ART DU SIGNE

De
Publié par

  • cours - matière potentielle : des dernières décennies du xiiie siècle
  • cours - matière potentielle : des débats
  • cours - matière potentielle : quatre séjours
  • cours - matière potentielle : du xiiie siècle
  • cours - matière potentielle : du xiiie siècle par diverses crises
  • revision
UNIVERSITÉ PARIS IV SORBONNE ÉCOLE DOCTORALE V CONCEPTS ET LANGAGES – ED 0433 ÉQUIPE D'ACCUEIL EA 3552 – MÉTAPHYSIQUE : HISTOIRES, TRANSFORMATIONS, ACTUALITÉ CENTRE PIERRE ABÉLARD T H È S E pour obtenir le grade de DOCTEUR DE L'UNIVERSITÉ PARIS IV SORBONNE Discipline : HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE Présentée et soutenue publiquement par : Constantin TELEANU le : 25 novembre 2011 ART DU SIGNE La réfutation des Averroïstes de Paris chez Raymond Lulle Sous la direction de : M. Ruedi IMBACH Professeur, Université Paris IV Sorbonne JURY : M. Olivier BOULNOIS Directeur d'études, École Pratique des Hautes Études Paris M. Jean-Baptiste BRENET Professeur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne M.
  • averroès suivant la glose littérale
  • sens agent contre maints philosophants
  • averroïstes
  • magistère des philosophants
  • averroïstes capitales
  • lulle
  • averroïste
  • facultés
  • arts
  • art
  • erreur
  • erreurs
Publié le : lundi 26 mars 2012
Lecture(s) : 36
Tags :
Source : paris-sorbonne.fr
Nombre de pages : 6
Voir plus Voir moins
UNIVERSITÉ PARIS IV SORBONNE ÉCOLE DOCTORALE V CONCEPTS ET LANGAGES – ED 0433 ÉQUIPE D’ACCUEIL EA 3552 – MÉTAPHYSIQUE : HISTOIRES, TRANSFORMATIONS, ACTUALITÉ CENTRE PIERRE ABÉLARD
T H È S E pour obtenir le grade de DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ PARIS IV SORBONNE Discipline : HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE Présentée et soutenue publiquement pa: Constantin TELEANU le : 25 novembre 2011
ART DUSIGNE La réfutation des Averroïstes de Paris chez Raymond Lulle
Sous la direction de : M. Ruedi IMBACH
Professeur, Université Paris IV Sorbonne
JURY : M. Olivier BOULNOISDirecteur d’études, École Pratique des Hautes Études Paris M. JeanBaptiste BRENETProfesseur, Université Paris 1 PanthéonSorbonne M. Ruedi IMBACHProfesseur, Université Paris IV Sorbonne M. Josep E. RUBIO ALBARRACÍNProfessor, Universitat de Valènci M. Peter WALTERProfessor, AlbertLudwigsUniversität Freiburg im Breisgau
POSITION DE THÈSE
2
. MOTIVATION Il s’agit de comprendre paquel mode dialectique Raymond Lulle († 1316) s’efforce de dissoudre la menace doctrinale desverroïstes de Paris – adversaires récents de Lulle qui héritent des erreurs de leurs ancêtres réfutés quelques décennies auparavant par Albert le Grand et Thomas d’Aquin –, puisqu’il ne dénomme aucun des philosophants de Paris qui sont accusés de nombreuses erreurs. La maïeutique habile de Lulle fait naître son opposant Averroïste de dame Contradictio, bien que ce ne soit qu’un bâtard qui observe contradictoirement tant Averroès que la croyance catholique. Mais Lulle assure que son Art maïeutique ne mutile pas la progéniture maudite de dame Contradictio, puisqu’elle ne s’enlaidit qu’à cause des erreurs philosophiques. Le visage de l’Averroïste devient difforme ou bicéphale. Il effraye Lulle tout autant qu’une hydre bicéphale des Facultés de Paris, puisqu’elle n’est pas moins autogène qu’autophage. Le glaive syllogistique de l’Art de Lulle peut abattre une telle hydre bicéphale qui dévore la croyance des philosophants de Paris, mais elle se nourrit pantagruelement de leurs erreurs. Le penchant littéraire de Lulle pouvait décrire métaphoriquement son affrontement avec la chimère de l’Averroïste, mais Lulle avertit que la métaphore n’engendre pas la certitude. Il fautonc qu’un Art de raisons nécessaires étaye la réfutation des erreurs averroïstes. Le temps de l’avènement de deux types divergents de philosophants –verroïste, Raymondiste – e s’annonce dans les Facultés de Paris au cours des dernières décennies du XIIIsiècle, mais il ne s’accomplit e vraiment qu’au début du XIsiècle. La présente recherche observe également la perspective de l’histoire du lullisme à l’horizon de l’aurore produite par le jaillissement du courant averroïste. La question de e e l’averroïsme desII I sièclescaptive encore depuis E. Renan, mais elle reste une des plus litigieuses dans l’histoire intellectuelle du Moyen Âge, en dépit de l’avancement historiographique moderne. Le litige e doctrinal éclate davantage au sein des Facultés de Paris, parce qu’aucune censure du XIIIsiècle n’aboutit à l’interdiction ni des auteurs ni de leurs opinions censurées. Il n’est pas encore éteint lorsqu’un philosophe du royaume de Majorque, Raymond Lulle, reprend la réfutation des erreurs averroïstes – pendant son ultime voyage de Paris ent e 13091311 – contre lesquelles il rédige une trentaine de traités dont la plupart réfutent diverses listes de thèses philosophiques censées contredire la théologie positive. C’est la dernière étape du cheminement philosophique de Lulle aux environs des Facultés de Paris, mais elle est à notre avis la plus importante. C’est pourquoi Lulle se détourne de la conversion des infidèles de l’Islam, afin de convaincre maints lettrés des Facultés de Paris que leurs opinions sont erronées. La vision de Raymond e Lulle sur la résurgence des Averroïstes de Paris au début du XIsiècle apparaît dépeinte en une teinte très particulière. On constate d’abord que Lulle évite consciemment toute mention de noms des auteurs réfutés. Il recueille seulement leurs erreurs. Le philosophant de Paris – hypostase réelle de l’Averroïste imaginaire – inquiète Lulle, puisqu’il désapprouve la théologie démonstrative qui fournit des raisons nécessaires aux articles de théologie positive. Le travail de restauration de l’Art de Lulle dans cette thèse se propose de suivre en détail chaque opuscule de Lulle qui réfute diverses erreurs des philosophants de Paris – dénommés finalement Averroïstes –, puisqu’elles sont constamment répertoriées par Lulle en quelques listes abrégées. Notre recherche entre d’abord en dialogue immédiat avec la plupart des traités de Lulle – abondamment cités –, mais évoque aussi de nombreuses autorités de l’historiographie lullienne non sans contredire diverses positions qui n’en sont pas justifiées. Le plus substantiel des quatre séjours de Lulle auprès des Facultés de Paris accomplit la réfutation démonstrative des erreurs averroïstes. Il décrit bien en quel type de controverse Lulle se rapporte aux lettrés des Facultés de Paris contre lesquels il dispute sur nombre de questions tant théologiques que philosophiques. La dispute anéantit presque toute intention de dialogue. La fin principale des agissements de Lulle contre la mince école des Averroïstes consiste en une entente des Facultés de Paris qui doit être syllogistique, sinon même mystique. La plupart des listes rédigées par Lulle sont analysées en rapport aux positions similaires du système de l’Art, bien qu’elles n’aient été défendues auparavant par Lulle qu’à l’encontre des infidèles mozarabes. La cohérence systématique des opuscules de Lulle établit que chacune des listes hérite de diverses erreurs éparpillées par Lulle dans l’ensemble de son système encyclopédique. Mais Lulle ajoute également des erreurs qui sont spécifiquement averroïstes.
3 Le dépistage du filig ane averroïste des erreurs des philosophants de Paris ne s’accomplit qu’à l’issue de l’analyse minutieuse des ouvrages de Lulle qui abrègent diverses listes composées des erreurs réfutées. Le filigrane guide Lulle jusqu’à la demeure assombrie de l’Averroïste, bien que Lulle erre souvent aux sentiers des infidèles. Ce dépistage nécessite quelque travail de restauration qui se sert moins des outils de l’historiographie que des instruments de l’Art de Lulle qui reconstituent une effigie assez fidèle de l’Averroïste sans détruire son archétype réel. On doute que Lulle s’assoit sereinement devant son opposant verroïste afin de débattre des erreurs qui agitent la zizanie des Facultés de Paris, puisqu’il manque de patience au cours des débats. Il s’empresse de réduire en cendres la demeure de l’Averroïste, supplie Clément V, Philippe le Bel ou quelque évêque de Paris – Étienne Tempier mourût inopportunément trente années avant que Lulle regagne dernièrement Paris – pour interdire Averroès ou le lignage averroïste.
B. PRÉSENTATIONDU SUJET
Le début des investigations de l’affrontement de Lulle avec la faction des Averroïstes de Paris date de e l’aube de l’historiographie lullienne. Le grand lulliste du XVIIIsiècle, A. R. Pasqual, investigue d’abord en quel mode Lulle réfute diverses erreurs averroïstes, même s’il ne mentionne pas quels lettrés des Facultés de Paris étaient leurs tenants. Quelques notes introductives éclaircissent brièvement en quel point s’arrête la diversification des investigations de la dernière étape parisienne de Lulle, ensuite la réintégration de l’Art de contemplation en Dieu dans une étape quaternaire, enfin en quel mode Lulle accède aux Facultés de Paris au cours de quatre séjours. Le catalogue de l’ensemble des”uvres de Lulle doit inclure son Art de contemplation en Dieu au début de l’étape quaternaire, puisqu’il constitue la base doctrinale de toute variante ultérieure. Le début du magistère de Lulle dans les Facultés de Paris atteste qu’il avait acquis son titre demagister artiumpour lequel Lulle luimême témoigne en quelques occasions. La corroboration des preuves tant directes qu’indirectes permet de conclure – contre diverses contestations historiographiques – que Lulle devient exceptionnellement maître des Facultés de Paris sans suivre le parcours habituel des artiens. I. Comment Lulle définitil son Art en tant qu’Art du Signe suprême ? Il ne s’agit pas tant des signes de l’alphabet de son Art que du Signe par lequel Dieu impose des significations aux actes des dignités divines. La vérifaction des raisons nécessaires de Lulle dépend du Signe suprême –Verita– qui signifie que tout article de théologie positive s’avère aussi intelligible que crédible. Le départ consiste en une réévaluation de l’attachement de Lulle aux valeurs spirituelles de la vraie philosophie –vera philosophiaqui traverse la tradition des Pères de l’Occident catholique, mais que Lulle défend contre la fausse philosophie. La réception historiographique de l’Art de Lulle n’est pas exempte de malentendus assez persistants. La révision de ces malentendus s’impose par le travail de restauration du noyau authentique de l’Art de Lulle afin de ne pas corrompre toute son empreinte historique. Il faut exclure de l’historiographie lullienne tout montage de l’Art de Lulle comme machine logique ou mécanique rationnelle. On doute du rationalisme de Lulle, puisqu’il s’écarte de tout rationalisme averroïste. La machine logique – invention des Modernes – ne dérive de l’Art de Lulle qu’à travers Francis Bacon, Descartes ou Leibniz sans omettre tant d’épigones du lullisme encyclopédique. Le système de l’Art du Signe suprême se déploie tant en une échelle de l’être des sujets universels qu’en un Arbre de savoirs. Il s’étend aux significations des vestiges issus de l’Art de Dieu, bien que Lulle n’invente pas une grammaire spéculative, mais son propre Art de significations. Aussi Lulle ne recherchetil pas une langue universelle hors du latin. II. Le magistère des prédicateurs du Moyen Âge ne connaît pas avant Lulle la dimension argumentative des raisons nécessaires. Mais Lulle renouvelle la méthode de prédication par le renfort de son rt de raisons nécessaires. Il fonde son Art de prédication en vue de la conversion démonstrative des infidèles. La découverte de la puissance affative démontre d’abord qu’il y a une sixième puissance sensitive, ce que n’admettaient ni Aristote ni Averroès plus qu’aucun des lettrés des Facultés de Paris, de même qu’elle agit en tant que sens agent de paroles. Ainsi Lulle rattachetil la question de l’existence du sixième sens à l’investigation du sens agent qui se prolonge jusqu’à l’aube des temps modernes. Il se mêle aux débats qui opposent Barthélemy de Bruges et Jean de Jandun, mais il soutient qu’un sixième sens désigne la puissance affative. Le sens agent éminent n’est que la puissance affative. Certes, Lulle utilise son Art de prédication contre tout philosophant de Paris qui défie la théologie positive. Il défend une existence tant de la puissance affative que du sens agent contre maints philosophants de Paris qui doutent du sixième sens ou considèrent
4 qu’un objet sensible meut toute puissance sensitive, puisqu’elle n’est pas agente. On constate que Lulle réfute d’abord Aristote, mais il s’attaque finalement aux objections de Barthélemy de Bruges contre la puissance affative. Il se peut que Lulle méconnaisse qu’Averroès dénie toute existence du sixième sens, mais Jean de Jandun mentionne la puissance affative sans admettre quelque sixième sens contre lequel il invoque la plupart des objections déployées par Aristote et Averroès, même s’il avoue qu’un sens agent existe en chaque branche de l’arbre des sens particuliers. La puissance affative découverte par Lulle ne diffère pas de la puissance interprétative –entia interpretativa– admise par Albert le Grand et Thomas d’Aquin après Aristote, bien que Lulle déclare qu’aucun des anciens – inclusivement Aristote – ne connaît la puissance affative. Il faut entendre que Lulle ne s’efforce pas de défendre une existence du sens agent contre Jean de Jandun, mais contre Barthélemy de Bruges ou quelque philosophant de Paris qui estime qu’Averroès n’admet aucun sens agent, ce que Barthélemy de Bruges soutient d’abord contre Jean de Jandun, bien que celuici allègue qu’Averroès ne réfute pas toute existence du sens agent, même s’il n’y apporte aucune preuve décisive. Le débat du sens agent devient averroïste, parce que tant Barthélemy de Bruges que Jean de Jandun se disputent le sens des gloses d’verroès, mais ils interprètent différemment la plupart des gloses rushdiennes. III. En novembre 1309, Lulle regagne Paris après Montpellier et Avignon, puisqu’il constate que Clément V ne s’engage pas à défendre la croyance par le renfort syllogistique de l’Art, mais il espère que Philippe le Bel s’associera aux actions apologétiques de Lulle censées exclure Averroès ou son émule e verroïste des Facultés de Paris secouées au cours du XIIIsiècle par diverses crises. Il rédige d’abord une variante mystique de l’Art par laquelle il doit dissoudre la dissension des Facultés de Paris entre lesquelles la concorde doit être syllogistiquement conclue. C’est pourquoi Lulle n’écarte pas la vraie philosophie de la théologie positive. La théologie démonstrative de Lulle conjugue les savoirs dominants des Facultés de Paris, tandis qu’un Averroïste s’efforce de disjoindre la philosophie de l’emprise des autorités de théologie positive, puisqu’il considère qu’aucun philosophant n’intellige quelque article de foi.ussitôt, Lulle infère aisément la contradiction de l’attitude des philosophants de Paris qui suivent Aristote ou Averroès, tandis qu’ils se déclarent fidèles catholiques. Mais Lulle évite la querelle averroïste des habitus –fide,intellectus – entre lesquels il rétablit une même convenance que celle admise par Augustin d’Hippone ou Anselme de Cantorbéry dont Lulle s’inspire souvent pour conclure que tout article de foi s’avère tant intelligible que crédible. La théologie démonstrative de Lulle ne supplante pas la théologie positive, même s’il avoue qu’un usage de l’Art de raisons nécessaires convertit quelque infidèle plutôt qu’une simple allégation des articles de théologie positive. La théologie positive demeure chétive sans la théologie démonstrative. Il compose des syllogismes nécessaires, mais ils sont déduits des dignités de Dieu –dignitates sive rationes Dei– entre lesquelles Lulle conçoit une équiparence parfaite qui ne diffère pas de celle des transcendantaux. On constate que Lulle généralise la conversion des transcendantaux, afin que toutes les dignités divines se convertissent au sujet de Dieu tout autant qu’entre ellesmêmes. Ainsi Lulle élargitil la vision médiévale des transcendantaux afin de décrire la figure A des principes de l’Art par la conversion parfaite de leurs signifiés réels. IV. Le propos de Lulle de parfaire la conversion des infidèles mozarabes connaît des débouchés inattendus. Ainsi Lulle saisitil que maints philosophants de Paris s’abreuvent aux erreurs des infidèles. Il s’adonne à la conversion des philosophants de Paris pervertis par Averroès, mais Thomas d’Aquin avait saisi avant Lulle qu’Averroès accomplit la perversion de l’intellect, donc celle contre laquelle Lulle prépare son fort remède noétique des raisons nécessaires. Le mode de l’agir immédiat de Dieu étaye la définition théologique de la toutepuissance de Dieu, mais il offusque la puissance de l’intellect des philosophants de Paris qui ne peuvent pas comprendre en quel mode Dieu agit miraculeusement sans aucun intermédiaire. En échange, Lulle défend d’abord la toutepuissance de Dieu ou la vigueur infinie –vigor infinita–, ce qu’Averroès ne conteste qu’à l’égard du Premier Moteur qui n’aurait une vigueur infinie qu’en une durée éternelle. Il ne peut pas admettre que Dieu aurait une essence impuissante ou oisive. La censure de l’évêque Tempier saisit qu’un des articles condamnés dénie la vigueur infinie de Dieu, mais Lulle ne découvre qu’à Paris qu’une des pires erreurs diffusées au sein des Facultés de Paris –d Deus non est infiniti vigori. – indique bien quel philosophant de Paris côtoie Averroès jusqu’à être décrit par Lulle comme Averroïste catholique. Cependant, Lulle ne mentionne Averroès qu’en décembre 1309, mais il saisit qu’Averroès étaye la dialectique des philosophants de Paris qui n’arguent naturellement qu’à partir des sensations ou des phantasmes –naturaliter ex sensatis […], ex imaginatis– sans admettre que la philosophie s’élève
5 jusqu’à l’échelon intelligible de points transcendants. Il évite de conclure que tout article de théologie positive s’avère inintelligible, sinon chimérique. . Le système encyclopédique de l’Art de Lulle envisage longtemps une réforme de l’ensemble des arts libéraux ou même mécaniques. Ce n’est qu’à Paris que Lulle rénove compendieusement tant la métaphysique que la physique. Le fondement de la métaphysique neuve de Lulle se constitue des principes de son Art ou des dignités de Dieu, puisqu’il s’insère dans la tradition médiévale des dignités reprise par e Boethius, Alain de Lille, Nicolas d’Amiens et les écoles de logique du XIIsiècle qui découvrent que la signification logique des dignités se prête à l’usage théologique. La théologie positive s’affermit ainsi du renfort dialectique des axiomes ou des dignités par lequel Lulle détermine – aussi bien qu’Albert le Grand, Thomas d’Aquin ou Bonaventure – que la théologie positive acquiert une assise scientifique. Il semble que Lulle préfère la signification métaphysique des dignités, même s’il ne néglige pas son aspect dialectique. Il importe que Lulle distingue son Art tant de la métaphysique que de la logique, puisqu’il saisit que leurs objets sont différemment investigués. La métaphysique neuve de Lulle traite tant de l’agir que de l’étant en tant qu’étant, puisqu’elle renouvelle bien son objet, ce qu’aucune des métaphysiques médiévales n’accomplit avant Lulle, n’ayant pas des principes tant agents qu’existants. Aussi Lulle renouvelletil la physique qui change des principes naturels du Stagirite afin de ne pas contredire la métaphysique neuve ou la théologie démonstrative. La rénovation lullienne tant de la métaphysique que de la physique atteste que Lulle n’approuve ni la métaphysique ni la physique des philosophants de Paris, puisqu’elles ne peuvent pas rejoindre la théologie positive sans être écartées de leurs erreurs inspirées par Aristote ou Averroès, mais Lulle parachève ainsi la refonte des savoirs de son système encyclopédique. I. Le versant éthique de l’Art de Lulle égale son sommet métaphysique ou dialectique. Le début de l’étape quaternaire de son Art montre que Lulle s’en réfère aux principes absolus en tant que vertus. C’est pourquoi Lulle s’intéresse également aux questions éthiques qui ne sont pas moins litigieuses que celles métaphysiques ou logiques. Il aborde la prédestination sans admettre qu’elle se détourne du libre arbitre. La prédestination s’éclaircit intelligiblement soit dans les branches de l’arbre de prédestination soit dans les cases de quelque figure circulaire de l’Art quaternaire dont Lulle conçoit dialectiquement une figure des termes opposés. Il faut admettre qu’un Art de prédestination surgit d’abord du système de l’ rt de contemplation en Dieu, puisqu’il établit la plupart des opinions de Lulle censées rejoindre la prédestination du libre arbitre. Le thème préoccupe toujours Lulle jusqu’aux dernières années de son magistère missionnaire. Le sauvetage intelligible tant de la prédestination que du libre arbitre préoccupe souvent Lulle qui enseigne son Art de prédestination aux laïcs ainsi qu’aux lettrés des Facultés de Paris qui méconnaissent la prédestination, puisqu’ils considèrent qu’elle doit être disjointe du libre arbitre. II. Le magistère de Lulle dans les Facultés de Paris échoue totalement entre 12871289, mais Lulle fournit ensuite des outils adéquats aux puissances de l’âme afin de dissoudre leurs défauts naturels. La puissance de l’intellect jouit du renfort de l’Art noétique –rs inventiva veriti–, mais par lequel Lulle ne corrige en 1290 la faiblesse de l’intellect des philosophants de Paris qu’au lendemain de l’échec de son magistère. Le système de l’Art noétique de Lulle suppose tantôt deux –sensualitate,intellectualitatetantôt trois échelons de points transcendants –sensibile,imaginabile,intelligibile–, mais Lulle saisit qu’un philosophant de Paris ou son opposant Averroïste n’aboutit qu’à l’échelon des sensations ou des phantasmes, puisqu’il écarte de son intellect la croyance. Le défaut de croyance de l’Averroïste affaiblit son intellect de sorte qu’il ne s’élève pas jusqu’à l’échelon intelligible des pures intellectualités. Il n’appréhende intelligiblement aucun article de croyance. Le mythe des vérités opposées ne surgit pas de l’accusation tenue par Lulle contre son opposant Averroïste, bien que Lulle constate qu’une contradiction foncière des erreurs de l’Averroïste dérive de son attitude duplicitaire par laquelle il juge inintelligible ce que la croyance assume comme crédible. La supplication de Raymond s’adresse seulement aux autorités des Facultés de Paris qui doivent défendre tout article de théologie positive contre la noétique pervertie des philosophants de Paris, mais Lulle s’aperçoit qu’aucune des autorités de Paris ne s’empresse de joindre leurs décisions officielles aux raisons nécessaires de son Art noétique. Le magistère des philosophants de Paris affaiblit la croyance, puisqu’ils préfèrent suivre Averroès plutôt qu’une des autorités de théologie positive. Mais Lulle redirige son Art de raisons nécessaires contre Averroès, puisqu’il discerne que la plupart des erreurs de l’Averroïste resurgissent des commentaires rédigés par Averroès suivant la glose littérale. Il ne réfute vraiment Averroès qu’en juillet 1310, puisqu’il rédige une brève liste qui dénombre seulement une dizaine des erreu s capitales du grand maître arabe. Le recueil ne s’arrête qu’aux erreurs censées contredire la
6 croyance catholique. Aussi Lulle saisitil qu’Averroès inspire la faction des philosophants de Paris qui ne sont pas moins réfutés par Lulle qu’Averroès, leurs erreurs étant bien similaires. III. La refonte de la logique du Stagirite intéresse davantage Lulle, puisqu’il constate qu’Aristote invente une logique inférieure qui ne suffit pas aux démonstrations des articles de théologie positive. La théologie positive n’acquiert pas une assise scientifique indestructible par la logique du Stagirite, puisqu’aucun des lettrés du Moyen Âge n’admet qu’Aristote fournit des démonstrations –opter quid, opter quia– qui démontrent quelque article de foi. On ne s’étonne pas que Lulle s’éloigne des lettrés du Moyen Âge qui n’estiment que la syllogistique opinative du Stagirite, bien qu’elle ne puisse pas défendre la croyance. Il partage avec Abraham Aboulafia la conception de la logique supérieure, bien qu’il n’approuve pas que celleci désigne la kabbale. Il allègue qu’Aristote n’aboutit qu’à des syllogismes dialectiques ou topiques. Mais Lulle dépasse Aristote pace qu’il y ajoute des syllogismes nécessaires composés des propositions qui dérivent des dignités de Dieu, puisqu’elles sont premières, vraies ou nécessaires. On peut admettre que Lulle ne méconnaît ni la syllogistique du Stagirite ni la dialectique médiévale des fallacies. Néanmoins, Lulle ne se confond pas avec les colporteurs des autorités, qu’elles soient anciennes ou médiévales. Il invente souvent des outils dialectiques.insi Lulle accroîtil son arsenal de moyens dialectiques censés résoudre toute dispute, mais il s’éloigne du genre de la dispute scolastique vaine. La finalisation de la dispute doit induire la conversion de son adversaire. C’est ainsi que Lulle invente d’abord la démonstration issue de l’équiparence des dignités de Dieu –demonstratio potissima–, rénove ensuite la méthode des syllogismes démonstratifs avant de parfaire une sorte inconnue de fallacies –fallacia aimundi–, mais ce n’est qu’à Paris que Lulle utilise son Art des fallacies de Raymond par lequel il réfute quelques erreurs averroïstes capitales. Le piégement des philosophants de Paris par le maniement habile de l’Art des fallacies de Raymond occasionne bientôt une mention de l’épithète –Averroista– par laquelle ils sont ensuite indistinctement dénommés. IX. La lecture minutieuse des détails de chaque opuscule des tomes IIIde la collectionaimundi ulli Opera Latinamontre que Lulle rédige constamment diverses listes des erreurs réfutées. Il recueille des erreurs diffusées soit par le magistère des philosophants de Paris soit par Averroès, mais il n’indique aucune e censure ou collection anonyme des erreurs censurées au cours du XIIIsiècle, bien que nombreuses erreurs resurgissent des ouvrages de Lulle rédigés avant son ultime voyage de Paris, même s’il modifie parfois leurs énoncés. Il s’avère que Lulle évite de lire Averroès ou quelque Averroïste de Paris, sans méconnaître toutefois leurs opinions réfutées. Le constat que Lulle ne mentionne aucun nom des philosophants de Paris, outre qu’il évite aussi toute désignation de l’Averroïste jusqu’en décembre 1310, ne suggère pas qu’il méconnaît quels lettrés des Facultés de Paris peuvent être dénommés Averroïstes avant de confondre leurs erreurs sous une même épithète générique. On peut conclure que Lulle s’aperçoit que son opposant verroïste se rapproche davantage de Jean de Jandun, puisqu’il saisit que bon nombre des ereurs de l’Averroïste peuvent être dérivées des commentaires du maître averroïste. Le patronyme de l’Averroïste désigne toute une école adverse de Lulle, bien qu’il n’ait pas une référence vide, puisqu’il ne se réfère qu’aux erreurs réelles. Le caractère laïc de la philosophie devient aussi objet de dispute, mais il dépend plutôt du magistère autonome des philosophants de Paris que de l’Art de Lulle, parce que Lulle n’enseigne pas une philosophie laïque, même s’il surgit de la caste des illettrés.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.