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“eaux_continentales” — 2006/9/15 — 14:24 — page 1 — _27 INTRODUCTION L'eau dans une perspective de changements GHISLAIN DE MARSILY

  • pays en développement

  • babilités d'occurrence des événements délétères

  • croissance urbaine

  • baisse du taux de croissance

  • changement climatique

  • pays


Publié le : mardi 19 juin 2012
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Source : academie-sciences.fr
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INTRODUCTION
L’eau dans une perspective de changements
GHISLAIN DE MARSILY
IN TROD UCTION
Objectif
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Ce rapport sur les eaux continentales, établi par le Comité RST de l’Académie des sciences à la demande du ministre chargé de la Recherche, s’est donné pour objectif d’apporter un éclairage sur les difficultés que nos sociétés sont suscep tibles de rencontrer dans le domaine de l’eau, à court, moyen et long terme, principalement en France, mais aussi dans le reste du monde, et en particulier dans les pays en développement. L’analyse de ces difficultés potentielles, dont tout le monde pressent qu’elles pourraient être dramatiques, l’analyse de leur probabilité d’occurrence, l’analyse de leur échelonnement dans le temps, ont pour objet de tenter, par l’action, de les prévenir, ou, si elles survenaient, d’en amoindrir les effets.
Par action, nous entendons l’action publique. L’objectif du rapport est donc de tenter d’anticiper l’arrivée de situations de crises, tant brutales que progressives ou pernicieuses, en préconisant des mesures pour tenter de s’opposer à l’arrivée de ces situations. Les actions retenues dans ce rapport se limitent à deux types :
– soit le lancement de programmes d’acquisition de données ou de re cherche, dans ces domaines ou disciplines où aura été identifié un déficit de connaissance, dont les conséquences pourraient être importantes dans un objectif de précaution ; – soit aussi l’action préventive, réglementaire ou économique, quand les connaissances actuelles sont jugées déjà suffisantes pour pouvoir préconi ser cette action, avec de faibles risques de se tromper.
L’action publique concerne au premier chef le territoire national ; cependant, les problèmes de l’eau sont globaux, régionaux ou planétaires, et ont une di mension géopolitique reconnue. L’occurrence d’une crise majeure, quel que soit le pays où elle se produirait, ne saurait manquer de concerner la France, ne seraitce que par l’aide humanitaire qu’elle souhaiterait y consacrer. De plus, le rôle de la France dans les débats internationaux sur les problèmes de l’eau et de la faim dans le monde, qui se succèdent environ tous les deux ans, sans grands résultats jusqu’ici d’ailleurs, est considérable ; elle peut donc, si elle le souhaite, y proposer des actions en partenariat, réfléchies, raisonnables. Enfin, la France conduit, par exemple par le biais de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), ou du Centre de coopération internationale en recherche agronomique (Cirad), des recherches où sont abordés directement les problèmes de l’eau, en partenariat avec les pays du Sud : la France est donc en mesure, par ce biais, d’agir sur la recherche et, partant, sur l’action dans ces pays. Pour cette raison, ce rapport s’appuie également sur un autre rapport RST de l’Académie, Sciences et pays en développement (Afrique subsaharienne francophone)(RST o n 21).
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La crise
LE A UX E S C ON TI N ENTALES
Les difficultés envisagées portent sur les insécurités ou crises liées à la séche resse, au manque d’eau, aux crues, aux excès d’eau, et à la détérioration de la qualité de l’eau et des écosystèmes. Si aucune de ces perturbations, qui sont pourtant sûres de se produire, n’ont des conséquences inéluctables, à condition de savoir en anticiper et contrecarrer le cours, les ingrédients qui en préparent l’avènement sont connus. Trois d’entre eux sont patents :
1.Les changements démographiques. Ayant dépassé depuis peu le chiffre de six milliards d’êtres humains, la planète croît encore aujourd’hui au rythme de soixantedix millions d’individus par an environ. De plus, les zones à forte croissance démographique sont souvent celles où les res sources en eau sont déjà sous tension, ou également les plus menacées par les changements climatiques annoncés. Si les démographes prévoient aujourd’hui une baisse du taux de croissance, ils s’accordent cependant à penser que les effectifs maxima de la planète pourraient se situer dans une cinquantaine d’années entre huit et douze milliards d’individus, sous forme d’un palier ou d’une pointe avant de redescendre. Il ne faut pas perdre de vue, de plus, qu’il existe une rétroaction très significative entre la croissance démographique et le climat, par le biais par exemple de la déforestation (pression anthropique croissante sur les espaces naturels, qui modifie localement le cycle de l’eau et peut avoir une influence glo bale) et de la consommation des énergies fossiles (globalement croissante) qui sont les principaux moteurs du renforcement actuel de l’effet de serre. Associée à la croissance de la population, l’augmentation du taux d’urba nisation de 50 % aujourd’hui à 80 % dans cinquante ans va voir doubler la population urbaine, essentiellement dans les mégalopoles du tiers monde : c’est un enjeu mondial considérable, du point de vue de la santé, de l’ali mentation, de l’énergie ou de la sécurité que de réussir sans dommage cette croissance urbaine. La question de l’eau, en quantité et en qualité, y est centrale.
2.Les changements technologiques et socioéconomiques. Le développe ment technologique peut rendre nos sociétés plus efficaces, plus robustes, mais parfois aussi plus fragiles, plus vulnérables aux conséquences de crises qui, autrefois, n’auraient pas eu d’effets désastreux. Les change ments technologiques peuvent avoir en retour des conséquences sur le cycle ou l’utilisation des eaux, comme par exemple les changements inter venus en irrigation, le développement des mégalopoles et les besoins en eau et assainissement qu’il engendre. Enfin, le développement technolo gique s’accompagne de la fabrication de constituants nouveaux, produits principaux ou sousproduits de l’activité économique, dont le devenir est
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le plus souvent le rejet (direct ou différé) dans l’environnement. La qualité des eaux continentales en est au premier chef affectée. Ce nouveau potentiel technologique pose une question de société dans le domaine de l’eau : la capacité de réparation des pollutions s’accroît, mais ne fautil pas lui préférer des mesures de prévention ?
3.Les changements climatiquesliés aux émissions anthropiques dans l’at mosphère de gaz à effets de serre. Le renforcement de l’effet de serre est aujourd’hui tenu pour certain, la nature et l’amplitude de ses effets font seuls l’objet de recherches, et tout particulièrement, les effets sur le cycle de l’eau. Ces changements doivent être vus aussi bien sur les évo lutions progressives, que sur les événements climatiques extrêmes, dont les fréquences d’occurrence sont susceptibles de varier fortement, et éven tuellement sur les courants marins et les phénomènes océaniques, pouvant affecter en retour les températures et le cycle de l’eau.
Actions
Le rapport abordera ces questions en s’attachant tout d’abord à ce que pour rait être l’évolution lente de l’état ou du cycle des eaux continentales, sous l’effet conjugué de tous ces facteurs. Il s’agira donc des comportements moyens, qui peuvent requérir une action publique, mais dont la mise en œuvre peut être programmée sereinement, sachant pourtant que l’inertie des systèmes étudiés (population mondiale et climat) fait que les décisions prises aujourd’hui n’au ront d’effets globaux significatifs que dans quelques dizaines d’années.
Il distinguera ensuite les évolutions subites, de caractère extrême, liées à des aléas climatiques, qui demandent la mise en œuvre immédiate d’une action pu blique curative. Celleci sera d’autant plus efficace que les événements incertains auront été anticipés, les moyens d’en traiter les effets prévus, et que des mesures préventives auront déjà été prises pour en minimiser les conséquences.
Après avoir cherché à inventorier les problèmes, à faire le point sur l’état des connaissances, à tenter de quantifier les incertitudes résiduelles ou les pro babilités d’occurrence des événements délétères redoutés, quand elles existent, le rapport formulera des recommandations, tant sur les actions à entreprendre, dans un calendrier de court, moyen et long terme, que dans les recherches ou acquisitions de connaissances à programmer. L’ensemble de ces recommanda tions doit être vu dans une perspective européenne, ou même internationale, en particulier pour les partenariats sur les effets des changements climatiques, sur le domaine de l’observation de la Terre, sur la santé, ou sur la collaboration avec les pays du Sud.
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Le rapport est essentiellement orienté sur les problèmes de ressources en eau, de production alimentaire, d’écosystèmes et de qualité de l’eau, en particulier pour l’eau potable, et de risques d’inondation. Il est clair que de multiples autres sujets auraient pu (ou dû) être traités, mais que,devant l’ampleur de la tâche, des choix ont dû être faits. Nous donnons ici une brève énumération des ques tions principales qui ne seront pas traitées.
Nous n’aborderons pas ici les changements de nature sociopolitique, tels que les conflits éventuels liés à l’eau, qui sont déjà une cause importante et sans doute amenés à le devenir davantage, d’insécurité dans le monde. De même, les questions touchant aux causes de la croissance démographique ne seront pas abordées, considérant que les prévisions démographiques sont une des données d’entrée du problème.
Les problèmes de l’alimentation en eau potable du milliard au moins d’êtres humains qui n’y ont pas accès aujourd’hui et des deux milliards et demi d’être humains qui n’ont pas accès à un assainissement satisfaisant, problèmes im menses mais de nature principalement économique, et sur lesquels beaucoup a 1 déjà été dit (voir par exemple laVision mondiale de l’eau, les actes des congrès 2 mondiaux de l’eau des dix dernières années, le Rapport Camdessus , etc.), ne seront qu’indirectement mentionnés.
Le lien entre eau et énergie, qui conditionne pourtant par exemple l’apport d’eau en irrigation, l’énergie hydroélectrique, le refroidissement des centrales thermiques, le dessalement de l’eau de mer, etc., ne sera qu’indirectement men tionné.
Les eaux continentales sont bien évidemment en contact avec les eaux marines le long des zones côtières et estuariennes. Ces deux milieux ont donc des liens importants, et agissent l’un sur l’autre. Les changements climatiques vont entraî ner une variation du niveau des mers et une modification du trait de côte. De plus, une part importante de l’humanité s’est installée le long des côtes, ou sur des îles, renforçant ainsi l’intérêt de ces zones d’interface. Mais ces interactions, fort complexes, ne seront pas développées ici. De même, les spécificités hydro logiques des Territoires français d’outremer (DomTom) ne seront pas, faute de temps et de place, développées, à quelques rares exceptions près. Mais bon nombre de recommandations générales valables pour le territoire métropolitain sont également pertinentes pour ces régions.
1 Cosgrove WJ., Rijsberman FR. (2000).World Water Vision, Making water everybody’s busi ness. World Water Council Report. 2 Camdessus M., Winpey J.et al.(2003).Financer l’eau pour tous. Rapport du Panel mondial sur le financement des infrastructures de l’eau. Conseil Mondial de l’Eau.
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La question de l’eau est si fondamentale pour les sociétés humaines que l’or ganisation de ces sociétés face à l’eau et à son usage est l’une des facettes in contournables du problème. Pourtant, le rapport se concentre principalement sur les questions techniques, et n’aborde pas directement les questions relevant des sciences humaines, sociales et économiques. Il constitue donc une contribution à la réflexion sur la prise de décision, apportant au débat les éléments de nature scientifique et technique (climat, systèmes de production alimentaire ou d’eau potable, fonctionnement des écosystèmes, etc.) autour desquels pourra s’orga niser ensuite la réflexion pouvant conduire à l’action, et prenant en compte les contraintes économiques, les organisations sociales, les considérations éthiques. Notons cependant que l’Académie des sciences a déjà publié un premier rap 3 port sur cette question de la gestion environnementale, à partir de la notion de territoire.
Signalons enfin que le rapport s’appuie et fait amplement référence au col loque organisé du 15 au 17 septembre 2003 par l’Académie à l’Institut de France sur le thème des eaux continentales, et dont les Comptes Rendus sont 4 parus en janvier 2005 .
Plan du rapport
Nous aborderons successivement les points suivants :
Chapitre 1 : Eau, aménagements et usages
1. Bilan besoinsressources à l’échelle mondiale et alimentation 2. La gestion des eaux à l’échelle régionale des bassins versants 3. L’eau à l’échelle locale des grandes mégalopoles
Chapitre 2 : Écosystèmes aquatiques Chapitre 3 : Eau et santé
Chapitre 4 : Eau et climat Conclusions Recommandations (en français et en anglais).
3 Études sur l’environnement. De l’échelle du territoire à celle du continent(2003). Rapport RST no 15, animé par Paul Caseau. Éditions Tec & Doc, Paris. 4 C. R. Geoscience(2005). Tome 37, fascicule 12, numéro thématique « Les eaux continentales » Gh. de Marsily, rédacteur invité, 206 p.
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