L'Entre deux guerres Fiche de cours

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CHAPITRE : LE TEMPS DE LA PROSPÉRITÉ (1950-1973)
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DE LA FRANCE
Les années cinquante soixante constituent une période de mutations considérables pour l’économie et la société
française. Dès le début des années cinquante, les goulots d’étranglement matériels et financiers sont définitivement
surmontés. Le temps de la reconstruction et des difficultés fait place à une période de croissance économique sans précédent
(Progression du PIB de 5% par an pendant cette période contre 2% depuis la révolution industrielle) entraînant des
mutations économiques et sociales impressionnantes : « les Trente Glorieuses » selon l’expression de Jean Fourastié. Cette
expression est néanmoins contestée par des historiens comme Jean Bouvier qui préfère évoquer plutôt les « Vingt
Glorieuses » (en rappelant que l’après-guerre a été particulièrement
difficile).
I_UNE CROISSANCE SANS PRÉCÉDENT
La France a déjà connu des phases de croissance importante au XXe siècle (1900-1914, années vingt) mais cette
période est unique par sa durée (début années cinquante - milieu années soixante-dix).
A. Les facteurs d’impulsion de la croissance
Cette période de croissance répond à la convergence de facteurs favorables, à la fois internationaux (coût
décroissant de l’énergie, libéralisation des échanges) et internes (poussée démographique, rôle de l’État en faveur de la
modernisation économique, développement de l’investissement et de la productivité).
Le coût décroissant de l’énergie et le choix du pétrole
Le coût décroissant de l’énergie, s’expliquant par un gain de productivité dans l’exploitation des différentes sources
d’énergie,
permet à l’industrie d’
abaisser
la part de ce facteur dans son coût d’exploitation. Mais cette baisse bénéficie
surtout au pétrole (coût décroissant
d’extraction et situation du marché mondial nettement défavorable aux pays producteurs)
rendant ainsi le charbon non-compétitif (son coût d’exploitation atteint le double de celui des hydrocarbures).
La France n’étant pas productrice de pétrole, elle se retrouve dépendante des importations étrangères pour près des
trois-quarts de sa consommation. Mais cette dépendance énergétique a pourtant été délibérément recherchée par le
gouvernement afin de se procurer de l’énergie à meilleur prix que celle qui pouvait être extraite sur le territoire national (le
« plan Jeanneney » confirme ce choix en prévoyant la fermeture des mines de charbon les moins rentables). En revanche, le
pays se dote d’un équipement pétrolier important (industries de raffinage, pétrochimie).
Le choix du pétrole libère l’ensemble de l’économie française du handicap énergétique qui avait pesé sur toute son
histoire.
Le choix de l’ouverture rompant avec le protectionnisme d’avant 1914 et du repli des années 1930
L’ouverture de l’économie française, a joué un rôle impulsif (multiplication des échanges, encouragement à la
modernisation des structures économiques afin d'accroître la compétitivité de l'économie).
La France participe au libéralisme mondial d'après-guerre : adhésion en 1948 au GATT dont l'objectif est la
diminution des droits de douane et ainsi l'établissement de relations commerciales entre pays développés; adhésion au FMI
des accords de Bretton Woods (juillet 1944) et obligeant les pays à avoir une parité « fixe » de leur monnaie (plus ou moins
1%) par rapport à l'or ou à une devise librement convertible (rapidement le dollar). Les dévaluations compétitives observées
pendant l'entre-deux-guerres et leurs conséquences dramatiques sont ainsi limitées.
Malgré cela, la France procède jusqu'en 1958 au rétablissement d'un strict contrôle du commerce extérieur (à cause
des tensions inflationnistes). Le retour au pouvoir de de Gaulle en 1958 permet une libéralisation importante des échanges.
La France s'ouvre ainsi vers l'extérieur grâce à la construction européenne. Le 18 avril 1951, sur l’initiative de
Robert Schumann et Jean Monnet, est instituée la CECA, mettant en place un marché commun pour ces deux produits et
concernant six pays (RFA, Italie, Benelux
et France). La création d'une Communauté Économique Européenne (CEE), suite
au Traité de Rome (1957), caractérise une libre circulation des marchandises et des capitaux. Cette création de la CEE
n'entraîne aucun protectionnisme renforcé à l'égard du reste du monde. Les pays tiers doivent ainsi payer un "Tarif Extérieur
Commun", puis après de nombreuses réductions, les droits de douane sont abolis en juillet 1968.
La France tire de nombreux avantages de ce marché commun : élargissement des débouchés, encouragement de la
production et des investissements, avantage comparatif dans certains secteurs … La concurrence extérieure oblige également
les producteurs nationaux à se moderniser. Enfin la France, dont l'agriculture est l'une des plus puissantes d'Europe, obtient la
mise en place d'un marché commun agricole ainsi que d'une Politique Agricole Commune (PAC) en 1962.
Cette stimulation se traduit par une croissance importante des exportations françaises au cours de la période
(exportations: 12%PNB en 1950 ; 18% en 1973). Ces exportations constituent un moteur de la croissance et leur
augmentation concerne tous les secteurs.
Le commerce extérieur est réorienté vers les pays du marché commun (exportations françaises vers le marché
commun : 16% en 1952 ; 50% en 1970) qui remplacent les débouchés de l'Empire colonial (exportations : 30 à 4%).
La nouvelle donne démographique et la pression de la demande
La "révolution démographique" et la forte croissance de la population française apparaissent comme d'autres
stimulants à la croissance de ces deux décennies (population française : 40,5 millions en 1946 ; 53,7 millions en 1975 soit +
13 millions en 20 ans (autant à peu près qu’entre 1800 et 1945).
Cela s'explique par la reprise de la natalité et du "baby boom" des années d'après-guerre. Cette reprise de la natalité
observait dès 1942 procède de plusieurs causes : phénomène de rattrapage des naissances différées par la guerre, sentiment
d'un avenir meilleur, encouragement de l'État (Sécurité Sociale, allocations familiales … ). Cette reprise de la natalité
s'observe dans tous les pays européens, mais elle plus marquée en France.
L'accroissement naturel résulte aussi du recul de la mortalité, grâce aux progrès de la médecine et à la
généralisation de la protection sociale.
Enfin, un tiers de l'accroissement de la population française entre 1946 et le début des années soixante-dix
s'explique par l'immigration (nombre d'étrangers : 1,7million en 1946 ; 3,4 millions en 1974 soit 6,5% de la population,
auquel s'ajoutent les Français naturalisés). Cette immigration est largement encouragée par l'État afin de pourvoir aux besoins
en main-d'oeuvre suscités par la reconstruction et l'expansion économique. L'origine des populations étrangères s'est
profondément modifiée : baisse relative des Italiens, des Espagnols et des Polonais ; augmentation des Algériens, Marocains,
Tunisiens et Portugais.
Cette population croissante élargit considérablement le marché intérieur, ce qui est accentué par la progression de la
population urbaine représentant 71,3% de la population totale en 1968. Cette dernière a de nouveaux besoins qui sont autant
de débouchés pour l'industrie. Cette pression de la demande intérieure est enfin encouragée par la hausse des salaires et les
progrès du pouvoir d'achat.
En revanche, les premières générations du baby-boom n'arrivant sur le marché du travail qu'à la fin des années
soixante, il n'y a pas de force de travail plus importante au cours de cette période. La population adulte, issue des classes
creuses d'avant-guerre, se retrouve face à une population inactive de plus en plus importante. Le recours à la main d'oeuvre
étrangère n'est pas s'en créer des tensions sur le marché du travail. Enfin, la faiblesse de l'offre de la main-d'oeuvre explique la
durée de travail importante des travailleurs français (la plus longue d'Europe)
mais aussi l'ampleur des gains de productivité.
Le rôle de l'État
Les grandes réformes structurelles mises en place à la libération et le nouveau rôle dévolu à l'État sur le plan
économique ont également permis d'encourager la croissance. L'action économique de l'État trouve un élan avec l'arrivée au
pouvoir du général de Gaulle en 1958. Il juge nécessaire une modernisation des structures de l’économie, afin de résister à la
concurrence mondiale et d'assurer l'indépendance nationale sur les plans scientifique et technologique, dans le but de rendre à
la France sa puissance et son rang international.
Se met ainsi en place une planification (objectifs quinquennaux fixés par l'État). Le troisième plan (1958-1961)
prévoit une réduction du déficit des dépenses publiques et de l'inflation afin de mener une politique d'indépendance nationale
(limitation du recours aux emprunts étrangers). Le quatrième (1962-1965) met l'accent sur le développement des équipements
collectifs et de la construction immobilière, tandis que les cinquième et sixième (1965-1970 et 1971-1975) privilégient la
modernisation des structures économiques.
L'action de l'État se manifeste également par d'importants encouragements à la recherche. En témoignent les
nombreux organismes scientifiques créés : Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST), Centre
National d'études spatiales (CNES en 1961). Ceux qui existaient déjà, comme le
Centre national de la recherche scientifique
(CNRS) ou l'Institut national pour la santé et la recherche médicale (INSERM), reçoivent de nouveaux moyens.
Enfin, l'État
met au point des plans spécifiques dans certains secteurs jugés essentiels afin de garantir
l'indépendance française sur le plan technologique : création d'une filière nucléaire civile, influence sur l'essor de l'industrie
aéronautique (construction du Concorde en 1969 et de l'Airbus en 1971) et celui de l'informatique.
Ainsi, l'État
ne remet pas en cause l'économie de marché mais cherche à rattraper le retard français en
encourageant la modernisation des structures économiques mais également en inculquant aux élites françaises une mentalité
nouvelle, tournée vers le progrès et la modernité.
Investissement et gains de productivité
Au lendemain de la guerre, l'effort d'investissement accompli dans le cadre de la reconstruction constitue déjà la base du
redressement économique, et se poursuit dans les années cinquante-soixante (4,9% par an entre 1949 et
1959 ; 7,6% entre
1959 et 1973). L'économie française tend ainsi à rejoindre le groupe de pays à taux d'investissement très élevé.
Cette croissance de l'investissement est induite par de nombreux facteurs et apparaît comme l'une des conséquences
des différents éléments constitutifs de la croissance déjà évoqués : ouverture extérieure, encouragement de l'État, poussée
démographique, optimisme et enfin la nouvelle mentalité des entrepreneurs français.
Cette croissance importante de l'investissement apparaît comme la clé de voûte de la modernisation économique de
l'époque permettant de nombreuses avancées : accroissement quantitatif et qualitatif des capacités de production, gains de
productivité. Cette période marque pour la France la généralisation des méthodes tayloriennes et fordiennes à l'ensemble des
branches industrielles.
B. Les rythmes de la croissance
Malgré la phase de croissance quasi continue jusqu'en 1973 – année du premier choc pétrolier – il est possible de
dégager trois grandes phases principales au cours desquelles la croissance se manifeste plus particulièrement : 1953-1957,
1960-1967, et les années 1969-1973.
Une croissance régulière
Entre le début des années cinquante et l'année 1973, le flux productif ne régresse à aucun moment. La croissance
connaît une nouvelle accélération au début des années soixante (croissance du PIB : 4,6% par an en moyenne entre 1949 et
1958 ; puis 5,5% entre 1958 et 1973). La France n'échappe cependant pas au phénomène des cycles (mais de façon très
atténuée) durant cette période provoquant des ralentissements : 1951-1952, 1958-1959, ou en 1968. Ces phases de
ralentissement apparaissent néanmoins plus adoucies en France que dans la plupart des pays développés.
Cet aspect de la croissance tranche avec les périodes antérieures de l'histoire économique française. Pour la
première fois de son histoire la France connaît une période de croissance longue de près de trois décennies et qui ne prend fin
qu'au milieu des années soixante-dix.
Les grandes phases d'expansion
La première phase caractéristique de la croissance française concerne les années 1953-1957 qui constituent
la
période la plus prospère de la IVème République (« l’expansion dans la facilité » selon E. Faure) :
La France prend définitivement le chemin de l'expansion après la fin de la reconstruction et la stabilité des prix
grâce à la politique de rigueur financière menée en 1952 par Antoine Pinay.Cette croissance s'inscrit dans le cadre du second
plan de modernisation et d'équipement prévu pour la période 1954-1957, le plan Hirsch qui met l'accent sur l'industrie des
biens de consommation, moteur de l'expansion (le premier plan était le plan Monnet). Cette période constitue un tournant
pour les Français qui bénéficient d'une amélioration considérable de leur niveau de vie, ce qui est également bénéfique pour
la croissance car la hausse générale des salaires stimule la demande intérieure. De plus, en 1950, l'État instaure un salaire
minimum interprofessionnel garanti (SMIG).
Tous ces éléments entraînent des effets bénéfiques sur l'économie française, notamment au cours des années 1953-
1957 avec une augmentation de la production de 6% par an en moyenne et un accroissement des investissements de 10% par
an. Cette première phase d'expansion prend fin avec les difficultés financières de la fin de la IVème République et celles liées
à la guerre d'Algérie.
Le retour au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958 et la mise en place d’une politique d’assainissement dans le
cadre du plan Pinay-Ruefff (dévaluation du franc en décembre 1958 et création du « nouveau franc » valant 100 anciens
francs) permettent de liquider l’inflation et les problèmes monétaires de la fin de la IVème République. Cet assainissement
économique, le stimulant de l’ouverture extérieures, l’élévation du niveau de vie (+ 50% entre 1955 et 1967) et les objectifs
ambitieux de la planification en matière de modernisation débouchent sur une nouvelle phase de croissance entre 1960 et
1967 : augmentation annuelle du PIB importante (6%), accroissement de la productivité du travail et fort taux
d’investissement ( à 20%).
Cette seconde phase se trouve brutalement interrompue en 1967-1968, ce qui s’inscrit dans le cadre de la récession
internationale de l’année 1967. Mais surtout, les événements de mai-juin 1968 aggravent considérablement la situation
française avec une chute brutale de la production industrielle suite aux grèves.
La dernière phase de croissance concerne la période allant de l’été 1969 (élection de Georges Pompidou à la
présidence de la République) jusqu’au premier choc pétrolier. La dévaluation du mois d’août 1969, mais également les effets
bénéfiques à long terme des accords de Grenelle (forte hausse des salaires) relancent la croissance. Elle se traduit notamment
en France par un développement des exportations permettant à sa balance des paiements courants de redevenir excédentaire
en 1970.
C. Les déséquilibres de la croissance
La croissance s’effectue au prix de plusieurs déséquilibres économiques.
Croissance et inflation
La croissance s’accompagne d’importants déséquilibres inflationnistes (entre 1949 et 1973, l’augmentation
annuelle des prix de détail est de 5,3%). Bien qu’elle soit mondiale, l’inflation est particulièrement intense en France. On
distingue ainsi quatre grands mouvements de hausse des prix caractérisée : le début des années cinquante, les années 1956-
1959, 1961-1963 et 1968-1973.
Les causes de ce phénomène sont multiples. Lors des années de reconstruction, l’inflation s’expliquait
essentiellement par la pénurie persistante des biens de consommation, gonflée par les arriérés de consommation et les hausses
nominales des salaires et des profits. A partir des années cinquante, de nouveaux facteurs apparaissent : hausse des salaires
nominaux, accroissements des charges des entreprises. A cela s’ajoutent des facteurs conjoncturels, liés à des événements
extérieurs (guerre, crise internationale) ou intérieurs (crise sociale, orientation de la politique économique… ).
En 1951-1953, l’inflation est ainsi relancée par la hausse des prix des matières premières internationales imputables
à la guerre de Corée et par la politique de réarmement menée par le gouvernement. L’inflation de la période de 1956-1959 est
liée à aux déséquilibres de la crise de Suez, entraînant une hausse des produits pétroliers, mais aussi aux conséquences de la
guerre d’Algérie, à une nouvelle hausse des salaires et à la politique sociale du gouvernement Guy Mollet. Les tensions
inflationnistes des années 1961-1963 proviennent d’une hausse des coûts salariaux mais également de la pression exercée sur
la demande de biens d’équipement comme des biens de consommation par les rapatriés d’Algérie. Enfin, l’accélération de
l’inflation entre les années 1968 et 1973 apparaît comme une
conséquence des événements de mai-juin 1968 (accords
Grenelle) mais s’inscrit aussi dans le cadre d’une pression inflationniste mondiale.
Les mesures de rigueur (gestion dans le cadre de politiques d’inspiration keynésiennes) adoptées par les pouvoirs
publics pour tenter de stabiliser le niveau des prix présentent le risque de ralentir la croissance :
- Antoine Pinay permet de résorber en 1952 la première crise par une politique déflationniste.
- la crise monétaire et financière de la fin de la IVe République a été résolue par l’adoption du plan
d’assainissement Pinay-Rueff (décembre 1958) et une série de mesures (réduction des dépenses
budgétaires, dévaluation du franc de 17,55%, … ).
- V. Giscard d’Estaing, ministre des finances du général de Gaulle, est sur l’initiative d’un nouveau plan de
rigueur adopté en 1963.
- enfin les difficultés consécutives à mai 1968 entraînent une nouvelle dévaluation du franc (fin 1969) ainsi
que l’adoption de nouvelles mesures pour tenter de limiter la demande.
Ces efforts de l’État ont certes stabilisé la hausse des prix à court terme, mais n’ont jamais permis de juguler
définitivement ce phénomène. L’inflation, caractéristique de ces années de croissance a entraîné de nombreux effets négatifs :
handicape les exportations françaises et favorise les importations, affaiblit la situation du franc entraînant plusieurs
dévaluations et défavorise une partie de la population (détenteurs de revenus fixes, souscripteurs des emprunts à l’État,
propriétaires … ) en les amputant d’une partie de leurs revenus réels.
Cependant l’inflation a aussi certains avantages et favorise la croissance : réduit la valeur des dettes pour l’État
comme pour les entreprises et les particuliers ce qui favorise les investissements et la consommation. L’inflation a ainsi pu
accélérer la croissance jusqu’au début des années soixante-dix, mais elle a également aggravé les tensions sociales en
provoquant une césure entre les bénéficiaires et les perdants du phénomène.
Le déséquilibre du commerce extérieur
L’ouverture internationale a certes permis de stimuler l’industrie française en encourageant les exportations,
représentant ainsi 10% du PNB environ (France : 4
e
rang mondial des pays exportateurs), mais favorise également une forte
progression des importations. Entre 1959, date de la libéralisation des échanges,
et 1962, la balance commerciale reste
excédentaire, notamment grâce à la dévaluation du franc qui favorise les exportations. Mais entre 1963 et 1969 la France
connaît une lente dégradation du taux de couverture des importations par les exportations. La situation commerciale de la
France reste largement positive pour les produits agricoles et alimentaires, mais se détériore pour les produits semi-
manufacturés, les articles manufacturés ou l’énergie.
Cette faiblesse s’explique par :
- l’inflation omniprésente sur la période (perte de compétitivité-prix).
- mauvaise adaptation de l’appareil industriel à la concurrence internationale (poids des habitudes
protectionnistes et de la tradition coloniale d’un marché captif).
Croissance et déséquilibres sectoriels
La croissance ne bénéficie pas de la même manière à l’ensemble des secteurs économiques :
- si le taux de croissance annuel moyen est de 5% environ au cours de la période 1950-1973, les taux de croissance des
branches principales sont très différenciés.
- les plus faibles sont ceux de l’agriculture et des industries agro-alimentaires ; les plus forts ceux des industries
d’équipement, de l’énergie, des industries intermédiaires et des bâtiments et travaux publics ; enfin les industries de
consommation, les transports et télécommunications, les services et les commerces sont dans la moyenne.
Ces inégalités reflètent le déclin de certaines activités, dû aux grandes mutations économiques de la période :
- le petit commerce paraît inadapté face aux conditions de marché, à la concurrence des grandes entreprises, des grands
magasins ou de la grande distribution.
- sur le plan industriel, l’ouverture internationale et le choix du pétrole comme source d’énergie entraîne le déclin de
plusieurs secteurs, jusqu’alors piliers du développement de l’économie française :
- le textile ne parvient pas à résister face à la nouvelle concurrence mondiale, d’autant que la décolonisation
entraîne la perte d’un débouché essentiel et protégé.
- crise irrémédiable de l’industrie minière et du charbonnage (due au choix du tout-pétrole). Ce déclin est d’autant
plus spectaculaire que cette industrie du charbon avait joué un rôle fondamental pour accélérer la reconstruction
du pays. Ainsi en 1959, le « plan Jeanneney » prévoit la fermeture des puis les moins rentables. En 1963, la
grande grève des mineurs traduit bien la menace qui pèse sur ce secteur. Enfin malgré une courte embellie en
1974-1975, au moment de la première crise pétrolière, cette activité apparaît à terme condamnée.
- la sidérurgie est le troisième secteur en difficulté à partir des années 1960. Ce secteur a lui aussi était une
« industrie-clé » lors de la reconstruction. Mais dans les années soixante, la sidérurgie souffre d’un certain retard
sur le plan de la modernisation et apparaît insuffisamment concentrée pour faire face à la concurrence mondiale.
Il devient ainsi plus rentable d’importer du minerai de fer de l’étranger que de continuer à exploiter les mines
nationales.
Cependant, certains secteurs deviennent les nouveaux moteurs de la croissance industrielle.
- la chimie devient ainsi une des branches les plus dynamiques avec un taux de croissance annuel de 8% entre 1960 et
1972. Ceci s’explique par un réel effort de recherche et un investissement très élevé. Quelques grandes entreprises
françaises dominent ce secteur : Péchiney-Ugine-Kuhlmann, Rhône-Poulenc ou Saint-Gobain-Pont-à-Mousson.
- l’industrie automobile apparaît également comme un point fort de cette période. Ainsi sa production quadruple entre
1953 et 1970, avec un taux de croissance annuel de l’ordre de 10%. Renault demeure la première entreprise, même si
Peugeot connaît une croissance plus spectaculaire.
- enfin, la France connaît également un développement de ces techniques de pointe.
- une industrie de calculateurs scientifiques et d’ordinateur prend son essor, grâce aux encouragements de l’État
(« plan Calcul » en 1967) et au développement d’entreprises anciennes.
- l’industrie aéronautique connaît également d’importantes réorganisations et obtient de nombreuses
commandes militaires. La France développe avec la Grande-Bretagne le programme Concorde dans les années
soixante, qui sera un succès technologique mais un échec commercial. A partir de 1969, le projet Airbus se met
en place entre la France et l’Allemagne afin de concurrencer l’américain Boeing.
La croissance des « Trente Glorieuses » marque donc l’épanouissement des industries nées à la fin du XIXe siècle et au début
du XXe siècle dans le cadre de la seconde révolution industrielle, et le déclin irrémédiable de celles qui avaient caractérisé la
première révolution industrielle.
Croissance et déséquilibres régionaux
Les déséquilibres régionaux sont
apparus dès le XIXème siècle. En 1947, le géographe Jean-François Gravier, dans
son ouvrage
Paris est le désert français
souligne les conséquences néfastes de ce développement régional inégal et dénonce
la monopolisation par le capital de toutes les activités économiques dynamiques aux dépens du reste du territoire national.
La croissance et la modernisation de l'économie ont largement accentué ces déséquilibres régionaux : croissance au
profit des grandes villes, bénéficiant des industries les plus dynamiques et de la tertiarisation de l'économie, tandis que la
désertification des zones rurales ne cesse de s'accélérer.
Exemple : entre 1954 et 1975 la Creuse l'Ariège l'Aveyron ont perdu 45 à 50 % de leur nombre annuel de naissance.
Plus généralement, la croissance a fait ressortir les contrastes des grands ensembles régionaux. Les régions
bénéficiaires de la modernisation économique sont l’Ile de France, le lyonnais, la Provence. L'Ouest, le Sud-Ouest et le
Massif central connaissent une aggravation de leur sous-développement industriel. De plus, les années 1960 sont marquées
par l'amorce du déclin au de grands ensembles industriels : le Nord et la Lorraine souffrant d'une spécialisation industrielle
trop étroite autour des « trois vieilles industries » (charbon, textile, sidérurgie). Elles connaissent une baisse sensible de son
activité et la hausse du chômage. Enfin, des enclaves industrielles ne peuvent résister elles non plus à la crise de l'extraction
houillère ou de la sidérurgie (le Creusot, Decazeville).
L'État met en place une politique d'aménagement du territoire dont l'objectif est à la fois de freiner la croissance
des grandes agglomérations (notamment Paris), d'enrayer le déclin du milieu rural et de d’aider les régions menacées par le
déclin de leur activité traditionnelles à se reconvertir.
Exemple : en 1950 un plan national d'aménagement du territoire visant à assurer une meilleure répartition des hommes en
fonction des ressources naturelles et de l'activité économique. Mais la première mesure importante est la création, en 1963, de
la délégation à l’aménagement du territoire (DATAR). Elle encourage le transfert d'établissement industriel de l'activité
tertiaire de la région parisienne vers la province, afin de décloisonner la capitale (création de « villes nouvelles ») et elle tente
d'encourager la rénovation rurale (aide à l'agriculture, modernisation des infrastructures, développement du tourisme...). Elle
participe aussi à la politique des « métropoles d'équilibre » en favorisant l'émergence de huit métropoles (Lille, Nancy,
Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes). Mais cette politique d'aménagement du territoire n'a pas permis
de contrebalancer les grandes des inégalités régionales. Elle secteur de l'impuissante pour favoriser la reconversion des
régions en crise ou le développement des régions faiblement industrialisées.
II. LES NOUVEAUX VISAGES DE L’ECONOMIE FRANCAISE
L'économie française connaît d'importantes transformations structurelles à partir du début des années 1950 avec
notamment l'évolution sectorielle de la population active et une modernisation de l'ensemble des structures économiques (en
premier lieu l’industrie mais aussi l'agriculture et le secteur tertiaire).
A. Modernisation industrielle et production de masse
Les « Trente glorieuses » reposent sur la réussite du secteur industriel. Sa part dans la production intérieure brute
passe de 20 % durant les années 50 à 28,3 % en 1973. Et la stabilisation de la population active employée dans l'industrie (39
%) révèle l'importance des gains de productivité réalisés dans ce secteur.
Production de masse et productivisme
Les années 1950 marquent une rupture sur le plan des méthodes de travail utilisées dans le monde industriel :
émergence d'une consommation de masse, standardisation des produits, généralisation du taylorisme et du fordisme. Mais
aussi les « missions de productivité » organisée aux États-Unis ont permis à de nombreux entrepreneurs français de visiter les
usines américaines et d'étudier l'efficacité de leurs méthodes de production et de leur équipement. Ainsi en partir des années
50 le patronat français se rallie à ces méthodes.
Exemple : travail à la chaîne, mécanisation et division des tâches, système des « trois -huit » s’étendent à toutes les branches,
réduisant le rôle des métiers et développant les fonctions parcellisées.
On assiste aussi à une progression du pouvoir d'achat car le patronat français accompagne aux seuls aspects
techniques du fordisme la dimension sociale afin d'élargir les possibilités du marché intérieur et de mieux faire accepter un
travail répétitif et peu valorisant.
Les progrès de la concentration et de la diversification
La modernisation des structures industrielles s'est traduite par une nouvelle phase de concentration industrielle :
constitution, par croissance interne et rachats, de véritables groupes stimulés par la libéralisation des échanges et la mise en
place du marché commun et l'impulsion décisive de pouvoirs publics qui, à partir de 1965, encourage les « champions
nationaux ». La France se dote de grandes entreprises de taille internationale dans la sidérurgie, des industries électriques, la
chimie, l'automobile, l'aéronautique.
Exemple : le plan sidérurgique de 1966 fait fusionner plusieurs entreprises pour donner de grands groupes : Usinor et
Wendel-Sidelor. Thomson dans l'électronique absorbe Brandt. Dans la chimie : Péchiney -Ugine -Kuhlmann. En 1970,
création de l'Aérospatiale par fusion de Nord Aviation, de Sud Aviation et de la SEREB.
On assiste aussi à une importante diversification de l'activité de ces grands groupes : Saint-Gobain -Pont-à-
Mousson étend ses activités de travaux publics jusqu'à l'électronique.
La plupart des grandes entreprises se dotent également de nouvelles stratégies commerciales dans le cadre d'une
politique globale de marketing : la publicité.
Exemple : Moulinex valorise auprès des consommateurs « son image de marque » et voit ainsi son chiffre d'affaires passer de
un à 20 milliards entre 1957 et 1968.
Des entreprises développent la recherche : Michelin, Saint-Gobain, Rhône-Poulenc... créent des laboratoires de
recherche.
Ce mouvement de concentration aboutit à une diminution très sensible du nombre de petites et moyennes
entreprises.
Exemple: en 1962 l'effectif moyen des entreprises françaises est de 91 salariés ; il est de 117 en 1972. Ce processus de
concentration profite essentiellement aux entreprises de rang intermédiaire (entre 100 et 500 salariés). Mais les très grandes
entreprises (1000 salariés et plus) restent encore peu nombreuses (moins de 4 % de l'ensemble de ces entreprises). Au début
des années 1970, cinq entreprises françaises figurent quand même parmi les 50 plus grandes entreprises mondiales : Renault,
la compagnie française des pétroles, Peugeot-Citroën, Elf -Aquitaine et Saint-Gobain-Pont-à-Mousson.
Évolution des moyens de financement et de la gestion de ces entreprises
La croissance des entreprises et la diversification de leur activité s'accompagne d'une véritable révolution au niveau
de leur financement et de leur gestion. Elles abandonnent le traditionnel autofinancement pour se tourner vers les crédits
extérieurs.
Exemple : au milieu des années 1960 l'autofinancement
représente moins de 70 % en moyenne des moyens de financement
utilisés par les entreprises françaises. Ce taux d'autofinancement reste encore important et apparaît supérieur aux autres pays
capitalistes. Il révèle néanmoins une importante baisse de l'autofinancement qui représentait encore plus de 90 % des
ressources des entreprises au début des années 1950.
Exemple : le lien entre des entreprises industrielles et les grandes banques d'affaires (Paribas, la banque de l'union parisienne,
la banque de l'Indochine et le groupe Suez) se renforce considérablement. Entre 1954 et 1974, la part du crédit à moyen terme
et du crédit à long terme accordée aux entreprises par les seules banques s'est ainsi accrue de 9 à 54 %.
Les entreprises recourent également aux marchés financiers. Au total de la bourse représente 18,5 % du
financement externe des entreprises dans la décennie 1960 le financement bancaire 77,7 %, les dotations de l'État 3,8 %.
Il y a aussi l'adoption de nouvelles formes d'organisation interne : d'une organisation centralisée on passe à une
structure
comportant
de
multiples
divisions
autonomes
(recherche,
publicité,
marketing...).
C'est
l'organisation
multidivisionnaire avec l'émergence d'une « technostructure ».
Les équipes territoriales remplacent la direction personnelle, l'organisation décentralisée multidivisionnaire
remplace la centralisation et la concentration des pouvoirs. Cette évolution fragilise le capitalisme familial et entraîne
l'émergence de managers.
B. la révolution agricole
À partir de données 1950 l'agriculture connaît une spectaculaire mutation et n'échappe pas au phénomène de
modernisation.
Les facteurs de changement
Il faut tout d'abord tenir compte d'une indéniable évolution des mentalités. La diffusion de la civilisation urbaine au
sein des campagnes entraîne des effets positifs : pénétration rapide des différents médias (en 1961,77 % des exploitants
agricoles possèdent une radio, en 1973,75 % une télévision) présence de citadins de plus en plus nombreux au sens de la
société rurale.
L'émergence d'une industrie agro-alimentaire et la modernisation des méthodes de distribution ont également pu
encourager le progrès agricole. La distribution moderne exerce en effet une forte pression sur l'agriculture défavorise le
progrès technique en matière d'utilisation d'engrais ou d'aliment pour le bétail.
Certaines organisations agricoles se font les porte-parole de la modernisation : les jeunesses agricoles catholiques, le cercle
national des jeunes agriculteurs.
L'État a lui aussi une responsabilité importante dans la modernisation de l'agriculture : ils encouragent d'abord
largement dans les années 1950 la mécanisation agricole. Les prêts bonifiés du crédit agricole, les subventions accordées aux
coopératives d'utilisation de matériel agricole (CUMA) ont permis de faciliter l'achat de tracteurs. Puis dans les années 1960
l'État décide de promouvoir un nouveau modèle plus moderne d'exploitation agricole : une loi d'orientation en 1962 dont
l'objectif est de constituer des organisations de taille rentable, d'organiser un sens plus rationnel du marché et de moderniser
la structure des exploitations. L'État crée aussi pour freiner la hausse du prix des terres, les sociétés d'aménagement foncier et
d'établissement rural.
La modernisation nationale est d'autant plus importante que se met en place au niveau européen entre 1962 et 1966,
une politique agricole commune (PAC). Elle permet d'ouvrir le marché européen aux produits français, de maîtriser le prix de
certains produits, mais aussi de diminuer le nombre des agriculteurs. Cette politique européenne profite donc essentiellement
aux exploitations les plus compétitives et les plus grandes.
M écanisation et modernisation
Le symbole de la modernisation agricole réside dans le tracteur : en 1950 le nombre de tracteurs est estimé à
140 000 environ, de 1955 on compte 305 000, puis au milieu des années 60 le million est atteint. Mais il existe aussi d'autres
machines agricoles : les motoculteurs, les moissonneuses-batteuses...
D'autres progrès apparaissent : ce qu'offre la chimie : les engrais, les désherbants, des insecticides, de fongicides ;
ceux liés à la biologie : recours à des variétés nouvelles, bien plus productives, comme le maïs hybride à fort rendement.
L'élevage est également concerné avec la généralisation de l'insémination artificielle.
Enfin les structures foncières évoluent dans le sens d'une concentration accrue : la superficie moyenne passe de 14
ha en 1955 à 20 ha en 1970. Le remembrement s'intensifie également à partir de 1960.
Les bons résultats de la production agricole
La conséquence de cette modernisation est une augmentation importante de la production agricole : le rythme de
croissance oscille entre 2,5 et 3 % par an contre 1,5 % dans la période de l'entre-deux-guerres. Ces résultats sont d'autant plus
remarquables que la surface agricole utile diminue de 10 % et que l'agriculture perd le tiers de ses membres entre 1950 et
1970. Elle résulte donc d'à la fois d'une très nette amélioration des rendements et surtout de spectaculaires gains de
productivité.
Exemple : la production céréalière passe de 14 millions de tonnes en 1950 à 35 millions en 1975 ; la production de viande a
doublé entre ces deux dates, de même que la production laitière.
L'agriculture devient la première branche exportatrice et joue un rôle décisif dans l'équilibre de la balance
commerciale d'où le nom de « pétrole vert ». Mais cette exportation ne suffit pas à absorber l'ensemble de la production
agricole, elle est ainsi menacée par le risque de surproduction. Cette tendance se manifeste dès le début des années 1970 et ne
fera que s'aggraver par la suite.
C. L'essor considérable du secteur tertiaire
La croissance rapide du secteur et des emplois tertiaires est également l'une des grandes caractéristiques de
l'évolution économique des années 1950-60. La contribution du tertiaire à la production nationale a également suivi l'une
importante progression et atteint 55 % de valeur ajoutée au milieu des années 70. Ainsi, en 1976 les exportations de services
représentent 21 % des exportations françaises.
Les facteurs de la tertiarisation de l'économie
La modernisation des structures économiques nécessite et engendre à la fois un ensemble diversifié de services : le
développement des moyens de transport et de communication par exemple.
De nombreuses activités complémentaires de l'industrie se développent également. Les mutations de l'entreprise et
du système productif favorisent en effet de nouvelles activités : assurances, banques, publicité, services commerciaux... La
consommation de services par les entreprises a augmenté considérablement : multipliée par cinq environ entre 1959 et 1973.
Le développement du tertiaire s'effectue par un processus de division du travail de plus en plus poussé. Ainsi des fonctions
autrefois intégrées aux entreprises industrielles s’en dissocient de plus en plus pour constituer des entreprises de services
autonomes : location de linge ou de véhicules, le gardiennage, le travail temporaire, la restauration collective... sont
désormais assurés par des sociétés de services, dans le cadre de la sous-traitance.
L'épanouissement de l'État-providence passe par la création d'un vaste secteur de services non marchands. La
croissance démographique et l'urbanisation de l'après-guerre jouent également largement en faveur du secteur tertiaire.
Exemple : l'enseignement se développe considérablement : l'État construit
2500 collèges entre 1965 et 1975, le nombre
d'enseignants passe de 54 000 en 1958 à 185 000 en 1973 dans les lycées. Il y a aussi un essor important de l'université avec
l'ouverture à Paris et en province de nouveaux établissements. Les effectifs des étudiants explosent : 202 000 en 1958 à
751 000 en 1974.
Enfin l'élévation de niveau de vie et de nouveaux besoins en matière de consommation profitent également au
secteur tertiaire.
Exemple : l'essor de loisirs et du tourisme avec les stations de ski intégrées (Courchevel Avoriaz) l’essor six de stations
balnéaires de la côte d'azur (Saint-Tropez).
Les mutations du secteur tertiaire
Cette poussée du secteur tertiaire s'accompagne d'une importante modernisation de ses structures et l'adoption de
certaines méthodes caractéristiques du secteur industriel : organisation scientifique du travail, mécanisation, informatisation.
La branche qui connaît les transformations de plus spectaculaires au cours de la période est sans aucun doute celle
du commerce et de la distribution. En effet, la distribution de masse apparaît favorisée par plusieurs éléments : progression de
l'urbanisation et l'extension des banlieues, l'évolution des besoins, généralisation de l'automobile, mais également des
réfrigérateurs qui permettent de stocker des produits alimentaires.
Exemple : en 1963 Marcel Fournier invente d'hypermarché avec le premier que Carrefour à Sainte-Geneviève-des-bois. En
1968 on compte que 26 hypermarchés en France mais ils sont de 2587 à la fin de 1973.
Quelques exemples de grandes aux entreprises de services apparues au cours de la période témoignent bien
également des mutations éclatantes du secteur tertiaire.
Exemple : Gilbert Trigano fonde dans les années 60 le Club Méditerranée, Sodexho perce dans la restauration collective et de
grands groupes dans l'hôtellerie et le tourisme sont créés (Méridien, Accor).
III. LES GRANDES MUTATIONS DE LA SOCIETE FRANCAISE
La société française qui connaissait jusque là une assez grande stabilisation, connaît désormais de profondes
transformations, concernant l’ensemble des catégories sociales, mais aussi les comportements et les modes vie. Cependant les
années 1960 semblent accroître le fossé entre les classes supérieures et les classes inférieures ce qui encouragea le grand
mouvement de contestation de mai 1968.
A.L’evolution des classes sociales
La croissance des « Trente glorieuse » et la modernisation des structures économiques ont considérablement
transformé le visage de la société française et entraîné une forte redistribution de la population active entre les différentes
catégories socioprofessionnelles. 1962
1975
Agriculteurs
15.8%
7.7%
Part dans la population active.
Patrons de l’industrie et du commerce
10.6%
8.7%
Cadres sup. et prof. libérales
4%
6.9%
Cadres moyens
7.8%
13.8%
Employés
12.5%
16.6%
Ouvriers
36.7%
37%
Le déclin de la classe paysanne
Après avoir occupée une place dominante jusqu’au milieu du XXème siècle, la classe paysanne connaît une chute
vetigineuse de ses effectifs à partir de 1950. La modernisation et la mécanisation de l’agriculture, la politique de l’Etat
(encourage la constitution d’exploitations mieux adaptées à l’évolution du marché), les progrès du remembrement,
l’accélération de l’exode rural ont fait chuter la part de la paysannerie dans la population active.
Les plus touchés sont les salariés agricoles : 1 200 000 en 1954 à moins de 400 000 en 1975. Ils ne travaillent plus
que dans les exploitations de grande taille et apparaissent comme les plus défavorisés d’où les accords de Grenelle en 1968
qui instaurent le Salaire minimum agricole garanti (SMAG).
Les exploitants agricoles sont eux deux fois moins en 1975 qu’en 1954. Il existe alors un fossé entre la minorité de
grands exploitants et la masse des petits et moyens exploitants. Les exploitations de grandes taille, capitalistes se localisent
dans le Nord et le Bassin Parisien, pratiquant une agriculture scientifique. Par un haut niveau de revenu
et leur patrimoine,
ces gérants s’apparentent aux couches bourgeoises.
Au contraire la majorité de petits et moyens exploitants connaissent une situation plus délicate : endettés pour
rendre compétitive leur exploitation, leur niveau de vie reste dépendant des fluctuations du marché. Ces exploitants
parviennent néanmoins à améliorer leurs conditions de vie d’habitat et à faire progresser leur niveau de consommation.
Une grande inquiétude nourrit la classe paysanne face aux bouleversements de la période : ils se sentent menacés de
disparition d’autant que la politique agricole commune a pour objectif de supprimer un million d’hectares de terres cultivées.
De plus le rapport Vedel (1969) prévoit de geler entre 8 et 11 millions d’hectares de la SAU entre 1970 et 1985. Ils ont aussi
le sentiment que leur dépendance s’accroît considérablement : liés en amont aux industries (machines agricoles, semences,
engrais… ) et en aval, aux industries alimentaires qui conditionnent et transforment leur production. A noter l’importance du
Crédit agricole dans le financement de la mécanisation.
Ces frustrations ont permis au syndicalisme et à des mouvements de « colères rurales » de connaître un essor
important : Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA), 1961 : une grande partie de la France est touchée par des
barrages de tracteurs et par des assauts visant mairies, préfectures…
Les classes urbaines non salariées menacées de disparition
Les représentants de la classe moyenne indépendante connaissent eux aussi un important déclin : boutiquiers,
artisans, petits patrons de l’industrie sont marginalisés par la croissance. Leur forte diminution s’explique par l’évolution des
structures économiques : grande distribution au dépens du petit commerce ; la concurrence, la concentration industrielle, ont
aussi obligé des très nombreux artisans ou petits industriels à cesser leurs activités. Ce déclin entraîne une véritable
recomposition des classes moyennes : elles sont dorénavant des catégories salariées et l’ascension sociale passe davantage
par l’éducation ou la progression au sein d’une entreprise.
Ce déclin s’accompagne également d’un certain nombre de résistances et de contestations. Le succès de Pierre
Poujade et de son mouvement : l’Union de défense des commerçants et des artisans (UDCA) au milieu des années 1950 est
du aux frustrations de ce monde des petits car Poujade s’attaque aux élites économiques et politiques, dénonce une politique
fiscale qui presse plus les petits, se tourne vers le passé et souhaite restaurer les valeurs de l’ancienne France.
Le commerce et l’artisanat connaissent une nouvelle agitation en 1969-1970 avec le mouvement néo-poujadiste de
Gérard Nicoud qui reproche au pouvoir de ne favoriser que les élites économiques.
Il faudra le vote en 1973 d’une loi d’urbanisme commercial (loi Royer), encadrant le développement des grandes
surfaces, pour apaiser ce mouvement.
L’essor
des
classes
moyennes
salariées
Elles sont les réelles bénéficiaires de la croissance. 1970 : elles représentent 45% de la population française active.
Nombre d’employés dans les services multiplié par 2 entre 1954 et 1975.Tertiarisation de l’économie et multiplication des
postes
de
direction
dans
le
public
et
le
privé.
Elles stimulent l’économie car principales consommatrices car recherchent des biens symboles de leur réussite
sociale
(
résidence
secondaire,
sport..).
Elles
profitent
le
plus
de
l’ascenseur
social.
L’essor de cette classe provoque un changement des mentalités et des pratiques sociales. Le salariat est perçu moins
négativement car se détache du monde ouvrier. La notion d’exploitation disparaît ( cf «vente de force de travail »). La
sécurité
d’un
salaire
fixe
est
valorisée.
Les
transformations
de
la
classe
ouvrière
Jusque dans les années 1970 le monde ouvrier est toujours prépondérant en nombre de salariés ( 8.5 millions ). La
croissance
va
changer
la
composition
de
cette
catégorie
sociale.
Disparition de certaines branches artisanales traditionnelles ( « les métallos »). Les nombreuses grèves de mineurs
contre les plans de restructuration ( plan Jeanneney ») symbolisent un monde menacé. 1963 grève de mineurs dans le Nord
avec
la
«
grande
marche
des
mineurs
sur
Paris
»
et
en
1967
grève
de
sidérurgistes
en
Lorraine.
Mutation des conditions de travail avec l’automatisation. Cela développe l’importance des personnels
d’encadrement. L’utilisation de machines complexes exige un personnel de maintenance. Moins de tâches pénibles pour
l’ouvrier,
«
nouvelle
classe
ouvrière
»,
les
«
blouses
blanches
»
remplacent
les
«
cols
bleus
».
Les emplois non-qualifiés demeurent néanmoins et la parcellisation du travail fait émerger l’image de l’ouvrier spécialisé.
L’ouvrier
devient
«
interchangeable
»
et
les
OS
(ouvriers
spécialisés)
se
multiplient.
La majorité des OS sont des femmes ou des immigrés. Avec la spécialisation des ouvriers l’appel à la main-
d’oeuvre étrangère augmente. Les ruraux en font aussi partie avec des délocalisations en campagne ( Normandie ) ou des cars
de
ramassage.
La force physique est moins sollicitée mais la répétition des tâches participe à des conditions de travail difficiles. La
classe devient donc plus hétérogène au sein d’une même entreprise de par la spécialisation et entre entreprises de par les
avantages
sociaux
présents
majoritairement
dans
les
grandes
entreprises.
La condition ouvrière connaît cependant une amélioration et bénéficie souvent du profit des entreprises durant la
croissance par un système de primes. Chaban-Delmas ( Premier ministre sous Pompidou en 1969) remplace le SMIG par le
SMIC
qui
ne
se
base
plus
seulement
sur
le
minimum
vital
mais
sur
la
croissance
économique.
Le niveau de vie ouvrier augmente ce qui les fait participer à cette croissance à travers la consommation rendue
possible
par
une
hausse
de
leur
pouvoir
d’achat.
Les
couches
dirigeantes
La couche dirigeante ne s’élargit pas, bien que le pouvoir des « managers » augmente au sein des entreprises et que
les
professions
libérales
liées
aux
affaires
se
multiplient
(
agents
de
change,
avocats
d’affaire… ).
La concentration financière et industrielle recompose néanmoins les élites françaises. Le patronat familial ne
disparaît pas mais il se réduit et ne représente plus que 100 des 200 plus grosses entreprises françaises dans les années 1970.
Pour survivre ces entreprises s’allient à des groupes financiers ( Paribas) et font appel à des managers, une élite
compétente
et
sans
capital.
Ces nouveaux cadres subissent une forte sélection et proviennent de grandes écoles ( polytechnique, ENA, HEC ).
Ces
cadres
passant
souvent
de
secteur
public
au
privé
tissent
des
liens
entre
économie
et
Etat.
Sauf exceptions ( Bouygues, Leclerc) l’accès a la direction de grandes entreprises ne se fait plus par l’intermédiaire
d’un capital économique mais culturel.
B.
Transformations
du
cadre
de
vie
et
consommation
de
masse
La
croissance
de
l’urbanisation
et
ses
conséquences
L’exode rural, la tertiarisation de l’économie et la croissance démographique expliquent en partie l’urbanisation
rapide
dans
les
années
1950.
1954
:
55%
de
pop
urbaine,
1975
:
73%
de
pop
urbaine.
Répartition inégale sur le territoire profitant surtout aux lieux de dynamisme industriel et tertiaire. Les villes avec
une
trop
forte
spécialisation
industrielle
déclinent
(
Bretagne).
Elargissement des espaces périphériques avec quartiers résidentiels reliés par des réseaux de transports. Extension
des banlieues pour décongestionner les villes ( les ZUP en 1958 ). En 1975 les logements HLM concentrent 20% de la pop
totale.
Réhabilitation des centres villes ( Lyon ) avec destruction d’anciens quartiers pour l’implantation de nouvelles
activités ( zone commerciale ). Cette politique contribue à l’éparpillement des faibles revenus dans les banlieues.
Les campagnes sont désertées lorsqu’elles ne sont pas comprises dans des zones industrielles. Les écoles et
commerces
ferment
et
les
médecins
s’installent
en
ville.
Remise
en
cause
du
modèle
de
petit
village.
L’ère
de
la
consommation
de
masse
La standardisation de la production permet la vente de produits à moindre coût ( automobile ). Les fruits de la
croissance redistribués en partie permettent une hausse du pouvoir d’achat. La part des revenus réservée aux achats de biens
de consommation et de biens d’équipement augmente. Cela est aussi dû à la construction d’ensembles commerciaux et à la
facilité de crédit. 4 produits phares : le réfrigérateur, l’automobile, la machine à laver le linge et la télévision.
Progrès du confort : 80%des foyers ont l’eau chaude en 1973 ainsi que des toilettes individuelles. Les cuisines et
salles
de
bains
tendent
à
être
de
plus
en
plus
aménagées.
C.
Une
société
plus
inégalitaire
La
croissance
accroît
les
inégalités
de
richesses.
Le revenu national a fortement progressé et le revenu par tête a augmenté de 80% entre 1960 et 1973. La répartition
reste cependant inégale.
L’écart entre classe moyenne et classe ouvrière s’est réduit ( cf SMIG puis SMIC ) à l’inverse de celui entre ouvriers et
cadres supérieurs.
La croissance a tiré vers le haut les salaires élevés. Il existe de plus des inégalités de salaires liées au sexe,
à la géographie ( salaires supérieurs en région parisienne par rapport à la province ) et aux secteurs d’activité ( l’industrie de
l’hydrocarbure étant plus rémunératrice que la branche hygiène ).
Les écarts de fortune sont accentués par les différences de patrimoine. D’autant que le système fiscal ponctionne
moins les revenus du capital que celui du travail. 5% population française = 45% patrimoine à la fin des années 1960.
Niveaux de vie différents liés à des capacités de consommation différentes. Certains appareils sont communs à tous
les ménages mais au prix d’un fort endettement pour les ouvriers. De plus les classes aisées sont plus aptes à pratiquer des
activités comme le sport ou bien à partir en vacances.
Les limites de la mobilité sociale.
Il faut distinguer deux types de mobilité sociale ; la mobilité horizontale ( le changement de statut ou de milieu ne
détermine pas de changement décisif dans la hiérarchie sociale ) et la mobilité verticale (progression ou régression le long de
l’échelle sociale ).
La croissance est accompagnée par une mobilité sociale avant tout horizontale sans réelle ascension sociale.
Dans les faits, la création du collège unique, le développement du secondaire et du supérieur ne réduit pas les
inégalités sociales. On observe un phénomène de « reproduction sociale » où les fils de paysans accèdent peu au supérieur et
retrouve les conditions de leurs parents. A l’inverse les enfants de cadres supérieurs disposent d’un « capital culturel » qui
leur facilite l’accès aux grandes écoles. Ceci est appuyé par le rapport de la Commission Bouloche rendue au Premier
ministre en 1963.
Contestation et tensions sociales
L’accentuation des inégalités sociales et le phénomène de « reproduction sociale » ont en partie influencé le
mouvement contestataire de mai 1968. Contestation avant tout économique que politique. Université de Nanterre 22 mars
1968 : explosion de la première phase de la crise, mouvement étudiant d’origine d’extrême gauche ( conduit par Cohn-Bendit
) puis fait tâche d’huile. Contestation d’un système universitaire élitiste et d’une croissance économique inégalitaire menée
par le profit.
La préoccupation économique de la contestation explique l’adhésion des ouvriers à ce mouvement. 13 mai 1968 les
syndicats proclament la grève générale contre la répression policière. Le pays connaît alors une vague de grève initiée à
l’usine Renault de Boulogne-Billancourt. Les ouvriers condamnent la recherche du profit et les conditions de travail liées au
système tayloriste.
La coopération CGT et pouvoirs publics mènent aux accords de Grenelle ( augmentation des salaires de 10% et
augmentation du SMIG de 35% ). Les grèves ne cessent pas pour autant jusqu’à l’intervention de Gaulle avec la dissolution
de l’Assemblée, accentuée de la lassitude de l’opinion publique. Ceci entraînera une amélioration des conditions de travail
pour les OS et une réforme du supérieur.
L’industrie est donc apparue comme réel moteur de cette croissance économique qui a par ailleurs profité à
l’agriculture et aux services. L’élévation du pouvoir d’achat instaure la consommation de masse rendue possible par la
diversification et la standardisation des produits proposés. Les inégalités sociales et économiques demeurent néanmoins.
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