Site académique Aix Marseille Histoire et Géographie

De
Publié par

Niveau: Secondaire, Collège, Quatrième
Site académique Aix-Marseille Histoire et Géographie Réflexion sur la construction d'une conscience européenne chez les adolescents, sur leur sentiment d'appartenance. (Atelier pédagogique des Quatrièmes Rencontres de la Durance - 2004) Dominique Santelli et Patrick Parodi Le 1 er mars 2004 Professeurs Identitié / Citoyenneté 1. Discuter la citoyenneté européenne Vous sentez vous européens ? Qu'est-ce qui fait que vous répondez positivement ? Sur quel plan ? Éléments de synthèse : Une réflexion sur la citoyenneté européenne nécessite avant tout de se référer aux textes de l'Union européenne qui y font référence. À Maastricht, a été fixé en 1992 dans le traité d'Union européenne les droits politiques des ressortissants communautaires. 1 Ainsi, sont définis plusieurs caractères à cette citoyenneté : - Une citoyenneté d'attribution : elle est conférée par les Etats constitutifs de l'Union européenne et reste une citoyenneté sans nation. Ainsi, il est institué une graduation dans l'appartenance : les échelles régionale, locale et nationale d'identification ne sont pas niées mais intégrées à l'échelle transnationale, laissant aux citoyens le soin de graduer l'intensité de sa solidarité ou de son loyalisme. Ce qui fait le lien entre la nationalité d'un Etat et la citoyenneté européenne, c'est l'idée de valeurs partagées. Il est laissé à chaque Etat le soin de définir sa nationalité : en France, les notions de citoyenneté et de nationalité se recouvrent même si la nationalité est souvent la principale cause de la citoyenneté.

  • citoyen

  • identité européenne

  • politique

  • vision communautaire

  • culture

  • référence aux droits de l'homme et du citoyen

  • empire romain aux politiques communautaires d'aménagement des voies ferroviaires


Publié le : mercredi 30 mai 2012
Lecture(s) : 88
Source : ac-aix-marseille.fr
Nombre de pages : 9
Voir plus Voir moins
Site académique AixMarseille Histoire et Géographie
Réflexion sur la construction d’une conscience européenne chez les adolescents, sur leur sentiment d’appartenance.
(Atelier pédagogique des Quatrièmes Rencontres de la Durance - 2004)
Identitié / Citoyenneté
Dominique Santelli et Patrick Parodier Le 1 mars 2004 Professeurs domi.santelli@wanadoo.fr
1. Discuter la citoyenneté européenne
Vous sentez vous européens ? Qu’est-ce qui fait que vous répondez positivement ? Sur quel plan ?
Éléments de synthèse :
Une réflexion sur la citoyenneté européenne nécessite avant tout de se référer aux textes de l’Union européenne qui y font référence.
À Maastricht,a été fixé en 1992 dans le traité d’Union européenne les droits politiques des 1 ressortissants communautaires. Ainsi, sont définis plusieurs caractères à cette citoyenneté :
-Une citoyenneté d’attribution: elle est conférée par les Etats constitutifs de l’Union européenne et reste une citoyenneté sans nation. Ainsi, il est institué une graduation dans l’appartenance: les échelles régionale, locale et nationale d’identification ne sont pas niées mais intégrées à l’échelle transnationale, laissant aux citoyens le soin de graduer l’intensitéde sa solidarité ou de son loyalisme. Ce qui fait le lien entre la nationalité d’un Etat et la citoyenneté européenne, c’est l’idée de valeurs partagées. Il est laissé à chaque Etat le soin de définir sa nationalité : en France, les notions de citoyenneté et de nationalité se recouvrent même si la nationalité est souvent la principale cause de la citoyenneté. Notion philosophique (la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen), la citoyenneté diffère de la nationalité établie par le droit. Les autres pays européens définissent comme citizenship ce que la France entend par nationalité. Ainsi, la communauté constitutive de la Nation peut être très diverse: politique (c’est le cas français fondé sur le contrat social, base du consensus national) culturelle (c’est le cas allemand) ou territorial (c’est le cas anglo-saxon). Les définitions du national, donc de l’Européen, diffèrent selon les pays car il en va de la conscience historique de chaque Etat. Malgré ces divergences, depuis une dizaine d’années, les législations dans l’attribution de la nationalité tendent à converger et à mélanger des éléments du droit du sol et du droit du sang (réformes anglaises de 1981, françaises de 1993).
- Une citoyenneté de réciprocitéEtat européen s’engage à pro: chaque téger les ressortissants de l’Union européenne dans les espaces extracommunautaires et à respecter les droits de circulation aux citoyens européens.
La liberté d’accès et de séjour aux Européens était mise en œuvre en plusieurs phases: accords de Schengen du 14 juin 1985 sur la suppression des frontières internes et le renforcement des frontières externes, adoption sur passeport européen en 1985, élimination des frontières intérieures le 31 décembre 1992. Cette disposition se heurte à deux problèmes majeurs :
- La faiblesse du nombre de citoyens communautaires concernés : en 1997, on comptait en France 1,3 millions de ressortissants communautaires, en Allemagne 1,7 millions et 768 000 au
1  Annexe 1
Royaume-Uni (en proportion la Belgique en accueille 6% et le Luxembourg 29%). Ce sont essentiellement des cadres et de jeunes diplômés à la recherche d’une meilleure formation. La disparition des monnaies nationales en 2002 a contribué à diminuer les flux transfrontaliers qui peuvent occasionnellement se revivifier avec les mesures nationales (ex, l’augmentation du prix des cigarettes en France ont revitalisé les flux frontaliers).
- La mobilité plus difficile des extracommunautaires : les contrôles aux frontières externes sont plus rigoureux, les conditions de droit d’asile plus restreintes (la demande d’asile se fait dans un seul pays et la décision du pays est valable dans l’ensemble de la communauté), l’accès à la nationalité plus difficile.
Ainsi, au regard de la libre circulation, la citoyenneté européenne est organ isée de façon hiérarchisée : au centre, le national-citoyen bénéficiaire de la libre circulation, les Européens communautaires bénéficiaires de la réciprocité des droits, les ressortissants des anciennes colonies bénéficiant de traités bilatéraux, les extracommunautaires installés depuis 15 ans exemptés de visas dans l’espace Schengen et expulsables de l’espace communautaire et les extracommunautaires bénéficiant d’une protection dans un Etat mais pas dans le reste de l’Union européenne (réfugiés statutaires, parents de nationaux d’un des Etats d l’Union, demandeurs d’asile en instance ou enfants en situation irrégulière de parents régularisés).
- Une citoyenneté sans nationou qui précède une nation européenne à construire. L’Union européenne accorde une citoyenneté, mais ne peut accorder de nationalité. On liste les droits du citoyen européen, mais aucun devoir n’est fixé. Définie par un nombre restreint de droits, cette citoyenneté sans devoirs afférents se trouve confrontée à la faiblesse de sa définit ion et naissent alors des solidarités internationales, qui se construisent souvent en opposition : le national-populisme, le communautarisme, le régionalisme séparatiste, réseaux religieux et culturels divers, etc. Cet ensemble hétéroclite peut parfois véhiculer un certain nombre de valeurs vécues comme contraires à la citoyenneté européenne. C’est pourquoi politiques et intellectuels cherchent à définir des valeurs propres à la citoyenneté européenne différente mais complémentaire de celle de l’échelon national: sauvegarde de l’environnement, antiracisme, dialogue entre les religions et les identités, l’accueil des réfugiés et des personnes déplacées, le développement durable, l’ingérence humanitaire.
Cependant, les mêmes politiques et intellectuels considèrent que ce travail de définition n’est pas toujours nécessaire car la force de la citoyenneté européenne repose sur le partage de valeurs communes ancrées dans chaque citoyenneté nationale. On peut les résumer en quelques points : -La référence à l’Etat de droit : pas toujours explicite dans les Constitutions des divers pays de l’Union européenne, elle n’en est pas moins réelle: répartition des pouvoirs, successions et compétences publiques sont soumis à des règles inscrites. Les citoyens sont les seu ls habilités à modifier cet ordonnancement. -La référence aux Droits de l’Homme et du Citoyen: plus explicite dans les constitutions des pays ayant été soumis à une dictature (Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Allemagne), permanente en France, de tradition au Royaume-Uni(il n’y a pas de constitution écrite dans ce pays), elle est accompagnée de mécanismes de garantie : Commission et Cour européenne des Droits de l’Homme.- La démocratie parlementaire : malgré les particularismes nationaux, la souveraineté du peuple, le principe des élections, le pluralisme politique, l’alternance politique, la séparation des pouvoirs, la responsabilité du gouvernement devant le Parlement sont respectés. Les Etats européens partagent sur le plan politique des valeurs considérées comme universelles mais étant le résultat d’histoires nationales. Il en résulte donc l’idée que ces valeurs reflètent une véritable identité européenne qui reste cependant paradoxalement à construire.
2. Une identité européenne ?
Existe-t-il une identité européenne ? Si oui comment se manifeste-t-elle ? Doit-elle être construite, inventée ? Par qui? (médias, école…)Comment concilier identité nationale et supranationale ? L’une découle-t-elle de l’autreobligatoirement?
Éléments de synthèse :
Les pays européens sont très divers sur le plan historique, culturel ou politique, mais ils ne peuvent être appréhendés si on ne tient pas compte de leur appartenance géographique à l’Europe à travers des réseaux d’échanges multiples: de l’Empire romain aux politiques communautaires d’aménagement des voies ferroviaires rapides, l’histoire de l’Europe s’inscrit dans celle de ses outils de communication. Les tragédies du XXe siècle sont marquées par les ruptures de ces réseaux : le rideau de fer, le mur de Berlin, par exemple.
Cependant, faire une lecture de l’identité européenne, c’est mettre à jour la complexité de sa diversité :
-Un rapport problématique entre l’identité européenne et l’histoire. Il n’y a pas de construction linéaire de l’identité européenne ni conscience claire de son existence. De plus, cette identité peut être construite, voulue politiquement mais néanmoins trouver une expression ou une réalité: l’identité yougoslave voulue au début du siècle, prolongée par Tito s’effondre avec la volonté de Milosevic de faire naître une identité serbe; l’une comme l’autre sont des créations politiques, s’appuyant sur des substrats culturels réels et qui finissent par avoir une certaine réalité, même tragique. Il n’y a donc pas d’identité figée, définitive. Pour l’Europe, l’identification identitaire reste difficile en raison de l’absence d’unité: depuis la division de l’Empire de Charlemagne, son histoire est marquée par une extrême division.
Le concept géographique de l’Europe est inventé en: dans unau Péloponnèse  opposition hymne à Apollon au VIe ou VIIIe siècle avant JC. C’est donc avant tout un mythe qui témoigne du fait que le centre de gravité de l’Europe ne cessa de changer au cours de l’histoire et qu’elle 2 s’apprécie moins comme un espace que comme une culture. Jean Baptiste Pisano met en avant les éléments clés de cette identité historique européenne : - les ferments grecs et romains e sublimés par l’apport du christianisme. Du 5au VIIIe siècle, le continent s’efforce d’établir un compromis entre culture païenne et chrétienne, se replie sur un outillage intellectuel et mental 3 simple accessible à tous: «l’Europe est en somme à la recherche d’elle-même» dit M Baniard . C’est à travers sa lutte contre l’Islam au moment des croisades que l’Europe trouve les moyens de canaliser des pulsions collectives et fonder des valeurs occidentales en jouant de la force d e l’imaginaire.
- Les langues anciennes et vernaculaires : le latin comme langue de transmission du savoir, permettant d’appréhender le monde sacré disparaît progressivement sous l’effet de la Réforme protestante, la diffusion de l’imprimerie et le développement capitaliste qui permettent de créer de nouvelles communautés construites autour de langues dites nationales.
Cependant, l’approche historique est souvent hégélienne: l’histoire du monde serait une succession d’évènements au cours de laquelle chaque culture apporterait sa part, disparaîtrait, laisserait sa place à une autre et ces changements se feraient dans un sens, celui de la progression de la liberté. Ainsi, la tradition européenne est revisitée rétrospectivement (villae romaines, cathédrales médiévales, villes et palais de la Renaissance, palais de l’Europe classique, métropoles contemporaines): le livre de l’histoire du monde se termine par un chapitre sur l’histoire de l’Europe entendu comme réalisation progressive de la liberté. Il s’agit donc d’une conception eurocentrique du développement historique. Peu à peu se forge l’idée que le fonds culturel européen aurait pour racine la démocratie alors que le reste du monde verrait se répandre les différentes variantes du totalitarisme, idée qui sous-tend la nécessité de 4 5 préserver l’héritage et de l’entretenir. Des auteurs comme Jan Patocka ou Edmund Hurssel mettent en avant que l’Europe n’entretient pas de rapport définitif mais sans cesse évolutif et étroit avec son passé, notamment religieux. C’est donc une culture jamais possédée, en constant devenir qui imprime à l’Europe un sentiment singulier quant à son identité:l’Europe est ce qu’elle a reçu et se doit de transmettre ce qu’elle a été.L’identité européenne ne se limite donc pas à un simple héritage mais à un processus de redéfinition constante dans un contexte en perpétuelle évolution.
2  In GérardFrançois Dumont «Les racines de l’identité européenne» Paris 1999 Economica ème ème 3 M. Baniard «Genèse culturelle de l’Europe au 5siècles » Paris, 1989 Seuil 8 4 Jan Patocka «Essais hérétiques sur la philosophie de l’Histoire» Paris, 1982 Verdier 5 Edmund Hurssel «La crise de l’humanité européenne et la ph1975 Pauletilosophie » Paris
- Une identité «e pluribus unum», une faite de plusieurs. Le mot latin identitas qui constitue la racine étymologique de la notion d’identité signifie égalité parfaite mais le terme n’est pas entendu ici au sens général d’accord parfait mais plutôt comme position de l’individu à l’intérieur d’une entité sociale et politique plus large, clairement perceptible et la délimitation de cette entité de référence par rapport à d’autres. Ainsi, les pères fondateurs de la Communauté européenne percevaient-ils l’Europe comme une entité chrétienne face à l’Est communiste et athée. Sur le plan politique et culturel, des centres dominants se succédaient ou se côtoyaient comme la Grèce, Rome, l’Italie de la Renaissance, l’Angleterre et sa philosophie morale et politique, la France et sa culture littéraire et scientifique du XVIIIe siècle, l’Autriche et l’Allemagne avec la littérature et la musique etc. Les traces de ces cultures différentes sont alors apparentées au patrimoine partagé par tous les Européens et dont le caractère universaliste est souligné.
Cette pluralité des cultures renvoie alors au problème du lien existant entre identité européenne et identité nationale et si un individu peut posséder les deux. Au niveau des politiques européennes, d’une part, on cherche à renforcer l’identité européenne alors que d’autre part, on tâche d’assurer une diversité culturelle et linguistique (article F du traité sur l’Union européenne et article 128 qui précise que «la Communauté contribue à l’épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun»). Constantin Stephanou, professeur d’organisation européenne à l’université d‘Athènes souligne que l’identité plus politique que culturelle. Elle a été définie comme une culture politique partagée qui ne relève pas du même genre que l’identité nationale. Le citoyen européen reste exclusivement loyal à ses structures étatiques et il n’y a pas de déplacement de cette loyauté vers l’Union européenne; il éprouve le sentiment d’appartenir à une communauté politique et souhaite vivre avec ceux pour lesquels il ressent une affinité plus grande, la communauté en question étant fondée sur le partage de certaines valeurs communes (attachement au principe de libertés, de respect de la démocratie et des droits de l’homme, valeur de la vie humaine qui limite le droit à l’autodéfense par exemple, la solidarité sociale, système supranational de contrôle démocratique, etc.). Cependant, la construction d’une identité européenne dépend de la perception des spécificités de cette identité en question. Globalement, il en existe deux concurrentes : une vision communautaire, rejetant la qualité de citoyenneté européenne et admettant une vision cosmopolite de l’identité et une vision qui accepte une nouvelle forme d’identification des citoyens à l’entité politique européenne correspondant à un patriotisme constitutionnel, considérant la citoyenneté européenne comme fondamentale pour l’existence d’une identité européenne. C’est cette dernière que le traité de Maastricht a adopté sans la définir avec précision et en ne fournissant que peu de symboles pour permettre une réelle identification: le drapeau, l’hymne et l’euro, par exemple.
- Une identité en miroir : Edgar Morin écrivit que «l’Europe se dissout dès qu’on veut la penser de façon claire et distincte». Cependant, face au reste du monde, l’Europe retrouve un sens certes diffus mais réel. Les romanciers comme Susan Bryatt soulignent que le voyageur européen reconnaît une ville européenne d’une ville nord-américaine et sait mieux se repérer dans la première que dans la seconde. Certes, il soulignera les différences en Europe mais accentuera les divergences hors du continent. Cette forme d’identité en miroir renvoie au partagede valeurs et d’histoires communes.
6 L’identité européenne est donc multiforme et en devenir. C’est pourquoi dans son ouvrage
Gérard François Dumont propose douze repères à l’identité européenne: -La difficulté de définir l’identité européenne en raison du scepticisme ou de l’hostilité des politiques et des intellectuels envers la notion. «Analyser cette notion, écrit l’auteur, à travers son histoire et ses enjeux, ne peut aboutir à de conclusions univoques, car l’identité se construit sans cesse par la confrontation de la similitude et la différence. » -L’identité fait partie de la personnalité qui procure à l’homme une conscience individuelle immergée dans les identités collectives qui ne peuvent être totalement contradictoires avec son identité individuelle. C’est une notion socialisée qui comporte le besoin de se situer face aux autres et d’y percevoir son autonomie face à eux dans un cadre interdépendant. La conscience individuelle européenne est donc spécifique car elle place l’individu comme la valeur essentielle
6 Voir note en bas de page n°2
-L’identité européenne relie donc l’individu à la collectivité, composée de données personnelles et relationnelles dont l’identité nationale n’est qu’une composante parmi d’autres.-L’identité est en perpétuelle évolution, mais comprend des constantes comme l’importance de la vie humaine et sa vocation à une vision universelle. Ce changement se repère dans les œuvres d’art: l’art roman, l’art gothique et celui de la Renaissance témoignent d’idéaux et de civilisations différentes mais sontdépendants d’une même symbolique, transcendant les frontières. -L’identité ne se limite pas à l’héritage, mais revisite son passé, intégré dans le présent et utilisé différemment selon l’évolution des sociétés.L’identité européenne repose sur des principes connus qui cimentent le corps social, sont intégratrices et permettent une cohérence collective garantissant une cohérence des représentations. Ainsi, chaque individu y puise son autonomie. -L’identité européenne puise dans l’héritage de l’histoire dela Méditerranée, surtout grecque et romaine. L’Europe y trouve un point fort de son identité: la pluralité en devenir. La démocratie restant toujours à parfaire, ses principes donnent lieu à des mises en œuvre variées sans nuire à l’idée de la liberté individuelle. -Il n’y a pas d’antinomie entre identité européenne et identité nationale; l’Europe permet de dépasser les oppositions apparentes et d’imbriquer des identités différentes (locale, régionale, nationale et supranationale). L’identité européenneest plurielle. -La diversité linguistique permet de préserver les valeurs de l’identité européenne.-L’identité des individus est d’ordre culturel et se transmet par l’éducation et apprise par mimétisme social. -L’identité européenne appelle la mise enœuvre de méthodes institutionnelles adaptées permettant une synergie dans un universel commun : chaque pays le définit selon ses traditions nationales et régionales: refus de tout impérialisme, de tout totalitarisme. Elle s’oppose alors à une identité nationale qui viserait une uniformité nationale imposée. -L’identité européenne ne peut se définir seulement de façon objective (langues, géographie, religion, institutions..) Car elle a une part de subjectivité (le sentiment d’appartenance, les valeurs morales, les idéaux…). Elle se vit d’abord ce qui n’exclut pas les tentatives d’explicitation.
Conclusion :
Dans son ouvrage, Gérard François Dumont reprend l’acception d’Aristote sur l’identité: «l’unité d’un seul être et l’unité d’une multiplicité d’êtrOnpour en tirer la conclusion suivante : « es » peut penser que l’identité européenne fusionne ses valeurs idéales et homogènes et ses divers apports culturels (la liberté, l’égalité, la créativité, la séparation des pouvoirs). Elle couronne le génie desdifférents peuples européens dont l’identité s’abreuve à des sources communes, fraîches d’avenir.» Cette vision optimiste interroge alors les difficultés politiques de définition de la citoyenneté européenne. L’Europe se construit depuis une cinquantaine d’années, ce qui est peu à l’échelle de l’histoire du monde, ce qui peut expliquer que les débats sur l’identité et la citoyenneté ne trouvent pas à l’heure actuelle de conclusions cohérentes et unanimes. L’élargissement actuel et ceux à venir (les Balkans, la Turquie,…) contribue à rendre ces débats plus complexes encore.
Quelle est la place de l’Ecole dans cette quête identitaire?
7 Il y a une trentaine d’années faire l’éloge de l’Europe était «» .totalement invraisemblable Aujourd’hui «enseigner l’Europe» semble être devenu un impératif. La demande se fait pressante qu’elle vienne des instances officielles européennes ou française (voir les rapports de l’IGEN 1996 et 2000).
Cependant les textes officiels disent très peu de choses des contenus de cet enseignement. C’est aux enseignants et aux manuels qu’est dévolue cette tâche.
Les adolescents dont nous avons la charge ont grandi dans une France intégrée à l’UE. Elle leur est donc plus familière qu’à leurs aînés.
Quelles conceptions en ont-ils ? Quelle place tient l’Ecole dans la construction de ce savoir? Mais aussi quelle place tiennent ces savoirs dans la construction d’une identité européenne?
1. Représentations et attitudes adolescentes
Quelques éléments de l’enquête internationale menée par une équipe de l’académie de Créteil 8 pour l’INRP en 1998: 626 élèves (15 ans en moyenne) français, allemands, italiens et britanniques ont été interrogés 7 Beutler B., dir., 1de votre identité régionale?993, Réflexions sur l’Europe, Paris, Editions Complexes.8 TutiauxGuillon N., dir., 2000, l’Europe entre projet politique et objet scolaire aucollège et au lycée, INRP.
50 % en moyenne répondent affirmativement à la question « êtes-vous fiers d’être européens ? »
Question posée aux adolescents français :
Êtes vous fiers d’être européens? De votre pays ? De votre identité régionale ?
Beaucoup 48,6%
53% 64%
Constat : les adolescents arrivent à concilier plusieurs identités (« poly-identité »Edgar Morin)
Interrogés sur la signification de l’Europe dans le passé, ils pointent majoritairement l’importance de la tradition chrétienneIls perçoivent la diversité culturelle comme constitutive de l’identité européenneIls associent majoritairement Europe à citoyen Ils affirment une adhésion partagée aux valeurs démocratiques Où ces représentations trouvent-elles racines ? À la question sur l’origine de leur connaissance les 2/3 des élèves de l’académie de Lyon répondent massivement «l’Ecole» Mais aussi la TV (50%), les groupes de musiques (18%), la lecture de journaux (17%), les rencontres sportives (17%), la famille et les amis européens (7%), le travail des parents (7%) Ils se montrent sévères avec les cours « assez théoriques » dont le caractère purement scolaire » les rebute.
Ils trouvent «qu’on raconte toujours la même chose», «qu’on fait trop d’économie» ou n’ont «aucun souvenir d’avoir appris l’Europe» !
2. La demande institutionnelle
Les différents textes communautaires sur l’éducation
En octobre 1991 àVienne, les ministres de l’éducation des états membres déclarent que: «l’éducation doit sensibiliser les jeunes au rapprochement des peuples et des Etats européens…Elle doit les aider à prendre conscience de leur identité européenne, sans qu’ils perdentde vue pour autant leurs responsabilités à l’échelle mondiale, ni leurs racines nationales, régionales ou locales…Les jeunes doivent être incités à façonner l’Europe conformément aux valeurs qui constituent leur héritage commun. » À cette fin, il faut « leur donner une conscience plus aiguë des facteurs historiques qui ont façonné l’Europe.»
On retrouve ce souci dans le traité de Maastricht. L’article 126.1 stipule que «l’action de la communauté vise à développer la dimension européenne de l’éducation» L’article 128.1 que «la communauté contribue à l’épanouissement des cultures des états membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun» Cet article parle aussi de «l’améliorationde la connaissance et de la diffusion de la culture et de l’histoire des peuples européens.» Ainsid’après ces textesIl existe une identité européenne fondée sur un héritage commun (culturel, de valeur) Une des missions de l’école est de faire prendre conscience aux élèves de cette identité L’Europe dans les programmes
Existe-t-il des contenus porteurs de cette identité ou support de construction d’une identité européenne?
Les programmes actuels intègrent une réelle dimension européenne mais très orientée sur l’Union européenne au détriment du reste des États européens, notamment ceux de l’Europe médiane et orientale. C'est très net en collège comme au lycée, même si les programmes reflètent les hésitations, tant scientifiques que politiques, face au mouvement d'intégration européenne. L'Europe dans les programmes du collège : une entrée privilégiée Dès la classe de cinquième en effet, en histoire, quelquesuns des temps forts retenus par le programme s'inscrivent dans la perspective de l'élaboration progressive de la notion d'Europe : l'empire carolingien et son partage final, le rayonnement de l'église au Moyen Âge et la diffusion des arts roman et gothique, le rôle précoce des villes (Bruges, Venise…) et les routes commerciales à l'échelle continentale, l'extension géographique de la peste noire… Dans la troisième partie, l'Europe est au cœur de la naissance des temps modernes, ne seraitce que par la présentation de la carte des foyers de ème l'Humanisme et de la Renaissance ou de celle des divisions religieuses de l'Europe à la fin du XVI siècle, ou bien encore par le chapitre consacré à la découverte du monde par les Européens. C'est néanmoins en classe de quatrième que l'Europe devient centrale dans les programmes :  En géographie, la moitié de l'année est consacrée à l'étude du continent européen, mais dans une perspective globale ; les aspects géopolitiques en sont absents au profit du repérage. Plus traditionnellement, on continue d'étudier trois États européens, à choisir dans une liste de quatre (Russie, Allemagne, RoyaumeUni et un État méditerranéen) ; En histoire, l’année commence par une présentation de l'Europe moderne à partir de diverses cartes qui permettent au professeur “de mettre en évidence les contrastes politiques, économiques, sociaux, ème ème culturels et religieux de l'Europe des XVII et XVIII siècles”. Les bouleversements introduits par la Révolution et l'Empire en France sont étudiés par la comparaison de la situation de l'Europe à la fin ème du XVIII siècle et en 1815. La troisième partie est explicitement consacrée à l'Europe et son expansion au dixneuvième siècle, invitant à la découverte de quelquesuns des fondements de l'Europe contemporaine, ceux de l'âge industriel, mais aussi de la colonisation ;  Dans le nouveau programme d'éducation civique, l'appartenance à l'Union européenne apparaît clairement : on évoque les droits de l'homme en Europe pour familiariser les élèves avec les valeurs communes des pays qui constituent l'Union européenne (démocratie, droits de l'homme, libertés fondamentales) à travers des extraits de deux grands documents de référence : la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (1950) et le traité de l'Union européenne (libre circulation et droit de vote aux élections locales et au Parlement européen). En classe de troisième, l'Europe est inscrite au programme à travers les conflits et les bouleversements géopolitiques qui les suivent : étude des nouvelles cartes de l'Europe, en 1914, 1939, 1942 et 1945. En géographie, on aborde la question spécifique de l'Union européenne dont on étudie la construction et que l'on présente, aux côtés des ÉtatsUnis et du Japon, comme une des trois grandes puissances économiques de la planète. Le traité de Rome (1957), celui de Maastricht (1992) et la carte des États membres avec leur capitale, apparaissent dans la liste des repères à mémoriser pour le diplôme national du brevet. Les institutions européennes, mais aussi et surtout le concept de citoyenneté européenne tel qu'il ressort du traité de Maastricht, sont inscrits au programme d’éducation civique de troisième. Il s'agit bien ici de faire connaître les valeurs universelles et humanistes nées en Europe, la liberté comme “patrimoine commun d'une Europe fragmentée”, le respect des droits de l'homme. Il s’agit aussi de montrer que, dans le cadre d'une diversité assumée, l'identité nationale n’est pas incompatible avec une identité européenne qui est à la fois héritage et avenir à construire. In rapport de IGEN, L’Europe dans l’enseignement de l’HGEC, septembre 2000
L’Europe dans les programmes de lycée
En géographie, la notion de citoyenneté européenne n’est pas abordée stricto sensu dans les programmes, mais on peut noter qu’elle est sous-jacente dans les commentaires portant sur la séquence «Une communauté en débats: L’Union européenne.»: «L’Union européenne est très diverse : comment intégrer les identités multiples, sans les abolir, tout en créant une identité qui les dépasse? Le modèle de nation et de l’Etat démocratique est celui retenu depuis 50 ans, mais cela ouvre le débat sur l’avenir à 25 ou plus...»
Le terme citoyenneté n’y est pas employé, mais on insiste sur la dichotomie apparente entre la diversité des identités et une identité supranationale en devenir.
En éducation civique juridique et sociale, la réflexion sur la citoyenneté européenne s’intégrerait facilement dans le programme de première (exercice de la citoyenneté, thème 1 représentation et légitimité du pouvoir politique, thème 2 formes de participation politique et action collective) et surtout de terminale (thème 3: la citoyenneté et la construction de l’Union européenne).
3. Les débats institutionnels
Débats sur la pertinence et la faisabilité d’une histoire européenne entre Serge Bernstein, Dominique Borne, Jean Clément Martin, Philippe Joutard, Jacques Le Goff d’une part et Jean-Pierre Rioux et Nicolas Roussellier d’autre part. En particulier dans la revue Vingtième siècle.
Débat analysé par Jean-Luc Leduc «Enseigner l’histoire de l’Eu» inun débat rope : Espace-Temps, n°66/67, 1998
Dans les enseignements
Qu’est-ce qui permet dans nos cours de construire un rapport positif et réfléchi à l’Europe? Débat avec la salle: il en ressort que c’est l’approche par l’étude de cas, le débat ou l’argumentation autour d’une question vive qui donne sens et permet de construire un rapport positif et réfléchi, car n’excluant pas l’aspect critique, à l’Europe.
Enseigner autrement? et si l’Europe était l’occasion de penser de nouvelles manières d’enseigner l’histoire et la géographie scolaires? Comment construire des situations d’enseignement-apprentissage différentes ? Le débat : Dépasser la situation d’enseignement traditionnelle, susciter une réflexion personnelleRevisiter les échanges scolaires
Bibliographie
L’Europe entre projet politique et objet scolaire au collège et au lycée, sous la direction de Nicole Tutiaux-Guillon, INRP, didactiques des disciplines, 2000. L’Europe objet d’enseignement? Actes du colloque inter-IREHG de Dijon, 7-8 novembre 1995, sous la direction de J-B. Charrier, J. Maréchal, CL. Mercier, F.Sœurs, CNDP.IREHG n° 2, L’Europe, décembre 1995, CRRDP d’Auvergne.Site académique de Rennes
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.