La France dans la nouvelle économie mondiale, J.-F. Eck

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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La France dans la nouvelle économie mondiale, J.-F. Eck Cha . 3 – Les Fran ais : une mutation ? Po ulation société et économie I.La croissance démo ra hi ue e e • démographie : 20 rang mondial et 2 rang dans l’Union Européenne 1/ Lon tem s élevée la natalité fléchit de uis le milieu des années 1960 • Les fluctuations de la natalité demeurent mal connues. On n’a pu prévoir la hausse d’après-guerre ni la baisse depuis 1965.  ∙ Taux de natalité :  1939 ~ 15 ‰ 1947 ~ 21 ‰ 1964 ~ 18 ‰ 1996 ~ 13 ‰ 2004 ~ 13 ‰ Cet indicateur reflète mal la crise démographique actuelle car il est d’autant plus élevé que la population est jeune et faible qu’elle augmente. ∙ Indice conjoncturel de fécondité (Σtaux de fécondité par âge) : 1942 1950 1955 1965 1975 puis alternance hausses-baisses tous les 2 à 3 ans Aujourd’hui, cet indice est de 1,9 enfant par femme âgée entre 19 et 49 ans et ne permet pas d’assurer le remplacement des générations. Un des plus élevés d’Europe (après l’Irlande). Mais c’est toute l’Europe qui traverse une crise, donc c’est l’indice le moins mauvais. • Comme le baby-boom, le recul de la fécondité est indépendant de l’évolution économique intérieure et de la politique internationale. Les vraies causes sont :  ∙ la politique suivie par l’État  ∙ la transformation des valeurs familiales  ∙ et la modification des comportements au sein des couples 1939: Politique familiale du gouvernement Daladier (Code de la famille) poursuivie jusqu’à aujourd’hui allocations familiales proportionnelles à la taille des familles, primes de naissance, allégements des impôts (quotient familial depuis 1945),…  et pour les pauvres : aides à la scolarisation, aides au logement,… Elles ont représenté un soutien substantiel jusqu’en 1955, puis ont décliné ou pour certaines, disparues. De plus, les allocations familiales n’ont pas été suffisamment revalorisées (à partir de 1969) parallèlement à l’inflation. Dans leur ensemble, elles représentaient :  en 1950, 40 %  en 1960, 30 % des dépenses sociales de la nation  en 1975, 20 %
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 en 2001, 10 % Cette action a lourdement pesé sur le comportement des ménages, car ce sont justement les familles nombreuses, de trois enfants et plus, qui ont vu leur nombre relatif fléchir dans le nombre total des familles françaises. 1967: vente libre des contraceptifs 1975: loi Veil qui - libéra le divorce (cas ×2 entre 1975 et 1985) - libéra l’avortement (~200 000 cas annuels depuis) Cette loi n’est pas vraiment en cause puisque le phénomène était déjà présent à l’époque. C’est moins la loi que le comportement des individus qui est en cause dans l’évolution de la fécondité. 1976:baby- krach L’image de l’enfant et le modèle familial ont changé à la fin des années 1960. Pour les couples qui se constituent après 1968, le bonheur individuel est prioritaire. Les institutions étaient ressenties comme une contrainte et une hypocrisie. D’où, logiquement, une double crise du mariage et de la famille traditionnelle aujourd’hui. On se marie de moins en moins en France : ~1 couple sur 6 n’est pas marié L’âge du mariage (femmes / hommes) : 197022 ans / 24 ans 200528 ans / 30 ans 1 enfant sur 2 naît hors mariage (contre 10 % en 1980 !). Le nombre de femmes sans enfant n’a jamais été aussi bas. Le lien indissoluble qui fondait les familles a disparu et les couples n’ont plus de constance. 2/ La mortalité a atteint un très bas niveau Avant 1945, le taux de mortalité infantile français était le plus élevé d’Europe. Rapport à l’alcoolisme et au tabagisme très répandus à l’époque. Aujourd’hui, le taux de mortalité infantile est l’un des plus faibles d’Europe (avec la Suède et la Finlande) : 195052 ‰ 20054,5 ‰ Facteurs : - l’abolition du privilège des bouilleurs de cru (contre l’alcoolisme) sous M. Debré - les transformations du cadre de vie - la création de la Sécurité Sociale Les causes de décès précoces se sont recomposées. Dans l’ordre, les accidents cardio-vasculaires puis les cancers et les accidents de la route en sont les principales. D’autre part, l’espérance de vie s’est beaucoup allongée : 84 ans pour les femmes et 77 ans pour les hommes.
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3/ Le rôle de l’immi ration dans la croissance démo ra hi ue est im ortant mais surtout indirect • En 1945, 40 M d’habitants en France. En 2005, 58 M. Composants de l’évolution démographique entre chaque recensement :  Période Excédent naturel Solde migratoire 1946-1953 7,3 ‰ 1,0  1975-1981 3,9 ‰ 0,7 ‰  1990-1999 3,6 ‰ 0,1 ‰ *La forte hausse du solde migratoire (masquée ici) de 1962 a été due au rapatriement des « pieds-noirs ». Le dynamisme naturel de la population diminue depuis 1960 mais la population n’est pas encore stationnaire comme en Allemagne ou en Russie. • Les immigrés ne sont pas tous des étrangers ! Ces sont des gens qui sont nés hors du territoire métropolitain et qui s’y installent pour un séjour de type non touristique. ~1/3 sont des français venant d’outre-mer ou de l’étranger. Tous les étrangers ne sont pas des immigrés. [Commentaire sur lejus soli, lejus sanguiniet les conditions pour être français] Un schéma qui a permis à de grosses communautés de vivre en France sans s’y intégrer. 1993: Réforme du Code de la nationalité :  - pour être français à sa majorité si on est de parents étrangers, il faut désormais  manifester explicitement son désir  - si on fait son service militaire pour l’armée de son pays d’origine, on est  déchu de la nationalité française • Les principales communautés étrangères aujourd’hui en France sont surtout le reflet des vagues migratoires du passé, et non de celles d’aujourd’hui. 19307 % 1982 6,5 % d’étrangers 1999 5,5 % La part des étrangers dans la population remonte donc essentiellement à une présence ancienne. Son rôle dans la croissance de la pop. tient surtout au comportement démographique spécifique des étrangers (religions, cultures,…) • Il ya donc différents types de communautés étrangères. Surtout des Italiens, Algériens, Espagnols, Portugais, Tunisiens, Marocains, Turques et asiatiques. Aussi, hausse des enfants nés d’un ou deux parents étranger(s) : 1946-19625 % 1975-198614 % 200321 % Si la France a encore une vitalité démographique, c’est grâce aux étrangers qu’elle a. Un français sur cinq est aujourd’hui, directement ou non, issu de l’immigration.
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II.Les activités 1/ La o ulation active au mente et se transforme Tout juste suffisante jusque dans les 60’s, elle surabonde depuis et l’État a du mal à lui trouver du travail. 1945-196820 M  1982 24 M  2004 27 M • Les contrecoups de l’évolution démographique se font ressentir sur la pop. active. Lebaby-booma subitement augmenté le nombre de personnes prêtes à travailler vers 1960, au moment où le recours à l’immigration devenait massif. Mais même lebaby-krach n’a pas réduit la croissance de la pop. active (~200 000 /an) car si ce ne sont pas les enfants qui sont nombreux, ce sont les parents qui le sont (cf.baby-boom). Il y a aussi le travail croissant des femmes depuis 1960, permis par les métiers physiquement abordables issus de la tertiarisation de l’économie. [N.B. : Le taux d’activité des femmes était plus faible en 1960 qu’en 1900 !] Pour la population active, la conséquence est capitale. Elles représentent désormais la moitié de la croissance de la pop. active. Tx. d’activité des femmes de 25 à 45 ans : 195443 % 2001 80 % • Inversement, aux âges extrêmes, le taux d’activité se réduit. Les études sont globalement plus longues (+ la réforme de 1959 portant l’enseignement oblg. jusqu’à 16 ans). Du côté des vieux, la retraite est plus tôt. On a eu tendance à l’encourager (parfois dès 50 ans dans les secteurs en difficulté ; i.e. sidérurgie, construction navale,…) 1982: Abaissement à 60 ans (ans) de l’âge à partir duquel on peut bénéficier du taux 65 plein du régime général de la Sécu. À partir de 2006, la pop. active devrait plafonner puis entamer une baisse. Enfin ! • La recomposition de la population active (sexes, nationalités, cat. socioprofessionnelles et secteurs d’activités) lors des années récentes est au moins aussi importante que son gonflement numérique. (1) – augmentation de la part des femmes. Certaines professions sont majoritairement, voire exclusivement féminines :  80 % des employés d’entreprise  65 % des enseignants  50 % des médecins  40 % des magistrats (2) – augmentation de la part des étrangers. Elle représente ~6 % de la pop. active (contre 5 % jusque vers 1965). (3) – les catégories socioprofessionnelles d’aujourd’hui sont trèscelles d’avant. Les de ouvriers et les agriculteurs étaient les plus nombreux jusqu’au point culminant des 70’s. Ils ont diminué depuis et sont de plus en plus divers. La France est devenue, récemment, un pays de travailleurs non manuels. 86 % de la pop. active est salariée. L’évolution s’est faite au détriment des professions indépendantes.
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Population active par secteurs :  Année Primaire Secondaire Tertiaire  1900 45 30 25  1946 36 32 32  1970 16 40 44  2004* 5 20 75 *Chiffres identiques à la moyenne de l’U.E. à25 • C’est la prépondérance des services qui caractérise désormais la composition sectorielle de la population active. L’industrie est la grande perdante des années récentes. La part du tertiaire en France est supérieure à celle des autres pays de l’Union. Les salariés de l’hôtellerie et de la restauration sont plus nombreux que ceux de la construction auto. ou du textile. Donc une profonde transformation de la pop. active française, qui s’est alignée sur celle des pays les plus avancés dans cette voie. 2/ Au fil des ans le chôma e a ris l’allure d’un hénomène de masse Le chômage n’est pas propre à la France. Mais dans son rythme de progression et ses caractéristiques, il est distinct de celui que connaissent les autres pays développés. • La montée du chômage est ininterrompue depuis 1966.  1976 1 M  1993 3 M de chômeurs  20043 M ∙ Plusieurs étapes : [période puis cause(s) de la hausse]  1963-1965pop. active et ralentissement conjoncturel dû au Plan de stabilisation ère  1974-1976 1 récession industrielle  1983-1985 restructurations industrielles de la gauche (qui a trahi son programme)  1992-1993 pire crise économique depuis 1930 Contrairement aux Etats-Unis (sous Reagan), la France n’a jamais réussi à gérer correctement son chômage. ∙ Les caractéristiques du chômage sont inquiétantes plus qu’ailleurs. Le taux est sensiblement le même : ~10 % fin 2004. Mais la différence est : (1) – dans la durée de chômage des individus. Plus cela dure, plus il y a de marginalisation sociale. En France, et pas ailleurs, la part des chômeurs de longue durée n’a pas cessé de croître :  ~45 % du chômage actuel est de longue durée  ~10 % en 1974 (2) – dans les inégalités face au risque de chômage. Plus d’un jeune actif sur 6 est au chômage, contre 1 sur 10 pour l’ensemble des actifs. Mais il y a aussi les femmes, les plus de 50 ans, les immigrés,… qui sont les principales cibles de ce chômage. ∙ Quelle sont la nature et les origines probables de ce chômage ? Des causes structurelles et des causes conjoncturelles : -montée du nb. des actifs -restructurations indispensables des entreprises -évolutions technologiques qui remplacent même les cadres
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• Les responsables politiques ne sont aujourd’hui pas d’accord sur la solution, même s’ils s’accordent à dire qu’il n’y peut y avoir aucun miracle. On oppose traitement social et traitement économique du chômage. Le premier veut freiner les licenciements -en subventionnant certains types d’emplois -en créant des formules intermédiaires entre inactivité et temps-plein On lui reproche de masquer l’ampleur du phénomène et de l’entretenir. Pourtant, à gauche comme à droite, on y a eu recours. Ex. : contrats emploi-formation depuis les 70’s. Le second veut relancer l’activité et est le seul qui peut créer de véritables emplois. Mais les mesures à adopter sont mal définies. Les essais ont été vains… • Une nouvelle méthode est apparue : répartir les emplois déjà disponibles sur un plus grand nombre de travailleurs. (1) – Les préretraites (dès 1970), puis la retraite à 60 ans (1982), auraient du permettre aux jeunes de récupérer les emplois laissés par les anciens. (2) – On a tenté de limiter par la loi sur la durée du travail.  1982 39 heures de Mauroy  1998 35 heures de Jospin Cela a alourdi le coût du travail et affaibli la compétitivité. 2005 loi d’assouplissement de Raffarin (création des « comptes épargne temps ») (3) – On pourrait développer plus le travail à temps partiel :  France 5 % des hommes 30 % des femmes  Pays-Bas 25 % des hommes 75 % des femmes La lutte contre le chômage commande d’exploiter de nouvelles voies. Il faut changer d’attitude face au travail et non attendre des programmes gouvernementaux ou une reprise de la croissance. C’est là toute la difficulté d’une société trop habituée à se reposer sur l’État. 3/ Crise de l’em loi et vieillissement démo ra hi ue remettent en cause le financement de la rotection sociale • La protection sociale en France repose sur la solidarité entre les générations. Est instauré le système dit par répartition, en opposition au système par capitalisation. L’objectif au départ était la justice sociale et l’efficacité financière. De plus, ce système paraissait peu dangereux car, avec lebaby-boom, on ne craignait pas de faire reposer les cotisations perçues sur la pop. active. Mais aujourd’hui, l’ensemble du système doit être remis en cause. En plus, à partir de 1958, avec la création des caisses d’ASSEDIC-UNEDIC (pour le chômage), distinctes de la Sécu. mais fondées sur le même système, cela a augmenté l’importance des cotisations. Contrairement aux autres pays industrialisés, la protection sociale en France repose quasi exclusivement sur les cotisations (16 % du PIB en 2004). Ailleurs, cela passe par les impôts. Pour les entreprises, mieux vaut un financement par l’impôt, qu’elles ne sont pas seules à payer, qu’un système fondé sur les cotisations qui renchérissent le coût de la main d’œuvre, grèvent les prix de revient… La répartition, bien que commode, a des dangers redoutables.
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• La faiblesse de la croissance, la montée du chômage, le vieillissement démographique gonflent les dépenses sans augmenter les ressources. Depuis 1983, les gouvernements ont brisé l’indexation des salaires sur l’inflation. 1988: création du RMI (dépense supplémentaire) en réponse à la hausse du chômage Le risque maladie et les pensions de retraite représentent les 4/5 des dépenses de la Sécu. Il n’y a plus que 1,5 cotisant (3 en 1975) pour 1 bénéficiaire. Les remèdes sont difficiles à trouver. À court terme, pas de solutions. On ne peut plus augmenter les cotisations. On doit même réserver de plus en plus les cotisations à des catégories de personnes très précises. À long terme, on propose des propositions de fiscalisation.  1983 contribution de 1 % du revenu imposable 1988 plans d’épargne retraite (cotisations complémentaires pour soi)  1990 contribution sociale généralisée Il faut distinguer les aides solidaires de celles qui ne profitent qu’aux intéressés (c’est-à-dire les retraites). Aussi, il y a trop de peu de « seniors » qui travaillent. De tous les côtés, le financement de la protection sociale se heurte à des impasses et des contradictions. En 2003, cela représentait 480 Ma d’euros ! 30 % du PIB ; 200 Ma d’euros de plus que le budget de l’État ! On mesure ainsi l’importance de l’enjeu…
III.
Les conditions de vie
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