Olinde et Sophronie au bûcher De François Perrier

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Niveau: Secondaire, Lycée, Première
Olinde et Sophronie au bûcher De François Perrier (1590-1650) L'artiste François Perrier est le fils d'un orfèvre bourguignon qui s'oppose à sa volonté de devenir peintre. Il s'enfuit à Rome très jeune (vers 1625) et devient l'élève de Lanfranco avec lequel il travaille pour le cardinal d'Este puis revient en France. Il décore le couvent des Chartreux de Lyon et est bien accueilli par Simon Vouet qui le fait travailler au château de Chilly (1631). Il repart à Rome pour dix ans et devient cette fois l'élève de Pierre de Cortone. Il rédige deux recueils de gravures de bas-relief et de statues antiques (1638 et 1645) qui feront sa renommée jusqu'au XIXe siècle, car ils constituent une source inépuisable de motifs pour les artistes. De retour définitivement à Paris en 1645, après la mort de Simon Vouet, il décore de nombreux hôtels particuliers, le plafond de la seconde chambre du Parlement (Palais de Justice de Paris), la chapelle des religieuses de la Visitation, l'hôpital des Incurables. Son atelier devient l'un des plus fréquentés de Paris et Le Brun y fut son élève. Lors de la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture (1er février 1648), François Perrier est l'un des douze anciens auxquels est attribué le titre de professeur et, à ce titre il est l'un des fondateurs de cette institution qui définit les règles du classicisme : un art fondé sur des règles stables, la proportion, la référence à l'Antiquité qui procède par raison et veut plaire

  • tradition de fontainebleau aux apports romains

  • renforts au roi en échange de la vie sauve d'olinde et de sophonie

  • tableau plan par plan

  • vie de cour

  • lors de la fondation de l'académie royale de peinture et de sculpture

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  • art plastique


Publié le : mardi 29 mai 2012
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Olinde et Sophronie au bûcher
De François Perrier
(1590-1650)
L’artiste
François Perrier est le fils d’un orfèvre bourguignon qui s’oppose à sa volonté de devenir
peintre. Il s’enfuit à Rome très jeune (vers 1625) et devient l’élève de Lanfranco avec lequel il
travaille pour le cardinal d’Este puis revient en France. Il décore le couvent des Chartreux de
Lyon et est bien accueilli par Simon Vouet qui le fait travailler au château de Chilly (1631).
Il repart à Rome pour dix ans et devient cette fois l’élève de Pierre de Cortone. Il rédige deux
recueils de gravures de bas-relief et de statues antiques (1638 et 1645) qui feront sa renommée
jusqu’au XIXe siècle, car ils constituent une source inépuisable de motifs pour les artistes.
De retour définitivement à Paris en 1645, après la mort de Simon Vouet, il décore de
nombreux hôtels particuliers, le plafond de la seconde chambre du Parlement (Palais de
Justice de Paris), la chapelle des religieuses de la Visitation, l’hôpital des Incurables. Son
atelier devient l’un des plus fréquentés de Paris et Le Brun y fut son élève.
Lors de la fondation de l’Académie royale de peinture et de sculpture (1er février 1648),
François Perrier est l’un des douze anciens auxquels est attribué le titre de professeur et, à ce
titre il est l’un des fondateurs de cette institution qui définit les règles du classicisme : un art
fondé sur des règles stables, la proportion, la référence à l’Antiquité qui procède par raison et
veut plaire sans étonner.
Pourtant François Perrier est aussi un artiste typiquement baroque qui introduit en France le
grand art décoratif romain dont le style très personnel a influencé toute une génération de
peintres (La Hyre, Dorigny).
L’oeuvre
Cette huile sur toile de 240 cm sur 321
cm est vraisemblablement un des seize
tableaux de la série commandée par
l’ambassadeur de France à Rome,
inspirés du roman «
La Jérusalem
délivrée
» rédigée par le poète italien
Le Tasse en 1575.
Ce poème raconte la première croisade
(1095-1099)
d’une
façon
très
romancée, idyllique et élégiaque.
Le sujet
La scène se déroule à Jérusalem. La ville gouvernée par le roi Aladin est
assiégée par les Croisés. Pour éviter que les chrétiens habitant la ville
n’ouvre les portes à leur coreligionnaires, Aladin les fait accuser d’un
vol (d’une image de la vierge qu’il aurait placée dans une mosquée) et
ordonne leur massacre. La jeune et belle Sophronie se dévoue et
s’accuse du larcin ; son soupirant Olinde, s’accuse à son tour pour
l’épargner et Aladin les condamne tous les deux au bûcher.
Au moment où le supplice va être exécuté, survient une altière cavalière
persane, Clorinde, qui propose des renforts au roi en échange de la vie sauve d’Olinde et de
Sophonie. Les amants sont relâchés, ils deviendront époux au dénouement de ce drame.
L’analyse
La composition
Le tableau est structuré par une succession de plans mettant en évidence d’abord, au premier
plan, les bourreaux et un groupe de femmes (en rouge). Puis, au second plan, Olinde et
Sophronie attachés au même poteau
dominent la partie gauche du tableau
(en orange) ; tandis qu’Aladin et
Clorinde occupent une position
centrale dans la partie droite du
tableau, au troisième plan (en bleu);
enfin à l’arrière-plan (en vert) des monuments romains
exactement identifiables (Tempietto de Bramante,
Colisée) structurent la perspective linéaire qui aboutit à un
petit paysage surmonté d’un ciel nuageux.
Les lignes de construction verticales nombreuses se
retrouvent sur les colonnes des monuments, l’obélisque,
le poteau du bûcher, le corps des suppliciés.
Les diagonales du tableau se croisent sur la tête du plus
s
âgé des personnages qui allument le
bûcher. Il est celui qui donnera
l’ordre d’allumer le bûcher ou non
et semble suspendu au regard du roi
Aladin, en pleine conversation avec
Clorinde qui intercède justement en
faveur des deux jeunes chrétiens.
et lignes
Lumière, couleur
A la richesse de cette composition qui oppose des pleins et des vides s’ajoutent de nombreux
jeux de lumière. Celle-ci semble venir de l’extérieur du tableau et non du ciel au fond. Elle
souligne ainsi encore davantage la composition et les volumes.
Le dessin est minutieux : les corps semblent sculptés, la musculature des bourreaux est
particulièrement bien mise en évidence. Les têtes viriles avec leur chevelure et leur barbe
abondante sont la signature de François Perrier, tout au long de sa carrière.
La palette des couleurs est très étendue : différents bleus, trois sortes de vert, jaune, gris,
rouge, rose, blanc, ocre. Elles se retrouvent dans le plissé des vêtements et le décor
architectural. Les contrastes du ciel montrent l’influence de Nicolas Poussin.
Les costumes
Clorinde est habillée en guerrier (comme la décrit le poème du Tasse),
mais puisque François Perrier assimile Jérusalem à Rome, elle porte la
tenue d’un général romain avec un ample manteau rouge, une armure,
une tunique à frange et un casque surmonté d’un léopard. Aladin, au
calme altier, est représenté comme un souverain à la fois romain et
oriental ; il porte le manteau rouge de la pourpre impériale, un diadème
inspiré d’un « aureus »
de l’empereur Aurélien, un sceptre de
commandement.
Une gestuelle « classique »
La tension de la scène est appuyée par la mise en mouvement de tous
ces personnages, et également du cheval cabré de Clorinde qui
indique son arrivée impromptue. Autour d’elle tous les personnages
sont suspendus à la décision d’Aladin. Olinde résigné, tête baissée et
bras croisés s’oppose à Sophronie, qui les bras écartés, encourage
son compagnon à paraître devant dieu.
Les femmes franques, à droite, traduisent par leur gestuelle l’aspect
dramatique de la scène qu’elles expliquent ou qu’elles cachent à
leurs enfants.
Dans les tableaux classiques, les mains jouent un rôle essentiel dans la transmission du sens.
En suivant ici les gestes des mains et les regards on adhère bien à l’instant suspendu de ce
drame…
L’oeuvre dans son contexte
Depuis 1624, la place prépondérante de Paris comme capitale du royaume et la politique de
mécénat de Richelieu encouragent le retour à Paris des artistes installés à Rome. Ceux-ci
rapportent un style bien différent de celui de Simon Vouet, un des plus grands défenseurs de
l’italianisme baroque, très en vogue jusque-là.
Autour de lui, une poignée d’artistes décorent les hôtels particuliers des notables parisiens de
la fiance et de la magistrature ; parmi eux, le bourguignon François Perrier.
Plus sobre et plus intellectuelle, la manière nouvelle, dite « classique », associe la tradition de
Fontainebleau aux apports romains et traduit l’évolution d’une société française où le goût
s’affine (fin des guerres de religion, ascension sociale des parlementaires et des financiers qui
prennent en main les destinées de l’art ; vie de cour plus stable à Paris). Nicolas Poussin et
François Perrier sont parmi les plus représentatifs de cette nouvelle manière qui s’affirme
entre 1634 et 1640 et qui se caractérise par :
-
un gout de peindre plus subtil et plus sobre qui procède de la raison et veut
plaire sans étonner.
-
l’appel à l’Antiquité comme à une discipline, offrant à l’art des règles
stables, à l’opposé des normes du baroque.
-
un art fondé sur la proportion : « l’ordre, la manière et l’espèce ou forme
vraie », chers à Nicolas Poussin selon André Félibien (1666).
Pistes pédagogiques
En français :
-
Replacer l’oeuvre dans le contexte littéraire du XVIIe siècle : engouement
général pour Ovide (
Métamorphoses
) et diffusion, parmi les peintres de
cette époque, de mythes « érotiques » (Vénus et Adonis, Diane et
Endymion) qui ont préparé l’intérêt pour l’histoire de Renaud et Armide
(évocation des amours d’une magicienne Armide qui ensorcèle le chevalier
franc Renaud alors que les chrétiens se font massacrer sous les murs de
Jérusalem, lors de la première croisade, en 1099. Lorsque Renaud parvient
à la quitter, elle s’ensevelit sous les ruines de son palais mais, lui, libéré de
cet amour fou, parvient alors à prendre Jérusalem à la tête des croisés).
Cette histoire tirée de
La Jérusalem
du Tasse (1580), qui suit d’ailleurs la
scène représentée sur le tableau de François Perrier, a aussi inspiré de
nombreux musiciens : Lully, Gluck, Rossini, Dvorak…
-
Possibilité de rapprochement avec certaines tragédies classiques, dans
l’idée d’un moment « arrêté », suspendu du drame, ainsi que d’une unité de
temps, de lieu et d’action (qui est en rapport ici avec l’élaboration plastique
du tableau).
En histoire :
-
Refaire le point sur la première croisade : l’appel de Clermont du pape
Urbain II en 1095, en réponse à l’empire byzantin menacé par les Turcs,
l’installation, depuis dix mois dans Jérusalem, des Arabes Fatimides
d’Egypte qui viennent de l’arracher aux Turcs et l’ont mise en état de
défense.
-
Le 7 juin 1099, les croisés commandés par Godefroy de Bouillon mettent le
siège devant Jérusalem. Entourée de ravin sauf au Nord et fortement
défendue, la ville attend des secours d’Egypte tandis que les assaillants
manquent d’eau, de bois, d’armes, de soldats pour l’investir. L’arrivée
d’une flotte génoise à Jaffa fournit la matériel nécessaire à la construction
de machines d’assaut. En deux jours la ville est prise (14 et 15 juillet 1099),
les témoignages chrétiens et musulmans évoquent un grand massacre.
En arts plastiques :
-
caractériser l’art classique à partir de ce tableau (voir fiche courant
artistique et tableau récapitulatif).
Proposer un petit questionnaire d’observation :
1) Décrivez les scènes de ce tableau plan par plan.
2) A quel style vous fait penser le décor de l’arrière-plan ? Reconnaissez-vous
certains monuments ?
3) Quelles sont les lignes dominantes ? Décrivez les éléments mis en valeur
grâce à ces lignes.
4) Quelles sont les couleurs dominantes ?
5) Qu’est-ce qui vous semble réussi dans la représentation des corps ?
6) Notez tous les éléments qui donnent du mouvement au tableau.
7) D’après vous le drame va-t-il se produire ?
8) Démontrez l’aspect historique et religieux de ce tableau.
9) Quels éléments vous semblent anachroniques par rapport à cette scène
censée se produire au XIIe ?
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