Pierre Léna Membre de l'Académie des sciences

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   Pierre Léna, Membre de l'Académie des sciences  Mardi 1er mars 2011    1 Séance solennelle « Les nouveaux défis de l'éducation » Mardi 1 er mars 2011 La science en héritage par Pierre Léna, Membre de l'Académie des sciences, Délégué à l'éducation et à la formation (2006-2011) Ouverture Les merveilles de la science contemporaine enchantent les chercheurs, séduisent ou parfois inquiètent nos sociétés et leur jeunesse, interrogent la conscience morale, bouleversent nos vies par leurs applications. Ce constat, banal, bouscule la transmission de cette science au sein des institutions scolaires dans le monde entier. Evaluations nationales ou internationales, incertitude des professeurs, insatisfaction de bien des élèves, tout exprime la nécessité de changements profonds dans la transmission de l'héritage scientifique à nos élèves. Sans ces changements que je vais évoquer, la société de la connaissance et de l'innovation en Europe n'aura été qu'un beau rêve. Nous sentons déjà que les échéances prochaines placent l'éducation parmi les questions brûlantes posées à notre pays. Georges Charpak, qui nous a quittés en septembre dernier, l'avait pressenti et l'Académie des sciences vient de rappeler la vie hors du commun de cet immigrant, enfant accueilli par l'école française. Elle lui rend en Grande Salle des Séances un solennel hommage, en présence de tant de femmes et d'hommes, des plus modestes aux plus grands, qu'il inspira.

  • enseignement de la science

  • programme international pour le suivi des acquis

  • changements profonds dans la transmission de l'héritage scientifique

  • classe d'âge

  • scientifique

  • qualité de l'enseignement aux efforts durables de développement

  • développement professionnel


Publié le : mardi 1 mars 2011
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Pierre Léna, Membre de l’Académie des sciences
Mardi 1
er
mars 2011
1
Séance solennelle
« Les nouveaux défis de l’éducation »
Mardi 1
er
mars 2011
La science en héritage
par
Pierre Léna,
Membre de l’Académie des sciences,
Délégué à l’éducation et à la formation
(2006-2011)
Ouverture
Les merveilles de la science contemporaine enchantent les chercheurs, séduisent ou parfois
inquiètent nos sociétés et leur jeunesse, interrogent la conscience morale, bouleversent nos
vies par leurs applications. Ce constat, banal, bouscule la transmission de cette science au
sein des institutions scolaires dans le monde entier. Evaluations nationales ou internationales,
incertitude des professeurs, insatisfaction de bien des élèves, tout exprime la nécessité de
changements profonds dans la transmission de l'héritage scientifique à nos élèves. Sans ces
changements que je vais évoquer, la société de la connaissance et de l’innovation en Europe
n’aura été qu’un beau rêve.
Nous sentons déjà que les échéances prochaines placent l’éducation parmi les questions
brûlantes posées à notre pays. Georges Charpak, qui nous a quittés en septembre dernier,
l’avait pressenti et l’Académie des sciences vient de rappeler la vie hors du commun de cet
immigrant, enfant accueilli par l’école française. Elle lui rend en Grande Salle des Séances un
solennel hommage, en présence de tant de femmes et d’hommes, des plus modestes aux plus
grands, qu’il inspira. La fécondité de ses intuitions, sa ténacité assortie d’un humour radical
pour bousculer, séduire, convaincre, son sens de l’urgence éducative et sa rébellion devant les
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inégalités ont anticipé, en France et au-delà, le grand changement qui se dessine dans
l'enseignement des sciences. L’Académie des sciences veut poursuivre son oeuvre, en France
et de par le monde.
***
L'échec de l'élitisme républicain
. Car les déterminations sociales sont devenues
redoutables : le niveau d’études de la mère, les échanges langagiers ou les compétences
numériques avant l’âge de trois ans, les performances scolaires en fin de cours élémentaire
prédisent presque infailliblement le devenir scolaire d'un jeune en fin de collège. 40 % des
élèves entrant en classe de 6
e
ne maîtrisent ni les notions de base des mathématiques, ni celles
des sciences de la nature. Quelle égalité des chances pour ces enfants souvent sans aisance
langagière, écartés d’une compréhension raisonnée du monde, à la curiosité demeurant en
jachère, à l’avenir déjà fermé ? Ces enfants que beaucoup de familles, aux prises avec les
difficultés de l’ignorance, du sous-emploi ou de l’immigration, ne peuvent accompagner dans
leurs études au collège, ces enfants dont beaucoup seront "orientés" sans choisir leur avenir,
ou sans obtenir aucun diplôme (18 % d'une classe d'âge) ? Aussi, lorsque les enquêtes PISA
de l’OCDE interrogent les jeunes de 15 ans, elles confirment ce que disent nos évaluations
nationales, ce déni de justice que vous avez voulu, Monsieur le ministre, reconnaître
publiquement avec courage. Pour un tiers d'une classe d'âge, l'école est demeurée quasi vaine.
La débuter à l’âge de deux ans pourrait aider certaines familles, mais comment croire que
cela suffira si rien de ce qui suit n’est changé ?
Sans doute un autre gros tiers de ces élèves tire le meilleur de ses études en collège et ira vers
l’enseignement supérieur. À bon compte, ceux-là nous rassurent sur l’existence d’une élite
scientifique et technique. Celle-ci se renouvelle encore sans difficultés majeures, avec le
quart d’une classe d’âge, quart qui au lycée choisit la section S (80%) ou les sections
technologiques de l'ingénieur ou du laboratoire (20%). Mais soyons vigilants dans les
réformes : de grands risques seraient pris à trop différer la spécialisation en sciences, à
mutiler le travail expérimental sans lequel il n’est point de science qui vaille. Georges
Charpak rappelait souvent que cette élite, dont beaucoup ne choisissent plus, après leur
baccalauréat, des métiers scientifiques, est recrutée sur une population de moins de dix
millions d'habitants ! Puissent les nouveaux internats d'excellence infléchir cette situation.
Les enquêtes internationales PISA (Programme international pour le suivi des acquis des
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élèves) placent la France à la moyenne, ce dont certains se contenteraient. Mais cette
moyenne est une illusion, car elle résulte de ce grand écart entre le tiers excellent et le tiers à
l'abandon. La Nation consacre d'immenses ressources à l'éducation – bien que la dépense
éducative nationale, croissante en valeur absolue depuis quinze ans, représente en proportion
une part décroissante de la richesse du pays. Devant un tel effort consenti, ne peut-on attendre
de cette école qu'elle abolisse pour partie de si lourds handicaps sociaux ou familiaux ? Les
sciences, tout particulièrement, n’ont-elles pas souvent joué ce rôle d’ascenseur social ? Lors
de la création de l’Ecole normale de l’an III en 1795, sur le modèle de l’école révolutionnaire
du salpêtre avec le chimiste Claude Berthollet, c'est avec la science que les
Conventionnels
voulaient atténuer les privilèges de la naissance, pour
régénérer l’entendement humain
. Or
cette science est aujourd'hui devenue le symbole d'une fort rude sélection. Ceci doit changer,
car l'héritage qu'elle doit transmettre est, plus que jamais, indispensable à tous les jeunes pour
affronter la complexité du monde présent. Nous devons leur apprendre à prélever, organiser,
comprendre, exploiter l'information surabondante qui les entoure, à aimer cette intelligence
du monde que donne la science.
*****
Voies d'avenir
. Trois voies prometteuses et enthousiasmantes peuvent remettre l’éducation
en phase avec la science et le rôle social que celle-ci peut et doit jouer : une transformation de
la pédagogie, le développement professionnel des professeurs au contact de la science vivante
et de ses acteurs, une conception plus globale du savoir. Un peu partout dans le monde, un
consensus plein d'espérance s'établit sur ces trois orientations. Nous les explorons avec
nombre d'Académies des sciences, car elles requièrent un travail commun et tout à fait
nouveau entre scientifiques, ingénieurs et autorités éducatives. Ainsi l'Allemagne, possédant
pourtant un système en apparence plus discriminant que le nôtre dès la classe de 6
e
, a pris ses
mauvais résultats PISA 2000 très au sérieux et en une décennie, a enregistré de vrais progrès.
*
Une
pédagogie
nouvelle.
Tout d'abord, une pédagogie nouvelle, celle de l’investigation,
mélange subtil d’inductif et de déductif, pratiqué avec bonheur par l'élève : elle n’est pas si
nouvelle que cela, puisque la vision d'un Georges Charpak – qu’un enfant ou un adolescent
fasse
des mathématiques ou des sciences de la nature, autant que d’en
apprendre
– fut celle
de Faraday, de Jean Perrin et de bien d’autres, faisant écho au
leidenschaftlich neugierig
, ce
passionnément curieux
d’Albert Einstein. Inutile d’insister ici sur ce message de
La main à la
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pâte
, désormais connu, sinon écouté partout, qui percole tout doucement – trop lentement
encore – dans nos écoles primaires, comme au Pérou, en Chine, en Serbie ou au Maroc.
L'hétérogénéité des classes, que je préfère alors appeler diversité des talents, y est un atout,
quand le dialogue et la curiosité, universelle chez les enfants, rejoignent l'universalité de cette
science qu'ils découvrent avec un verre d'eau, une bougie, un insecte. Rappelons au passage
qu'après seize années d’efforts soutenus de notre Académie des sciences, il demeure encore
plus de la moitié de nos classes primaires françaises où les sciences de la nature, figurant
pourtant dans les obligations du programme, ne sont pas enseignées !
Dans cette l'école primaire, ne met-on pas à l’excès l’accent sur des apprentissages
mécaniques du lire et écrire, oubliant par exemple que l'usage du cahier d’expériences, tel
que le pratique
La main à la pâte
, ne le cède en rien, ni en précision, ni en créativité, à
l’écriture d’une poésie ? Vous avez engagé, Monsieur le ministre, une lutte contre
l'innumérisme. Vous déplorez que nos CM2 ne sachent plus leurs tables de multiplication,
tant cela va plus vite sur leur calculette ou leur téléphone. Pourtant nous savons tous que ces
mêmes enfants, sur leur clavier et chaque jour, excellent bien plus que nous dans l’univers
numérique, où ils fréquentent des nombres sans le savoir. N’est-ce point cela aussi qu’il
faudrait explorer dans un laboratoire de mathématiques où ces élèves s'étonneraient de
pouvoir mettre une couleur sous forme d’un nombre, manipulant alors multiplications aussi
bien qu’ordres de grandeur ?
Mutatis mutandis
, une
Main à la pâte
en mathématiques
réduirait sans doute l'effet anxiogène de cette discipline, effet connu qui touche plus de la
moitié des filles et presque autant des garçons de 15 ans dans les pays de l'OCDE, sans
compter leurs parents !
*
Des
professeurs
accompagnés
dans leur développement professionnel, au contact de la
science vivante et de ses acteurs. L’accent mis, ces dernières années, sur le processus de
mastérisation dans nos universités fait oublier la bien mauvaise situation de notre pays quant
à la formation continue de son corps enseignant. Un récent ministre de l’éducation nationale,
s’exprimant devant notre Académie, qualifiait de
totalement sinistrée
la formation continue
des professeurs. A l’école, au collège, au lycée, comment un professeur fera-t-il aimer la
science à ses élèves sans
en cultiver pour lui-même le goût – fût-ce à un niveau
élémentaire –, comme un professeur de lettres cultive la littérature ? Toutes les enquêtes
internationales corrèlent la qualité de l’enseignement aux efforts durables de développement
professionnel des professeurs. Ce qui est jugé indispensable pour un ingénieur ou un médecin
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qui, dans leur pratique professionnelle, doivent constamment dépasser les savoirs acquis au
cours des études initiales, pourquoi ne le serait-ce pas pour un professeur ? Nos voisins
britanniques l'ont compris avant nous, leurs investissements d'avenir ont su mettre en place
dix
Science Learning Centers
répartis sur l'Angleterre depuis 2008, qui rapprochent en
permanence de la science vivante un grand nombre de professeurs. Les mathématiques font
l'objet d'un effort parallèle. Le rapport que vient d'adresser la
Royal Society
au gouvernement
de Sa Majesté est exemplaire, dans un contexte de manque criant de professeurs pour
enseigner les sciences. Et j'ai déjà évoqué l'Allemagne.
Notre Académie s’est résolument engagée pour rapprocher professeurs et monde scientifique,
d'abord en soutenant à grande échelle et depuis dix ans un dispositif réussi
d'accompagnement des maîtres d'école (ASTEP) par des scientifiques, mettant ainsi en place
un dialogue entre ces deux mondes. Dans un Avis rendu récemment, elle s'engage à nouveau
par des propositions précises et plus ambitieuses, associant pleinement les professeurs pour
que se développent entre eux de féconds échanges d’expériences et un travail d’équipe autour
de la science. Il faudra bien sortir un jour de l’impossible arbitrage actuel entre temps de
présence devant les élèves et temps de vacances, pour faire place à des moments de
développement professionnel structuré au cours de la carrière – ceci tout naturellement au
sein d'universités qui avaient quelque peu oublié cette mission mais dont bon nombre
semblent prêtes à la ranimer.
*
Décloisonnement
et
interdisciplinarité
. Enfin cette troisième orientation : une conception plus
globale des savoirs, un décloisonnement des disciplines. Chaque année, l’Académie des
sciences distingue les lauréats de ses Prix : ces travaux révèlent l’immensité des savoirs
d’aujourd’hui, leur perpétuel mouvement, leurs interactions croisées et souvent improbables,
leur degré d’abstraction, leur extrême technicité, leurs surprenantes applications. Des atomes
froids à la matière noire de l’univers, ils déchiffrent l’inépuisable complexité du monde.
Notre système d’éducation, ne sachant évidemment plus embrasser cette immensité de
savoirs, traumatisé, peine à prendre un cap où beaucoup est à réinventer. Il se contente
d’aménager des programmes étroitement disciplinaires. Que l’on ne voie pas ici une critique
d’institutions ou de personnes, car nombre de pays se heurtent à ces mêmes difficultés.
Que faire lorsqu'en outre une consultation immédiate de Wikipedia offre tant de savoir à des
élèves qui ne se privent pas de recopier sans parfois comprendre – 250 millions de sites Web
en 2009 ?
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Nous considérons plus judicieux d'extraire de cet immense corpus de savoirs un petit nombre
de notions de science qui, apprivoisées avec constance et progressivité depuis la maternelle
jusqu’en fin de collège, donneront à tous les clés essentielles pour lire le monde et le
comprendre. C’est cela que veut notre socle commun, dont un récent rapport du Parlement
révèle la bien trop lente pénétration dans un collège encombré de cloisons disciplinaires,
difficiles à ébranler. De même, au rythme auquel de nouveaux collèges adoptent un
enseignement fondé sur une vision intégrée de la science et de la technologie (EIST),
pourtant encouragée par le ministère, sa mise en oeuvre pourrait prendre plus d'un siècle !
Le lieu n’est pas ici d’établir cette courte liste de notions clés à caractère fortement
pluridisciplinaire, jugées essentielles à tous, liste à laquelle beaucoup s’essaient dans
différents pays. Elle donnerait des clés pour comprendre la matière et la cellule vivante, la
Terre et sa fragilité, les formes et les surfaces, les nombres et la mesure, le ciel étoilé. Mais
ceci ne suffit pas. Les compétences d'observation et de raisonnement, acquises grâce à
l’investigation et à des expériences faites en classe, font découvrir la nature même de la
science. Par exemple ceci : démontrer en mathématique n’est pas vérifier approximativement
sur un dessin que les trois hauteurs d’un triangle sont concourantes. Ou cela : les explications
scientifiques acceptées constituent la meilleure représentation possible des faits connus à un
moment donné. Ainsi se communique, entre dogmatisme et relativisme, la subtilité de la
vérité en sciences et sa lente construction historique. Ainsi peut s’écarter l’apprendre sans
comprendre, qui conduit tant de nos concitoyens, parlant de leurs études scientifiques, à
avouer sans rougir qu’il ne leur en reste rien !
Enfin, autre décloisonnement, autre cloison disciplinaire à ébranler, la construction inlassable
d’un lien fondamental entre science et pratique du français - ce lien que manifeste le Prix
annuel décerné par nos deux Académies (l’Académie française et celle des sciences) à une
classe de 6
e
, comme celle qui, cette année, était partie à la recherche des sens du mot
source
.
Nous voici bien loin des propos acides d'un François Arago à Alphonse de Lamartine : “
Ce
n’est pas avec des paroles qu’on fait du sucre de betterave ni avec des alexandrins qu’on
extrait la soude du sel marin
”. Entendons-nous, ce décloisonnement, ici comme ailleurs, ne
signifie pas la banalisation d’un professeur devenu Pic de la Mirandole, il s’appuie au
contraire sur son excellence disciplinaire et son goût pour le savoir.
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Si notre école du socle, entre cinq et seize ans, pouvait transmettre une telle science
à tous ses
élèves, alors le magnifique Grand Récit du monde, cher à Michel Serres et que dessine la
science contemporaine, récit dicible dans toute culture, ne serait plus entendu par nos
concitoyens comme un conte de fées, un conte affublé un instant de mystérieux pouvoirs,
puis tout aussi vite diabolisé. Car on ne raisonne pas la magie du conte, on s’y abandonne. Au
contraire, devenus capables de raisonner, ils comprendraient mieux, chacun à son niveau,
l’admirable paysage d'une science faite d’imagination, de raison, de modestie et d’éthique.
***
Conclusion
Notre Académie propose à notre école primaire, et à son ministre, d'adopter désormais « Lire,
écrire, compter, raisonner » comme les quatre fondamentaux de l'école du XXI
e
siècle. Dans
sa lettre aux instituteurs de 1883, Jules Ferry avait fait des trois premiers un programme
politique. Pourquoi ne pas accepter le défi du quatrième, et le mettre en oeuvre avec les
mathématiques et les sciences de la nature, écoles privilégiées du raisonnement ?
Votre récent
Plan sciences
manifeste, Monsieur le ministre, votre attention au sujet qui nous
occupe aujourd'hui. Mais le chemin à faire sera long, il va demander de la ténacité, sinon de
l'obstination. Il y a seize ans, Georges Charpak semblait prêcher dans un désert, soutenu par
l'enthousiasme d'une poignée – 344 exactement – d'instituteurs qui à ses côtés retrouvèrent
leur curiosité d'enfant et cessèrent d'avoir peur d'enseigner la science en avouant ne pas
connaître la réponse aux questions de leurs élèves. Aujourd'hui, nos Écoles, nos universités
ont pris enfin conscience qu'il y avait un problème, mais aussi des solutions à construire avec
le corps enseignant, qu'offrir à tous des savoirs et une compréhension de la science était
possible. Alors s'augmentera également le vivier des futurs scientifiques, techniciens et
ingénieurs et nous verrons se concrétiser l'espoir que formulait Condorcet :
Le progrès des
sciences assure le progrès de l'art d'enseigner, lequel en retour accélère le progrès des
sciences
.
Un espoir que partagea Georges Charpak.
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