ARCHITECTURES DE CRISES

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  • mémoire - matière potentielle : collective
  • cours - matière potentielle : eau en prévision d' éventuels débordements
----- ----- ----- ----- ARCHITECTURES DE CRISES Construire en situation d'urgenCe, Quel rôle pour les arChiteCtes ? CONFÉRENCES publiquES Du 6 Au 9 DÉCEMbRE 2010 lA HES-SO GENèvE pRÉSENtE
  • donne pour cadre piquant la rue
  • face aux glissements de terrain
  • aménagement du territoire et d'aménagement de l'espace urbain
  • gestion de l'eau et des risques en milieu urbain
  • gestion
  • gestions
  • natures
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  • situation
  • situations
  • villes
  • ville
  • actions
  • action
Publié le : mardi 27 mars 2012
Lecture(s) : 46
Source : espri.epfl.ch
Nombre de pages : 25
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lA HES-SO GENèvE pRÉSENtE
-----ARCHITECTURES
DE CRISES
-----Construire en situation
d’urgenCe, Quel rôle pour
les arChiteCtes ?
-----CONFÉRENCES publiquES
Du 6 Au 9 DÉCEMbRE 2010
----- -----
programme -----
-----luNDi 6 DÉCEMbRE MERCREDi 8 DÉCEMbRE
15h00 — Fabien Nathan 15h00 — Valérie November
Sociologue — La régulation sociale des risques Professeure EPFL — La rcalcitrance
de catastrophe : exemple des populations des risques dans le territoire
pauvres face aux glissements de terrain 16h30 — Ivan Vuarambon
à La Paz (Bolivie)Architecte EPFL et DDC — Nahr El-Bared,
16h30 — Andrea Boscoboinik reconstruction d’une ville
Anthropologue, Professeur Université de 30’000 habitants au Nord Liban
de Fribourg — Vulnérabilité et enjeux de la 17h30 — Bill Bouldin
reconstruction : le regard de l’anthropologueArchitecte IAUG — Pensée projet: l’apport
18h30 — Shigeru Bande l’architecte face aux situations de crise
Architecte, Tokyo — Works and Humanitarian 18h30 — Julien Grisel
Activities (conférence en anglais)Architecte docteur EPFL — Le processus
de projet dans la reconstruction urbaine
suite à une catastrophe. jEuDi 9 DÉCEMbRE
15h00 — Nathalie Mongé MARDi 7 DÉCEMbRE
Adjointe scientifque HES — Enveloppes
15h00 — François Walter végétales et climat urbain
Historien, Professeur faculté des lettres Genève — 16h30 — Michael Jakob
L’avenir des catastrophes Professeur HES — Paysage et catastrophes
16h30 — Jean-Marc Zbinden 17h30 — Laurent Daune
Architecte au CICR — La santé publique en cas Professeur HES — Gestion des eaux pluviales en
d’urgence et son lien avec l’ingénierie; milieux construit
les différentes étapes d’une intervention 18h30 — Jessica Read
d’urgence Bureau Dreseitl (Ueberlingen, Singapore, Beijing,
Portland) — Gestion de l’eau et des risques en
milieu urbain -----
wORkSHOpS
avec B.Bouldin, J.Grisel, Y Vuarambon
lundi-mardi-mercredi et jeudi matin
accueil lundi 9h30
vendredi synthèse introduCtion pHilippE bONHôtE -----
General contexte
How disasters in general, wars, natural plagues, epidemics, earthquakes, foods or other consequences of climate
changes, along with all the negative so-called phenomena (terrorism, banditry, poor management of waste, pol-
lution) infuence how we think and conceptualize our built environment?
ar Gumentation
Wars and great natural plagues appear momentarily to touch regions remote from our own. r egional planning
of the territory and urban spatial planning actions have in common, what we call, operational optimization,
today, whether it is to compensate for the lack of housing, or to aim at a so called «2000 watts society « or to
improve urban transport. our cities, which look more like regions now, are no longer in a state of growth but in
reorganization. t herefore, they do not have to manage problems in extreme crisis or emergency situations. t hat
is to say, if one considers major fooding of the Seine in France in 2001, the case of new orleans in 2005 or more
recently the earthquake in a quila in italy, in Haiti, not to mention fres threatening cities like l os angeles or
athens, the list of sites which have been recently mainly devastated is already long, designating each time our
lack of preparation to integrate these risks as to how we conceptualize the construction and the management
of our environment.
HypotHe SiS
terrible phenomena observed in various regions of the world and requiring urgent interventions to limit the
consequences certainly have an indirect infuence on the way we think about our environment. our time mana -
gement is not the same, since it is rarely related to a state of emergency. But it is undeniable that taking account
of the requirements for protection against earthquakes, processing streams in anticipation of possible overfows,
measures against the risk of fre to mention some, are the elements that will increasingly infuence our way of
thinking and build our environment. if we are temporarily protected from very violent or serious plagues, we will
not be protected forever. consideration of these phenomena as such or through precise observation of actions
on the ground to repair the consequences should lead to an enrichment of our knowledge and resources in the
management of the urban facts and anticipate perhaps phenomena that can affect us in the near future. We
already face more tricky problems such as the management of our waste, pollution and the fght against any
other scourge. We know also that under urban planning we are forced to envisage very brief and focused actions
that have an optimal effect in time.
in return, a better comprehension of these phenomena could bring in some parts of the world a better unders-
tanding of sustainability. t his would apply under urgent or punctual circumstances towards which experiences
experimented in crisis management could be benefcial and useful in our regions.
tHe Geneva c ontext
Geneva is an international crossroads. t he presence of many governmental or non-governmental organisations
such as the icrc and other active groups in the feld for many years have helped Switzerland to gain experience
and knowledge in many domains, from medical care through assistance to people, and diplomatic action.
countless people working in these areas have transited through Geneva or even live there. among these are
many architects and engineers having acted with basic equipment for refugees; in setting up simple or sophis-
ticated hydrologic engineering sanitation facilities; the reconstruction of cities or neighbourhoods destroyed by
bombings, fre or natural disasters.
Despite these organisations providing for a permanent exchange of information - data in many areas ,which
are therefore relieved, listed and developed within academic institutions such as medical schools and Graduate
institute - this doesn’t seem to be the case for the building trade, whose protagonists are mostly dealing with
current practices.
it seems that there is a potential and an opportunity to re-unite these experiences and skills, to interrelate them
with other organisations and institutions in situ. Firstly to improve the understanding of these phenomena and
actions that have followed, and secondly to allow the transmission of specifc skills. tK introduCtion pHilippE bONHôtE -----
contexte Général
comment les catastrophes en général, les guerres, les féaux naturels, les épidémies, les tremblements de terre,
les inondations ou autres conséquences liées aux changements climatiques, de même que tous les phénomènes
dits négatifs (terrorisme, banditisme, mauvaise gestion des déchets, pollution) infuencent-ils notre manière de
penser et de conceptualiser notre environnement construit?
ar Gument
l es guerres et les grands féaux naturels ne semblent momentanément toucher que des régions éloignées des
nôtres. l es actions en matière d’urbanisme, d’aménagement du territoire et d’aménagement de l’espace urbain
s’apparentent, aujourd’hui chez nous, à des opérations d’optimisation qu’il s’agisse de palier simplement à un
manque, de tendre vers une société dite à « 2000 watts » ou d’améliorer le système de transports. nos villes, qui
se confondent désormais avec des régions, ne sont plus en état de croissance mais de réorganisation. elles n’ont
pour ainsi dire pas à gérer de problèmes en situation d’urgence ou de crise extrême. pour ainsi dire, car si l’on
considère les grandes crues de la Seine en France en 2001, le cas de la nouvelle orléans en 2005, ou encore plus
récemment le tremblement de terre à l’a quila en italie, en Haiti, sans parler des incendies menaçant des villes
comme l os angeles ou athènes, la liste des sites ayant subi récemment des dévastations importantes est déjà
longue, désignant à chaque fois notre impréparation à intégrer ces risques comme inhérents à notre manière de
conceptualiser la construction et la gestion de notre environnement.
HypotHèSe
l es phénomènes terribles observés dans diverses régions du monde et nécessitant des interventions urgentes
pour en limiter les conséquences ont certainement une infuence indirecte sur notre manière de réféchir à notre
environnement. notre gestion du temps n’est pas la même, devant rarement bâtir en état d’urgence. mais il est
indéniable que la prise en compte des exigences en matière de protection contre les séismes, le traitement des
cours d’eau en prévision d’éventuels débordements, les mesures contre les risques d’incendie pour n’en citer que
quelques unes sont chez nous des éléments qui vont infuencer chaque jour davantage notre manière de penser
et de construire notre environnement. Si nous sommes momentanément protégés de féaux très violents ou
graves, nous n’en serons pas protégés pour toujours. une prise en compte de ces phénomènes comme tels ou à
travers une observation précise des actions menées sur le terrain pour en réparer les conséquences doit mener
d’une part à un enrichissement de nos connaissances et moyens dans la gestion des faits urbains et anticiper
peut-être sur des phénomènes pouvant nous toucher dans un proche avenir. nous avons déjà à nous préoccuper
de problèmes plus sournois comme la gestion de nos déchets, la pollution, et la lutte contre tout autre féau.
nous savons aussi déjà qu’en matière d’urbanisme nous sommes déjà contraints à penser des actions extrême -
ment brèves et concentrées ayant le maximum d’effet dans le temps.
en retour une meilleure compréhension de ces phénomènes pourrait apporter dans certaines régions du monde
une prise en compte de critères de durabilité, même dans l’action urgente ou à vocation éphémère, alors que les
expériences dans la gestion de crise peut être extrêmement bénéfque et utiles dans nos régions.
le contexte GenevoiS
Genève est un carrefour international.
la présence de nombreuses organisations internationales, gouvernementales ou non gouvernementales, la pré -
sence en Suisse du cicr et de groupes d’actions actifs sur le terrain depuis de nombreuses années a permis d’ac -
cumuler une expérience et un savoir faire dans tous les domaines, des soins médicaux en passant par l’assistance
à toutes personnes jusqu’à l’action diplomatique.
un nombre incalculable de personnes actives dans ces domaines ont transité par Genève ou y vivent. parmi cel-
les-ci fgurent de nombreux architectes et ingénieurs ayant agi soit dans l’installation et l’équipement de camps
de réfugiés ou de personnes déplacées, dans l’installation d’équipements simples ou sophistiqués de génie hy-
drologique et d’assainissement, à la reconstruction de villes ou de quartiers détruits par des bombardements,
par le feu ou une catastrophe naturelle.
Si la présence proche des grandes organisations permet un échange permanent d’information et de données
dans de nombreux domaines, relayées, reprises et développées dans le cadre d’institutions universitaires comme
les facultés de médecine ou le Graduate institute, cela ne semble pas être le cas pour les métiers de la construc-
tion, dont les protagonistes sont pour la plupart retournés dans les pratiques courantes.
il semble qu’il y ait un potentiel et un gain à réunir ces expériences et ces compétences pour les mettre en re-
lation avec les autres organismes et institutions déjà constituées, pour d’une part améliorer la compréhension
de ces phénomènes et les actions qui les ont suivies et d’autre part permettre une transmission de ces savoirs
spécifques.the disaster: a state oF nature pAtRiCk bERGER
-----
a natural DiSa Ster Ha S al Way S Been conSiDereD in tHe pa St a S an exceptional State, an ex -
pre SSion oF tHe GoDS ’ WratH or an unpreDictaBle pHenomenon. no WaDay S, We muSt interpret
a DiSa Ster otHer WiSe: it iS a State oF nature anD oF our pHy Sical WorlD . Since tHe oriGinS ,
tHe city Ha S oBeyeD tHe Same la WS to Become, aFter eacH reor GaniS ation, an eluSive Form
For tHe men WHo maDe it.
Knowledge of the world, human settlements and material cultures, given the representation that we attribute
to our current state, causes discomfort the most immediate expression of our vision of heritage as combination
of psychological and administrative protection and conservation of things. We reject all the nuances of the idea
of crisis. to defend oneself in the midst of widespread hostility is the meaning that can be given to this heritage
vision, reaction, dealing with the knowledge without a desire to use it. Knowledge built on the protection of ma-
terial culture cities helps little to suggest new urban forms. meanwhile, through the eyes of heritage and urban
rules, architecture reaches a tangible status through the ever-greater technique of its programmes, as if to defy
here what could be misunderstood there.
t he same philosophy guides the institution and the associations on a changing scale to save entire sites. From
the architectural object to the geographic space, the questions and the answers remain the same. t he goal is
not to question the emergency solutions which have no immediate alternatives. But one has to admit that these
solutions represent a certain threat because it is impossible to foresee the limits of patrimony. if the history of
such behaviour highlights the preservation of the collective memory of a nation, the choices made nowadays are
not ruled by the state but by the citizens who claim the protection of their sentimental history. on the one hand
are the roots of home and country and on the other is the accumulation of human production (J.-ml.leniauD).
t he halfway is the present concern, and the end result is the fruit of a convention and the result of a decision.
t he move, which could be without limits, is based on a blur, the ignorance, and even hostility to conventions. t his
because everything is in competition with everything: the convention is erased by the opportunities. t he danger
is that the decisions lead to unequal consequences. concerning architecture, urban or landscaping, classifed
operations are just a means to save excellence of the past and to avoid its destruction by fnancial appetites.
t hey become totems faced to the dynamic nature of spaces. t he false idea of equilibrium to protect the power of
decision becomes an ethno-cultural taboo. it has no value for itself but only for the that it represents.
everything is frozen. maybe the time of legacy reversibility has come. new limits are no more in the legitimacy
of the choices but rather in the saturation of spaces against the demographic press, in the fling, the destruction,
the blotting out of testimony. t his is not new; people during the r enaissance were confronted to such situation.
l egacy is an utopia which is diluted in the reality it has created.
t he limits of the patrimony raise another question that is never mentioned because we are seized by this phi-
losophy of the equilibrium as a state of durability which in fact destroyed the equilibrium we want to protect,
the natural catastrophe (J.-p.Dupuy). to develop the scientifc knowledge of the nature and to understand its
behaviours is not enough. a volcanic eruption, fooding, earthquakes, cyclones are parts of our environment as
much as the human achievements.
t he dramatic situations created by these natural manifestations make us consider them as hostile values. t his is
the opposite of our planning philosophy aimed at pacifying nature. Geophysical violence is irrepressible, moving
and unexpected, the opposite of the static approach characterizing architecture and the city.
one has to understand that the sensitive and violent aggressions of nature, named natural catastrophes, are only
catastrophic for humans and not for the earth.
t hese manifestations shouldn’t be seen through the eyes of the social subject only, but from the aspect of a
world to live in and the new nature to be built around it. natural events change permanently and irrevocably.
t hese are the aspects that have never been taken into account in the built-up environment because scientifc
knowledge was not good enough. t here is a paradox conviction that luck will steer away from catastrophes and
the total belief in the power of technique which can eradicate risk.
one should meditate over the near-religious faith over design, frstly as combat, then as a victory over nature.
t his submissive and rebellious behaviour towards the fts of the nature have a pagan base, as if the God of tellu -
rium had survived, unexpected and discrete, in the face of nature itself.
if until then civil engineering, entrenched in the ideologies of progress, let believe and in a certain way proved
that it could be the instrument of a victorious confrontation with nature, it is today in a situation of competence.
at the same time it reveals the vanity of this vision and it permits the analysis of new ways to address confron-
tation, resistance, in the theories of articulation of movement, against all forms and physical demonstrations of
nature. it is thus not a new natural opposition/culture which is created but another relation in which the dialectic
of the past becomes a metabolisation of the future. an attitude has emerged as a way of confronting the history
of architecture and the laying of a new city concept. la Catastrophe: un état de nature
pAtRiCk bERGER-----

cata StropHe naturelle a tou JourS été conSiDérée comme un état exceptionnel. expre SSion
De la colère DeS Dieux ou pHénomène impréviSiBle, au JourD’Hui nouS DevonS l’interpréter
autrement: elle e St un état Générateur De la nature et De notre monDe pHy Sique. DepuiS le S
oriGine S, la ville a oBéi aux même S loiS JuSqu’à Devenir, à cHaque réor GaniS ation, une Forme
écHappant aux Homme S qui l’ont F aite.
l es connaissances acquises sur le monde, sur les établissements humains et les cultures matérielles, en regard
de la représentation que nous donnons de notre état actuel, provoquent un malaise dont l’expression la plus im-
médiate est notre vision du patrimoine comme combinaison psychologique et administrative de la protection et
de la conservation des choses. nous déclinons toutes les nuances de l’idée de crise. Se défendre au milieu d’une
hostilité généralisée est le sens que l’on peut donner à cette vision patrimoniale qui, par réaction, s’occupe des
acquis sans désir d’opérativité. r eporté à nos préoccupations, le savoir construit sur la protection de la culture
matérielle des villes aide peu à penser les nouvelles formes urbaines. en même temps, vision du patrimoine et
règles d’urbanisme allant administrativement à l’amble, malgré son désir de contextualité, l’architecture s’ob-
jetise à travers la technicité toujours plus grande de ses programmes, comme pour conjurer ici ce qu’elle ne
comprend plus là-bas.
la même philosophie guide l’institution et les associations dans le changement d’échelle pour sauvegarder des
sites entiers. De l’objet architectural à l’espace géographique, ce sont les mêmes inquiétudes et les mêmes ré -
ponses. S’il ne s’agit pas de remettre en cause les solutions d’urgence qui n’ont aucune alternative dans l’immé-
diat, il faut aussi leur reconnaître une dangerosité certaine parce qu’on ne voit pas bien les limites possibles de la
patrimonialisation. Si l’histoire de cette attitude met en lumière l’idée de conserver ce qui contribue à la mémoire
collective d’une nation, les choix d’aujourd’hui ne semblent plus réellement faits par l’etat mais par les citoyens
qui revendiquent la protection de tout ce qui contribue à leur histoire sentimentale. D’un côté, les pénates de
la patrie, de l’autre l’impossible amoncellement de toutes les productions humaines [J.-m. léniauD]. c’est de
l’entre-deux qu’il est dorénavant question, et la nécessaire sélection qui s’opère est le fruit d’une convention, le
résultat d’une décision.
l e mouvement, que nous craignons sans limite d’application, est fondé sur le fou, la méconnaissance, voire
l’hostilité à la convention. il est compris comme tel parce que tout est en concurrence avec tout: la convention
disparaît sous les opportunités. la dangerosité tient à ce que les décisions sont d’inégale conséquence. pour l’ar-
chitecture et la ville comme pour les paysages, si les opérations de classement sont une manière de sauver l’ex-
cellence du passé et d’arracher à la destruction par les appétits mercantiles, ce sont des objets et des espaces
qui sont ainsi totémisés, s’opposant par nature dynamique des espaces. l ’idée factice d’un équilibre à protéger
omnipuissante dans la décision, une sorte d’ethno-tabou culturel. la chose ne vaut plus tant pour elle-même que
pour l’équilibre est censée représenter. tout se fge. peut-être le temps de la réversibilité patrimoniale se dessi-
ne-t-il: les nouvelles limites ne sont plus dans la légitimité des choix mais plutôt, saturation des espaces contre
pression démographique, dans le déclassement, la destruction, la mise en ombre du témoignage. l es hommes de
la r enaissance se sont déjà trouvés dans cette situation. l e patrimoine est une utopie qui tout naturellement se
dilue dans la réalité qu’elle suscite.
l es limites de la patrimonialisation supposent une autre face d’interrogation dont on ne parle jamais, saisis que
nous sommes par cette philosophie de l’équilibre comme état durable: la prise en compte de ce qui justement
déséquilibre ce que nous souhaitons protéger, la catastrophe naturelle [J.-p. Dupuy]. il ne sufft pas de dévelop -
per la connaissance scientifque de la nature et tenter de la modéliser pour comprendre ses phénomènes sans
en tirer les conséquences. un volcan en éruption, des inondations, des tremblements de terre, des cyclones,
font partie du patrimoine mondial au même titre que les établissements humains remarquables. Simplement, les
drames qui sont à la clef de leurs manifestations les ont fait mettre au compte des valeurs hostiles, le contraire
de notre philosophie actuelle de l’aménagement qui œuvre, croit-on, à la pacifcation de la nature. ces violences
géophysiques sont irrépressibles, mouvantes et inattendues, le contraire de l’immobilité phénoménologique du-
rable que nous désirons pour caractériser l’architecture et la cité.
il faut comprendre que les formes sensibles et violentes par lesquelles se manifeste la nature, et que nous dé-
nommons à tort catastrophes naturelles, sont seulement catastrophiques pour l’homme, non pour la terre. elles
sont à considérer non du point de vue du seul sujet social et psychologique, mais du point de vue du monde à
vivre, de la nouvelle nature à construire. l es choses naturelles se transforment de façon permanente et irréver-
sible. ce sont ces aspects-là que nous n’avons jamais pris en compte dans le développement construit, parce que
les connaissances scientifques n’étaient pas suffsantes, mais surtout par l’effet de convictions paradoxales qui,
d’un côté, comptent sur la chance pour échapper aux catastrophes, confortées en cela par le caractère excep-
tionnel des évènements, et d’un autre côté ont une foi absolue en la puissance de la technique dans son pouvoir
d’élimination des risques. il y a à méditer dans cette façon quasi religieuse de penser les grands travaux, d’abord
comme une lutte, ensuite comme une victoire contre la nature. il y a, dans l’attitude strictement culturelle de
soumission et de rébellion à ces «sautes d’humeur de la nature», comme un fond de paganisme, comme si quel-
que dieu du tellurisme survivait, inattendu et discret, dans la nature même de cette nature «machiniquement
affrontée».
Si jusqu’alors le génie civil, pris dans les idéologies de progrès, laissait croire et d’une certain façon prouvait qu’il
pouvait être l’instrument d’un affrontement victorieux avec la nature, il se trouve aujourd’hui en situation de
compétence, à la fois pour découvrir la vanité de cette vision et lui permettre d’analyser de nouvelles voies qui
retournent l’idée d’affrontement, de résistance, en principe d’articulation de mouvement, avec toutes les formes
et manifestations physiques de la nature. ce n’est donc pas une nouvelle opposition nature/culture qui se met
en place mais une autre relation dans laquelle la dialectique du passé devient une métabolisation du futur. un
point de vue est né en même temps qu’une façon de faire l’histoire de l’architecture et la mise en espace d’une
autre idée de la cité. paris n’a Jamais été inondé
ROlAND b ARtHES - ExtRAit DE MytHOl OGiES -----

malgré les embarras ou les malheurs qu’elle a pu apporter à des milliers de Français, l’inondation de janvier 1955
a participé de la Fête, plus que de la catastrophe.
D’abord, elle a dépaysé certains objets, rafraîchi la perception du monde en y introduisant des points insolites et
pourtant explicables: on a vu des autos réduites à leur toit, des réverbères tronqués, leur tête seule surnageant
comme un nénuphar, des maisons coupées comme des cubes d’enfants, un chat bloqué plusieurs jours sur un ar-
bre. tous ces objets quotidiens ont paru tout d’un coup séparés de leurs racines, privés de la substance raisonna-
ble par excellence, la terre. cette rupture a eu le mérite de rester curieuse, sans être magiquement menaçante:
la nappe d’eau a agi comme un truquage réussi mais connu, les hommes ont eu le plaisir de voir des formes mo-
difées, mais somme toute «naturelles», leur esprit a pu rester fxé sur l’effet sans régresser dans l’angoisse vers
l’obscurité des causes. la crue a bouleversé l’optique quotidienne, sans pourtant la dériver vers le fantastique;
les objets ont été partiellement oblitérés, non déformés: le spectacle a été singulier mais raisonnable.
toute rupture un peu ample du quotidien introduit à la Fête:or, la crue n’a pas seulement choisi et dépaysé cer-
tains objets, elle a bouleversé la cénesthésie même du paysage, l’organisation ancestrale des horizons: les lignes
habituelles du cadastre, les rideaux d’arbres, les rangées de maisons, les routes, le lit même du feuve, cette sta -
bilité angulaire qui prépare si bien les formes de la propriété, tout cela a été gommé, étendu de l’angle au plan:
plus de voies, plus de rives, plus de directions; une substance plane qui ne va nulle part, et qui suspend ainsi le
devenir de l’homme. le détache d’une raison, d’une ustensilité des lieux.
l e phénomène le plus troublant est certainement la disparition même du feuve: celui qui est la cause de tout
ce bouleversement, n’est plus, l’eau n’a plus de cours, le ruban de la rivière, cette forme élémentaire de toute
perception géographique, dont les enfants, justement, sont si friands, passe de la ligne au plan, les accidents
de l’espace n’ont plus aucun contexte, il n’y a plus de hiérarchie entre le feuve, la route, les champs, les talus,
les vagues terrains; la vue panoramique perd son pouvoir majeur, qui est d’organiser l’espace comme une juxta-
position de fonctions. c’est donc au centre même des réfexes optiques que la crue porte son trouble. mais ce
trouble n’est pas visuellement menaçant (Je parle des photos de presse, seul moyen de consommation vraiment
collective de l’inondation) : l’appropriation de l’espace est suspendue, la perception est étonnée, mais la sensa-
tion globale reste douce, paisible, immobile et liante; le regard est entraîné dans une dilution infnie; la rupture
du visuel quotidien n’est pas de l’ordre du tumulte: c’est une mutation dont on ne voit que le caractère accompli,
ce qui en éloigne l’horreur.
a cet apaisement de la vue, engagée par le débordement des feuves calmes dans un suspens des fonctions et
des noms de la topographie terrestre, correspond évidemment tout un mythe heureux du glissement: devant
les photos d’inondation, chaque lecteur se sent glisser par procuration. D’où le grand succès des scènes où l’on
voit des barques marcher dans la rue : ces scènes sont nombreuses, journaux et lecteurs s’en sont montrés
gourmands. c’est que l’on y voit accompli dans le réelle grand rêve mythique et enfantin du marcheur aquatique.
après des millénaires de navigation, le bateau reste encore un objet surprenant: il produit des envies, des pas-
sions, des rêves: enfants dans leur jeu ou travailleurs fascinés par la croisière, tous y voient l’instrument même
de délivrance, la résolution toujours étonnante j’un problème inexplicable au bon sens: marcher sur l’eau. l ’inon-
dation relance le thème, lui donne pour cadre piquant la rue de tous les jours: on va en bateau chez l’épicier, le
curé entre en barque dans son église, une famille va aux provisions en canoë.
a cette sorte de gageure, s’ajoute l’euphorie de reconstruire le village ou le quartier, de lui donner des chemins
nouveaux, d’en user un peu comme d’un lieu théâtral, de varier le mythe enfantin de la cabane, par l’approche
diffcile de la maison refuge. défendue par l’eau même, comme un château fort ou un palais vénitien. Fait pa -
radoxal, l’inondation a fait un monde plus disponible, maniable avec la sorte de délectation que l’enfant met à
disposer ses jouets, à les explorer et à en jouir. l es maisons n’ont plus été que cubes, les rails lignes isolées, les
troupeaux masses transportées et c’est le petit bateau, le jouet superlatif de l’univers enfantin, qui est devenu le
mode possessif de cet espace disposé, étalé, et non plus enraciné.
Si l’on passe des mythes de sensation aux mythes de valeur, l’inondation garde la même réserve d’euphorie: la
presse a pu y développer très facilement une dynamique de la solidarité et reconstituer au jour le jour la crue
comme un événement groupeur d’hommes. cela tient essentiellement à la nature prévisible du mal: il y avait par
exemple quelque chose de chaud et d’actif dans la façon dont les journaux assignaient d’avance à la crue son jour
de maximum; le délai à peu près scientifque imparti à l’éclatement du mal a pu rassembler les hommes dans une
élaboration rationnelle du remède: barrages, colmatages, évacuations. il s’agit de la même euphorie industrieuse
qui fait rentrer une récolte ou du linge avant l’orage, lever un pont-levis dans un roman d’aventures, en un mot
lutter contre la nature par la seule arme du temps.
menaçant paris, la crue a pu même s’envelopper un peu dans le mythe quarante-huitard: les parisiens ont élevé
des «barricades», ils ont défendu leur ville à l’aide de pavés contre le feuve ennemi. ce mode de résistance
légendaire a beaucoup séduit, soutenu par toute une imagerie du mur d’arrêt, de la tranchée glorieuse, du rem-
part de sable qu’édifent les gosses sur la plage en luttant de vitesse contre la marée. c’était plus noble que le
pompage des caves, dont les journaux n’ont pu tirer grand effet, les concierges ne comprenant pas à quoi servait
d’étancher une eau que l’on rejetait dans le feuve en crue. mieux valait développer l’image d’une mobilisation ar-
mée, le concours de la troupe, les canots pneumatiques à motogodilles, le sauvetage «des enfants, des vieillards
et des malades», la rentrée biblique des troupeaux, toute cette fèvre de noé emplissant l’arche. car l’arche est
un mythe heureux: l’humanité y prend ses distances à l’égard des éléments, elle s’y concentre et y élabore la
conscience nécessaire de ses pouvoirs, faisant sortir du malheur même l’évidence que le monde est maniable.
Mythologies, r oland Barthes, éd. du Seuil, paris, 1957 paris not Flooded ROlAND b ARtHES – ExtRAC t FROM
MytHOl OGiES -----
t he Eiffel tower and Others Mythologies, r oland Barthes, (trad.. richard Howard), university of c alifornia press, 1997

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