Français 1999 Littéraire Baccalauréat général

De
Publié par

Examen du Secondaire Baccalauréat général. Sujet de Français 1999. Retrouvez le corrigé Français 1999 sur Bankexam.fr.
Publié le : dimanche 16 mars 2008
Lecture(s) : 62
Nombre de pages : 6
Voir plus Voir moins
Les conventions au théâtre
Vous devez lire la totalité du dossier (textes et questions) avant de choisir le
travail d’écriture. Les trois questions sont communes à tous les sujets : elles
vous permettent d’approfondir la lecture des textes.
Documents
A
Eugène Ionesco,
Rhinocéros
, 1959.
B
Samuel Beckett,
Oh! les beaux jours,
1963.
C
Alain Rey,
dans
Le Théâtre
, dir. D. Couty et A. Rey, 1980.
D
Rhinocéros:
mise en scène de Jean-Louis Barrault (1960) et maquette
du décor.
Questions
m
1.
Montrez ce qui appartient au domaine des conventions dans les
documents A et B. Quels sont les éléments les plus fantaisistes et dérou-
tants de ces scènes (dans l’écriture, dans les situations et dans les éléments
de mise en scène suggérés par le texte et les didascalies). (2
POINTS
)
m
2.
Quelle particularité du théâtre – qui le distingue des autres genres litté-
raires et des autres types de spectacle – le document C met-il en valeur? Dites,
à partir des photos (documents D), quels moyens le metteur en scène a trou-
vés pour rendre compte de l’étrangeté de la scène. (2
POINTS
)
Écriture
m
Sujet I: Commentaire
Vous ferez le commentaire de l’extrait de
Rhinocéros
de Ionesco.
m
Sujet II: Dissertation
On a pu dire que le théâtre était, parmi les genres littéraires, le plus conven-
tionnel. Après avoir précisé quelles sont les conventions essentielles que le
théâtre impose, vous chercherez les raisons pour lesquelles, selon vous, le
spectateur se soumet volontiers à ces conventions et accepte sur scène les
fantaisies les plus débridées qu’il refuserait dans la vie réelle.
m
Sujet III: Écriture d’invention
Après avoir observé la photo ( document D), mais sans vous en tenir néces-
sairement aux choix qu’elle révèle, écrivez le texte qu’un metteur en scène
pourrait rédiger pour expliquer ses choix de mise en scène de
Rhinocéros
.
I
l
pourra aussi éclairer son choix des costumes, du décor et expliciter le sens
et le registre qu’il veut donner à la scène.
Document A
Une étrange épidémie affecte les petits fonctionnaires d’une ville imagi-
naire: ils se métamorphosent les uns après les autres en rhinocéros. Jean
manifeste ici les premiers symptômes de la maladie.
B
ÉRENGER
. – Bien sûr, bien sûr. Peut-être avez-vous pris froid quand
même. Avez-vous de la fièvre?
J
EAN
. – Je ne sais pas. Si, sans doute un peu de fièvre. J’ai mal à la
tête.
B
ÉRENGER
. – Une petite migraine. Je vais vous laisser, si vous voulez.
J
EAN
. – Restez. Vous ne me gênez pas.
B
ÉRENGER
. – Vous êtes enroué, aussi.
J
EAN
. – Enroué?
B
ÉRENGER
. – Un peu enroué, oui. C’est pour cela que je ne recon-
naissais pas votre voix.
J
EAN
. – Pourquoi serais-je enroué? Ma voix n’a pas changé, c’est plu-
tôt la vôtre qui a changé.
B
ÉRENGER
. – La mienne?
J
EAN
. – Pourquoi pas?
B
ÉRENGER
. – C’est possible. Je ne m’en étais pas aperçu.
Jean. – De quoi êtes-vous capable de vous apercevoir?
(Mettant la
main à son front.)
C’est le front plus précisément qui me fait mal. Je me suis
cogné, sans doute!
Sa voix est encore plus rauque.
B
ÉRENGER
. – Quand vous êtes-vous cogné?
J
EAN
. – Je ne sais pas. Je ne m’en souviens pas.
B
ÉRENGER
. – Vous auriez eu mal.
J
EAN
. – Je me suis peut-être cogné en dormant.
B
ÉRENGER
. – Le choc vous aurait réveillé. Vous aurez sans doute sim-
plement rêvé que vous vous êtes cogné.
J
EAN
. – Je ne rêve jamais…
B
ÉRENGER
,
continuant
. – Le mal de tête a dû vous prendre pendant
votre sommeil, vous avez oublié d’avoir rêvé, ou plutôt vous vous en sou-
venez inconsciemment!
J
EAN
. – Moi, inconsciemment? Je suis maître de mes pensées, je ne
me laisse pas aller à la dérive. Je vais tout droit, je vais toujours tout droit.
B
ÉRENGER
. – Je le sais. Je ne me suis pas fait comprendre.
J
EAN
. – Soyez plus clair. Ce n’est pas la peine de me dire des choses
désagréables.
B
ÉRENGER
. – On a souvent l’impression qu’on s’est cogné, quand
on a mal à la tête.
(S’approchant de Jean.)
Si vous vous étiez cogné, vous
devriez avoir une bosse.
(Regardant Jean.)
Si, tiens, vous en avez une, vous
avez une bosse en effet.
J
EAN
. – Une bosse?
B
ÉRENGER
. – Une toute petite.
J
EAN
. – Où?
B
ÉRENGER
,
montrant le front de Jean.
– Tenez, elle pointe juste au-
dessus de votre nez.
J
EAN
. – Je n’ai point de bosse. Dans ma famille, on n’en a jamais eu.
B
ÉRENGER
. – Avez-vous une glace?
J
EAN
. – Ah ça alors!
(Se tâtant le front.)
On dirait bien pourtant. Je
vais voir, dans la salle de bains,
(Il se lève brusquement et se dirige vers la salle
de bains. Bérenger le suit du regard. De la salle de bains:)
C’est vrai, j’ai une
bosse.
(Il revient, son teint est devenu plus verdâtre.)
Eugène Ionesco
,
Rhinocéros
,
dans
Théâtre
, III, 1959, Gallimard.
Document B
Scène comme au premier acte
1
.
Willie
2
invisible.
Winnie
2
enterrée jusqu’au cou, sa toque sur la tête, les yeux fermés. La
tête, qu’elle ne peut plus tourner, ni lever, ni baisser, reste rigoureusement immo-
bile et de face pendant toute la durée de l’acte. Seuls les yeux sont mobiles. Voir
indications.
Sac et ombrelle à la même place qu’au début du premier acte. Revolver
bien en évidence à droite de la tête.
Un temps long.
Sonnerie perçante. Elle ouvre les yeux aussitôt. La sonnerie s’arrête. Elle
regarde devant elle. Un temps long.
W
INNIE
. – Salut, sainte lumière.
(Un temps. Elle ferme les yeux. Sonnerie
perçante. Elle ouvre les yeux aussitôt. La sonnerie s’arrête. Elle regarde devant
elle. Sourire. Un temps. Fin du sourire. Un temps.)
Quelqu’un me regarde
encore.
(Un temps.)
Se soucie de moi encore.
(Un temps.)
Ça que je trouve
si merveilleux.
(Un temps.)
Des yeux sur mes yeux.
(Un temps.)
Quel est ce
vers inoubliable?
(Un temps. Yeux à droite.)
Willie.
(Un temps. Plus fort.)
Willie.
(Un temps. Yeux de face.)
Peut-on parler encore de temps?
(Un temps.)
Dire que ça fait un bout de temps, Willie, que je ne te vois plus.
(Un temps.)
Ne t’entends plus.
(Un temps.)
Peut-on?
(Un temps.
) On le fait.
(Sourire.)
Le vieux style!
(Fin du sourire.)
Il y a si peu dont on puisse parler.
(Un temps.)
On parle de tout.
(Un temps.)
De tout ce dont on peut.
(Un temps.)
Je pen-
sais autrefois…
(un temps)
… je dis, je pensais autrefois que j’apprendrais à
parler toute seule.
(Un temps.)
Je veux dire à moi-même le désert.
(Sourire.)
Mais non.
(Sourire plus large.)
Non non.
(Fin du sourire.)
Donc tu es là.
(Un temps.)
Oh tu dois être mort, oui, sans doute, comme les autres, tu as
dû mourir, ou partir, en m’abandonnant, comme les autres, ça ne fait rien,
tu es là.
(Un temps. Yeux à gauche.)
Le sac aussi est là, le même que toujours,
je le vois.
(Yeux à droite. Plus fort.)
Le sac est là, Willie, pas une ride, celui
que tu me donnas ce jour-là… pour faire mon marché.
(Un temps. Yeux de
face.)
Ce jour-là.
(Un temps.)
Quel jour-là?
(Un temps.)
Je priais autrefois.
(Un temps.)
Je dis, je priais autrefois.
(Un temps.)
Oui, j’avoue.
(Sourire.)
Plus maintenant.
(Sourire plus large.
) Non non.
(Fin du sourire. Un temps.)
Autrefois… maintenant… comme c’est dur, pour l’esprit.
(Un temps.)
Avoir
été toujours celle que je suis – et être si différente de celle que j’étais.
(Un
temps.)
Je suis l’une, je dis l’une, puis l’autre.
(Un temps.)
Tantôt l’une, tan-
tôt l’autre.
(Un temps.)
Il y a si peu qu’on puisse dire.
(Un temps.)
On dit
tout.
(Un temps.)
Tout ce qu’on peut.
(Un temps.)
Et pas un mot de vrai
nulle part.
(Un temps.)
Mes bras.
(Un temps.)
Mes seins.
(Un temps.)
Quels
bras?
(Un temps.)
Quels seins?
(Un temps.)
Willie
(Un temps.)
Quel Willie?
Samuel Beckett
,
Oh! les beaux jours
, acte II, Éd. de Minuit, 1963.
1. Lumière aveuglante.
Une toile de fond en trompe-l’oeil très pompier représente la fuite et la rencontre au
loin d’un ciel sans nuages et d’une plaine dénudée.
Enterrée jusqu’au-dessus de la taille dans le mamelon, au centre précis de celui-ci,
Winnie. La cinquantaine, de beaux restes, blonde de préférence, grassouillette, bras et
épaules nus, corsage très décolleté, poitrine plantureuse, collier de perles (…).
À sa droite et derrière elle, allongé par terre, endormi, caché par le mamelon, Willie.
(Indications de Beckett.)
2. Willie est un homme, Winnie est une femme.
Document C
Le théâtre, qu’est-ce que c’est?
N’est-il pas pénible, vraiment, de voir agir et parler fictivement, dans
un lieu d’où l’on est exclu, des humains qui exhibent la plus manifeste indif-
férence pour le spectateur qui pourtant les justifie? Ces fantômes de chair
s’exposent indécemment, insensibles à l’intérêt qu’on leur porte. Au cirque,
le lion ne rugit pas que pour son dompteur: il s’adresse au public, à moi-
même. Au cinéma, je ne surprends que des ombres. Autre chose: au théâtre,
comme devant l’équilibriste, comme à l’opéra ou au ballet, il faut supporter
l’angoisse du vivant dans le prévisible. L’objet scénique est programmé avec
rigueur, et, pourtant, le comédien peut oublier ou altérer son rôle, trébucher,
se tromper de geste ou d’espace, le projecteur peut flancher, le décor se gon-
doler. J’assiste au simulacre d’une liberté où le seul possible est l’échec. Enfin,
je suis exclu du drame, mais enfermé avec lui, contre lui, dans cet espace
commun et divisé qu’est le lieu théâtral.
Relation conditionnelle, toute de frustration. Je pourrais parler à cette
femme qui agit devant moi et (il faut le croire contre toute apparence) pour
moi: je pourrais la toucher, l’embrasser, la gifler, sentir la chair. Mais non,
j’ai accepté le contrat intolérable qui me fait «spectateur». Les dérisoires liber-
tés que m’accorde la modernité, me lever, marcher, m’approcher, m’éloigner,
n’y changent rien; je reste aliéné, mutilé. De fait, dans notre culture, le spec-
tateur ne peut intervenir que pour détériorer, pour perturber, pour annuler
(il lui suffit d’être absent). S’il accepte le contrat: venir, se masser, attendre,
rester
suffisamment
tranquille,
mais
éveillé,
mais
vigilant, mais attentif, il ne peut, faute de tout démolir ou de chasser les acteurs,
qu’approuver ou désapprouver en mesure, contribuant au rituel. Claqueurs et
siffleurs n’assument aucune liberté: ils transmettent un message qui n’est pas
souvent le leur ou font partie du spectacle, souvent à leur insu.
Alain Rey,
dans
Le Théâtre
, dir. D. Couty et A. Rey, 1980, Bordas.
Documents D
Rhinocéros
p
h
©
B
e
r
n
a
n
d
W. Sabatier, J.-L. Barrault
et S. Valère lors des répétitions
de
Rhinocéros
d’E. Ionesco.
Mise en scène de J.-L. Barrault.
Théâtre de France, janvier 1960.
p
h
©
a
r
c
h
i
v
e
s
H
a
t
i
e
r
©
J
a
c
q
u
e
s
N
o
ë
l
J. Noël, maquette de décor
pour
Rhinocéros
mis en scène par J.-L. Barrault.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.