Mondialisation, américanisation, même combat ?

Publié par

Mondialisation, américanisation, même combat ?

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
Lecture(s) : 3 310
Tags :
Nombre de pages : 2
Voir plus Voir moins
1
27/09/2006
Mondialisation, américanisation, même combat ?
L’assimilation, voire l’amalgame, entre mondialisation et américanisation est souvent faite
par les mouvements altermondialistes. La mondialisation, c'est-à-dire l’accroissement des
échanges entre des espaces de plus en plus dépendants, se traduit par une concurrence accrue
et une mobilité internationale des facteurs de production. Cette notion a aussi une dimension
culturelle qui affecte les civilisations en accentuant leurs similarités dans un espace mondial
contracté. Poser la question de la validité de l’assimilation entre mondialisation et
américanisation revient alors à s’interroger sur l’américanisation du monde et sur le caractère
impérialiste des Etats-Unis. Mais il faut aussi se demander si la mondialisation, comme
traduction à l’échelle mondiale de certaines valeurs libérales, fait du rêve américain une
horizon d’attente mondial. Cet amalgame revient à envisager la mondialisation sur un mode
unique et l’américanisation comme un phénomène monolithique : il est donc nécessaire, pour
appréhender la mondialisation et le rôle qu’y joue les Etats-Unis dans leur complexité, de
distinguer à la fois les valeurs, les dépendances, les modèles que les Etats-Unis diffusent via
la mondialisation dans l’espace mondial et la place économique et géographique qu’ils
occupent dans les échanges, mais aussi de s’interroger sur les formes de mondialisation qui
échappent aux Etats-Unis, ou du moins qui ne contribuent pas à une simple uniformisation
d’un monde devenu à l’image des Etats-Unis.
I-
La mondialisation au rythme américain.
A-
Une hyperpuissance au commande de la mondialisation.
Les Etats-Unis, comme hyperpuissance, joue un rôle capital dans l’accroissement des
échanges (1
ère
puissance à l’importation), la mobilité des capitaux (1
er
récepteur mondial
d’IDE), l’accroissement de la circulation des NTIC et de l’information (Microsoft, c’est 32
milliards de dollars redistribué en 2004 aux seuls actionnaires+CNN+réseau Echelon), la
diffusion d’une culture mondialisée (Hollywood qui a lui seul résume les mécanismes de la
force des Etats-Unis dans la mondialisation , avec un marché homogène, une langue
fédératrice, un melting pot qui reproduit le monde, des films à messages universels). En outre,
189 des FMN (acteurs majeurs de la mondialisation) américaines figures parmi les 500
premières. Toute l’Amérique (des chefs d’entreprises aux productions culturelles et céralières
s’exportent) s’exporte, et attire à elle le monde, ce qui en fait un (le ?) centre de l’espace
mondial.
B-
Les valeurs américaines au source de la mondialisation.
Libéralisme (le libre-échange étant la condition d’existence du processus de mondialisation),
flexibilté,
financiarisation
de
l’économie
(domination
de
Wallstreet,
90
millions
d’actionnaires), tertiarisation de l’économie et de la société (avec en prime un secteur de la
recherche décisif et dominant, avec une
task force
de 8,7 chercheurs pour 1000 actifs) sont
autant de principes et de formes de fonctionnement américains appliqués et conditionnant la
mondialisation.
C-
Une hyperpuissance fortifiée par la mondialisation.
La mondialisation, processus assypétrique, conforte la puissance américaine et favorise
l’économie américaine (pas toujours la société qui entre à tous niveaux dans le principe de
concurrence mondiale). D’autant que d’autres facteurs y contribuent depuis les années 1990 :
l’écroulement du système soviétique, l’intégration de la Russie et de la Chine dans le système
global des échanges, les difficultés que connaît l’Europe entre stabilisation de la croissance et
de l’emploi et établissement de la monnaie unique, dévalorisation du modèle asiatique à cause
des crises-1990,1997.
II-
Une
américanisation
permise
par
une
puissance
globale
et
incontestable
A-
Séduction et domination du
soft power
A la puissance dure dont la
Pax America
est l’expression la plus radicale se conjugue la
puissance culturelle, le
soft power
, qui s’exprime clairement à travers la culture populaire
financée, produite et diffusée par quelques grandes firmes mondialement connues
(McDonald’s, Coca Cola, Disney…). Cette irrésistible puissance de diffusion se lit dans les
2
chiffres sur les échanges audiovisuels : les Etats-Unis exportent en valeur dix fois plus qu’ils
n’importent, l’UE en absorbant 80%). L’influence des élites est aussi décisive et repose sur
une exceptionnelle infrastructure d’universités,de bibliothèques, de musées et de fondations.
Tout contribue à une large diffusion des valeurs américaines, d’une norme américaine dans le
domaine de la pensée (à partir de laquelle se définissent conformistes et non-conformistes) et
dans les modes de vie. En ce sens, la puissance américaine de production et de diffusion place
les Etats-Unis au coeur du processus de mondialisation. C’est du fait de cette puissance que
l’espace mondial se trouve en partie américanisé.
B-
Des concurrents peu menaçants.
Face à l’attractivité du modèle américain dans ses performances (emploi, brevets,
brain drain
,
585 000 étudiants étrangers en 2004), PIB par hab. à PPA (numéro 1 mondial),
renouvellement et dynamisme économique (du fordisme au wintélisme), aucune autre
puissance ne peut rivaliser dans les quatre domaines qui fondent la notion de puissance
(armement/information/finance/technique). Voir corrigé « Les Etats-Unis : « Empire du
milieu » ? ». La position dominante des Etats-Unis dans l’économique mondiale et dans les
échanges culturelles n’est remise en question que ponctuellement (ex : Bollywood).
C-
Altermondialisme et antiaméricanisme, même combat ?
Un des actes de naissance de l’altermondialisme (qui s’appelait encore souvent anti-
mondialisation), c’est la bataille contre l’OMC à l’occasion du sommet de Seattle en 1999. En
ayant pour cible le libéralisme, la déréglementation, les impérialismes, et plus généralement
les puissants, les altermondialistes font alors des Etats-Unis leur première cible. Ex : l’Oxfam
(une ONG pro-développement britannique au départ, aujourd’hui mondiale) a pour devise :
« nous travaillons avec les pauvres et influençons les puissants ». Les membres de la Triade
sont alors les premières cibles, les Etats-Unis en tête. En outre, cet antiaméricanisme de la
gauche radicale est historique (dans le contexte de guerre froide ; Sartre : « Attention
l’Amérique a la rage, tranchons tous les liens qui nous rattache à elle sinon nous serons à
notre tour mordus et enragés »).
III-
Pour une vision globale de la mondialisation : sortir de l’assimilation
entre mondialisation et américanisation.
A-
Une globalisation extra-américaine.
L’assimilation entre ces deux notions conduit à une vision simpliste de la mondialisation.
L’uniformisation culturelle n’est pas qu’américaine (succès des manga depuis dix ans dans le
monde entier).Si les principes de l’économie américaine rejoignent, voire régissent, ceux de la
mondialisation, tous les centres de ce phénomène apparaît apparaissent comme des agents de
cette uniformisation qui est le fon du reproche adressé aux Etats-Unis. Les alliances
régionales (UE, ANASE, CCG, EAEC, UMA, etc.), qui participent à l’accroissement des
échanges, et à la réduction des distances, des frontières, accompagnent la mondialisation –en
proposant parfois aussi une alternative- sans être politiquement dépendantes des Etats-Unis.
B-
Une puissante dépendante de la mondialisation.
Les Américains restent économiquement et surtout énergétiquement dépendant du reste du
monde. Les Américains sont les premiers consommateurs et importateurs de pétrole de la
planète. Ils dépendent de l’étranger pour la moitié de leurs besoins de pétrole. L’économie
américaine est aussi dépendante de ses créanciers. Les Etats-Unis sont les premiers débiteurs
de la planète. Le colossal déficit de la balance commerciale, financé par le reste du monde, est
rendu possible par la domination relative du dollar. L’endettement américain est le signe
d’une intégration maximale dans la mondialisation, et de la dépendance mutuelle entre
l’espace américain et le reste du monde.
Cc : Puissance planétaire engagée dans le processus de mondialisation, les Etats-Unis ne sont
donc pas tout puissants et dépendent de leurs alliés… cette dépendance centre/centre ou
centre/périphérie étant un des éléments fondamentaux de la nouvelle donne géoéconomique
qu’est la mondialisation. Donc rendre indissociable mondialisation et américanisation est
nécessaire, en revanche réduire la transformation de l’espace mondial à une uniformisation
américaine demeure simpliste.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.