Caractérisation de la charge et de l'expression du virus d'Epstein-Barr dans les cancers du sein Modulation de l'expression de gènes cellulaires sous l'effet de l'infection in vitro par l'EBV dans des cellules épithéliales mammaires

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MINISTERE DE LA JEUNESSE, DE L'EDUCATION NATIONALE ET DE LA RECHERCHE ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES Sciences de la Vie et de la Terre MEMOIRE Présenté Par Melle Florence LEFEU Pour l'obtention du diplôme de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes Caractérisation de la charge et de l'expression du virus d'Epstein-Barr dans les cancers du sein Modulation de l'expression de gènes cellulaires sous l'effet de l'infection in vitro par l'EBV dans des cellules épithéliales mammaires Soutenue le 15 septembre 2005 devant le jury : Président : M Jean-Claude GLUCKMAN Examinateur : M Bruno CANQUE Examinateur : Mme Irène JOAB Rapporteur : M Jean-Marc GUINEBRETIERE Laboratoire Agents transmissibles non conventionnels EPHE (Sciences de la Vie et de la Terre) Directeur : M Dominique DORMONT Laboratoire Immunologie et Immunothérapie des cancers EPHE (Sciences de la Vie et de la Terre) Directeur: M Jean-François JEANNIN Laboratoire de Pharmacologie Expérimentale et Clinique (INSERM EMI 0334) Directeur : Pr Fabien CALVO RESUME EPHE Banque de Monographies SVT 1

  • transport du génome viral dans le noyau

  • technique de rt-pcr semi-quantitative

  • modèle de cellules épithéliales

  • cellule

  • charge virale

  • pcr polymerase

  • ebv

  • virus d'epstein-barr


Publié le : jeudi 1 septembre 2005
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MINISTERE DE LA JEUNESSE, DE L’EDUCATION NATIONALE ET DE LA RECHERCHE  ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES  Sciences de la Vie et de la Terre  MEMOIRE  Présenté Par  Melle Florence LEFEU  Pour l’obtention du diplôme de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes  Caractérisation de la charge et de l’expression du virus d’Epstein-Barr dans les cancers du sein   Modulation de l’expression de gènes cellulaires sous l’effet de l’infectionin vitropar l’EBV dans des cellules épithéliales mammaires  Soutenue le 15 septembre 2005 devant le jury :   Président : M Jean-Claude GLUCKMAN  Examinateur : M Bruno CANQUE  Examinateur : Mme Irène JOAB  Rapporteur : M Jean-Marc GUINEBRETIERE   Laboratoire Agents transmissibles non conventionnels EPHE (Sciences de la Vie et de la Terre)  Directeu : M Dominique DORMONT r   Laboratoire Immunologie et Immunothérapie des cancers EPHE (Sciences de la Vie et de la Terre)  Directeur: M Jean-François JEANNIN   Laboratoire de Pharmacologie Expérimentale et Clinique (INSERM EMI 0334)  Directeur : Pr Fabien CALVO   RESUME
  Le virus d'Epstein-Barr (EBV) est unherpesviridaelymphotrope et épithéliotrope, qui est potentiellement oncogène pour ces deux types cellulaires. Il est l'un des rares virus humains à être étroitement associé au développement de tumeurs. Sa présence dans les tumeurs du sein a été détectée par PCR conventionnelle par Labrecqueet al.(1995) Luqmaniet al.(1995), Bonnetet al. (1999) et Finaet al. (2001) avec des fréquences respectives de 20 à 40%, 51 % et 31,8 %. Notre étude s’est portée sur deux points : la quantification du génome de l’EBV dans les carcinomes mammaires et l’étude des gènes modulés par l’EBV dans les cellules épithéliales mammaires. Résultats: Nous avons montré par la technique de PCR quantitative en temps réel que le virus était présent dans environ 47 % des carcinomes mammaires étudiés avec une charge virale faible. Après étude par PCR quantitative en temps réel de microdissections de tumeurs du sein, il nous est apparu que cette charge virale était hétérogène à l'intérieur même de la tumeur. Ces résultats montrent que même si une tumeur à une charge virale globalement faible, il existe à l’intérieur de cette tumeur des foyers de cellules épithéliales tumorales infectées par l’EBV. Il a déjà été montré que certaines protéines de l’EBV étaient capables d’induire l’expression de gène codant pour des protéines intervenant dans les cancers et notamment les cancers du sein. C’est pour cette raison que nous avons voulu étudier la modulation,in vitro, de l’expression de gènes ayant un rôle dans la formation des tumeurs et la progression tumorale dans un modèle de cellules épithéliales mammaires infectées par l’EBV. La technique du macroarray, réalisée dans notre laboratoire, nous a permis de cibler 29 gènes parmi 1179 gènes mis en cause dans les cancers. La modulation de l'expression de ces gènes a été étudiée par la technique de RT-PCR semi-quantitative et les résultats ont montré que l'infection de cellules épithéliales mammaires par l'EBV entraînait une variation de l'expression de gènes intervenant dans la progression tumorale. Conclusion: L’EBV est présent dans environ la moitié des biopsies de cancer du sein étudiées dans une fraction des cellules épithéliales tumorales. De plus, l’EBV est capable de moduler, in vitro, l'expression de gènes importants dans les tumeurs et plus particulièrement dans le cancer du sein, dans un modèle de cellules épithéliales mammaires infectées ou non par ce virus. L’EBV serait donc capable de jouer un rôle dans la progression du cancer du sein.  Mots-clés:du sein, charge virale, modulation de l'expression, progressionvirus d'Epstein-Barr, cancer tumorale               
Table des matières
Liste des figures 4  Abreviations 9  Introduction 10  A.Le virus d’Epstein-Barr  I.              La famille desherpesviridae 10et le virus d’Epstein-Barr I.1. La famille des herpès 10 I.2. Structure du virus 10 I.3. Génome viral de l’EBV 10 I.4. Polymorphisme du génome viral 12  II.             14Pathologies associées au virus d’Epstein-Barr II.1. Primo-infection et mononucléose infectieuse 14 II.2. EBV et lymphoproliférations 15 2.1. Lymphome de Burkitt 2.2. Lymphoproliférations chez les patients immunodéprimés 2.3. Maladie de Hodgkin 2.4. Lymphomes T II.3. EBV et atteintes épithéliales 18 3.1. Pathologie non tumorale : la leucoplasie orale chevelue 3.2. Le carcinome du nasopharynx 3.3. Le carcinome gastrique 3.4. Pathologies tumorales de type lympho-épithélial 3.5. Autres pathologies tumorales de type épithélial  II.4. EBV et atteintes non épithéliales 20  II.5. Conclusion 21  III.         Cycle biologique du virus d’Epstein-Barr 21 III.1. Transmission 21 III.2. Les cellules cibles de l’EBV 21  2.1. Les cellules cibles de l’EBV lors de la primo-infection  2.2. Les cellules « réservoirs » 2.3. Modèles d’études  III.3. Entrée du virus dans la cellule 25  3.1. Entrée du virus dans les lymphocytes B  3.2. Entrée du virus dans les autres types cellulaires  III.4. Différentes étapes du cycle infectieux dans les lymphocytes Bin vitro 26 4.1. Transport du génome viral dans le noyau 4.2. Latence et maintient du génome 4.3. Réactivation 4.4. Expression des gènes lytiques et amplification du génome viral  III.5. Expression virale pendant la phase de latence 30  5.1. Transcription du génome viral  5.2. Propriétés des différents gènes latents  III.6. Les différents programmes de latence 34   B.EBV et cancer du sein
 I.               36Organisation de la glande mammaire humaine I.1. Structure générale 36 I.2. Organisation histologique 36  II.            Cancer du sein : généralités 38 II.1. Biologie de la carcinogenèse mammaire 38 1.1.  Les hormones stéroïdes 1.2.  Les facteurs de croissance et leurs récepteurs 1.3.  Les oncogènes et les gènes suppresseurs de tumeurs II.2. Contrôle du développement tumoral 39 II.3. Classification histologique des tumeurs du sein 39 II.4. Les facteurs pronostiques 40  4.1. Les critères cliniques  4.2. Les facteurs histologiques  4.3. Les facteurs biologiques  III.          42Cancer du sein : données épidémiologiques III.1. Incidence et répartition géographique des cancers du sein 42 III.2. Les facteurs de risque 42  2.1. Les facteurs génétiques  2.2. Facteurs de risques hormonaux, environnementaux et alimentaires  IV.          Cancer du sein et virus 44 IV.1. Autres virus mis en cause 44 IV.2. Cancer du sein et EBV 45  2.1. Premières données  2.2. L’hypothèse d’une infection virale tardive  2.3. Premières études IV.3. Gènes, cancer du sein et EBV 48  C. 52Présentation du travail              Abréviations
  AEC– 3 – Ethyl – 9 – Carbazole  Amino CLE de type Lympho-Epithélial Carcinome CMH Complexe Majeur d’Histocompatibilité CMV CytoMégaloVirus CoxCyclooxygénase EBER – BarrEncoded RNA Epstein EBNA Epstein-Barr virus Nuclear Antigen EBV Epstein – BarrVirus EGF Growth Factor Epidermal EGFR Growth Factor Receptor Epidermal ER aux oestrogènes Récepteur gp glycoprotéine HHV Herpes Virus Human HISHybridationIn Situ HPGHistopronostic Grading HPRTHypoxantine Phosphoribosyl Transferase HPV PapillomaVirus Human HSV Herpes Simplex Virus IARC Association for Research on Cancer International IHCImmunoHistoChimie IRInternal Repeat LCL Lignée Cellulaire Lymphoblastoïde LMP Membrane Protein Latent MH Maladie de Hodgkin MMTVMouse Mammary Tumor Virus MNI MonoNucléose Infectieuse NPCNasopharynx Carcinoma ORFOpen Reading Frame PCR Polymerase Chain Reaction PR Progesterone receptor SIDA de l’immunodéficience humaine Syndrome TGF Growth Factor Transforming TR Terminal Repeat VIH Virus de l’immunodéficience humaine VZVVirus du zona et de la varicelle ZEBRA Z Epstein-Barr virus Replication Activator BamH1           A.  Le virus d’Epstein-Barr  
I.              La famille desherpesviridaeet le virus d’Epstein-Barr I.1. La famille desherpesviridae Le virus d’Epstein-Barr est classé dans la famille desherpesviridaehumains. Il s’agit d’un vaste ensemble qui comprend huit virus : les herpes simplex de types 1 et 2 (HSV1 et HSV2), le virus de la varicelle et du zona (VZV), le cytomégalovirus (CMV), le virus d’Epstein-Barr (EBV) et les herpes virus lymphotropes (HHV6, HHV7 et HHV8 associé au sarcome de Kaposi). Les herpesviridaesous-familles selon leurs propriétés biologiques, a (HSV1, répartis en trois  sont HSV2 et VZV), b (CMV, HHV6 et HHV7) et g (EBV et HHV8). Dans la sous-famille des gamma-herpesvirinae, le virus d’Epstein-Barr est classé dans le genre lymphocryptovirus (Kieff, 1996). Les virus de cette famille ont la propriété d’établir une infection latente leur permettant de persister à long terme dans les cellules « réservoirs » de leur hôte. La phase de latence peut être interrompue (phénomène de réactivation) pour produire de nouveaux virus infectieux, entrée dans le cycle lytique. Le cycle lytique est composé d’une succession ordonnée de phases de transcription/traduction. Les phases précoce et tardive sont respectivement définies comme les phases de transcription/traduction avant et après la réplication du génome viral. I.2. Structure du virus Les virus de la famille desherpesviridae enveloppés. L’enveloppe qui dérive de la sont membrane cellulaire, contient un nombre de glycoprotéines virales variable d’un virus à l’autre. L’EBV présente à sa surface plusieurs glycoprotéines d’enveloppe dont la gp350/220, les gp 85/25 et la gp 42 nécessaires à l’infection (cf.III.3). En plus de l’enveloppe, le virus est constitué : du tégument qui correspond à une structure protéique fibreuse, d’une capside protéique icosaédrique d’environ 100 nm de diamètre qui comprend 162 capsomères, et d’un core qui correspond à la structure contenant le génome viral. I.3. Génome viral de l’EBV En 1984, le génome de l’EBV a été entièrement séquencé à partir de la souche B95-8, lymphocytes B de marmouset infectés par l’EBV en primo-infection (Baeret al., 1984). Dans le virus, la molécule d’ADN double brin est sous forme linéaire et composée d’environ 172 kpb. Dans la cellule infectée, le génome viral est, dans la majorité des cas, sous forme épisomale et rarement intégré (Rickinson et Kieff, 1996). Des répétitions internes en tandem, « internal repeat » (IR1) s’intercalent entre deux régions uniques : « unique short » (US) et « unique long » (UL). D’autres séquences répétées courtes (IR2, 3 et 4) sont présentes dans la séquence unique UL. La digestion par l’enzyme de restriction BamHI a permis de cartographier le génome viral de la souche de référence B95-8 en fragments de restriction qui ont été classés de A à Z et de a à h en fonction de leur taille. Plus d’une centaine de phases ouvertes de lecture (ORF pour « Open Reading Frame ») ont pu être mises en évidence à partir de l’analyse de séquences. Elles sont répertoriées selon : (i) le fragment de restriction BamHI auquel elles appartiennent, (ii) le sens de transcription (L pour « Leftward » vers la gauche et R pour « Rightward » vers la droite), (iii) leur ordre dans le sens de transcription de ce fragment. Par exemple, BNLF1 correspond à une ORF présente dans le fragment de restriction BamHI N (BN), elle est transcrite vers la gauche (L) et il
s’agit de la première ORF situé dans BamHI N (F1). Sous sa forme linéaire, le génome viral est encadré par deux régions répétées directes, les répétitions terminales (TR) constituées d’un nombre variable de motifs de 500 pb suivant les souches virales. Les TR permettent au génome viral de se circulariser. Grâce au nombre de motifs dans les TR, il est possible de déterminer si l’infection virale est monoclonale ou polyclonale dans les différentes pathologies EBV-positives (Raab-Traub & Flynn, 1986). I.4. Polymorphisme du génome viral Le génome de l’EBV est un des plus gros génomes viraux connus à ce jour. Des variations de taille de plusieurs milliers de paires de bases sont observées selon les isolats. Le contenu en guanine et en cytosine (G+C %) de l’ADN viral est de 60 % environ ; il est donc très différent de celui des autresherpesviridae encore, comme le virus de la varicelle et du zona (43 % G+C) ou de l’Herpes simplex (71 % G+C). Une analyse nucléotidique détaillée montre que le génome viral contient plusieurs régions riches en séquences répétées (cf. I.3.). Si le nombre de répétitions dans les régions TR et IR est en moyenne stable pour une souche donnée, il varie selon les isolats et peut donc être utilisé à des fins épidémiologiques. Comme certaines des régions répétées codent des protéines virales, celles-ci présentent des différences de taille que l’on peut aisément mettre en évidence par les techniques classiques d’électrophorèse des protéines. Un autre type de polymorphisme, plus discret, a également donné lieu à un nombre important d’études fondamentales ou épidémiologiques ; le séquençage de génomes viraux d’origines distinctes montre qu’il existe plusieurs sites majeurs de variation dans le génome viral au sein des régions uniques. Ces variations ont permis de classer les souches virales en deux types, 1 et 2 (ou types A et B). Les différences observées entre les virus de types 1 et 2 touchent certains gènes de latence qui ont une activité biologique importante (EBNALP, EBNA2, 3A, 3B et 3C et les EBERs). Les différences les plus marquées ont été observées pour les protéines EBNA2 (47 % de divergence en acides aminés), 3A (16 %), 3B (20 %) et 3C (28%), les variations touchant EBNALP étant moindres. Même si les différences génétiques observées entre les EBV de types 1 et 2 sont reproductibles et significatives, elles ne sont en aucune mesure aussi marquées que pour les virusHerpes simplex de types 1 et 2 par exemple. Elles présentent cependant un intérêt biologique et épidémiologique, les souches de type 1 étant les plus fréquemment rencontrées chez les porteurs sains de l’EBV. Seuls 5 à 8 % des sujets sont porteurs du type 2, et cette prévalence pourrait s'élever à 20 % dans les zones de lymphome de Burkitt endémique. On suppose également que ces deux types viraux pourraient présenter des caractères biologiques et physiopathologiques distincts, les souches de type 2 induisant en général une prolifération lymphocytaire moins marquée. D’autres variants ont été associés aux NPC : le type C, qui est dépourvu du site BamH1 entre les régions BamH1 W1 et I, et le type f, qui possède un site BamH1 de plus dans le fragment BamH1 F (Lung et al., 1991). Le gène BNLF1, codant pour la protéine LMP1, issu d’une souche CAO passée dans la souris Nude (Huet al., 1991) et de biopsies de NPC de patients de Taiwan (Chen al. et différences montre également des variations basées sur des, 1992)
 
structurales et fonctionnelles de la protéine LMP1 (Huet al., 1993). Ces variations incluent : (i) des substitutions de plusieurs bases dans la région du promoteur et de la séquence codante ; (ii) des délétions de 30 paires de bases (del-LMP1) et 15 paires de bases et l’insertion de répétitions de 33 paires de bases dans la domaine C-terminal et (iii) la perte du site de restrictionXhoI (XhoI G-loss) résultant d’une mutaion®T en position 169 425 (Huet al., 1991). D’autres variations ont également été observées dans d’autres tumeurs associées à l’EBV (Knecht et al., 1993) et dans différentes lignées cellulaires (Miller al. et1994). Le gène BZLF1 code pour la, protéine ZEBRA qui intervient dans le cycle lytique de l’EBV. Une différence a été observée sur 8 acides aminés de la séquence de ZEBRA dans les lignées cellulaires B95-8, type Z95, et P3HR1, type ZP3. L’EBV trouvé dans des biopsies de NPC et des cellules du sang périphérique d’une population d’asiatiques présente principalement du type ZP3 (72 %) alors que 81 % des échantillons de tumeurs associées à l’EBV et de cellules de sang périphérique de populations d’Afrique du Nord et d’Europe présentent le type Z95. Grunewaldet al. (1998) ont trouvé que l’alanine 206 était remplacée par une sérine dans la séquence du type Z95 dans 72 % des biopsies de NPC de patients européens et d’Afrique du Nord.  II.            Pathologies associées au virus d’Epstein-Barr
II.1. Primo-infection et mononucléose infectieuse (Godshall & Kirchner, 2000) L’EBV est présent à l’état latent de manière endémique dans toutes les populations humaines : environ 90 % des individus adultes présentent des anticorps contre ce virus. La primo-infection par l’EBV a lieu généralement pendant l’enfance, le plus souvent sans manifestation clinique apparente. L’infection par l’EBV est d’autant plus précoce que les conditions d’hygiène sont précaires. Si la séroconversion est tardive, comme dans les pays développés, elle peut se traduire par la mononucléose infectieuse (MNI). La MNI survient majoritairement chez l’adolescent ou le jeune adulte entre 16 et 25 ans, avec une période d’incubation de 30 à 50 jours. C’est une maladie caractérisée par une prolifération polyclonale de lymphocytes B infectés suivie de l’apparition de grandes cellules T cytotoxiques spécifiques de l’EBV. L’évolution est favorable dans la plupart des cas même si des complications peuvent survenir dans de rares cas. L’infection chronique par l’EBV est rare et se distingue par une fatigue chronique et les symptômes sévères, chroniques ou récurrents de la MNI après la primo-infection par l’EBV d’une personne fragilisée. Cette infection présente un fort taux de mortalité par problèmes hépatiques, lymphomes ou septicémie. La maladie de Duncan, syndrome lymphoprolifératif lié au chromosome X ou syndrome de Purtilo, est une forme grave de primo-infection par EBV survenant chez les garçons présentant un déficit immunitaire héréditaire lié au chromosome X (Bolinoet al., 1998). II.2. EBV et lymphoproliférations 2.1 Lymphome de Burkitt Décrite en 1958 par Denis Burkitt, cette tumeur affecte les enfants d’Afrique Equatoriale
où elle sévit de façon endémique dans les régions impaludées. Ce lymphome se caractérise par une prolifération monoclonale de lymphocytes B responsable de manifestations cliniques variées (tumeurs de la mâchoire, des intestins et plus rarement des ovaires, des reins et des seins). L’étude cytogénétique des cellules tumorales a montré que dans tous les lymphomes de Burkitt, une translocation (8/14), ou moins fréquemment (8/2) ou (8/22), provoque la juxtaposition du protooncogènec-mycavec les gènes codant pour les immunoglobulines (Brooks, 1999). Le génome de l’EBV est présent dans 98 % des lymphomes de Burkitt endémiques, dans 15 % des cas sporadiques (Etats-Unis et Europe) et dans 30 à 40 % des cas chez les malades atteints du SIDA (Rickinson and Kieff, 2001). Dans ces 3 types, le génome viral est détecté dans toutes les cellules tumorales. L’expression restreinte des antigènes viraux (cf. II.6.) favoriserait la prolifération des cellules infectées, de manière indirecte, en les rendant moins accessibles au système immunitaire (Gregory al. et, 1988). La détection d’épisomes d’EBV monoclonaux dans les biopsies de lymphomes de Burkitt EBV positifs montre que l’infection par l’EBV précède la prolifération des précurseurs des cellules B (Neri al. et, 1991). Trois évènements paraissent importants pour la pathogénie du lymphome de Burkitt endémique : un état immunitaire lié au paludisme, un accident chromosomique (la translocation) et une primo-infection précoce par l’EBV (avant trois ans). Le potentiel oncogène de l’EBV dans cette pathologie a pu être mis en évidencein vitro. A partir de la lignée cellulaire EBV positive Akata, dérivée d’un lymphome de Burkitt, des cellules EBV négatives ont été isolées (Shimizu al. et, 1996). Ces cellules non infectées ont perdu certaines caractéristiques telles que la tumorogénicité chez la souris SCID et sont moins résistantes à l’apoptose (Komanoet al., 1998). Ces propriétés ont été restituées après réinfection par l’EBV démontrant ainsi son rôle d’oncogène (Shenget al., 2003). 2.2. Lymphoproliférations chez les patients immunodéprimés L’immunodépression observée notamment chez les transplantés ou chez les patients atteints du SIDA est un facteur de risque dans le développement de lymphoproliférations majoritairement de type B associées à l’EBV. Cependant, les cellules T sont nécessaires pour le développement de lymphoproliférations chez les souris SCID. Ceci suggère un rôle important des cellules T dans la croissance des cellules B dérivées de lymphoproliférations (Johannessenet al., 2000). - Chez les transplantés d’organe (Holmes & Sokol, 2002) Le risque de développement d’une lymphoprolifération est variable selon le tissu greffé, la nature et l’intensité du traitement immunosuppresseur. Le rôle de l’EBV dans leur pathogénie est étayé par le fait que le virus est détecté dans toutes les cellules et dans tous les cas (Timmset al., 2003). Même si les cellules B infectées expriment plusieurs antigènes viraux (cf. III.6), l’immunodépression liée au traitement favorise indirectement leur prolifération. Une régression de la masse tumorale peut être observée dans certains cas si l’immunodépression est réduite. - Chez les patients atteints du SIDA La plupart des personnes infectées par le VIH est infectée par l’EBV, et avec une immunodéficience progressive le nombre de cellules B infectées par l’EBV dans la circulation augmente (van Baarleet al., 2001) et peut développer des lymphomes dit opportunistes.
On distingue 3 sous-types de lymphomes chez ces patients : le lymphome de Burkitt associé à l’EBV dans 30 à 40 % des cas, les lymphomes diffus à grandes cellules dont 65 % sont EBV positifs et les lymphomes primitifs cérébraux qui sont tous associés à l’EBV (Brooks, 1999). L’analyse de l’expression de l’EBV a montré qu’il est à l’état latent et que les gènes exprimés peuvent être différents selon le type de lymphomes (cf. III.6.) (Hamilton-Dutoit et al., 1993). Dans certains cas un cycle réplicatif a été mis en évidence (Pallesen et al., 1991a). De plus, il semblerait que l’infection par l’EBV des lymphocytes du sang périphérique augmenterait la sensibilité de l’individu au VIH (Moriuchi & Moriuchi, 2003). - Chez les patients présentant un déficit immunitaire congénital Les patients porteurs des syndromes de Purtilo (XLP), Wiskott-Aldrich, Ataxie Télangiectasie, Chediack-Higashi développent plus fréquemment des lymphoproliférations de type B associées à l’EBV (Purtiloet al., 1992). 2.3. Maladie de Hodgkin (Flavell & Murray, 2000) La maladie de Hodgkin (MH) est caractérisée par une rupture de l’architecture du ganglion lymphatique avec une proportion importante de cellules apparemment normales et une minorité de cellules tumorales appelées cellules de Reed-Sternberg (RS). La classification des MH repose sur la proportion de lymphocytes environnant les cellules RS. Quatre types majeurs sont définis : modulaire (avec prédominance lymphocytaire : LP), scléronodulaire (SN), à cellularité mixte (MC), avec déplétion lymphocytaire (LD). La grande majorité des MH est classée dans les formes de types SN et MC. L’implication de l’EBV a été soupçonnée à partir d’études montrant que les patients ayant eu une MNI semblaient avoir un risque accru de développer une MH (Gutensohn & Cole, 1981). La présence du génome viral a été montrée dans la MH et plus précisément dans les cellules RS et parfois dans des lymphocytes. Il semble que le virus soit davantage détecté dans les formes de types MC (40 à 90 %) que dans les formes de types SN (10 à 30 %). Les cas de MH EBV positives sont davantage représentés dans les pays en voie de développement (IARC monograph, 1997). Le génome viral est détecté dans 90 % des MH chez les patients atteints du SIDA, tandis que chez les sujets immunodéprimés non-VIH, la MH est rarement observée. L’analyse de l’expression des gènes viraux a confirmé l’existence d’une infection latente dans la MH (Pallesenet al., 1991b) (cf. II.6.). Des études récentes ont montré que la présence du virus serait un facteur de meilleur pronostic notamment pour la réponse aux traitements (Nareshet al. peu de différences cliniques entre les MH, 2000). Toutefois, EBV positives et négatives sont décrites, ce qui suggère un mécanisme commun dans la pathogénie. Le rôle de l’EBV repose sur plusieurs observations. Le génome viral est présent dans toutes les cellules RS de manière clonale suggérant que l’infection virale a eu lieu de façon précoce dans le développement tumoral (Brousset al. et l’EBV est détecté dans les RS au moment du diagnostic, il est, 1993). Lorsque retrouvé la plupart du temps dans les rechutes (Brousset al. et, 1994). Cependant, une étude a montré qu’une rechute peut être EBV négative malgré une tumeur initiale présentant les mêmes critères histologiques mais EBV positive (Delecluse et al. suggère que l’EBV, 1997). Ceci pourrait jouer un rôle à un stade précoce de la maladie puis être perdu dans certains cas.
Il pourrait y avoir réactivation de l’EBV dans cette pathologie. En effet, il a été montré une élévation du taux d'anticorps dirigés contre les protéines virales dans les mois précédants la maladie (Muelleret al., 1989). Le génome viral préférentiellement détecté, par la technique de est PCR, dans les sérums des patients atteints d’une MH EBV positive (Gan et al., 2002). Cette virémie serait corrélée à une augmentation des anticorps anti-protéine virale précoce ZEBRA. 2.4. Lymphomes T Les lymphomes T périphériques représentent un groupe hétérogène à localisation extra-nodale ou intra-ganglionnaire. L’EBV a été détecté dans environ 10% des lymphomes T de patients immunocompétents. La présence du virus serait un facteur de mauvais pronostic (d'Amore et al., 1996). De rares cas de lymphomes T sont associés à l’EBV chez les immunodéprimés. Les lymphomes T/NK (Natural Killer) à localisation nasale sont les plus fréquemment associés à l’EBV et correspondent à une prolifération tumorale extra-ganglionnaire très fréquente en Asie et plus rare en Occident. L’EBV est détecté par HIS (HybridationIn situ) dans tous les cas et dans toutes les cellules tumorales quel que soit l’origine géographique des patients (Chang & Weiss, 1996). La plupart des lymphomes T associés à l’EBV sont extra-nodaux et ont un phénotype cytotoxique (Brink al. et pathologie, 2000). La clonalité du génome viral dans cette suggère que le virus n’est pas inerte. De plus, il est possible d’obtenir des lymphocytes T humains présentant certaines caractéristiques de transformation après leur infection par l’EBV (Groux et al., 1997). II.3. EBV et atteintes épithéliales  3.1. Pathologie non tumorale : la leucoplasie orale chevelue (Webster-Cyriaque et al., 2000) La leucoplasie orale chevelue est une infection observée au cours de l’infection par le VIH. Cette pathologie est un cas unique d’infection productive chronique de cellules épithéliales par l’EBV. En effet, dans les cellules infectées, une réplication active du virus a pu être mise en évidence (détections de génomes viraux linéaires et de protéines du cycle lytique). Le cycle lytique du virus évolue avec l’état de différenciation des cellules épithéliales de la langue. Une expression des gènes latents a pu être détectée dans les cellules épithéliales infectées.  3.2. Le carcinome du nasopharynx (NPC) Cette tumeur se développe dans le tissu épithélial qui garnit l’espace situé en arrière du nez. Trois types histologiques sont définis : le type I (formes différenciées avec production de kératine extracellulaire), le type II (formes peu différenciées non kératinisées), le type III (formes non différenciées). Le NPC est une tumeur de l’adulte avec un pic d’incidence vers 40-50 ans. Il existe un autre pic vers 15 ans dans les pays d’Afrique du Nord et d’Europe. Les hommes sont plus touchés que les femmes (3 pour 1). C’est une pathologie rare dans le monde (0,5 à 2 cas/ 100 000 personnes/an). Cependant, des zones de forte incidence (Chine du Sud : 30 à 60 cas / 100 000 personnes/an) ou d’incidence intermédiaire (chez les esquimaux d’Alaska et du Groenland et dans le pourtour méditerranéen : 8 à 12 cas / 100 000 personnes/an) sont décrites (Dolcetti & Menezes, 2003).
Les NPC sont les premiers carcinomes à avoir été associés à l’EBV. Il a été détecté dans
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