FICHE LR CATALAN OCCITAN Le motif du fiancé animal dans quelques textes fondateurs et dans le conte populaire Jean de l'Ours

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Niveau: Secondaire, Lycée, Première
FICHE 2 (LR : CATALAN / OCCITAN) : Le motif du fiancé-animal dans quelques textes fondateurs et dans le conte populaire Jean de l'Ours. LE MOTIF DU FIANCÉ-ANIMAL 1) Textes en réseau, textes fondateurs : - Mythologie gréco-romaine : a) Le mythe du taureau dans tout le pourtour méditerranéen : Comme dans toutes les religions zoomorphes, le culte du taureau (y compris son avatar actuel de la corrida ou la tradition du correbou encore vivante en Vallespir) est à relier avec celui d'un animal-ancêtre dont l'union avec la mère-ancêtre a fondé la première famille du clan et dont on perpétue le souvenir. Ainsi en Grèce antique, a-t-on plusieurs exemples de ces unions : celle de Zeus, déguisé en taureau blanc et d'Europe (voir Robert Graves, Les mythes grecs, Pluriel, 1967, chapitre 58), et, en Crète en particulier, celle d'un taureau blanc donné par Poseidon à Minos et de Pasiphae, épouse de Minos, dissimulée dans une vache en bois fabriquée par Dédale (voir Robert Graves op. cit. chap. 88). C'est pourquoi, à l'époque minoenne, la reine-prêtresse s'accouple chaque année, dissimulée dans un simulacre de vache, avec un taureau ou avec un homme déguisé en taureau en souvenir de cet acte fondateur qui engendra le Minotaure (l'Odyssée de Nikos Kazantzaki contient une remarquable évocation de cette scène au chant VI).

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Publié le : mardi 29 mai 2012
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Source : crdp-montpellier.fr
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FICHE 2 (LR : CATALAN / OCCITAN) : Le motif du fiancé-animal dans quelques textes fondateurs et dans le conte populaire Jean de l’Ours.
LE MOTIF DU FIANCÉ-ANIMAL
1) Textes en réseau, textes fondateurs : - Mythologie gréco-romaine : a) Le mythe du taureau dans tout le pourtour méditerranéen : Comme dans toutes les religions zoomorphes, le culte du taureau (y compris son avatar actuel de la corrida ou la tradition du correbou encore vivante en Vallespir) est à relier avec celui d’un animal-ancêtre dont l’union avec la mère-ancêtre a fondé la première famille du clan et dont on perpétue le souvenir. Ainsi en Grèce antique, a-t-on plusieurs exemples de ces unions : celle de Zeus, déguisé en taureau blanc et d’Europe (voir Robert Graves, Les mythes grecs, Pluriel, 1967, chapitre 58), et, en Crète en particulier, celle d’un taureau blanc donné par Poseidon à Minos et de Pasiphae, épouse de Minos, dissimulée dans une vache en bois fabriquée par Dédale (voir Robert Graves op. cit. chap. 88). C’est pourquoi, à l’époque minoenne, la reine-prêtresse s’accouple chaque année, dissimulée dans un simulacre de vache, avec un taureau ou avec un homme déguisé en taureau en souvenir de cet acte fondateur qui engendra le Minotaure (l’ Odyssée de Nikos Kazantzaki contient une remarquable évocation de cette scène au chant VI). Le « veau d’or » biblique reprend ce culte du taureau en le présentant comme une idôlatrie : La Bible, Exode, 32 b) Quelques autres mythes de mariages anthropo-zoomorphes (liste non exhaustive) : Léda et le cygne  (toujours Zeus déguisé) : Robert Graves, op. cit, chap. 62 Naissances de Cecrops et Erichthonios, tous deux nés de la terre-mère et mi-hommes mi-serpents (Erichtonios est en fait fils d’Héphaistos qui désirait Athéna, laquelle le repoussa) : Robert Graves, op.cit, 25 c) Quelques vierges livrées à des monstres ( on peut rattacher à ce motif les tributs de jeunes gens sacrifiés dont on ne sait trop ce que sont devenues les victimes déjà emportées) :  Persée et Andromède : Ovide, Les Métamorphoses, livre IV, vers 611 sqq. Thésée : Ovide, Les Métamorphoses, livre VII, vers 404 sqq.
- monstres médiévaux (même motif du tribut expiatoire) : La victoire de Tristan sur le Morholt (même : Tristan et Iseult, chapitre 2, texte renouvelé en français moderne par René Louis, Livre de poche, Librairie générale française, 1972. En pays catalan : Babau de Ribesaltes, Drac del Canigó, de Banyoles, Drac matat per Sant Jordi, ós de Prats de Mollo et d’autres lieux… Voir : Joan A MADES , Folklore de Catalunya, Barcelona, 1950. Didier P AYRÉ i R OIG , Canigó, Farell 2005. Jean A BELANET , Lieux et Légendes du Roussillon et des Pyrénées catalanes, Trabucaire, 1999.  En terres occitanes : Joseph D ’A RBAUD , La bèstio dóu Vacarés , Grasset, 1926 (un des derniers satyres de l’antiquité réfugié en Camargue) Joan B ODON , Los contes del Drac , IEO, 1975, Editions du Rouergue, 1989. Jean-François B LADER , Contes de Gasconha , , trois tomes, IEO, 1990. –Notamment, tome III : le cycle de contes sur le Becut , figure montagnarde du Cyclope ; Lo gojat e la gran bestia deu cap d’òme ; Lo rei de las agraulas ; Lo rei Artus (le thème de la « chasse du roi Arthur » est largement répandu en Gascogne, Languedoc, Limousin…). Voir : Claude S EIGNOLLE , Le Folklore du Languedoc , Paris, ed. Maisonneuve, 1960. Daniel L ODDO , Anthologie du conte populaire occitan , T3, Contes et légendes de la vallée du Lot, (169 contes), GEMP/La Talvera. Daniel L ODDO ,  Anthologie du conte populaire occitan , T.2, Contes des Monts Lacaune, GEMP/La Talvera, 1993. Antonin P ERBOSC , Récits et contes populaires de Gascogne/1 , réunis par Suzanne C ÉZERAC -P ERBOSC  dans la Lomagne. Paris, Gallimard, 1979. Daniel F ABRE et Jean L ACROIX , La tradition orale du conte occitan , Paris, PUF, 2 vol. 1973-1974. Louis L AMBERT , [1899] Contes populaires du Languedoc , édité par J-M Petit, Carcassonne, GARAE, 1985.
- Contes : Le château du serpent (Caseponce, Contes vallespirenchs, repris par Horace CHAUVET, Folklore du Roussillon, Perpignan, 1943) Madame Leprince de Beaumont : La Belle et la Bête (adaptation de Jean Cocteau dans le film du même nom) Ludovic Massé : Jean de l’Ours, contes en sabots et sources populaires (cf Payré et Abelanet sus-cités). André Lagarde : Joan de l’Ors in Tres castèls del Diable, 1968, IEO.
Document de travail pour une étude du conte populaire
Joan de l’ós / Joan de l’Ors
 
Introduction : Le motif du fiancé-animal (nous empruntons cette formule à Bruno Bettelheim ( Psychanalyse des contes de fées, Pluriel, 1976 : « Le cycle du fiancé-animal ») est extrêmement répandu dans toutes les littératures orales. Il a vraisemblablement des origines aux confins de la psychanalyse : l’union s’accomplit avec un être fort, qui inspire plus ou moins la terreur et reproduit la peur de la jeune fille devant les réalités d’un mariage souvent imposé par la famille ou la caste dominante. Et les enfants nés de ces unions sont toujours exceptionnellement forts et doués. Voir à ce propos Bruno Bettelheim, op. cit. Mais Jean Abélanet en fait aussi une excellente analyse anthropologique ( Lieux et Légendes du Roussillon et des Pyrénées catalanes, Trabucaire, 1999) : Il y retrouve des traces d’une mentalité paléolithique, d’avant la domestication néolithique des animaux : « Tant que l’homme fut chasseur, tant que sa vie fut en dépendance étroite des résultats de sa chasse, l’animal faisait partie d’un monde mystérieux, égal ou supérieur à l’homme : gibier indispensable à la survie du groupe, on lui demande même pardon d’avoir à le sacrifier pour s’alimenter. Il est souvent l’animal totem, avec lequel le groupe s’identifie, dont il pense tirer une origine mythique ». Jean Abélanet cite comme exemples les peintures rupestres, bien sûr, mais aussi le modelage d’un ours en argile retrouvé dans la grotte de Montespan (Haute-Garonne). Dans le cas précis des contes sur lesquels nous travaillons, on peut comprendre le choix de l’ours : présent dans les Pyrénées depuis des temps immémoriaux : il est à la fois un symbole de force et de férocité, mais il a, de loin et redressé, une vague apparence humaine (penser aux « montreurs d’ours » qui ont sillonné les chemins jusqu’au début du XX° siècle). Il inspire donc des peurs ancestrales (on lui attribue toutes sortes d’enlèvements d’enfants, de saccages des cultures) mais les hommes le chassent aussi pour sa fourrure et sa chair. On retrouve sa trace dans la toponymie : grottes, vallées, plateaux, rochers de l’Ours….
Différentes versions : - Versions occitanes  :
Joan de l’Ors
Jean de l’Ours  est parmi les grands contes merveilleux un de celui qui a le plus inspiré les écrivains et poètes occitans et catalans. Partons du conte traditionnel, dans la version établie par André Lagarde (in Tres castèls del Diable,1968, IEO, 1ere édition, et de nombreuses rééditions par la suite, dont Tres per tres, contes occitans, IEO, 2006). André Lagarde a enseigné l’occitan culturel occitan, dans une langue qui corresponde aux exigences de l’apprentissage scolaire : un occitan « large », normé quant aux choix morphologiques, lexicaux , graphiques. Dans ce cas, l intervention de l’écrivain consiste dans l’académie de Toulouse, et son souci est de mettre à la disposition des classes le patrimoine à mettre par écrit ce que lui livre la culture non écrite, ou plus exactement de choisir à partir des recollections des infinies versions, déjà fixées par écrit ou transmises par différents canaux, une version du conte et de la transmettre à son tour. Jean de l’Ours  est un conte complexe dans sa structure : conte d’origine (avec les 3 temps, rapt, naissance merveilleuse, délivrance), un conte d’aventure (rythmé par les 3 rencontres), un conte de lutte avec le Diable (en 3 phases, avec descente aux enfers etc...). C’est un conte qui a valeur de mythe, au sens où l’entend Max Rouquette dans sa réponse à l’enquête sur « Folklore et poésie d’oc », en 1962 (voir ci-dessous). Il a toujours eu un grand rayonnement symbolique, il est inspirant. Valère Bernard ( La légende d’Esclarmonde,  1936), René Nelli ( La serp de folhum , 1952), y puisent comme à une source poétique et philosophique. Il est assez largement répandu pour se trouver souvent au centre de la représentation que les occitans se font d’eux et de leur destin : Max Allier par exemple, dans Lo Plag , 1982, en fait le symbole des luttes populaires... Max Rouquette l’évoque magnifiquement dans « Secrèt de l’èrba », ce texte fondateur de tout Verd Paradís . On le voit indéfiniment se transformer et renaître, porteur de sens et d’images multiples, vivant de cette fabuleuse puissance interprétative qui fait le mythe.
Valèri BERNARD La legenda d’Esclarmonda , 1936 La legenda d’Esclamonda  es una òbra ambiciosa e patriotica. Valèri Bernard va del provençalisme a un occitanisme larg, fòrça ligat al catalanisme dins aquel periòde ( Esclamonda serà publicat a Barcelona, amb un prefaci bel de Josep Carbonell). Sa lenga se vòl sincretica, mesclada d’arquaïsmes medievals e de catalanismes. Lo tèma de l’òbra es, a travèrs lo mite de Joan de l’Ors, la pensada de la Renaissença occitana. Es un drama liric inspirat del simbolisme e pastat d’esoterisme. Lo subjècte es transformacion d’espròva en espròva d’un gigant bestiàs a l’estat de natura en eròi liberator e sofrent, eròi pirenenc que manlèva mai d’un trach a l’Erculès grec, lo filh poderós e generós de Zeus.  Vaquí Joan a la debuta de tresena partida del poëma, tot fièr d’aver fargat sa maça de fèrre. Es « gigantàs, maculat de sang, trassusant, estraçat… Jòga amb sa maça pegosa de calhastres umans… »  J OAN  DE  L ’O RS Aquel garric de fèrre, vesètz-lo ! a crebat lo tech de la farga. D’estelas enrodit a grelhat dins lo fòc, l’aura n’es estada la bolja. Jos mon martèl lo chaplant, vesetz-lo ! a frassat enclutge e tenalhas. D’estelas enrodit a grelhat dins lo fòc dins la grevor d’un fòc d’arsina. Ieu sol, Joan, ai poscut, vesètz-lo ! ne colhir d’aglans e de fuèlhas. D’estelas enrodit a grelhat dins lo fòc. Èra abrandat coma un entòrca. Coma una pèira de tròn, vesètz-lo ! degun fors ieu podriá lo mòure. D’estelas enrodit a grelhat dins lo fòc, l’ai domdat, l’ai mes a ma ponha. Son bèl ramat nerviós, vesètz-lo ! es ieu que n’ai donat la forma. D’estelas enrodit a grelhat dins lo fòc, n’ai fach mon amic e mon fraire. Sempre fisèl, mon companh, vesètz-lo ! coma a mon espatla s’apoja. D’estelas enrodit a grelhat dins lo fòc. Ambedós tant amam la dansa que se comença a trepar, vesètz-lo ! tot s’esbranda, la tèrra trema. D’estelas enrodit a grelhat dins lo fòc, es glot de sang e de batalha.  Lo « trabalh » suprem qu’es impausat a l’eròi es la liberacion de la princessa Esclarmonda (que rebat las Esclarmonda medievalas(1), e que representa allegoricament l’eime o la patria occitana (mòrta e viva, endormida e inconscienta....).
toseta, arq . : chatona gens, cat. : ges però, cat. : pasmens
Es de la cima del castèl de Montsegur que Joan davalarà, portat sus las alas de l’Esfinja vampirica, dins lo gorg ont Esclarmonda es sebelida. D’encantament en encantament e d’espròva en espròva, Joan de l’Ors, eròi liberator e prigondament uman, malgrat son origina animala, passa per de moments de desesper e d’angoissa coma lo que vesèm aquí, dins la partida IX del poëma, qu’a per títol « Lo gorg », dins un tablèu fantastic dins lo gost de Valèri Bernard pintor expressionista. J OAN  DE  L ’O RS plora en silenci. Un baticòr lo pren, murmura : Degun que m’ama ! ... E sieu sol !... sempre sol ! Sieu qu’un busnart... Las tosetas, las femnas qu’ai segurat contra tot forçament en se velant la fàcia me fugisson... Gens de companhs, gens d’amics, gens de fraires ... Mon paure còr ! La solesa l’aclapa com sobre un mòrt la peira del tombel... Ai set d’amor, però, la mieu paura anma es un abís immens e sensa fons, es un cel negre ont li a plus gens d’estelas... Dire, oh ! Dieu ! de quin amor pregond, de quina amor, de quina passion fòla de bèstia orbacha e de sotzgeita amariái !... Una maestra ! una femna ! una amiga ! Sobre sa carn e dins sos baisaments èsser bressat ! e sentir sa man prima, son dolç perfum sobre mon pel grafàn. Per m’adormir asautet sus sa falda me rogariái dins la fanga a sos pes, la seguiriái estacat com son ombra ; me laissariái, manse, metre un morralh, ors adomdat per la man de la femna... Ai las ! Ai las ! mon còr ! mon paure còr ! Sobre lo cel color d’opal, de nivols d’una traslugor d’aram passan , tal una cavaucada d’ipogrifes gigants, de formas mudadoras, o d’ èls auc descomunals de las alas fremjadoras. Lo solelh sagna sus la mar, e lens, lens, trascola. Ma bona maire ! Ah ! dejós la rovièra qu’èriam astrucs ! L’espelonca, la font, los cants d’aucèls e la votz de la selva, mon paire l’ors amb el qual jogaviam las belas serps que denant ieu dansavan de long del jorn quand m’ausissián cantar, los esquiròls que venián sus ma colga dormir amb ieu, e las flors ! Ah ! Las flors ! Qu’èriam astrucs de viure lonh dels òmes ! Plora...
manse , doç ; morralh, muselière
Max ROUQUETTE
Verd Paradis
        Se parlava de la filha del rei, qu’èra la Ens explicava la història de la filla del rei, mai bèla e qu’èra retenguda dins sa cambra que era la més bonica i que no podia sortir de per una estranja malautiá e salvada per Joan la seva cambra per una estranya malaltia, i de l’Orsa que trapava son mal : un sabaud que en Joan de l’Ós guaria perquè trobava el qu’èra rescondut jos son coissin. Se parlava seu mal: un gripau que era amagat sota el de la bèstia de sèt tèstas e d’un castèl qu’èra coixí. Ens explicava la història de la bèstia de jos la tèrra, ont lo mèstre de l’ostal, qu’èra set testes i d’un castell que era sota terra, on el benlèu lo diable, fasiá sautar d’uòus dins una senyor de la casa, que potser era el diable, feia padena d’aur. Mas Joan de l’Orsa èra sempre saltironar els ous en una paella d’or. Però en salvat e se n’anava amb son baston de bois Joan de l’Ós sempre s’escapava i se n’anava sus un camin tant estelat e tan bèl coma lo amb el seu bastó de boix per un camí amb camin de Sant Jaume. tants estels i tan ample com el camí de Sant  I aviá tanben un aucèl d’aur Jaume. qu’anonciava sempre a Joan çò que volián sos També hi havia un ocell d’or que sempre li enemics e que traversava lo conte coma las deia, a en Joan, què tramaven, els seus palombas de l’auton travèrsan lo cèl de mon enemics, i que travessava el conte com els país. tudons que a la tardor travessen el cel del meu Ont èra la font de tot aquel encantament ? país. On era la font de tot aquell encís? Max Rouquette, « Secret de l’èrba », Verd Paradís,  CRDP, Montpellier, 1993.
Max Rouquette, « Secret de l’herba » , Verd Paradís Traduction de Jaume Figueras i Trull, Galerada, 2005.
Max ROUQUETTE Dels contes al mits
 Ai agut lo bon astre de viure l’experiéncia  J’ai eu la chance de vivre l’expérience dels contes populars coma lo pòble d’òc, des contes populaires comme le peuple d’oc, pendent de sègles, l’a coneguda : coma una pendant des siècles, l a connue : comme une part de sa vida de cada jorn, una mena de partie de sa vie quotidienne, une sorte de sòmi qu’a nauta votz se seriá dich. Es pas songe qu’il se serait raconté à haute voix. Ce que pus tard qu’ai conegut los meteis contes n’est que plus tard que j’ai connu les mêmes coma un objècte d’estudi, coma lo material contes comme un objet d’étude, comme la d’una sciéncia etnologica. Avent antau viscut matière d’une science ethnologique. Ayant subre los dos penjals, pòdi pas doblidar aquel ainsi vécu l’une et l’autre réalité, je ne peux vièlh de mon vilatge, amb sos uòlhs sens oublier ce vieil homme de mon village, aux color, sa mostacha vinosa, e sas vièlhas mans yeux décolorés, à la moustache vineuse et nosadas de boscatièr cevenòu que sus una aux vieilles mains noueuses de bûcheron aira de batatge, setat sus un rotlèu de pèira au cévenol qui, sur une aire de battage, assis mitan d’una cort d’enfants, li fisava l’antic sur un rouleau de pierre au milieu d’une tresaur coma l’aviá recebut dels ancians. cour d’enfants, leur confiait l’antique trésor Èrem ben dins la tradicion dels escotaires de comme il l’avait reçu des anciens. Nous contes, liurats, dins una mièja inconsciéncia, étions bien dans la tradition des auditeurs de a l’estonanta magia que de sègles d’òmes contes, livrés à une demi-inconscience, à aviá secretada a son imatge. E la poesia l’étonnante magie que des siècles d’hommes davalava dins nosautres dins la patz suava avaient secrétée à leur image. Et la poésie dels bèls vèspres d’estiu brodats a longs descendait en nous dans la paix tranquille cridaus per lo bonaür de las irondèlas. des beaux soirs d’été brodés par longs cris Aquela poesia èra la riquesa tota d’òmes a de bonheur des hirondelles. Cette poésie qual ren aparten, son revenge sus la misèria, était toute la richesse d’hommes à qui rien sa victòria sus la condicion d’òme, la n’appartient, c’était la revanche qu’ils sobeirana libertat d’aqueles que lo trabalh los prenaient sur la misère, leur victoire sur la clina sempre vèrs la tèrra e que sómian del condition humaine, la souveraine liberté de cèl. Portava dins sa lutz los rais luòntes ceux que le travail incline toujours vers la d’astres mòrts despuòi longtemps : religions terre et qui rêvent du ciel. Elle portait dans anticas, mits pagans, qu’avián davalat los sa lumière les rayons lointains d’astres tempses en se transfigurant. L’Esfinx d’Edip morts depuis longtemps : religions antiques, èra devengut la Grand Bèstia de la tèsta mythes païens qui avaient traversé les temps d’òme, Edip èra lo Joine Òme, simplament. E en se transfigurant. Le Sphinx d’Œdipe était cresi qu’ai lo drech de pensar que lo mit devenu la Grande Bête à la tête d’homme. occitan va mai luònh que lo grèc, car se per Œdipe était le jeune homme, simplement. Et lo Grèc, Edip es l’òme, per lo pòble d’òc, lo je crois avoir le droit de penser que le mythe vinceire es lo Joine  Òme. La Grand Bèstia occitan va plus loin que le grec, car si pour pausava d’estranhas questions : « Lo fraire es le Grec, Œdipe est l’homme, pour le peuple blanc, la sòrre es negra. Cada matin, lo fraire d’oc, c’est le Jeune Homme. La Grande Bête tua la sòrre. Cada vèspre la sòrre tua lo fraire. posait d’étranges questions : « Le frère est E pr’aquò morisson pas jamai… » blanc, la sœur est noire. Chaque matin, le frère tue la sœur. Chaque soir, la sœur tue le Max Rouquette frère. E pourtant ils ne meurent jamais… » Folklore et littérature d’oc”, Oc, mars 1961
Renat NELLI Nuèit de Sant-Silvèstre Dins la presentacion del dorsièr « Folklore et littérature d’oc », Ives Roqueta compara J-S Pons e Renat Nelli : « Nelli, çò ditz, mai que mai lo Nelli de la Sèrp de Folhum. Etnològ e folclorista de mestièr, poëta volontós e volontari, de nauta consciéncia e de fabricacion, Nelli distilla, en poësia personala, la soma de tot çò que sap. Mens pur, mens exemplar que J-S Pons, nos es atanben mai util. Ont Pons nos ensenha a sentir lo mond, Nelli nos pòt ensenhar a escriure… Dins lo poëma que se duèrp sus la camba « fòra del lèit » de Joan de l’Ors : un jòc sarrat dins l’entremesclament dels tèmas, dels personatges del folclòre i noirís una poësia de la complicitat, facha de remembres comuns a son autor e al legeire, teissuts leugièrs, a pro penas evocats, a pro penas reconeguts, teunes fials d’Ariana per l’imaginacion, poësia que quita pas d’utilizar las potencialitats del passat e los poders mai segurs de la vièlha dicha per fargar una òbra modèrna ». Oc n° 223, genièr, març de 1962.
Camba fòra del lèit Jean-de-l’Ours qui dormait la nuèit de Sant-Silvèstre la nuit de Saint-Sylvestre Joan-de-l’Ors dormissiá une jambe hors du lit mas totjorn sospirava. soupirait tout le temps. Joan-de-l’Ors te’n sovente ! Jean-de-l’Ours souviens-t’en : Dieus ont dormís la nuèit ? où Dieu dort-il la nuit ? - Al cant del grand camin - Au bord du grand chemin sus una pèira grisa. sur une pierre grise. Fasètz l’intrar a la cosina ! Vite du bois ! Soufflez le feu ! Bufatz lo fòc. Botatz de lenha ! Faites entrer Dieu dans la cuisine ! Ont metrem lo caval de Dieus ? Où mettre le cheval de Dieu ? - Dins l’òrta còsta la figuièra. Dans le jardin près du figuier. Mas ont mon Dieus demoraràs ? Où demeureras-tu mon Dieu quand serem totes rebonduts. quand nous serons tous enterrés ? Tu qu’as pas molher ni mainatges Tu n’as ni femme ni enfants per te balhar de pan quand seràs esvielhat ? pour te donner du pain quand tu seras bien vieux  René Nelli, “La serp de folhum, XIV,”, Arma de vertat , 1952
Max ALLIER Escotatz Lo contèxt istoric e social d’aqueste poëma de Max Allier, datat de febrièr 1981, es lo de la darrièra granda cauma dels minaires d’Alès (Gard). Lo moviment occitan de defensa del país e lo moviment obrièr èran solidàris. Max Allier n’apèla a la consciéncia occitana, coma o faguèt al temps de la Resisténcia amb son bèl poëma “Ma cara”. Ladrecht es lo nom del potz que foguèt ocupat per los carbonièrs. Dins Oc-Ben !  deuxième année d’occitan trobatz a l’unitat 14 un tèxt de Pradèl que parla de la cauma de La Sala de 1962 e una fòta de la frèsca de Ladrecht ont los carbonièrs avián marcat “Parlez de nous !” Lo mit de Joan de l’Ors es aquí evocat per dire, non pas lo sòm de la natura, coma en cò de Nelli, tot al contrari, la poissença josterrana e liberatritz de los que per sa lucha fan “tombar los dracs” e desrevelhan un pòble endormit. Tot es mòrt. Dins l’ivèrn Tout est mort. Dans l’hiver la missara dormís en un cròs de misèria. la marmotte est blottie en son trou de misère. Cargat de neu amont Sant Lop blanqueja Chargé de neige au loin Saint Loup blêmit. l’arpa de Carmentrant arrapa cèl e tèrra La griffe du Carême étreint l’air et la terre lo roquièr tomba mòrt de freg. et l’oiseau tombe mort de froid. Tot cala. Au cèl esperlucat Tout est noir. Au ciel tout constellé a milanta ans de lutz de nòstra mena très loin de nous à mille années-lumière entrefolit l’aubre de vida belugueja. l’arbre de vie dans la nuit étincelle. De lònga cuga e manda en quauqu’un mai En clignotant sans cesse il lance à Dieu sait qui dins un parlar que badam sens comprene dans une langue à jamais étrangère de signes clars. De badas los remena les signes clairs que sans fin il répète sens se lassar. d’un message incompris. Tot es mòrt e demòra a l’espera. Tout es mort et demeure en attente Mas vejaicí tot d’una dins lo suau mais voici que roule tout à coup coma un tròn ensordit qu’un tustau comme l’écho du tonnerre un bruit sourd ressondís au trefons de la tèrra. dans les entrailles de la terre. Ne trementís encara lo silenci Tandis que se ramasse le silence quand de prigond un còp torna bombar un autre coup vient de nouveau gronder e puòi un autre. E puòi es un patac bim-boum ! Et puis les coups s enchaînent que regular s’acamina en cadéncia en cadence, réguliers, bim-bom bim-bom bim-bom bim-boum, bim-boum, bim-boum, bim-boum un temps fòrt un mai sorn en resson. un temps fort et un sourd en écho. D’aise caput e mai gloriós d’èsser Tranquillement têtu, et fier de l’être diriás morgant l’empèri de la mòrt on dirait que narguant l’empire de la mort qu’a beles paucs un baticòr comença. peu à peu un cœur commence à battre. Quauqu’un es viu au fons dau cròs. Quelqu’un est vivant au fond du trou. Òmes d’òc, escotatz ! Hommes d’oc, écoutez ! Sebelit au trefons de la tèrra Enseveli au fond de la terre ambé sa barra de cent mila quintaus avec sa barre de cent mille quintaux es Joan de l’Ors l’atau que se desperta. c’est Jean de l’Ours le géant qui se réveille. Tot crus e nut de l’Adrech a Carmaus Tout nu qu’il est, de l’Adrech à Carmaux, te bomba dins lo potz e te tomba los dracs. il cogne dans le puits et fait tomber les démons. Li vòl raubar son escarbocle negre Il veut leur voler leur escarboucle noire n pour la jeter à son peuple. per a so pòble l’escampar. À chaque coup, bim-boum, qu’il frappe
A cada còp bim-bom prigond de son tustar que nos sambotís la ventresca amont sus lo relòtge de l’eterne l’agulha granda d’una òsca fai un saut. Amont que sent a finimond lo sègle trantola a man de cabussar.  Tot bada. Dins la freg engrepezida la missara tragela Sant Lop sens bolegar vèn d’enauçar la tèsta. Jota los còps que l’estomagan la tèrra s’esmòu d’un fosc esper.
Febrièr de 1981
à nous nouer le ventre, là-haut, sur l’horloge de l’éternel la grande aiguille fait un saut. Là-haut le siècle qui sent la fin du monde vacille sur le point de s’effondrer.
Tout s’étonne. De froid la marmotte engourdie tremble. Saint Loup sans bouger vient de hausser la tête. Sous les coups qui l’éteignent la terre s’émeut d’un espoir confus.
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