FICHE L'HISTOIRE S'INSCRIT DANS L'ESPACE

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Niveau: Secondaire, CAP
FICHE 4 : L'HISTOIRE S'INSCRIT DANS L'ESPACE Problématique : quelles différences fondamentales peut-on observer entre la langue d'origine (le latin) et les langues dérivées (l'occitan, le catalan, le français) Pour trouver la réponse à cette question, nous allons suivre le cheminement d'un petit écolier qui débute : André Chamson : Jules César dans les Cévennes : « Avèze est à trois kilomètres du Vigan si l'on passe par la route, et l'on gagne cinq ou six cents mètres en prenant par les bords de la rivière ou par le sentier du chemin de fer. Chaque jeudi, je variais mes itinéraires. S'il pleuvait, je prenais la route, la rivière s'il faisait beau et, quand j'étais en retard, le petit chemin du ballast. Tous ces chemins s'ouvrent sur le même paysage. Ils mènent peut-être à Rome, comme tous les chemins du monde, mais en passant par un vaste amphithéâtre que domine une muraille de hautes crêtes. Du Lingas au Cap-de- Coste, de Puéchagut à Grimals, elle barre le ciel, à quatorze cents mètres d'altitude et, nulle part ailleurs, on ne peut voir les Cévennes, dressées comme un mur, sur un horizon de nuages brassés par le vent. « Tu vois, César a traversé ces montagnes avec ses légions, m'avait dit le pasteur d'Avèze, le premier jour où j'étais allé le voir, avec maman, alors, tu comprends, il te faut apprendre le latin.

  • templa templorum

  • consules consulum

  • templis templis

  • domini domini

  • rosae rosae

  • domino domino

  • dominis dominis

  • templo templo

  • consulibus consulibus

  • templum templum


Publié le : mercredi 30 mai 2012
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FICHE 4 :
L’HISTOIRE S’INSCRIT DANS L’ESPACE
Problématique :quelles différences fondamentales peut-on observer entre la langue d’origine (le latin) et les langues dérivées (l’occitan, le catalan, le français)
Pour trouver la réponse à cette question, nous allons suivre le cheminement d’un petit écolier qui débute : André Chamson :
Jules César dans les Cévennes :
« Avèzeest à trois kilomètres du Vigan si l’on passe par la route, et l’on gagne cinq ou six cents mètres en prenant par les bords de la rivière ou par le sentier du chemin de fer. Chaque jeudi, je variais mes itinéraires. S’il pleuvait, je prenais la route, la rivière s’il faisait beau et, quand j’étais en retard, le petit chemin du ballast. Tous ces chemins s’ouvrent sur le même paysage. Ils mènent peut-être à Rome, comme tous les chemins du monde, mais en passant par un vaste amphithéâtre que domine une muraille de hautes crêtes. Du Lingas au Cap-de-Coste, de Puéchagut à Grimals, elle barre le ciel, à quatorze cents mètres d’altitude et, nulle part ailleurs, on ne peut voir les Cévennes, dressées comme un mur, sur un horizon de nuages brassés par le vent. « Tu vois, César a traversé ces montagnes avec ses légions, m’avait dit le pasteur d’Avèze, le premier jour où j’étais allé le voir, avec maman, alors, tu comprends, il te faut apprendre le latin. Un jour, tu traduiras le passage où il parle de notre pays. » Cette révélation m’avait bouleversé. L’histoire avait pris possession de l’espace. […] Sur le chemin du retour, trottinant auprès de ma mère, j’avais regardé la muraille de nos montagnes comme je ne l’avais jamais fait jusqu’à ce jour. C’est là-haut que César était passé ! Il avait franchi ce massif alors qu’il était encore sans routes et qu’on y rencontrait des loups et des ours! Il me tardait de savoir assez le latin pour lire le passage où cette merveilleuse aventure était racontée. […] Je me mis à faire des thèmes et des versions, avec des bonheurs statistiques, un peu comme on fait des mots croisés qui n’existaient pas encore. Mais mon véritable souci était de traduire Jules César. « Jesuis assez fort pour traduire le passage? »demandai-je un jour au pasteur Abel qui commençait à se demander lui-même si j’avais un esprit assez logique pour tirer un profit quelconque de l’étude du latin. « Quel passage ? » me répondit-il, l’air étonné. - Celui de César…Quand il traverse notre montagne. - Oh ! mais c’est dans leDe bello Gallico.On ne le traduit qu’en quatrième. Il te faut encore trois ans d’études…si tu travailles…et je ne sais pas si tu fais vraiment tout ce que tu peux ! Quelquefois, tu as l’air d’avoir compris mais, d’autres fois… » Devant ma déception, il me promit de me faire traduire ce fameux passage avant la fin de l’année, si je travaillais comme un Romain. Ce serait ma récompense, mon premier prix de version latine. Je ferais d’abord le mot à mot, avec son aide, s’il le fallait. Mais, après, nous ferions ensemble une belle traduction, une traduction littéraire. »
André Chamson,Le chiffre de nos jours,Gallimard.
Ce « fameux passage » se trouve dans le livre VII, paragraphe 8, desCommentairesde Jules César :De bello Gallico.
Observation :
Lecture cursive du passage en s’aidant de la traduction (littérale) et en essayant de repérer la structure des phrases latines :
[livre 7, paragraphe 8]
[…] in Heluios proficiscitur.
Etsi mons Ceuenna, qui Aruernos ab Heluiis discludit, durissimo tempore anni altissima niue iter impediebat, tamen discussa niue sex in altitudinem pedum atque ita uiis patefactis summo militum sudore ad fines Aruernorum peruenit.
Quibus oppressis inopinantibus, quod se Ceuenna ut muro munitos existimabant, ac ne singulari quidem umquam homini eo tempore anni semitae patuerant, equitibus imperat, ut quam latissime possint uagentur et quam maximum hostibus terrorem inferant.
Constatations :
[livre 7,paragraphe 8]
(1) […] Il (César) se rendit chez les Helviens.
(2) Bien que la montagne cévenole qui sépare les Arvernes des Helviens empêchât de se frayer un chemin à cause de la très haute neige en cette saison la plus rude de l’année, néanmoins, après avoir fait déblayer la neige épaisse de six pieds en altitude et ayant ainsi ouvert des chemins grâce au labeur acharné des soldats, il parvint à la frontière des Arvernes.
(3) Après les avoir surpris alors qu’ils ne s’y attendaient pas, parce qu’ils se croyaient défendus par les Cévennes comme par un mur, et que jamais, en cette saison de l’année, les sentiers n’avaient jamais été praticables même pour un homme seul, il ordonne à ses cavaliers de se répandre le plus largement possible et de causer aux ennemis le maximum de terreur.
- plusde mots en français qu’en latin, - placedes mots différente malgré ici l’effort de traduction littérale - miseen évidence de l’importance des désinences finales pour les mots latins => notion de déclinaison
Nouvelles observations :
Retour au texte d’André Chamson :
«Rosala rose », me dit le pasteur Abel, le jeudi suivant. La première leçon était commencée. J’allais savoir le latin. «Rosaveut dire : « la rose ». Tu comprends ? » Oui, je comprenais.Rosa,J’avais eu honte de lela » ?rose. Mais comment faisait-on le « demander et nous étions allés plus avant, comme si j’avais compris. Je m’étais mis dans la tête toutes les déclinaisons:Dominus,le maître.Templum,le temple. Encore une fois, dominuspouvait dire maître ettemplumJele » ?mais comment faisait-on le « temple, comprenais un peu mieux avec leszibus.Ça faisait « par ». C’était facile à comprendre. »
André Chamson,Le chiffre de nos jours,Gallimard.
Ce que le petit écolier n’a pas compris, c’est que, en latin, il n’y a pas d’articles. Mais il a compris que, dans la déclinaison, quelque chose(leszibus) a un lien avec la fonction du mot (Ça faisait « par ». C’était facile à comprendre.)
Exemples de déclinaisons, telles qu’elles sont présentées dans les livres de grammaire latine et dans lesquelles vous retrouverezrosa, dominus, templumet les«zibus »:
Sing. rosa rosa rosam rosae rosae rosa
Plur. rosae rosae rosas rosarum rosis rosis
Sing. dominus domine dominum domini domino domino
Plur. domini domini dominos dominorum dominis dominis
Sing. templum templum templum templi templo templo
Plur. templa templa templa templorum templis templis
Sing. consul consul consulem consulis consuli consule
Observons de près un extrait de l’une des phrases du texte précédent :
Se Cevenna ut muro munitos existimabant Ils se croyaient défendus par les Cévennes comme par un mur
Plur. consules consules consules consulum consulibus consulibus
« Cevenna »est au singulier en latin (voir plus haut «mons cevenna»). C’est un ablatif complément de moyen, tout comme « muro » ; « ut » signifie « comme ».
PROLONGEMENT : FICHE 4 bis
UNE DECLINAISON ET DEUX STRUCTURES MENTALES DIFFERENTES
Problématique :Pourquoi et comment la déclinaison a-t-elle disparudans les langues romanes?
Observation :
Suivons encore le petit André Chamson (Le Chiffre de nos jours,Gallimard)quise souvient de son apprentissage de la langue latine :
« Jecontinuai donc à apprendre le latin, sans comprendre ce que j’apprenais. Avec le «je » c’était comme avec le «le »ou le «la ».Sum,suis. Je voyais bien ce qui pouvait faire je « suis », mais je ne comprenais pas comment on faisait le « je ». Quand on traduisait du latin, il fallait mettre des tas de mots qui n’étaient pas dans le texte et les mots qu’on y trouvait n’étaient pas à la bonne place. J’expliquais parfois ces difficultés à mes camarades de l’école de tout le monde, où l’on n’apprenait pas le latin. Ils étaient arrivés à fort bien comprendre tous ces problèmes. Ils les comprenaient même aussi bien que moi. - C’est comme un genre de télégramme, avait dit La Sisse, après une longue méditation. - De télégramme ? Où tu vas prendre ça ?avait répondu Abric qui ne pensait pas aussi vite. - Quand tu fais une dépêche, tu n’y mets pas tous les mots. Tu dis par exemple : arriverai train six heures… C’est en plein comme le latin. Après un moment de réflexion pendant lequel il avait plissé ses yeux, La Sisse reprit, l’air triomphant : - Ça ressemble au patois d’ici. Pour dire tu sais, tu dis « sas». Le «tu »est dans le «sas », comme c’est dans le latin. Ces réflexions m’avaient fait comprendre plus de choses que des mois de thèmes et de versions. La Sisse avait le génie de la langue de Virgile, mais il ne devait jamais l’apprendre. »
Commentaire :
La Sisse a compris deux choses importantes : que le verbe est au cœur de la phrase latine et qu’il contient, dans sa conjugaison, l’indication de la personne du sujet (1°, 2° ou 3° personne ; c’est la même chose pour l’indo-européen).
Ce qui veut dire que, lorsqu’un Romain parle, il a ainsi structuré sa pensée (et donc sa phrase)par groupes fonctionnels : - il met d’abord en place toutes sortes) de circonstances, puis les compléments) « cas » distingués par leur désinence d’ « objet ».)
Cela donne à l’interlocuteur toutes les« où/quand/comment/manière… ? »(ablatif), «à précisions dont il a besoinqui ?» (datif), « quoi ? » (accusatif)
- puis il donne l’essentiel de ce qu’il
veut dire, à savoir l’action (ou l’état) exprimée par le verbe dont la conjugaison indique en même temps la personne du sujet.Le français a en partie perdu cette distinction : (je) chante / (il) chante (même désinence) Si nécessaire, le locuteur a ajouté des précisions concernant l’identité du sujet (souvent au début de la phrase, mais ce n’est pas une obligation: cela dépend de l’importance des informations) : - au nominatif pour la 1° et la 3°Ancillam voco= J’appelle la servante / personnes,Ego ancillam voco=C’est moi qui appelle la servante (insistance) Ancillamvocat= Il/elle appelle la servante / Petrus ancillam vocat=Pierre appelle la servante
Ancillam vocas= Tu appelles la servante / - généralement au vocatif pour la 2° Ancillam vocas, Domine=Maître, tu appelles la servante personne : Ancillam voca= Appelle la servante / Ancillam voca, Domine= Maître, appelle la servante
Non occideras tu quidem, Cassi, CaesaremExemple tiré d’un passage de Valère Non, Cassius, tu n’avais pas tué César… Maxime :
On peut donc dire que, en latin, le nominatif sert à nommer le sujet, que le vocatif attire l’attention de l’interlocuteur, mais qu’ils ont un rôle un peu indépendant des autres fonctions dans la phrase. Au contraire, les autres cas dépendent du verbe et désignent les fonctions compléments (cf P. Monteil,Eléments de Phonétique et de Morphologie du latin,Nathan, 1986). Et comme chaque cas a une désinence propre, il n’y a pas d’ordre des mots vraiment obligatoire, même si, généralement, les circonstances précèdent les objets: chaque locuteur structure sa phrase dans l’ordre où les éléments se présentent à sa pensée ou dans l’ordre qu’il pense le plus pertinent.
A l’intérieur des groupes fonctionnels, le déterminant (adjectif qualificatif accordé en genre, en nombre et en cas ou complément de nom au génitif) précède généralement le déterminé (mais ce n’est pas toujours le cas du génitif).
L’évolution vers les langues romanes et en particulier vers le catalan, l’occitan et le français va se faire en changeant la «focalisation »sur le pivot de la phrase. Le locuteur nomme d’abord le «sujet »,l’ « actant »qui justifie la prise de parole. Pour être compris, il est logique qu’il donne immédiatement ensuite le verbe et termine par les compléments. Sauf mise en relief particulière ou effets stylistiques, le sujet est devenu une fonction à part entière, prend la première place et se confond généralement avec le thème de la phrase (ce dont on parle). Le verbe et les compléments ou les attributs (verbe d’état) forment le propos (ce qu’on en dit). L’ordre des fonctions traduit désormaisune pensée centrée sur le sujetla et déclinaison se réduit d’abord à 2 cas: cas sujet / cas régime avant de disparaître presque complètement (restent les pronoms et les relatifs). Seuls l’ordre des mots et la multiplication prépositions permettent désormais d’identifier les différentes fonctions.
Exemple extrait du texte de Jules César cité plus haut :
Mons Cevenna, qui Arvernos ab Helviis discludit, durissimo tempore anni altissima nive iter impediebat. La montagne cévenole qui sépare les Arvernes des Helviens empêchait de se frayer un chemin à cause de la très haute neige en cette saison la plus rude de l’année. Analyse : impediebat verbeà la 3° pers du singulieril/elle empêchait de l’imparfait de l’indicatif mons CevennaCésar expliciteil/elle =>la montagne Cévenne = la nominatif sujetmontagne Cevenne […] empêchait qui Avernos ab Helviisrelative qui complète monsdiscludit : elle sépare discludit Cevenna qui: relatif au nominatif sujet de discludit = qui sépare Avernos : accusatif COD = qui sépare les Arvernes ab Helviis : préposition + ablatif = qui sépare les Arvernes des Helviens durissimo tempore anniablatif qui indique la datedurissimo tempore = en cette (nom + adjectif au superlatifsaison la plus rude avec son complément)anni est un génitif complément du superlatif = en cette saison la plus rude de l’année altissima niveablatif complémentà cause de la très haute neige circonstanciel (cause) (nom + adjectif au superlatif sans complément) iter accusatifCOD (mot neutre oùCOD à rattacher directement l’accusatif est semblable auau premier verbe : empêchait nominatif, cf.templumchemin) le
On a donc bien ici « impediebat » qui est le pivot de la phrase : l’action (franchir la montagne) est impossible, puis dans l’ordre: le nominatif qui précise «il »car «montagne »est masculin en latin, les circonstances (la saison, la neige), le COD (le chemin) et la suite du texte qui met en évidence qu’aucune action n’est impossible à César.
Mary Sanchiz, documents de travail
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