Communication faite l'UNESCO le novembre

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- Académie des Sciences morales et politiques. 1 COMMUNICATION DE M. ALAIN PLANTEY faite à l'UNESCO le 14 novembre 2005, lors d'une réunion de préparation du projet « Les chemins de la dignité » Je dois à l'amabilité de Madame Albernaz et de Monsieur Klein de pouvoir m'exprimer ici. Ai-je quelque chose à ajouter à tout ce qui a déjà été dit. ? Le sujet a été déjà très bien présenté par Monsieur De Paepe au point de vue de l'UAI, qui vous avait saisis de la question présentée par l'Académie des sciences morales et politiques de l'Institut de France. Puis- je ajouter quelques autres éléments propres à expliquer la façon d'aborder le sujet de la dignité de l'homme ? J'avais vingt ans à la fin de la guerre : j'en ai été rescapé. Je crois que le XXe siècle a été l'un des siècle les plus horribles de l'histoire de l'humanité, ce siècle où l'on a méprisé l'homme, où l'on a traité les êtres humains plus mal que des animaux ; on les a torturés, meurtris, brûlés, laissés sans tombe. Cette honte, ces douleurs ont marqué ma jeunesse. En 1948, j'ai l'honneur de pouvoir contribuer à la préparation de la Déclaration des droits de l'homme élaborée par le Président Cassin. C'était l'année où l'Assemblée générale des Nations Unies se tenait à Paris ; nous avons beaucoup travaillé.

  • dignité de la personne humaine

  • réunion de préparation du projet

  • théorie juridique

  • personne humaine

  • multiples problèmes actuels

  • première approche du sujet


Publié le : mardi 1 novembre 2005
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COMMUNICATION
DE
M. ALAIN PLANTEY
faite à l’UNESCO
le 14 novembre 2005, lors d’une réunion de préparation du projet
« Les chemins de la dignité »
Je dois à l'amabilité de Madame Albernaz et de Monsieur Klein de pouvoir
m'exprimer ici. Ai-je quelque chose à ajouter à tout ce qui a déjà été dit. ? Le sujet a été déjà
très bien présenté par Monsieur De Paepe au point de vue de l'UAI, qui vous avait saisis de la
question présentée par l'Académie des sciences morales et politiques de l'Institut de France. Puis-
je ajouter quelques autres éléments propres à expliquer la façon d'aborder le sujet de la dignité
de l'homme ?
J'avais vingt ans à la fin de la guerre : j'en ai été rescapé. Je crois que le XX
e
siècle a
été l'un des siècle les plus horribles de l'histoire de l'humanité, ce siècle où l'on a méprisé
l'homme, où l'on a traité les êtres humains plus mal que des animaux ; on les a torturés,
meurtris, brûlés, laissés sans tombe. Cette honte, ces douleurs ont marqué ma jeunesse. En 1948,
j'ai l'honneur de pouvoir contribuer à la préparation de la Déclaration des droits de l'homme
élaborée par le Président Cassin. C'était l'année où l'Assemblée générale des Nations Unies se
tenait à Paris ; nous avons beaucoup travaillé. Lorsqu'en 1996, en qualité de Président de
l'Académie des sciences morales et politiques et de l'Institut de France, j'ai cherché un sujet
qui puisse intéresser l'Union Académique Internationale. Nous avons tous les uns et les autres
beaucoup voyagé et nous avons ainsi pu comprendre que le concept stricte et juridique des
droits de l'homme ne répond pas à la réalité sociale ; il est trop rationnel. Il n'aborde pas les
problèmes fondamentaux qui se posent pour tout être humain, qu'il s'agisse de son travail, de sa
santé, de son âge (très important, notamment en Afrique), ou des différences de culture, de
milieu, de mode de vie. Les qualités et la psychologie de l'individu dans une nation sédentaire
et commerçante ne sont pas les mêmes que celles d'un nomade qui vit dans un espace sans
limites face au ciel et à ses étoiles. Je pense que l'on ne peut pas aborder le problème des
droits de l'homme, ou celui de l'homme en général, de façon arbitraire. Au lieu de partir du
droit il faut partir de la réalité. Ce qui caractérise tout être humain par rapport à ce qui est
vivant dans le monde est qu'il est le seul à s'interroger sur ce qui arrivera après sa mort. La
religion, c'est l'espoir de ne pas disparaître purement et simplement. Lorsque, dans leurs
recherches, les paléontologues trouvent une tombe ils savent que ce sont les restes d'un être
humain, les animaux n'enterrent pas leurs morts. Même modestement, chacun d'entre nous
croit à son propre destin et peut être à son propre bonheur. Ce que vous représentez à vos
yeux, ce que vous croyez être, acceptez donc qu'un autre le fasse et le dise. Acceptez que
l'autre aussi se représente quelque chose de lui-même, de sa vie, de la vie en général, de la
société humaine. Autrement dit, le système juridique des droits de l'homme n'est pas suffisant.
La vérité c'est la vie, la dignité de la personne humaine.
Les membres de mon Académie m'ont suivi ainsi que l'Institut ; l'Union Académique a
accepté de présenter ce projet. J'ajoute que j'ai déposé un rapport sur la conception française
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de la personne humaine, de sa dignité, sur ce que les Français pensent d'elle. La seule réponse,
la seule reçue, a été un rapport extrêmement intéressant présenté par le Professeur Ru Xin. Ce
qui montre bien que le sujet n'est pas si mal approprié.
Je suis parti de trois idées pour élaborer mon plan de travail.
Il faut partir de ce qu'est la vie de l'homme. Pour celui qui habite les grandes forêts,
tout est vivant : l'oiseau vit, le tigre et le serpent vivent, l'arbre vit - l'homme est une petite chose
dans cette immensité. La nature est partout, Dieu est partout. Chez les nomades, le plus
important est le ciel, et ses astres ; dans la nuit fraîche, bien avant nous, ils avaient su mesurer
la terre (approximativement), et avaient inventé le zodiaque. Il faut donc partir de l'idée que
chacun d'entre nous a un concept fondamental de ce qu'il est lui-même et de ce que les autres
représentent pour lui-même au sein de sa famille. Malraux disait que chez tout homme il y a un
aspect religieux. Effectivement pour beaucoup d'êtres humains la religion est très importante.
Celui qui prétend ne pas être religieux l'est quand même, car il ne peut pas éviter de se
questionner sur ses ancêtres comme le font les Chinois. Sachant qu'il est mortel, il voudrait
être respecté comme un futur ancêtre. La première approche du sujet doit donc être prudente,
soigneuse et libre. Chacun doit pouvoir l'entreprendre, chacun en respectant l'autre, l'israélite
comme le musulman, le chrétien comme le bouddhiste. Il a même le devoir de s'exposer et
s'expliquer aux autres. Nul besoin de beaucoup de littérature pour le faire, il suffit que chacun
puisse écrire quelques pages. Demandez ces pages à un bandit, à un navigateur, à un
explorateur, à tout individu. Si je vivais dans un phare, tous les jours en voyant l'immensité de la
mer, je me poserais la question de l'existence de Dieu.
La deuxième approche du sujet peut être scientifique. La science doit nous expliquer
beaucoup de choses en ce qui concerne l'être humain. La sociologie nous répond que les droits
d'un individu n'étaient pas les mêmes : chez les Phéniciens commerçants qui naviguaient
autour de la Méditerranée , gagnaient de l'argent, ont inventé l'écriture ou dans les tribus
arabes qui, sans fortune ni attache, couraient aussi des risques mais tout à fait différents.
Lorsque vous arrivez sous leurs tentes, là où d'aventure elles sont dressées, vous tombez à la
fois sous leur protection et leur juridiction, les droits ne sont donc pas identiques. Cette
observation est valable pour toutes les formes de société qu'elles soient féodale, militaire,
dictatoriale, démocratique. Il faudrait définir ce que représente la personne humaine dans un
tissu social déterminé, dans un Etat souverain ou dépendant, dans une banlieue (comme les
nôtres actuelles) aussi bien que dans une cité prospère. On s'apercevra alors qu'il y a une
floraison de significations dans le concept de la personne humaine d'une richesse admirable et
inexplorée sur le plan comparatif. La lutte pour la défense salariale et le droit du travail
n'existaient pas il y a deux siècles, de la même façon qu'aujourd'hui sont apparues la recherche
citoyenne d'une politique nouvelle et la défense de l'environnement avec le grand nombre de
concepts qui en résulte.
Le troisième thème qui me paraissait intéressant consistait à une approche rationnelle du
sujet. Il faut protéger la personne humaine, la protéger contre l'argent, l'injustice, la corruption,
contre les tentations et les trafics, contre le manque de respect de sa propre vie, de sa culture, de
sa religion en même temps qu'il faut protéger son milieu, son environnement social et naturel.
La dignité de la personne humaine exige une approche juridique : face aux moeurs, à la police,
aux juges, à l'hôpital, à la prison, toute sorte de situation dans lesquelles elle peut présenter de
grandes difficultés qu'il convient d'étudier. Ainsi, le concept est-il profondément différent aux
Etats-Unis et en France quand on étudie les problèmes de génétique. Les laboratoires
américains ont le droit d'utiliser tous les produits biologiques et gagner de l'argent sur leur
commercialisation alors qu'en France, nous considérons que la personne humaine n'est pas
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susceptible de transaction commerciale ni de brevet. Il faut donc inventorier toute une série de
problèmes à caractère juridique, par exemple le droit d'auteur, le droit des sculpteurs, le droit
du peintre, du musicien. Malraux disait :"la seule chose qui survit à un être, c'est l'oeuvre d'art".
Qui dans le peuple connaîtrait Michelangelo, Vinci, Bach, sans leurs oeuvres
? Rembrandt
sans ses tableaux ? Malraux avait raison, il faut que nous sachions que la dignité de la
personne humaine s'exprime à travers toute une quantité d'activités . Il faut les étudier et les
comparer, travail difficile qui exige beaucoup d'impartialité car le sujet est contradictoire.
Nous n'arrivons que difficilement à concilier certains droits de l'homme. Que préférez-vous ?
Le droit de l'auteur, le droit de l'éditeur ou le droit du traducteur ? L'"
Habeas corpus
", quelle
est sa signification complète dans le monde actuel ? Devant le juge pénal, le juge civil ? De
multiples problèmes actuels nous révèlent combien la dignité de la personne peut être
menacée par des procédures ou des décisions injustifiées. Il y a eu la guerre et la famine ; que
reste-t-il de la personne humaine lors des drames que j'ai relatés au début de mon intervention,
dans ces camps de déportés ? Il faut poser la question du respect de la femme, de l'enfant, du
vieillard, dans la rue comme chez eux. On débouche naturellement sur de grandes doctrines
philosophiques et sur des théories juridiques. Le marxisme invoque-t-il la dignité du prolétaire
? Peut-être cette étude révélera-t-elle davantage de points d'accord que l'on peut espérer. On
s'apercevra, lorsqu'on étudie des cas concrets, que la réponse est souvent la même après un
raisonnement différent. Ainsi par exemple, le jugement est-il souvent le même en "
common
law
" que celui donné en droit codifié mais simplement le raisonnement n'est pas le même
pour aboutir au même résultat.
Je crois donc que le sujet proposé par l'Académie des sciences morales et politiques
de l'Institut de France à l'Union Académique Internationale convient très bien à l'idéal de
l'Unesco. Il présente un programme qui pourra donner lieu à des études pendant plusieurs
années et n'exigera pas des sommes importantes pour commencer. Chaque participant pourra
présenter un rapport personnel sur le sujet sans exposer de dépenses. Dans tous les pays où je
suis allé comme vous, des centaines de questions d'ordre juridique m'ont été posées, au
Sénégal, au Japon, au Brésil, aux Pays-Bas etc. Il faut donc respecter une approche
comparatiste du sujet en vue de concilier les concepts et les façons d'être .
Le sujet que nous proposons est transversal et universel, il est pluridisciplinaire et
international. Il n'y a pas un seul participant qui ne puisse être indifférent à la question, dans
la plus grande diversité puisqu'il y a plusieurs islams, plusieurs chrétientés, plusieurs
bouddhismes : chacun de répondre à sa façon et suivant ses concepts.
J'ai été très heureux que vous me demandiez mon avis sur cette vaste question. Au
fond de ma pensée la dignité de la personne humaine répond à mon sentiment profond.
L'étudier et la proclamer sera une oeuvre magnifique, digne de l'Unesco et des valeurs que
cette grande institution porte dans le monde.
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