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Quelques résultats d'un projet de recherche de l'académie des sciences autrichienne 1 où sont analysées les incidences de la transformation de la société salariale sur les réalités de la vie quotidienne de jeunes défavorisés entre 16 et 25 ans. L'accent est mis sur les jeunes immigrants en rupture de formation ou faiblement qualifiés qui sont particulièrement touchés par les évolutions actuelles. Autriche “Learning for Precarity” Les jeunes immigrants défavorisés 1 5 4 - S E P T E M B R E 2 0 0 8 diversité v i l l e é c o l e i n t é g r a t i o n 163 Nous nous sommes posé la question desavoir comment les manières de gérerl'expérience de la précarité conduisaientles jeunes à une reproduction ou à une consolidation de leur condition sociale struc- turelle de marginalisés. Ce qui apparaît comme une biographie «à risques» ou «par défaut d'intégration» attribuée à de présumés conflits ethniques résulte en fait de structu- res sociales d'exclusion et de la crise de la reproduction sociale. Les adolescents issus de l'immigration sont particulièrement menacés par des inégalités structurelles : le risque de pauvreté et de chômage qui pèse sur eux se situe clairement au-dessus de la moyenne, ils sont moins diplômés et disposent en consé- quence de moindres revenus. La faiblesse de revenus conduit à une concentration des immigrants dans des quartiers défavorisés où la qualité de la vie et les infrastructures sont médiocres.

  • qualité de la vie

  • crise de la reproduction sociale

  • ascension sociale

  • marché de travail

  • expériences de la précarité cependant

  • risque

  • précarité

  • misère du monde

  • jeune


Publié le : mardi 19 juin 2012
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Quelques résultats d’un projet de recherche de
l’académie des sciences autrichienne
1
où sont
analysées les incidences de la transformation de la
société salariale sur les réalités de la vie quotidienne de
jeunes défavorisés entre 16 et 25 ans. L’accent est mis
sur les jeunes immigrants en rupture de formation ou
faiblement qualifiés qui sont particulièrement touchés
par les évolutions actuelles.
Autriche
“Learning for Precarity”
Les jeunes immigrants
défavorisés
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ous nous sommes posé la question de
savoir comment les manières de gérer
l’expérience de la précarité conduisaient
les jeunes à une reproduction ou à une
consolidation de leur condition sociale struc-
turelle de marginalisés. Ce qui apparaît
comme une biographie «à risques» ou «par
défaut d’intégration» attribuée à de présumés
conflits ethniques résulte en fait de structu-
res sociales d’exclusion et de la crise de la
reproduction sociale.Les adolescents issus de
l’immigration sont particulièrement menacés
par des inégalités structurelles: le risque de
pauvreté et de chômage qui pèse sur eux se
situe clairement au-dessus de la moyenne,ils
sont moins diplômés et disposent en consé-
quence de moindres revenus. La faiblesse de
revenus conduit à une concentration des
immigrants dans des quartiers défavorisés où
la qualité de la vie et les infrastructures sont
médiocres.La position sociale
inférieure qui est attribuée
aux immigrés par la dévalorisation de leur capital symbo-
lique et culturel est le résultat d’un ethnocentrisme fonda-
mentalement inscrit dans les États-nations. Cet ethno-
centrisme, qui produit la condition marginalisée des
«étrangers»,ressort ensuite dans les discours populaires
comme une mauvaise adaptation et une défaillance d’in-
tégration de la part des immigrés.
L
A PRÉCARITÉ DES JEUNES
COMME CRISE DE LA REPRODUCTION SOCIALE
Olivier Galland a introduit dès 1984 le sujet «Jeunesse –
précarité et entrées dans la vie».Le passage à l’âge adulte
est de plus en plus indéterminé et les modalités de ce
passage ont évolué. Ces changements sont le
reflet d’une mutation sociale profonde. La
radicalisation de ce développement, où les
formes d’emploi «atypiques» des jeunes
entrant sur le marché du travail semblent
devenir typiques, approfondit le fossé entre
le monde des adultes et la jeunesse contem-
poraine.Bien que les analyses sur la précarité
des jeunes restent marginales dans la littéra-
1 Malli, Gerlinde/ Reiners, Diana/ Reckinger, Gilles:
Müssen nur
wollen. Eine kulturwissenschaftliche Bestandaufnahme sozialer Umbrüche
in jugendlichen Lebenswelten,
projet DOC-Team de l’Académie des
Sciences Autrichienne, Vienne, 2005-2008. Le cœur de la recherche
empirique est constitué par 60 entretiens qualitatifs compréhensifs
(Bourdieu 1993) menés avec 40 adolescents dans la ville de Graz en
Autriche. En préparation aux entretiens, nous avons effectué une
phase intensive d’observation participante parmi différents
groupements informels de jeunes en milieu urbain.
Diana REINERS
Autriche
“Learning for Precarity”
Les jeunes immigrants
défavorisés
ture scientifique, ces jeunes générations sont
le plus fortement affectées par les transfor-
mations rapides du «nouvel esprit du capita-
lisme».
En Autriche,la transformation structurelle de
la société salariale de l’ère industrielle vers la
société tertiarisée contemporaine, accompa-
gnée d’un taux de chômage croissant, a été
entamée, avec quelques années de retard par
rapport à d’autres pays européens, à partir de
la fin des années 80. Une des raisons princi-
pales en est, qu’avant l’intégration de
l’Autriche au marché unique européen
(1994/1995), le secteur tertiaire et une grande
partie de l’industrie étatique étaient largement
protégés de la concurrence internationale.Les
importantes transformations économiques
que connaissent tous les pays post-industriels,
dont le chômage de masse est la forme la plus
visible, ont introduit la fragilisation du sala-
riat.
Depuis la dernière décennie, l’on remarque
cependant une tendance très nette à la hausse
des formes d’emploi dits atypiques (contrats
à temps partiel, contrats à durée déterminée,
employés free lance,indépendants,employés
sur projets, etc.). Les nouvelles formes de
pseudo-indépendance (
neue Selbständige, freie
Dienstnehmer
et
Werkvertragsnehmerinnen
) expo-
sent tout particulièrement à la précarité les
acteurs sociaux concernés. Ces nouvelles
formes de travail répercutent les risques de la
fluctuation conjoncturelle de la situation des
commandes des entreprises aux employés
semi-indépendants et créent une «zone grise»
entre dépendance et indépendance, avec des
heures de travail flexibilisées, des salaires
fortement instables et insécurisés.
En Autriche, les 15 - 25 ans sont le plus forte-
ment surreprésentés dans les emplois
atypiques et le chômage: ils représentent 71%
des travailleurs intérimaires, un tiers de l’en-
semble des employés free lance et un tiers des
contrats à durée déterminée.
Rifkin (1995) a montré que le chômage de
masse et l’augmentation de la précarisation
des contrats de travail n’est pas la consé-
quence de la récession économique ou d’une
crise de l’emploi, mais qu’ils sont, au contraire, dus à un
découplage de la productivité et du volume de l’emploi
dans un management économique exploitant le mieux
possible la «ressource humaine» par un régime de stress
et d’insécurité.
Avec la précarité et l’insécurité du travail, le risque d’une
«vulnérabilité des masses» (Castel 1995), conjuré par les
protections sociales et la reconnaissance du travail sala-
rié comme statut social pendant les Trente Glorieuses,est
de retour. L’analyse de Castel dépeint la nouvelle situa-
tion sociale de parties grandissantes de la population
menacées par la vulnérabilité jusqu’à la désaffiliation
comme une question où il en va de la cohésion d’une
société.
La dévalorisation des diplômes a des implications parti-
culièrement graves pour les jeunes générations.Bien que
celles-ci soient en moyenne plus hautement dotées de
capital scolaire que toutes les générations précédentes,
leurs diplômes ne peuvent dorénavant plus être aussi
facilement valorisés sur le marché du travail. L’inflation
des diplômes produit un décalage entre les aspirations
que les jeunes attachent à la valeur potentielle de leurs
titres scolaires – dans lesquels ils ont investi
– et les chan-
ces de valorisation espérées et imaginées sur le marché
du travail comme dans l’espace social. Et cette inflation
considérable contribue encore à accentuer le sentiment
de crise et d’attentes sociales déçues chez les jeunes.
La précarité du statut social et de la reconnaissance de
sa situation,caractéristique de la jeunesse,conduit à une
situation de «salle d’attente pour départ incertain», un
dispositif de prolongation d’un moratoire paradoxal dit
passager, mais en réalité sans issue sur le marché du
travail. La précarité économique et sociale renforce d’un
côté la dépendance vis-à-vis de la famille d’origine (qui
implique souvent un manque d’indépendance spatiale) ou
des institutions sociales de l’État, ce qui accentue le
contrôle et entrave les marges de manœuvre. D’un autre
côté, le manque de reconnaissance du statut d’inactif
entraîne une précarité symbolique.
D
ISCRIMINATION STRUCTURELLE DES IMMIGRANTS
L’intégration des immigrés est entravée par de nombreux
obstacles politiques,législatifs et sociaux institutionnali-
sant un statut inégal par rapport aux nationaux. En
Autriche, la discrimination législative touche principale-
ment les domaines à travers lesquels la reconnaissance
et l’ascension sociale, et par conséquence l’intégration
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culturelle,peuvent être atteintes – notamment
le droit au travail.L’autorisation de travail n’est
pas délivrée aux émigrants eux-mêmes, en
leurs noms propres,mais à l’employeur,ce qui
conduit à une relation de dépendance
extrême. De plus, cet état de faits crée un
obstacle massif à la mobilité à l’extérieur de
l’entreprise, puisque les salariés étrangers ne
peuvent pas quitter l’entreprise (pas d’autori-
sation de travail) alors que les entreprises,
elles, peuvent se débarrasser facilement de la
main d’œuvre étrangère.
Les immigrants (et leurs descendants) sont
particulièrement touchés par les formes précai-
res de l’emploi.Ainsi,le nombre d’immigrants
travaillant comme manœuvres ou intérimai-
res se situe au-dessus de la moyenne, parce
que les qualifications acquises à l’étranger ne
sont souvent pas reconnues et que l’accès à
des emplois qualifiés est bloqué. En consé-
quence, les ménages étrangers ne disposent
que de 58% du salaire moyen des ménages
autrichiens. Les immigrants ont un risque de
pauvreté double de celui des nationaux (28%
par rapport à 13%).Et 18% des immigrants sont
manifestement pauvres, alors que parmi les
Autrichiens, ce nombre n’est «que» de 6%.
Des barrières politiques – comme la préfé-
rence nationale ou celle accordée à des
personnes issues de l’Union européenne lors
de l’attribution des places d’apprentissage –
mènent à une sous représentation des immi-
grants dans les professions des classes
moyennes. En conséquence, la ségrégation
sur le marché du travail et l’accès compliqué
aux couvertures sociales (comme il est lié aux
contrats de travail classiques) exposent les
immigrants à une précarisation de leurs
conditions de vie, au
dumping
salarial et à des
formes de travail non légalisées.
Les travailleurs immigrés remplissent donc
les critères du salarié type des discours néoli-
béraux (faible coût,flexibilité,capacité d’adap-
tation),puisque la mise entre parenthèses,lors d’une perte
de l’emploi, de leurs droits vitaux les expose à la dépen-
dance totale vis-à-vis des conditions imposées par le
patronat.
La discrimination de la génération des primo-arrivants
se poursuit par l’entravement de la mobilité verticale de
la prochaine génération: contrairement à d’autres pays
européens, en Autriche, la deuxième génération ne peut
que rarement s’élever au-dessus de la position sociale
défavorisée de la génération de leurs parents.
2
La concentration d’enfants allochtones et allophones dans
certaines écoles primaires dans des quartiers défavorisés
et les filières déclassées du secondaire a de graves réper-
cussions sur l’orientation scolaire et professionnelle des
jeunes. Le corps enseignant est dépassé pour transmet-
tre une base solide en allemand tout en gardant un niveau
élevé d’enseignement, qui, lui, dépend des connaissan-
ces de la langue véhiculaire.Il en résulte un succès scolaire
faible des immigrants –
même de ceux de la deuxième
génération. Par ces discriminations structurelles, les
jeunes immigrés sont le plus frappés par la concurrence
sur le marché du travail et par le refoulement hors de la
sphère productive des populations les moins qualifiées.
E
XPÉRIENCES DE LA PRÉCARITÉ
Cependant,l’expérience du chômage s’avère souvent d’au-
tant plus douloureuse pour les jeunes issus de l’immi-
gration que les attentes d’une ascension sociale et écono-
mique ne sont dorénavant plus réalisables. Le travail et
les valeurs, surtout masculines, qui lui sont attribuées
représentent un élément clé de l’identité habituellement
ancrée dans l’expérience collective des travailleurs étran-
gers (
Gastarbeiter
) – phénomène qui a dominé l’immigra-
tion en Allemagne et en Autriche jusqu’au début des
années 90. Face à ces normes et attentes intériorisées, le
chômage est vécu comme échec et défaillance individuels
et marqué d’un sentiments de honte.Cette forte pression
au succès expose les jeunes défavorisés encore davan-
tage à l’exploitation, puisque, afin d’échapper à la honte
sociale, ils cherchent à remplir davantage les exigences
normatives.
Pour les jeunes (immigrés) issus des milieux les plus défa-
vorisés, dont les générations aînées ont déjà
été marquées par des expériences multiples
de précarité, d’emplois changeants et insta-
bles ou de migration répétées, cet habitus de
l’orientation vers le travail comme structure
2 39 % des jeunes de nationalité étrangère travaillent comme
manœuvres. Seulement 18 % parviennent à atteindre le statut
d’employé. En Allemagne, par contre, ils sont 48 % (Volf/ Bauböck
2001, Biffl 2001).
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identitaire de la migration est rompu. Quand
les deuxièmes «générations dupées» se
rendent compte de leur marginalisation struc-
turelle, elles portent souvent leur seul intérêt
vers le succès monétaire momentané. Les
tendances anomiques qui résultent de la
marginalisation sociétale des «surnuméraires
» sont de plus en plus visibles.
D
ES STRATÉGIES PARADOXALES :
“LEARNING FOR PRECARITY”
L’expérience ressentie d’échangeabilité et
d’aléas peut conduire à des comportements à
risques face au clivage radical entre l’impor-
tance du succès monétaire et les chances de
participation.Ces chances désormais décrois-
santes peuvent être retracées à travers les stra-
tégies (qui sont à peu près toutes des stratégies
à risques) des jeunes avec lesquels nous avons
travaillé
3
. Un exemple particulièrement
saillant est celui d’un groupe de jeunes joueurs
aux machines à sous, qui envisagent les jeux
de hasard comme une façon comme une autre
de gagner de l’argent pour maîtriser leurs
problèmes financiers liés à l’absence d’un
salaire régulier.
La machine à sous devient le symbole d’une
économie devenue aléatoire.Dans une société
dont la structure économique est de moins en
moins définie par l’industrie et la production
mais plutôt par des chemins moins tangibles
comme le contrôle de services, de moyens de
communication et de flux de capitaux, la
spéculation devient une des stratégies de
marché les plus importantes. Elle entre dans
les pratiques quotidiennes: après la faillite du
capitalisme rhénan, la maison d’enchères ou
la machine à sous deviennent l’emblème du
nouveau capitalisme radicalisé.
Messner et Rosenfeld (1994) ont montré le
rapport entre déviance,individualisme struc-
turel et orientation monétaire aux États-Unis,
qui prend également de plus en plus d’am-
pleur dans les sociétés européennes. Si la
responsabilité de la réussite ou de la faillite
sociale et économique est individualisée,mais
que l’ascension sociale reste limitée à une
minorité de jeunes dotés en capitaux, les stratégies
déviantes présentent alors des options d’action promet-
teuses pour une partie grandissante de jeunes sans
perspectives.
Les récits des jeunes sur leurs expériences font apparaî-
tre des dimensions inattendues de la précarité. Les réali-
tés de vie et les conditions de travail des jeunes défavo-
risés changent avec une rapidité vertigineuse – souvent,
les jeunes avec qui nous avions travaillé avaient changé
d’emploi en l’espace de quelques semaines entre deux
entretiens.La perte de stabilité de ces histoires de vies en
dérive trouve sa correspondance dans un attachement
extrême au moment présent et une spontanéité face à
l’écoulement du temps qui rendaient impossible une
planification au-delà d’un jour.
Le prolongement d’un moratoire «d’insertion» signifie
un prolongement de l’absence de reconnaissance sociale
et positionnelle.Ainsi, l’expérience de la précarité multi-
forme et l’érosion de la reconnaissance ont des implica-
tions lourdes sur leurs identités sociales. Les conditions
de la socialisation intergénérationnelle vers des orienta-
tions spécifiques du milieu se sont fondamentalement
transformées.
L
A CRISE DE LA REPRODUCTION SOCIALE
ET DE LA « JUSTICE ENTRE LES GÉNÉRATIONS »
Les normes sociétales sont remises en cause par ceux-là
mêmes auxquels la société refuse la reconnaissance
(Reiners/ Malli/ Reckinger 2006).Ils constituent une sous-
population particulièrement exposée aux dangers d´une
délinquance plus ou moins grave et chronique.
Les stratégies des jeunes montrent de manière paradoxale
que leurs efforts et leur recherche d’alternatives d’action
et de gain d’argent les socialisent justement vers les orien-
tations professionnelles précaires, flexibilisées, indivi-
dualisées et aléatoires.Ainsi,leurs stratégies remplissent
de manière sous-jacente les nouvelles normes salariales
et le nouvel ordre social hégémonique. Ils présentent les
traits d’un nouvel éthos, dans le sens des «micro modifi-
cations» dans lesquelles les transformations macro socié-
tales se reflètent. Face à l’insécurité et à la précarité de
l’emploi qui entraînent une érosion du modèle d’inté-
gration sociale développé pendant les Trente Glorieuses,
les jeunes se trouvent de plus en plus souvent forcés de
recourir à des formes de bricolage biographique continuel
face à l’absence de travail salarié.Les processus qui s’ins-
crivent dans leurs propres stratégies d’action les rendent
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particulièrement vulnérables, soit en sujets
s’autodisciplinant et se soumettant à des
normes de performance extrêmes, soit en
armée de réserve disqualifiée et,par là-même,
obligée d’accepter les formes de travail les plus
précarisées.
C
ONCLUSIONS ET PERSPECTIVES
Nos résultats soulignent à quel point les chan-
gements néolibéraux du monde du travail
affectent les réalités de vie d’adolescents défa-
vorisés. Dans les témoignages et récits de vie
des jeunes,les stratégies identitaires bricolées
font sens de leurs situations peu propices
– sans toutefois mener à améliorer leur «dépri-
vation» structurelle. Souvent, elles aggravent
même leur situation. Les jeunes réinterprè-
tent le rôle de «subissant» en «agissant», par
une réinterprétation du chômage en «refus de
travailler» au bénéfice des loisirs, par une
réinterprétation de l’emploi précaire comme
contrat sans obligation ni responsabilité, ou
en se lançant dans l´économie parallèle.
Toutes ces stratégies peuvent, d’un côté, être
lues comme indiquant l’impossibilité d’un atta-
chement traditionnel des identités culturelles
à la vie professionnelle; de l’autre côté, elles
montrent que la construction d’une identité
culturelle originale à l’intérieur des structures
sociales est la tâche essentielle que les jeunes
au seuil de l’âge adulte doivent accomplir.
Les pratiques semblent refléter une socialisa-
tion paradoxale à la précarité que l’on peut
qualifier en référence à Willis de
Learning for
precarity
. Contrairement aux processus de
reproduction des milieux sociaux et des clas-
ses par l’action culturelle décrits par Willis par
la notion
Learning to labour
(1977), la socialisa-
tion dans une culture de la classe ouvrière
(dominée) a fait place à une socialisation vers
des positions sociales brouillées – mais la
couche émergente du «précariat» ne possède
ni culture ni conscience de classe communes.
Les stratégies que les jeunes défavorisés adop-
tent montrent que les mécanismes des
discours néolibéraux s’inscrivent dans la
pratique des acteurs sociaux comme tech-
niques personnelles qui reflètent une façon de s’auto-
gouverner au cœur de l’«entrepreneurial self»: la réflexion
permanente et l’amélioration continue de la propre
employabilité,la gestion et la commercialisation des prop-
res ressources,la mise en jeu de logiques du marché capi-
talistes comme le risque, la spéculation, les affaires (en
partie illégales), les jeux de hasard comme alternatives
au salariat. Les stratégies, qui sont à la base des tentati-
ves de sortir d’une situation sociale sans issue, ne trans-
cendent pas les structures objectives mais s’inscrivent
ainsi paradoxalement dans une logique déqualifiante,
comme trajectoires «à risques» résultant d’un statut social
de misère. Le retour d´un darwinisme social peu voilé et
la norme, de moins en moins euphémisée, d´un
survival
of the fittest
imposent une sorte de dé-moralisation des
règles de jeu du monde social et risquent de pousser les
individus les plus touchés par des marginalisations multi-
ples vers la marginalité hors-la-loi.
DIANA REINERS
est doctorante en anthropologie (Mag. phil.),
université de Graz, Académie autrichienne des sciences, Vienne
diana.reiners@gmail.com
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Entre flexi-
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Paris.
Une bibliographie plus complète est disponible sur le site
:
http://www.cndp.fr/vei
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