UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE

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1     UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE ÉCOLE DOCTORALE 1 Mondes anciens et médiévaux Laboratoire de recherche EA 1491 T H È S E pour obtenir le grade de DOCTEUR DE L'UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE Discipline/ Spécialité : Études latines Présentée et soutenue par : Stella ALEKOU le : 12 novembre 2011 LA REPRÉSENTATION DE LA FEMME DANS LES HÉROÏDES D'OVIDE : PAROLE ET MÉMOIRE DANS LES LETTRES XII, XX ET XXI Sous la direction de : Madame le Professeur Michèle DUCOS Professeur à l'Université de Paris Sorbonne JURY : M. Alain BILLAULT, Professeur à l'Université de Paris Sorbonne Mme Hélène CASANOVA-ROBIN, Professeur à l'Université de Paris Sorbonne Mme Michèle
  • médée ovidienne
  • acontius en théoricien de l'amour, en avocat subtil et en rhéteur
  • couleur tragique de l'épître
  • réalité émergent
  • mélange du mythe avec la réalité
  • ariane de catulle dans le carmen
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Publié le : dimanche 11 décembre 2011
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Source : paris-sorbonne.fr
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UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE



ÉCOLE DOCTORALE 1 Mondes anciens et médiévaux
Laboratoire de recherche EA 1491

T H È S E
pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE
Discipline/ Spécialité : Études latines
Présentée et soutenue par :
Stella ALEKOU

le : 12 novembre 2011

LA REPRÉSENTATION DE LA FEMME
DANS LES HÉROÏDES D’OVIDE :
PAROLE ET MÉMOIRE DANS LES LETTRES XII, XX ET XXI

Sous la direction de :

Madame le Professeur Michèle DUCOS Professeur à l'Université de Paris Sorbonne


JURY :

M. Alain BILLAULT, Professeur à l'Université de Paris Sorbonne
Mme Hélène CASANOVA-ROBIN, Professeur à l'Université de Paris Sorbonne
Mme Michèle DUCOS, Professeur à l'Université de Paris Sorbonne
M. Charles GUITTARD, Professeur à l'Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense
Mme Sylvie LAIGNEAU, Professeur à l'Université de Bourgogne
Mme Anne VIDEAU, Professeur à l'Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense


1
POSITION DE THÈSE

Dans la perspective de revendiquer l’originalité au sein d’un genre inédit,
Ovide met en lumière dans ses Héroïdes la signification du souvenir et de la parole
par lesquels les épistolières tentent de pallier l’absence, de revendiquer leur place
dans le mythe et de tenter de modifier le cours de leur histoire. En particulier, les
épîtres de Médée et de Cydippe, des lettres imaginaires écrites par des figures qui ne
partagent, en apparence, que la plume d’Ovide, présentent un intérêt autant sur le plan
poétique et rhétorique, que sur le plan juridique, générique et intertextuel. La
problématique présentée dans cette thèse permet ainsi d’aborder la question de la
nature complexe que revêt la présentation de la femme dans ce recueil, dans un effort
pour découvrir des explorations nouvelles et des cheminements herméneutiques qui
n’ont jusqu’ici pas fait l’objet d’une synthèse. Trois grandes parties, chacune divisée
en trois chapitres, composent donc notre travail. La première expose la signification de la
mémoire à partir de la Lettre XII ; la seconde s’articule autour de l’enquête autant de la
mémoire que de la parole de Médée, dans une étude intertextuelle d’Ennius à Catulle. La
troisième partie dévoile, à partir de la lettre double d’Acontius et Cydippe (Lettres XX-
XXI), l’importance de la défense et du message ultime de l’Héroïde.
Dans la première partie intitulée « La mémoire dans l’Héroïde XII : pouvoir
d’écriture et d’émancipation », nous exploitons dans un premier temps la légitimation
du statut de l’héroïne par la poétique et la rhétorique. Pour mieux saisir la complexité
d’une composition poétique qui semble à première vue chaotique, nous consacrons le
premier sous-chapitre aux enjeux que révèle le déchiffrement d’une structure
recherchée et savante, mettant en valeur la signification de la mémoire dans cette
poétique architecturale. Pour tenter de montrer que l’originalité de cette lettre réside
dans l’unité qui relève de l’art de la mémoire, nous présentons dans ces pages des
schémas où les aspects que nous avons retenus comme les plus marquants se trouvent
en réitération, favorisant la mémorisation, ainsi que des échos sémantiques de la
résonance qui font raviver le souvenir des dits et des faits par la parole écrite et par
l’image phantasmatique qu’impose l’amante. Il apparaît pour cela nécessaire
d’inscrire notre démarche dans la quête d’un mode mnémonique qui concerne aussi
des réminiscences littéraires, et en premier lieu la Médée d’Euripide, afin d’explorer
le renouvellement ovidien de la connaissance que pouvait avoir le lecteur
contemporain ; nous nous focalisons autant sur la structure harmonieuse du modèle
2
grec que sur le remodelage que le poète de Sulmone met en œuvre, tracé dans une
nouvelle « mise en scène », c’est à dire le spectacle du remariage.
Dans un deuxième sous-chapitre, nous explorons de plus près la parole
rhétorique, observant de quelle manière en participant à la poétique elle lui confère
une puissance herméneutique supplémentaire. Les rapports que le poète de Sulmone a
entretenus avec cette techné sont également mis en évidence. En travaillant à une
meilleure compréhension du texte, nous apercevons dans ces pages les loci postulés,
ainsi que les tropes et les figures qui font perpétuer le souvenir. Dans notre lecture du
texte polysémique, nous examinons par la suite la nature de la « sagesse » que la
disciple d’Hécate fait apparaître à partir d’un langage à la fois prophétique et
« vraisemblablement » humain.
En ce sens, l’intérêt du deuxième chapitre est d’avancer des lignes de réflexion
sur l’exploitation d’une vraisemblance historique que favorise la figure féminine,
abordée ici dans le cadre d’une étude juridique. L’intérêt porté à la légitimation du
statut juridique de l’héroïne nous conduit à évaluer la confession de la femina nocens
à travers son accusation de perfidie et d’ingratitude, portée contre Jason. Notre lecture
retrace le langage du droit romain employé lorsque l’héroïne d’Ovide plaide sa cause
avant de commettre le crime fatal. Dans le traitement du contrat verbal et de la dot
selon le droit et les usages romains qui concernent autant le mariage que le divorce,
des éléments reliant le mythe à la réalité émergent allusivement, alors que le réseau
intertextuel, notamment la version euripidéenne, nous permet de constater
l’importance qu’Ovide attache au lexique juridique dans sa représentation de la figure
féminine.
Il paraît donc nécessaire d’insister sur le cadre intertextuel auquel a recours
Ovide dans la création épistolaire du mythe. Ainsi, un troisième chapitre nous permet
de clôturer cette partie en nous focalisant de manière approfondie autant sur les genres
littéraires que sur les textes fondateurs qui semblent avoir influencé le poète des
Héroïdes, dans une présentation de l’émancipation féminine conquise dans la
diversité générique, de la tragédie et de l’épopée à l’élégie épistolaire. L’étude
s’attache en premier lieu aux divers éléments lexicaux qui caractérisent l’esquisse
tragique, permettant au récit de s’inscrire dans le répertoire dramatique, à travers
l’étude des critères aristotéliciens de la terreur et de la pitié. L’étude parallèle avec le
texte source, en l’occurrence l’œuvre euripidéenne, démontre dès l’ouverture in
medias res l’anamorphose du modèle. En effet, l’élément central où le nœud tragique
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se situe demeure la parole ; mais l’intrigue tensionnelle, évidente autant dans la
tragédie grecque que dans les Métamorphoses, prend les dimensions d’un écho
tragique aperçu dans la péripétie « mise en scène » dans l’épître, afin que l’épistolière
récupère son identité tragique, réunissant les contradictions entre les temps et les
genres. L’enquête nous permet également de découvrir la signification de
l’expressivité corporelle, lorsqu’elle restitue la communication insuffisamment
maîtrisée par la parole empêchée : les gestes désespérés confèrent à la figure sa
stature tragique, dans une reconversion dramatique que la locutrice entame mais qui
prend un relief inattendu.
Si le premier sous-chapitre examine la couleur tragique de l’épître, le
deuxième s’attache à l’étude intertextuelle avec la version épique du mythe, dans un
effort pour chercher à comprendre comment le poète tente d’instaurer une continuité
avec les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes. De cet examen se dégage la situation
épique de la femme, mise en lumière avant tout dans la présentation des hauts faits :
des données fondamentales de l’épopée et des formes suprêmes de l’héroïsme sont
abordées dans le texte qui montre que l’écriture de Médée découle d’un contexte
héroïque de gloire et de mérite. L’étude de la version épique d’Ovide nous invite à
examiner l’anamorphose de l’epos lorsque la figure féminine entre dans le genre
masculin par excellence et dépasse la coloration épique.
La première partie s’achève par un essai de synthèse sur les portraits
polyphoniques de Médée dans le cadre de l’élégie. Un nombre d’éléments permet de
révéler d’une part la puella simplex et d’autre part la puella docta et le poeta doctus.
Les motifs apportant une illustration élégiaque, notamment le seruitium amoris et la
militia amoris, déchiffrés, décodés et repris par la puella docta, confirment autant
l’échec érotique vis-à-vis de l’homme infidèle, cruel et avide, que la réussite poétique
du « poète – amant », que devient paradoxalement la figure féminine. Dans le
développement de ces réflexions, nous constatons, ici aussi, que la maîtrise de Médée
sur son poème et sur l’objet de son désir lui permet de réconcilier autant les tensions
entre les genres que celles entre les temps : le passé héroïque et tragique, le présent de
l’écriture et le futur de la lecture.

Intitulée « Le voyage intertextuel dans l’Héroïde XII : Mémoire et parole
d’Ennius à Catulle », la deuxième partie nous permet de traiter de manière plus
approfondie la parole et la mémoire de Médée à travers des réminiscences littéraires,
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à partir d’un motif d’introduction, l’arrivée de l’Argo. Consacrées à une étude sur le
plan intertextuel, qui concerne en premier lieu la présentation de Médée dans la
tragédie républicaine, ces pages nous permettent d’examiner sur cet angle des textes
dont nous apercevons des échos dans l’épître, qui reste au cœur de notre étude. Plus
exactement, dans le premier chapitre, la mise en valeur des convergences et des
divergences, dans un premier temps entre Euripide et Ennius dans sa Medea Exul et
ensuite entre Ennius et Ovide, font apparaître la reprise autant du vocabulaire que des
structures récurrentes et dévoilent ainsi la romanisation du portrait féminin qu’enrichit
subtilement Ovide. Illustrant la sagesse de sa figure dans le cadre d’une capacité
mnémonique, le poète des Héroïdes démontre l’originalité de la version épistolaire à
travers le dialogue établi entre son texte et la tragédie ennienne. Finalement, nous
tentons d’expliquer la signification d’un fragment sans aucun équivalent chez
Euripide (CXII), qui confirme, nous semble-t-il, notre lecture, lorsque nous
apercevons les traces du voyage dans l’espace, allusivement mises en œuvre dans
Medea Exul et illustrées moins dans l’espace que dans le temps dans l’Héroïde XII.
L’arrivée de l’Argo est ensuite étudiée dans l’œuvre du dernier des grands
professionnels du théâtre romain. Dans Medea siue Argonautae d’Accius, traitée dans
le deuxième chapitre, et en particulier dans le fragment I, nous exploitons
l’architecture phonique et sémantique à partir des schémas dévoilant un jeu de
doubles. Le récit de la nef effectué par un berger fait apparaître la nature et le sens
d’un spectacle linguistique. Ovide en complexifie les données, en esquissant autant
l’Argo et les héros que Jason en particulier et plus encore, le portrait intérieur de
Médée. Ensuite, l’étude des fragments II, III et IV conduit à une recherche
intertextuelle des images et des sons, lorsque le melos accien participe allusivement à
l’image spectaculaire du mariage dans l’épître, conçue paradoxalement par l’oreille,
qui trahit, ici encore, l’arrivée de Jason.
La deuxième partie s’achève de manière à première vue surprenante : le
troisième chapitre ne concerne pas une figure intertextuelle de Médée mais Ariane de
Catulle dans le carmen 64. Cet enjeu qui paraît à première vue paradoxal, nous
permet toutefois d’apercevoir comment le discours mnémonique de la figure
catullienne participe aux préoccupations de l’héroïne ovidienne dans la Lettre XII.
Plus encore, cette étude aide finalement à cerner les autres chapitres, lorsque les textes
déjà étudiés y surgissent allusivement dans un « voyage intertextuel ». Nous dédions
une large section à l’œuvre catullienne, car elle se prouve indispensable afin de saisir
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la portée polysémique qu’engendre autant la mémoire que la parole dans l’Héroïde.
L’étude trouve son point de départ dans l’examen de composition dans le carmen, où
nous cherchons à apercevoir les liens cachés de cette création qui allient l’histoire de
Thétis à celle d’Ariane. Nous constatons la présence d’un triptyque, marqué par
l’arrivée de la nef, qu’Ovide reprend dans la lettre d’Ariane et plus encore dans
l’épître de Médée. La femme agitée, la beauté endormie et la bacchante, esquissées
dans la Lettre X, participent à une composition ludique dans l’Héroïde XII qui
dévoile une écriture de mémoire. Ainsi, l’étude engage à mettre en lumière la reprise
des sujets du voyage et de l’union, du mariage et de l’abandon, de l’ecphrasis et de la
parole, dans une lecture intertextuelle entre le carmen 64 et l’épître ovidienne.
Tendant à approfondir les liens existant entre les deux textes, nous exploitons,
dans un deuxième temps, les échos juridiques du carmen. Nous nous intéressons à la
légitimité de l’union, ainsi qu’à la valeur de la négligence qui conduit au periurium et
ensuite à la poena. Dans cette perspective, nous explorons le dialogue qu’instaure
l’œuvre ovidienne, conférant à l’argument d’Ariane une légitimité et reflétant dans le
portrait de Médée une figure éloignée des crimes néfastes. Nous employant à mesurer
l’influence de l’œuvre catullienne sur la lettre d’Ovide, nous examinons ensuite
comment l’ecphrasis d’Ariane surgit dans la lettre et devient preuve argumentative de
la phantasia. La dernière étape est un essai d’approfondissement littéraire du
problème intertextuel, dans la perspective de l’étude générique que favorise
l’épyllion. Après l’analyse des genres ainsi que des lieux communs, nous nous
arrêtons sur une étude comparée des textes déjà étudiés qui permet de mieux dessiner
ces caractéristiques propres à faire apparaître, d’une part la comparaison dialogique
des éléments reliant les uns aux autres, et d’autre part la différenciation dans la reprise
du motif d’introduction. L’objet de cette étude est d’apercevoir à partir du texte
catullien comment le souvenir du voyage et la parole de la figure féminine se
renouvellent d’Euripide à Ennius, d’Apollonios de Rhodes à Accius, de Catulle à
Ovide. Cela faisant, nous tentons d’apporter des réponses aux problèmes qui motivent
notre recherche, à partir d’une double introduction et d’une subversion chronologique
dans le carmen, propres à relier la figure de Thétis et d’Ariane à celle de Médée
ovidienne, dans un croisement des souvenirs et des paroles qu’esquisse allusivement
la lettre d’Ovide.

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La dernière partie de cette thèse permet d’étudier autant la défense masculine
que la riposte féminine. Intitulée « La parole dans les Héroïdes XX et XXI : défense
et message ultime de l’Héroïde », cette partie a pour objectif en premier lieu de
dévoiler la légitimation du statut juridique de la femme par la rhétorique à partir de la
Lettre XX. L’examen de l’épître vise à déterminer, dans une controuersia mise en
œuvre par Acontius et adressée à Cydippe, les arguments juridiques qu’emploie
l’accusé en son absence, dans une inversion élégiaque des notions de droit, où le dol
est redéfini au goût de l’auteur. Afin de mieux mettre en évidence dans un second
temps la valeur juridique ainsi que rhétorique du texte, nous explorons le dialogue
imaginaire entre Acontius et son rival, où les champs lexicaux de droit, en particulier
les notions de la propriété et de la possession, invitent également à une étude de la
législation augustéenne. De manière architecturale, trois schémas rhétoriques
retiennent notre attention, par lesquels Acontius cherche à camoufler les ambiguïtés
dans son argumentation juridique, en visant à la répétition du serment qui engage.
La deuxième étape s’appuie sur la réflexivité littéraire et intertextuelle dans la
lettre du héros ; il s’agit de comprendre comment Ovide parvient à construire une
œuvre qui reflète son texte de référence dans une reprise créative du texte
callimaquéen. L’enjeu est bien d’une part de saisir la présentation des personnages
principaux dans les Aitia, et d’autre part d’explorer le véritable aition que fait surgir la
version grecque du mythe. Nous tentons d’interpréter autant les relevés généalogiques
et topographiques, que les allusions à la maladie sacrée et à l’histoire de l’île. Cette
lecture vise à montrer que dans un mélange du mythe avec la réalité, l’accent est mis
sur l’érudition du poète dont la voix s’unit avec celle d’Apollon dans la recherche du
vrai. Nous remarquons qu’Ovide qui présente sans doute des multiples échos
callimaquéens, transforme toutefois Acontius en théoricien de l’amour, en avocat
subtil et en rhéteur qui traite la valeur juridique de la parole prononcée.
Le sujet de la parole de Cydippe nous conduit au dernier enjeu de cette thèse.
Divisées en trois sous-chapitres, ces pages présentent la riposte juridique, poétique et
métapoétique qui constitue une réponse autant à la lettre masculine qu’à la version
callimaquéenne. En premier lieu, l’accusation, la défense et la confession de l’héroïne
dévoilent la capacité de l’épistolière à user du langage codé qu’elle reprend afin de
prouver que la puissance de la parole rhétorique dépasse le pouvoir divin. Plus
profondément encore, l’épistolière met en valeur une nouvelle conception du droit
que nous étudions attentivement : le problème juridique réside dans l’opposition entre
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la lingua et le mens : il n’y a donc que la parole consciente qui engage. Nous
apercevons comment l’héroïne, coupable d’avoir déchiffré le message, invite
Acontius à une dernière épreuve d’éloquence, afin qu’elle puisse survivre.
Nous nous arrêtons par la suite à la riposte poétique de la figure, où dialoguent
en fusion paradoxale les symptômes de l’amour et de la maladie, de la honte et de la
peur, créant un schéma réfléchi à l’intérieur du texte. Dans une inversion voulue et
recherchée, la dura puella esquissée dans l’épître masculine se transforme ici en
figure qui souffre, comme le trahissent les mains épuisées de l’épistolière. Plus
encore, des exempla mythologiques donnent l’impression d’une appropriation du
matériau fabuleux, jusqu’à que la figure d’Atalante dévoile l’érudition
intertextuellement colorée de l’écrivain. En outre, le paysage et la figure plastique, le
décor de l’autel et les artifices, nous invitent à une lecture métapoétique de l’ultime
message du recueil. Nous nous attachons ainsi finalement à un examen qui concerne
les trois figures, Médée, Ariane et Cydippe, dans une lecture qui permet la
conciliation des contraires. Le souvenir du voyage marin, l’ecphrasis et la querela de
la figure féminine se présentent dans un texte cryptique fortement marqué par un
vocabulaire juridique : la correspondance s’est donné le dernier mot, lorsqu’un
message ultime devient le dernier secours de l’épistolière en offrant une réflexion
autour de la position de la femme dans la société, dans le droit et dans la « poiésis »
ovidienne.
L’enquête menée au fur et à mesure de l’avancement de cette étude, nous
mène en conclusion sur les pistes de l’originalité que révèle l’écriture ovidienne :
parole énigmatique et souvenir polysémique inscrivent perpétuellement les lettres
dans la mémoire de leur lecteur, dans une herméneutique inépuisable que revêt la
présentation de la femme dans les Héroïdes d’Ovide.


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