Identité et Diversité de Mosaïque Européenne (Chapitre I)

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Identité et Diversité de Mosaïque Européenne (Chapitre I)

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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CHAPITRE 1 : IDENTITE ET DIVERSITE DE LA MOSAÏQUE EUROPEENNE
IL MANQUE LES PAGES 1 A 24
ET 34 A 39
b/ Une identité matérielle : mondes ruraux, mondes urbains
-Dans cet espace européen en dilatation, l’économie repose d’abord sur une civilisation agraire dont l’horizon est celui du
village, de la seigneurie et du bourg.
-Dans un premier temps, on observe une extension de la pratique du servage même si les maîtres ont tendance à
amoindrir les contraintes afin de retenir des populations promptes à fuir vers les ville plus attrayantes.
-Aux XIIème et XIIIème siècles, l’Europe connaît à la fois croissance démographique et révolution des techniques
agraires.
-Le collier d’épaule pour les chevaux, les charrues à soc, les herses et la systématisation de l’assolement
triennal permettent un accroissement sensible des rendements .
-La population en augmentation entreprend alors de vastes défrichements qui ne se font pas sans litiges entre
nobles et paysans des communautés villageoises.
-Par exemple le bocage est un défrichement en parcelles bordées de haies vives et de chemins creux qui
permet le drainage des terrains et la protection des cultures contre les vents dominants.
-En Europe, le défrichement et le drainage des zones humides au cours du XIIème siècle augmentent d’un tiers la
surface des terres cultivées, générant des économies agraires florissantes qui permettent d’édifier de nouveau
villages.
-La grande variété des matériaux, les conditions climatiques et topographiques locales conduisent à une profusion
de styles architecturaux régionaux et de paysages différents qui fondent la richesse du patrimoine, aujourd’hui
largement exploitée par le tourisme.
Le servage : une grille des évolutions politiques et sociales en Europe
Le servage est un héritage de la pratique gréco-romaine du colonat qui se développe parallèlement à l’esclavage. Le
colon comme le serf, homme libre, est installé dans un grand domaine sur une terre qu’il ne peut quitter mais qui ne peut
lui être enlevé et qu’il transmet à ses enfants. Il doit au propriétaire, le seigneur, des redevances et des journées de
travail mais dispose de sa récolte. Cela s’adapte très bien au cadre féodal : les ruraux échangent travail et redevances
contre la protection des chevaliers. Le servage connaît des évolutions différenciées selon les régions :
-À l’Ouest du continent, il disparaît à partir du XIIème siècle au profit des tenants libres qui eux peuvent céder ou
vendre leur terre. Il est aboli au XVIIIème siècle en France.
-En Prusse, à l’inverse, le servage se développe à partir du XVème siècle, lorsque la main-d’oeuvre vient à manquer à
l’Est de l’Oder. Il est aboli en 1811.
-L’évolution est bien différente en Russie : au fur et à mesure que l’empire s’étend les paysans deviennent des serfs. Il
est aboli tardivement en 1861.
-Il existe cependant
une autre échelle de la production et de l’échange, celle des villes et des marchands.
-Elles animent des réseaux continentaux qui mettent l’Europe en relation avec le reste du monde connu.
-L’effort rural et agraire s’accompagne en effet d’une croissance considérable des cités qui obtiennent des chartes
de franchise et développent, dans le cadre d’une organisation des métiers, la production artisanale, le commerce et,
pour certaines d’entre elles, des foires de renommée internationale : Troyes, Provins, Novgorod.
-En témoigne leur typonimie: Villeneuve, Newport, Neustadt…avant que les ravages de la Peste noire
(1346,1352) diminuent d’un tiers la population.
-l’organisation des activités artisanales et marchandes en corporations reflète la tendance de la société
occidentale à s’organiser en communautés et manifeste une réaction urbaine à la féodalité.
Les corporations
Elles naissent au XIème siècle, puis suivent l’essor urbain, en se donnant ou en recevant leurs premiers statuts : les
tisserands de Londres ou les cordonniers de Rouen avant 1135…
-L’héritage médiéval se retrouve dans les paysages urbains, dont le bâti et la morphologie des centre-villes européens
constituent une des composantes de l’identité culturelle du continent.
-Il en va de même pour les vastes réseaux marchands comme la Hanse, Venise, Gênes qui dessinent une trame encore
visible aujourd’hui.
Le poids des réseaux hanséantiques en Europe du Nord et Baltique
À partir de 1350
la Hanse constitue une communauté économique forte de près de 130 villes, centrées sur un axe sud-
ouest/nord-est qui va de Dortmund à Riga par Lübeck (la « capitale hanséantique ») auquel sont reliés les principaux ports
de la Baltique et de la Mer du Nord (Königsberg, Dantzig, Stettin, Rostock, Hambourg, Brême) mais aussi des villes de la
plaine germano-polonaise comme Erfurt, Breslau ou Cracovie. Ce réseau fait circuler des produits du nord et de l’est
(bois, fourrures, poissons…), ceux de l’ouest (draps, sel, vin) et du sud (soie et épices d’Orient). Il est en relation avec les
grands comptoirs que sont Londres et Bruges et les routes atlantiques (La Rochelle, Bourgneuf) et continentales
(Novgorod, Bergen).
-les villes italiennes (Gênes, Venise, Milan, Florence) sont, avec Paris et Majorque, des places financières et monétaires
où est monnayé l’or d’Afrique subsaharienne.
-Le réseau des places d’affaire est calqué sur les routes commerciales et les foires, d’où emergent dès le XIIIème siècle
Londres, Lübeck et Cologne, Lyon et Montpellier, où s’inventent la banque et le crédit.
Carte page 30 : l’espace marchand au XIIIème siècle : les réseaux d’une économie-monde européenne
-Deux grands systèmes maritimes s’élaborent : la Hanse et l’ensemble Méditerranée/Mer Noire (de Gibraltar à Tripoli en
passant d’ouest en est par Majorque, Gênes, Tunis, Naples, Venise, Alexandrie, Constantinople et Tana.
-Un maillage terrestre inégal et incomplet dominé par les axes majeurs : Bruges, Milan, Florence
Nuremberg, Brenner, Milan
Riga, Kiev, Tana
-Le tout connecté au monde par le grand commerce transsaharien et les « Routes de la soie ».
-La circulation des produits et des hommes constitue le vecteur précoce de la diffusion de la « civilisation matérielle et
capitaliste » mise en évidence par Fernand Braudel.
-À la Renaissance, cette civilisation européenne située au carrefour des temps anciens et de la modernité s'étend, après les
Grandes Découvertes, vers l’Amérique et l’Asie.
-Christophe Colomb aborde les Antilles en 1492 et Magellan réalise le premier tour du monde entre 1519 et 1522.
-Dans les Empires coloniaux, de vastes territoires sont concédés à des Compagnies à charte.
Les grandes Compagnies à charte
Elles jouent un rôle central dans le développement des premiers Empires coloniaux d’Europe occidentale. En Angleterre,
la Compagnie des Indes orientales britanniques est fondée en 1600 alors qu’aux Pays-Bas est fondée en 1602 à
Amsterdam la Compagnie des Indes orientales, à l’origine de la fondation de Batavia en 1619 et de la colonisation de
l’Indonésie en 1621.
En France, Colbert crée cinq Compagnies à charte : Compagnies des Indes occidentales pour l’Amérique et la côte
occidentales de l’Afrique, celle des Indes orientales pour l’Inde et la Chine, celle du Nord pour la Baltique, celle du
Levant pour la Méditerranée et celle du Sénégal dans le cadre du commerce triangulaire.
3/ Une civilisation intellectuelle et scientifique en perpétuel renouveau
L’époque moderne installe les strates les plus récentes de cette culture européenne dont une caractéristique essentielle est
la propension récurrente à revisiter les éléments anciens pour les moderniser et les adapter aux nécessités du présent.
a/ La Renaissance : une première rupture décisive
-La culture européenne repose sur une connaissance intime des oeuvres de l’Antiquité par le travail de redécouverte du
grec et du latin mais aussi de l’hébreu.
-Cette référence à l’Antiquité devient, dans les arts (classique ou baroque) comme dans les sciences, la source de la
connaissance dont le dépassement, à partir du XVIIème siècle, va permettre l’apparition de la pensée moderne.
Erasme : les réseaux intellectuels de l’Europe de la Renaissance
Erasme (1466-1536) est un humaniste de renommée internationale, il est le défenseur d’une politique de paix et de
fraternité. Il est à la fin de sa vie au centre d’un véritable réseau qui relie en Europe imprimeurs, librairies, Universités et
qui participe à la diffusion de ses commentaires et de ses oeuvres. Se forme ainsi une « république des lettres » entre
Londres, Cracovie, Anvers, Paris, Strasbourg et Nuremberg.
-le XVIème siècle est également celui du renouveau du christiannisme.
-Luther, en affichant en 1517 à Wittenberg ses 95 thèses dénonçant les erreurs de la papauté, marque le début du
protestantisme : religion fondée sur le libre examen de la Bible.
-La diffusion de celle-ci est étroitement liée à l’essor de l’imprimerie avec Gutenberg en 1450 qui permet la
diffusion plus large de la culture et des connaissances dans les langues vernaculaires.
-L’apparition d’Eglises protestantes a une importance politique considérable : elle provoque en réaction le
renouveau intellectuel (création de l’ordre des Jésuites en 1540) et spirituel de l’Eglise catholique.
Progrès des sciences et sécularisation de la pensée : un processus majeur
David Landes dans
Richesse et pauvreté des Nations
(2000) insiste sur le capacité spécifique des Européens à marier sur
le très long terme et de manière cumulative les sciences et les techniques dans des secteurs stratégiques comme la mesure
du temps, l’astronomie, la cartographie, la mécanique ou l’optique.
-Les Eglises chrétiennes entendent cependant rester gardiennes de la connaisance de la vérité au nom de la foi et du
respect du texte biblique : difficultés des astronomes (Copernic puis Galilée).
-Le monde savant se retrouve confronté à un dilemme : adhérer à la cosmologie de Copernic et répudier la physique
d’Aristote ou
la garder et refuser l’héliocentrisme, position défendue alors par l’Eglise.
b/
L’époque classique et le Siècle des Lumières : une seconde rupture décisive
-Le XVIIème siècle et le Siècle des Lumières voient un élargissement et une accélération de la maîtrise et de la diffusion
des connaissances scientifiques et techniques, philosophiques, politiques et économiques.
-Sur le plan scientifique, René Descartes et Isaac Newton confirment les avancées de Galilée et remettent ainsi en
cause le primat de l’Eglise même si celle-ci garde une influence.
-Le XVIIIème siècle est celui de deux innovations majeures :
-la synthèse entre science et technique, fondement des premiers essors de l’industrialisation,
-l’extension du champs de la raison et de la pensée critique à l’examen des modes d’organisation des sociétés
humaines, remettant ainsi en cause, au nom de la tolérance, le principe d’autorité de l’Etat et des institutions
religieuses.
-La lutte menée par Voltaire ou par le Marquis de Beccaria (1738-1794), pour que la justice soit plus juste,
tolérante et moins cruelle, rencontre de plus en plus d’echo en Europe.
-Une Europe de la culture se dessine donc qui va de Lisbonne à Saint-Pétersbourg, de Copenhague à Budapest pour ne
retenir que quleques-unes des villes du continent où l’encyclopédie (le
Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des
métiers
de Diderot et d’Alembert publié entre 1751 et 1772) a été distribuée.
-Cette Europe-là est dominée par le français : le traité de Hastadt en 1714 en fait la langue de la diplomatie.
-Elle est une et diverse : elle absorbe et acclimate les apports des civilisations successives en s’enrichissant : grecque,
romaine, judaïque, arabe et orientales.
-Ce faisant, à partir de la Renaissance, la culture européenne, se laïcise de plus en plus, et acquiert du même coup une
liberté d’innovation, faisant du mouvement et du changement une vertu.
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2/ La constitution précoce d’Etats modernes
A l’opposé des grands systèmes impériaux émerge progressivement en Europe à partir de l’an 1000 une construction
étatique nouvelle : un royaume héréditaire dont sortiront à terme les Etats nationaux de l’Europe actuelle :
- dont le roi détient la souveraineté par filiation dynastique à la manière germanique,
- dont le territoire non seulement résiste aux divisions successorales mais s’identifie aussi progressivement aux
peuples qui y vivent.
a) La formation d’Etats unitaires nationaux : le socle administratif, politique et fiscal :
- La féodalité s’étend entre les X et XIIIème siècle :
- Les populations s’enracinent dans des espaces de vie très restreints, dans un petit pays qui devient vite une
« petite patrie » (Braudel) qu’il faut défendre car elle assure la survie de chacun de ses membres.
- Le système féodal repose fondamentalement sur l’échange et le contrat personnels. Ceux qui travaillent
fournissent la subsistance à ceux qui sont chargés de les défendre (le seigneur) et de prier pour eux (les gens
d’Eglise). Il s’agit ainsi d’une société divisée en trois « ordres ».
- Dans un premier temps, la féodalité est accompagnée d’un formidable émiettement des pouvoirs politiques :
chacun est redevable à plus puissant que soi. Mais de cette fragmentation en petites unités apparaissent
progressivement des Etats modernes unitaires et nationaux, principalement des royaumes, qui vont fonder avec les
Empires l’ossature de l’Europe politique du Moyen Age.
- Le roi « empereur en son royaume » :
- La préoccupation des rois médiévaux est de s’imposer aux grands du royaume souvent plus puissants et riches
qu’eux. Ils y parviennent par le sacre qui leur confère un pouvoir d’essence surnaturelle (d’où ensuite l’hommage
des grands vassaux).
- La légitimation du pouvoir royal résulte :
- du fait que le roi agit pour le bien commun (tout comme l’empereur).
- du sacre qui en fait un souverain prééminent.
- du fait qu’il est le garant du respect des coutumes.
- « Empereur en son royaume », selon la formule, le roi est libéré de la tutelle de l’Empereur et de celle du Pape,
mais il est tout de même tenu de suivre des règles fixées par la coutume et par la religion, et d’accepter un dialogue
avec des représentants les pouvoirs des pays qu’il gouverne, avec la noblesse, l’Eglise…
- L’affermissement de l’autorité des rois passe aussi par une administration, un approvisionnement permanent en
ressources issues du royaume tout entier, notamment pour solder une armée régulière afin de remplacer l’ost
médiéval (armée temporaire composée des vassaux mais peu fiable et indisciplinée).
- Des administrations permanentes, l’affirmation d’une capitale :
- Des administrations royales se mettent en place au cours des XIVème et XVème siècles à partir du modèle de la
« curia regis » organisée en France par Philippe le Bel et composée de conseillers choisis par le roi. Cette cour
évoluera en une série d’administrations permanentes chargées de la gestion de ce qui devient l’Etat : diplomatie,
finances, rédaction et conservation des actes, et justice.
- Cette première fonction publique devient le support de la continuité des royaumes et sa fixation dans les capitales
traduit les progrès de la centralisation du pouvoir (Louvres à Paris, Westminster à Londres, etc.).
- Des armées permanentes :
- L’armée permanente naît des nécessités de la guerre (Guerre de Cent Ans par exemple, qui conduit le roi de
France Charles V à entretenir un corps de gens de guerre) et remplace peu à peu l’ost médiéval.
- Le coût de ces troupes nécessite de trouver des formes nouvelles de financement pour remplir les caisses du
royaume (l’artillerie a par exemple un coût très élevé) d’où les progrès de la fiscalité.
- Une fiscalité permanente :
- Ces besoins croissants de fonds posent problème aux rois médiévaux, car le droit féodal ne leur permet de lever
l’impôt que sur leur domaine propre, ce qui s’avère insuffisant. Progressivement, la monarchie réussit à lever des
impôts sur l’ensemble du territoire (les subsides).
- Exemples d’impôts :
- indirects : les droits de douane, qui contribuent à délimiter l’espace où s‘exerce l’autorité du roi et en
faisant émerger peu à peu la notion de frontière, ou la perception de droit sur le sel (la gabelle en France).
- les impôts directs posent plus de problèmes : difficulté technique de connaître le nombre de contribuables à
l’échelle du royaume mais surtout politique car il faut obtenir le consentement des sujets du royaume (d’où la
création d’assemblées et de corps représentatifs).
-L’apparition des Etats nationaux modernes :
- Ces évolutions font disparaître la monarchie féodale en Europe occidentale dès lors que les grands féodaux n’ont
plus les moyens de leur pouvoir politique et que la structure féodale n’a plus qu’un rôle modeste (impôts locaux par
exemple).
- Parallèlement les monarchies évoluent vers l’absolutisme, pour des raisons d’efficacité mais aussi idéologiques
(centralisation des pouvoirs entre les mains du roi).
- La monarchie absolue cherche à établir un contrôle et une unité de la société (langue, religion) ce qui contribue
peu à peu à la formation d’un sentiment national.
- Mais le roi n’est pas un tyran puisqu’il y a des « contre-pouvoirs » : le roi doit ainsi respecter les « lois
fondamentales du royaume » fondées sur la coutume et qui garantissent des libertés.
b) L’installation d’Etats parlementaires : Provinces-Unies, Angleterre, France :
Les Provinces-Unies et la Grande-Bretagne deviennent des modèles du libéralisme politique, mais pas encore de la
démocratie.
- La République des Provinces-Unies :
- première manifestation en Europe de la réussite d’une nation à s’emparer du pouvoir politique et à l’exercer dans
le cadre d’un régime parlementaire.
- elle résulte de la sécession des provinces du nord des Pays-Bas (Hollande, Zélande, etc.) qui, devenues
protestantes, entrent en rébellion contre le roi catholique d’Espagne (Philippe II). A l’issue d’une guerre, les Etats
généraux constituent en 1588 la République des Provinces-Unies, un régime novateur en Europe caractérisé par le
fédéralisme. (dans chaque province, les Etats provinciaux nomment un Conseiller pour diriger l’administration et
un stathouder pour « présider » la province. Dans la fédération, le pouvoir est assuré par les Etats généraux
composés de délégués des Etats provinciaux.
- devient en 1815, le Royaume des Pays-Bas, monarchie parlementaire toujours existant.
- L’Angleterre, de la monarchie absolue au régime parlementaire :
- les révolutions anglaises du XVIIème siècle expriment également le refus d’une nation de subir le pouvoir
tyrannique d’un souverain absolu et d’être gouverné par un prince qui ne respecte pas leur spécificité nationale.
- en 1640, le Parlement se révolte contre le roi Charles Ier. Vainqueur, le parlement fait exécuter le roi en 1649,
abolit la royauté et proclame « a free Commonwealth », une libre république, dirigée autoritairement par Cromwell
jusqu’à sa mort en 1648 ce qui permet le rétablissement de la monarchie.
- en 1685, une seconde révolution intervient contre le roi catholique Jacques II alors que les Anglais sont devenus
anglicans. Guillaume d’Orange devient le nouveau roi mais celui-ci doit accepter une minoration de ses pouvoirs :
- la Déclaration des Droits stipule que le « pouvoir des lois est supérieur à celui du roi ».
- le vote du parlement est indispensable pour levée des impôts.
- la justice doit être exercée selon les règles de l’Habeas Corpus (défini en 1679).
La France évolue de l’absolutisme à la république :
- les rois de France sont également tenus de gouverner avec les Parlements, des « cours souveraines » de justice
dont la plus importante dispose d’un droit de remontrance sur les édits royaux.
- sous Louis XIV, c’est l’absolutisme qui domine (le Parlement de Paris ne peut que formuler d’ « humbles
remontrances »).
- mais le Parlement ne cesse de manifester son opposition au cours du XVIIIème siècle au nom de la défense des
« libertés du royaume ». La convocation des Etats-Généraux en 1788 pour assainir les finances du royaume est
l’occasion de dénoncer cet absolutisme par les « cahiers de doléance ». - la Révolution de 1789 constitue un
tournant majeur en ouvrant la voie vers la liberté des peuples et la démocratie:
-Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclamant la séparation des pouvoirs,
- établissement d’une constitution en 1791 puis proclamation de la République en 1792.
Le modèle politique européen, creuset de valeurs universelles
- Avec la mondialisation contemporaine se pose la question de la possibilité de voir émerger une culture universelle
à échelle planétaire. Les valeurs politiques et morales nées en Europe sont-elles conciliables avec celles des
cultures du reste du monde ?
- La séparation entre le politique, le religieux et le social est une différence apparemment inconciliable entre les
sociétés et les Etats laïcisés modernes et ceux qui continuent à lier ces trois domaines.
- Raisons de cette évolution plus précoce des peuples occidentaux : Blandine Kriegel dans
Philosophie et
République
(1998) montre que la civilisation occidentale poursuit cette transformation depuis l’Antiquité grecque,
en fondant un système d’où émergent des droits distincts (droits de l’Etat, des peuples, des citoyens, de l’homme),
d’où l’exercice démocratique du pouvoir et des sociétés civiles libres.
- L’affirmation de ces valeurs a nécessité des révolutions politiques et sociales et des guerres pour se maintenir en
Europe même, et cela reste d’actualité (dans les Balkans…).
- Cependant ces valeurs sont universelles et ne sont pas européennes, comme le précise Thierry de Montbrial dans
L’action et le système monde
(2002). Amartya Sen, prix Nobel de l’économie indien montre ainsi que des valeurs
«
démocratiques » existaient aussi dans l’Inde ancienne.
3/ Nations et Etats, une association instable en Europe
Trois séquences ponctuent l’histoire, chaotique, de la construction politique de l’Europe au cours des XIX et XXème
siècle :
- Les tentatives incomplètes de libération des peuples au XIXème siècle.
- Les échecs de la construction d’une Europe des nationalités durant l’entre-deux-guerres.
- Les difficultés rencontrées après 1945 pour conjuguer pacifiquement et démocratiquement Etat et nation.
a) Le printemps des peuples en 1848 : l’éveil des nations
Le congrès de Vienne en 1815 (Talleyrand, Metternich) restaure les monarchies, rejette les nations et le libéralisme
politique tout en organisant le « concert des grandes puissances ». Dès lors, le combat libéral contre l’absolutisme et la
lutte des peuples pour l’indépendance nationale se rejoignent.
Qu’est ce qu’une nation ?
- Pour Ernest Renan : « une âme, un principe spirituel, un plébiscite de tous les jours » mais aussi « un riche legs de
souvenirs en commun »
- Pour Pierre Larousse : «
communauté, le plus souvent installée sur un même territoire et qui, du fait d’une
certaine unité historique, linguistique, religieuse, ou même économique, est animé d’un vouloir vivre commun ».
La liberté des peuples :
- La succession quasi ininterrompue de luttes révolutionnaires et nationales qui culminent entre 1848 et 1851 et
débouchent sur la création d’Etats nouveaux est portée par un grand mouvement qui s’épanouit dans le romantisme. Le
renouveau culturel met en valeur les récits d’un passé héroïque et accompagne ainsi la formation d’un puissant courant
national populaire.
- En Allemagne : les écrivains ou musiciens romantiques exaltent le sentiment national allemand. Cette unité culturelle
facilite la tâche d’unification de Bismarck et la création d’un Reich respectant cepndant les . traditions régionales.
- En Italie, Mazzini, patriote, républicain, et révolutionnaire, est le promoteur acharné de l’indépendance des peuples en
Europe et de l’unité de la nation italienne. Le compositeur Verdi devient le symbole d’une nouvelle renaissance italienne.
- Le même mouvement d’effervescence culturelle précède la création des Etats nationaux qui résultent d’une division
territoriale à partir d’un plus grand ensemble, royaume ou empire :
- Les Grecs obtiennent leur indépendance en 1827 face aux Turcs
- La Serbie, indépendante en 1829, incarne la nation des Slaves du sud en lutte pour leur indépendance
- Les Polonais se soulèvent contre les Russes en 1863
- En Hongrie, la monarchie autrichienne accepte en 1867 le compromis par lequel la couronne de Saint-Etienne est
associée à celle des Habsbourg au sein de la double monarchie
La question des Slaves du sud dans les Balkans est l’objet d’enjeux géopolitiques majeurs
- la rétractation de l’Empire Ottoman au XIXème siècle entraîne la création de nombreux Etats (Grèce en 1830,
Bulgarie en 1878, Serbie en 1879).
- le démembrement de l’Empire austro-hongrois en 1919 crée la Yougoslavie (ou Royaume des Slaves du sud).
- démembrée en 1941 par les nazis jouant sur les divisions entre Serbes et Croates, elle est recréée en 1945 avec
Tito sous la forme d’un Etat fédéral (Serbie, Slovénie, Croatie, Bosnie, Macédoine, Monténégro) qui devient
communiste.
- elle explose à partir de 1990 et une série de guerres aux logiques génocidaires d’où l’intervention de la
communauté internationale (ONU en Bosnie à partir de 1992, OTAN au Kosovo en 1999).
La liberté politique en marche
Au cours du XIX
e
siècle, les luttes nationales des peuples ne font souvent qu’un avec celles pour les libertés politiques des
citoyens.
- La révolution française de 1848 est un bon exemple de la rencontre de ces idéaux. Elle entraîne sur le continent une
succession de mouvements dont bien peu réussiront sur le moment mais qui propagent le virus de la vérité politique
dans tous les Etats européens.
Les révolutions de 1848 et leurs conséquences en Europe
Pays
Événements à court terme
Événements à plus long terme
France
1848 : Seconde République, élection
au suffrage universel d’une assemblée
constituante.
1870 : Proclamation de la République.
1875 : Lois constitutionnelles de la III
e
République.
Pays allemands
1848 : Révolte à Berlin, à Vienne ;
suffrage
universel,
Parlement
à
Francfort.
1849 : Réaction monarchique.
1867 : Compromis entre Vienne et Budapest : la double
monarchie.
1871 : Unité allemande dans un empire parlementaire ;
garantie des libertés.
Europe de l’Est,
Russie
1848 : Insurrection à Prague et à
Budapest, intervention autrichienne.
1849 : République Hongroise écrasée
par l’Autriche.
1858-1868 : Autonomie puis indépendance roumaine.
1861 : Abolition du servage en Russie.
1863 : Révolte en Pologne.
1878 : Indépendance bulgare, constitution libérale et
suffrage universel.
1905 : Révolution à Moscou, apparition d’une douma
élue.
Dans certains Etats, l’attachement à une identité nationale entraîne des risques d’éclatement ou de recomposition
territoriale.
- Cas du Royaume-Uni avec les Irlandais catholiques.
-
Cas
de
la
Belgique
entre
les Flamands et
les
francophones.
1846-1848 : la Grande Famine
1921 : l’accession à l’indépendance partielle de l’Irlande par le traité de Londres cristallise le
problème en Ulster (région nord) à majorité protestante restée attachée au Royaume-Uni
1937 : l’Irlande devient totalement indépendante sous le nom de Eire sans que soit résolu le
problème du nord.
1998 : l’accord de paix et la formation d’un gouvernement semi-autonome en novembre 1999 ont
changé la donne en Irlande du Nord sans résoudre sur le fond le problème.
Cet essor des particularismes qui pourrait déboucher sur une fragmentation politique des Etats est fortement combattu par
des gouvernements conscients du risque.
- Cas en Espagne entre Catalans et Basques.
- Et en France où Jules Ferry, par ses lois scolaires, apaise les querelles religieuses du pays par le choix de la laïcité de
l’instruction et réunit les Français autour de la République.
La paix en Europe par l’Union des nations
Dans l’Europe du XIX
e
siècle s’élabore peu à peu une idéologie propice au rapprochement des peuples et à la paix. En
émerge une idée d’Europe qui va s’incarner dans des projets souvent utopiques visant au rassemblement des peuples dans
une grande nation européenne porteuse d’harmonie et de paix. Pour Victor Hugo, qui préside le Congrès de Paris de 1849,
cette paix universelle doit émaner de l’Union des Européens au sein d’Etats-Unis d’Europe.
b/ Les échecs de l’Europe des nationalités
Au sortir de la guerre de 1914, pour le président des Etats-Unis Wilson, la priorité pour la reconstruction de l’Europe
passe moins par la recherche d’un difficile équilibre entre le tracé des frontières et le respect des nationalités que par
l’organisation d’un nouvel ordre mondial dont la clé de voûte est la Société Des Nations.
Des frontières imparfaites à l’issue de la Grande Guerre
Ces principes s’accordent mal avec la réalité des rancoeurs accumulées depuis des décennies entre les peuples européens
travaillés par le nationalisme. Le Congrès pour la paix de 1919 ne peut transcender ces divisions. Alors que l’ambition
était de délimiter les Etats en conformité avec le principe de nationalité, les nouvelles frontières qui résultent des traités de
1919 et du règlement des conflits qui agitent le continent jusqu’en 1923 sont imparfaites à tout point de vue.
- Le Manifeste paneuropéen lancé en 1926 par un aristocrate autrichien, le comte Coudenhove-Kalergi, soutenu par
Aristide Briand, exprime bien cette crainte : «
La question européenne, la voici : est-il possible que sur la petite
presqu’île européenne, vingt-cinq États vivent dans l’anarchie internationale sans qu’un pareil état de choses
conduise à la plus terrible catastrophe politique, économique et culturelle ?
».
- Le premier congrès paneuropéen a lieu à Vienne en octobre 1926 sous la présidence d’Aristide Briand.
L’Irlande et l’Angleterre : la difficile construction des nations
entre colonisation et enjeux géopolitiques
L’histoire sur le long terme des relations entre l’Irlande et l’Angleterre explique une situation où les
divisions religieuses ne sont que la partie émergée d’un contentieux multiséculaire où se mêlent
domination coloniale et enjeux géopolitiques internes et externes.
La question religieuse est une question géopolitique interne
depuis qu’Henri VIII a décrété en
1534 le monarque anglais chef de la religion nationale (anglicanisme).
La colonisation des Anglais sur l’île donne à ces tensions une dimension économique et
sociale
: rivalité pour le contrôle des terres.
Le problème irlandais, enfin, a une dimension géopolitique externe
dès lors que les ennemis de
l’Angleterre (Espagne, France) tentent d’utiliser le mécontentement irlandais pour faire de l’île une
base d’invasion.
La montée des nationalismes
Tableau chronologique des régimes politiques dans les États européens :
la montée des dictatures et du totalitarisme en Europe dans l’entre-deux-guerres
Dans l’entre-deux-guerres, l’exacerbation des nationalismes devient un véritable système de gouvernement pour de
nombreux dirigeants qui voient là le moyen de se maintenir au pouvoir. Les désordres et les déséquilibres économiques et
sociaux nés de la guerre et amplifiés par la crise des années trente poussent les populations épuisées et appauvries à croire
aux promesses de chefs charismatiques. Les nouvelles nations européennes en viennent ainsi à se dresser les unes contre
les autres, ce qui conduit les peuples à souhaiter régler leurs problèmes par la violence et la guerre.
Le choc provoqué par la guerre de 1914 détruit radicalement les certitudes politiques et culturelles héritées des siècles
précédents.
- Les nombreux ouvrages consacrés à la crise et au déclin de l’Occident :
Le Déclin de l’Europe
(1920) d’Albert
Demangeon,
Civilisation
(1925) de Georges Duhamel,
La crise du monde moderne
(1928) de René Guenon.
- Les peintures d’Otto Dix ou le
Voyage au bout de la nuit
de Céline, le
Guernica
(1939) de Picasso.
C’est sur les ruines de cette Europe des nations
qu’après 1945 une nouvelle Europe tente d’émerger non sans difficultés.
SYNTHESE CHAPITRE 1 : IDENTITES ET DIVERSITE DE LA MOSAÏQUE EUROPEENNE
De l'unité et de l'identité de l'Europe : changer d'échelles (!!)
Traditionnellement, l’Europe est désignée comme un continent, une entité, un ensemble continu. Alors, comment
distinguer les différents territoires ? Par des changements d'échelles géographiques et géohistoriques...! Si l'on prend de la
distance, l'Europe apparaît nettement comme un ensemble uni :
- vue d'Asie, elle est un autre ancien monde.
- vue d'Amérique, d'abord une source et un modèle puis un concurrent à dépasser (autonomisation de l'Amérique).
- vue d'Afrique et du Proche-Orient, d'abord ancienne métropole coloniale donc liens ambigus : à la fois fascination
et réserve.
Un continent privilégié
A l'échelle du continent eurasiatique, l'Europe occidentale est un espace restreint (un finistère à l’ouest) mais largement
mis en valeur et très peuplé car il bénéficie d’avantages naturels :
- bioclimatique (climat tempéré).
- ouverture aux influences maritimes
- fort potentiel agricole, et diversité agricole du fait de la diversité pédologique.
- risques naturels limités.
Egalement forte interpénétration terre/mer (mer + fleuves) ce qui facilite les échanges et permet une diversification plus
forte des territoires.
Pays
Dates Dirigeants
Type de régime
Parti ou idéologie dominante
Hongrie
1920
Horthy
Parlementarisme autoritaire
Nationalisme
chrétien
et
antisémite
Italie
1922
Mussolini
Monarchie et dictature
Fascisme
Portugal
1926
Salazar
Dictature militaire
Estado novo (catholicisme et
tradition)
Allemagne
1933
Hitler
Dictature
Nazisme
Grèce
1936
Metaxas
Monarchie et dictature
Fascisme et panhellénisme
Espagne
1939
Franco
Caudillisme
Phalange (catholicisme)
La construction d'un territoire
D'un point de vue historique, le sentiment d'être européen (désir d'unité) semble avoir été précoce et permanent.
Cependant, au vu des guerres qui ont agité l'Europe, on peut remarquer qu'il y a une tension entre une aspiration à l'unité
et une autre à la division (cf. nationalismes). Cette tension est source de mouvements.
La recherche de développement économique passe d'abord par une action locale, donc par la construction d'économies
mercantilistes, voire autarciques. Cependant, très vite on recherche l'échange, le contact et la coopération. Aussi les
grands Etats nationaux s'ouvrent-ils progressivement et finissent-ils par amorcer la construction d'une Europe "unie dans
la diversité" (devise proposée par la Constitution de 2004).
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