors par Annie Laurent, m’a
permis d’acquérir mes premières connaissances sur l’analyse des réseaux sociaux. Un grand merci aussi à
des collègues et amis qui ont continué à me conseiller sur cette technique : Thais Pavez, Ainhoa de
Federico et Narciso Pizarro.

Ces journées ont aussi été heureuses grâce à la complicité et l’amitié de Sandrine Perrot, Paula Cristofalo,
plus récemment Marie Le Ray et, partageant mon bureau depuis les débuts, de Julien Lainé.

Ce travail n’aurait pas été possible sans le soutien logistique, technique et toujours amical de
Younès Haddadi et Marc Deman.

Finalement, je tiens à remercier ma famille qui m’a toujours épaulée et accueillie dans mes « terrains », mes
parents qui m’ont inculqués le goût de la connaissance et apportés une culture politique qui est pour
beaucoup dans cette « connaissance du terrain ». Leurs conversations m’ont beaucoup stimulé, tout
comme les livres de mon père, cette vaste bibliothèque aux livres rares et pour beaucoup précieux. Je
remercie aussi mes sœurs pour leur complicité.

Il y a aussi, bien sûr, ma « petite famille », mes enfants qui, souvent inconsciemment, m’ont toujours
apporté du réconfort et de la joie et surtout la possibilité de « faire la part des choses » dans ce travail ô
combien prenant. Un remerciement tout particulier à Vladimir pour son soutien, son amour, sa patience et
sa générosité à toute épreuve.
- 5 - SOMMAIRE
REMERCIEMENTS........................................................................................................................................ 5
Sommaire .......................................................................................................................................................... 7
INTRODUCTION GÉNÉRALE..................................................................................................................... 9
Section Méthodologique................................................................................................................................. 43
Abréviations et Sigles ..................................................................................................................................... 61
PREMIÈRE PARTIE .......................................................................................................................................... 65
SUR LA NATURE DU CHANGEMENT POLITIQUE ET L’OPPORTUNITÉ D’UNE SCIENCE
RÉGIONALE AU CHILI .................................................................................................................................... 65
(Première séquence 1964-1970).......................................................................................................................... 65
Introduction de la Première Partie............................................................................................................... 67
Chapitre 1. Le processus de transfert d’un savoir : la science régionale au Chili ................................... 73
Chapitre 2. Vers l’institutionnalisation de la science régionale................................................................ 133
Conclusion Première Partie......................................................................................................................... 193
DEUXIÈME PARTIE........................................................................................................................................ 195
L’INSTITUTIONNALISATION DE LA RÉGIONALISATION AU CHILI : UNE APPROCHE PAR LES
RÉSEAUX SOCIAUX........................................................................................................................................ 195
(Deuxième squence 1971-1985 )........................................................................................................................ 195
Introduction de la Deuxième Partie............................................................................................................ 197
Chapitre 3. La participation : vie et mort d’un projet politique.............................................................. 199
Chapitre 4. L’adoption de la décentralisation par la communauté réformatrice................................. 273
Conclusion Deuxième Partie........................................................................................................................ 351
TROISIÈME PARTIE ....................................................................................................................................... 353
LA TRANSITION DÉMOCRATIQUE ET LE PROCESSUS D’INSTITUTIONNALISATION DU PROJET
DÉCENTRALISATEUR : QUELLE PLACE POUR LE CHANGEMENT?.................................................. 353
(Troisième séquence 1986-1996) ....................................................................................................................... 353
Introduction de la Troisième Partie............................................................................................................ 355
Chapitre 5. L’institutionnalisation du projet décentralisateur ; un processus inachevé ....................... 359
Chapitre 6. Les CPER : un instrument de décentralisation ? ................................................................. 425
Conclusion de la Troisième Partie .............................................................................................................. 493
CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................................................................................ 495
BIBLIOGRAPHIE THÉMATIQUE ................................................................................................................. 505
ANNEXES.......................................................................................................................................................... 535
TABLE DE MATIÈRES.................................................................................................................................... 595

-7-





INTRODUCTION GÉNÉRALE



Le royaume du Chili est appelé pour la nature de sa situation, par les coutumes
innocentes et virtuoses de ses habitants, par l’exemple de ses voisins, les fiers
républicains d’Arauco, à bénéficier des bénédictions qui découlent des justes et douces
lois d’une république. S’il y en a une qui demeurera longtemps en Amérique, je
m’incline à penser que ce sera la chilienne. Jamais il ne s’éteint là l’esprit de liberté, les
vices de l’Europe et de l’Asie arriveront tard ou jamais à corrompre les coutumes de cet
extrême de l’univers. Son territoire est limité, il sera à jamais hors du contact infecté
des autres hommes, n’altérera pas ses lois, us et pratiques, préservera son uniformité en
1opinions politiques et religieuses, en un mot, le Chili peut être libre .
Carta de Jamaica, Simón Bolívar (1815)

PROLOGUE
En 1964, sous un gouvernement démocrate chrétien (1964-1970), un organisme voué à la
planification est créé. Il s’agit du Bureau de Planification Nationale (ODEPLAN). C’est dans
ce bureau qu’une planification sur une base nationale et régionale doit être effectuée. Pour ce
faire, un certain nombre d’outils, statistiques, et d’instruments de planification sont utilisés.
Ces outils et instruments ont été importés par des missionnaires en provenance de la
Fondation Ford et de la Coopération française. La mobilisation de ces savoirs permet
l’apparition d’une communauté réformatrice nationale porteuse d’un projet de régionalisation
du pays. Ce projet évoluera avec le temps, s’appliquera à différents moments sous des formes
variées et deviendra en 1990 un projet de décentralisation du pays.
Nous analyserons comment une loi relative à la décentralisation verra le jour, dans un État
centralisateur, le Chili. C’est sous la forme d’un changement incrémentiel, ou à petits
« coups », et à condition de composer avec un système politique structuré par des
arrangements entre les élites administratives et politiques, que ce projet sera rendu possible.
Plus largement, cette thèse se penche sur l’évolution de l’État chilien entre 1964 et 1996, en
étudiant la trajectoire du processus de régionalisation et de décentralisation au Chili, et, au
sein même de ce processus, des appropriations dont la thématique régionale et de
décentralisation a été l’objet au Chili et en France. En outre, en observant l’action de la
communauté réformatrice dans une perspective diachronique, nous nous interrogerons sur le
2poids des relations personnelles et plus largement du capital social dans le devenir des
politiques publiques.

1 Un extrait de cette lettre est repris dans la thèse d’A. Valenzuela (1977) (traduit de l’espagnol par nos soins).
2 Nous reprenons ici la notion de capital social amorcée par Pierre Bourdieu (1980) à savoir, « l’ensemble des
ressources actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins
institutionnalisées d’interconnaissance et d’interreconnaissance ; ou, en d’autres termes, à l’appartenance à un
- 11 - Un état des lieux des recherches (et quelques-uns de leurs points aveugles) portant
sur la décentralisation au Chili et « ailleurs »
Dans les analyses anglo-saxonnes, les recherches qui portent sur la décentralisation
s’appuient, en général, soit sur le système des partis et les élites politiques soit sur le régime
politique et son incidence sur l’initiative de promulguer des lois tendant à la décentralisation
du pays. Cependant, une approche par le fonctionnement de l’administration et des élites
1administratives est beaucoup plus rare .
La focale retenue est celle d’analyser les politiques tendant à une décentralisation des pays
comme étant des actions expliquées par le choix rationnel (rational choice) des acteurs. Ces
travaux, dont ceux de William Riker (1964) sont devenus des classiques, essaient de montrer
que si une politique de décentralisation peut avoir lieu, dans ce cas précis de fédéralisme, c’est
2en raison du système des partis existant dans le pays. L’analyse insiste ainsi sur les
mécanismes formels du contrôle législatif. Ceci veut dire que c’est le type de système de
partis (centraliste ou décentralisateur) qui détermine le régime de gouvernement intérieur.
W. Riker explique cet état de fait par le contrôle qu’exercent les partis politiques sur les
parlementaires, les membres du Congrès. Si les parlementaires ont des chefs de partis qui sont
favorables à un État centralisé, alors ils votent en ce sens ; si ces chefs sont décentralisateurs,
3les parlementaires votent des politiques dans l’autre sens .
Cette thèse est également développée dans le contexte latino américain (Rabkin 1996, Rahat,
Sznadjer 1998). L’argument central de ces travaux est de dire que quand un pays a un système
4de partis centraliste , en général, les élites de ces partis habitent la capitale et ont le contrôle
du système de nominations des candidats au parlement. Alors, si l’élite de parti habite à
Santiago, celle-ci nomme des Santiaguinos (des habitants de Santiago), des individus avec des
intérêts centralistes. Il y a dans ce type d’approches une vision de choix rationnel car ce qui
explique ce rapport entre système de partis et politiques est l’appréciation des acteurs sur

groupe, comme ensemble d’agents qui ne son pas seulement dotés de propriétés communes (susceptibles d’être
perçues par l’observateur, par les autres ou par eux-mêmes) mais sont aussi unis par des liaisons permanentes et
utiles.
1 Il existe bien entendu des exceptions notables, même si « la décentralisation » n’est pas leur objet principal. Il
s’agit de la thèse publiée de Philippe Bezes, 2009, Réinventer l’État : les réformes de l’administration française
(1962-2008), Paris, PUF et de l’ouvrage d’Ezra Suleiman, 2005, Le démantèlement de l’État démocratique,
Paris, Seuil. Nous pouvons mentionner également le dossier de Critique internationale, « Réformes de l’État et
transformations démocratiques : le poids des héritages », 2007, 2 (35).
2 Le rôle assigné aux partis politiques dans la structuration des États est aussi présente dans l’analyse de Maurice
Duverger sur les partis politiques, voir : Maurice Duverger, 1976, Les partis politiques, Paris, Armand Colin.
3 Voir également le travail de Daniel Ziblatt, 2008, The formation of Italy and Germany and the puzzle of
federalism, Princeton, New York, Oxford, Princeton University Press.
4 Nous dirons qu’est centraliste celui qui est favorable à la centralisation.
- 12 -

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