Chers Collègues, Mesdames, Messieurs, C'est un plaisir pour moi d ...

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  • cours - matière potentielle : des siècles
C. Périer-D'Ieteren - Académie – introduction aux cours du 6 octobre 2011 - 1. Chers Collègues, Mesdames, Messieurs, C'est un plaisir pour moi d'ouvrir ce cycle de conférences sur la conservation-restauration du patrimoine, c'est aussi un honneur au vu des personnalités qui ont accepté de prendre la parole, autant d'amis de longue date que je remercie de tout cœur d'être présents. Je voudrais, en guise d'introduction aux trois leçons, mettre brièvement en évidence ce qui les relie et avant tout préciser ce qu'on entend par conservation et restauration du Patrimoine en rappelant ce qui différencie les actions évoquées par
  • histoire de la restauration des vitraux au xxe siècle
  • double respect de l'authenticité et de la lecture sensible du témoignage artistique
  • école de restauration de peintures
  • lumière des attitudes interventionistes du xixe siècle
  • peintures murales du xixe siècle au rijksmuseum d'amterdam
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  • restauration
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Source : www2.academieroyale.be
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Chers Collègues, Mesdames, Messieurs, C’est un plaisir pour moi d'ouvrir ce cycle de conférences sur la conservationrestauration du patrimoine, c'est aussi un honneur au vu des personnalités qui ont accepté de prendre la parole, autant d'amis de longue date que je remercie de tout cœur d'être présents. Je voudrais, en guise d'introduction aux trois leçons, mettre brièvement en évidence ce qui les relie et avant tout préciser ce qu'on entend par conservation et restauration du Patrimoine en rappelant ce qui différencie les actions évoquées par ces deux termes. La conservation désigne toutes les mesures prises pour éviter qu'un Bien se dégrade en agissant sur l'environnement dans lequel il se trouve (conservation préventive) ou en agissant sur le Bien même afin de stopper l'altération en cours (conservation curative). La restauration, par contre, concerne les actions menées pour rendre aux Biens culturels leur lisibilité, leursens et la jouissance esthétique qu’ils apportent aux spectateurs. Si ,il est évident que les mesures de conservation sont prioritaires pour maintenir un patrimoine sain, on ne devrait en aucun cas écarter la restauration quand elle peut restituer l’aspect esthétique du Bien et aider à comprendre le message qu'il délivre. La décision d'intervenir doit donc tenir compte de ces deux composantes, ce qui n'est pas toujours le cas, la conservation préventive ayant prédominé ces dernières années, le volet restauration étant reporté souventpour des raisons budgétaires. La décision doit aussi s'appuyer nécessairement sur une étude préalable sérieuse menée par des professionnels de haut niveau issus d'horizons différents. Un dialogue interdisciplinaire entre spécialistes permettant un échange permanent d'hypothèses et de raisonnement est indispensable et c'est là que se situe l'apport croisé des sciences humaines et des sciences exactes. Le type et le degré d'intervention ne peuvent, en effet, être arrêtés que sur la base de données objectives généralement fournies par l'investigation scientifique et l’étude technologique mais les données doivent impérativement être interprétées dans une perspective humaniste éclairant l'histoire matérielle des Biens culturels, leur vécu par rapport à leur époque, au style dominant, au goût changeant, aux théories de l'art et aux nouveaux défis de société. Ainsi, l'état de l'Agneau Mystique nepeut être compris qu'à la lumière des "tribulations" que le polyptyque a connues et des traitements différenciés qu'il a subis au cours des siècles. La
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modification de l'état despeintures murales de Lascaux, appelle une prise de conscience du public menant à l’acceptation par celuici de la fermeture des grottes car c'est sous la pression du tourisme que s'est altéré l'environnement de ce trésor de la Préhistoire, resté stable pendant des millénaires. De même, l'histoire de larestauration des vitraux au XXe sièclene se comprend qu'à la lumière des attitudes interventionistes du XIXe siècle quandles restaurateurs, sous l'influence des idées de VioletleDuc, n'hésitaient pas à remplacer les calibres anciens par des neufs sans tenir compte du facteur d’authenticité. Ainsi la terminologie, l'étude préalable, la collaboration dans la prise de décision, la réception du Patrimoine au cours des siècles sont autant de sujets communs aux trois cours qui vous seront présentés. A ceuxci, il me reste toutefois à ajouter pour conclure deux réflexionsd’ordre plus général qui me semble être de la plus haute importance. La première réflexion concerne la conservationrestauration qui continue, malheureusement à ne pas retenir suffisamment l'attention des médias et du publicau sens large. La presse ne parle jamais que des interventions discutables ou mauvaises, alors qu'elle devrait plutôt entretenir régulièrement la société des actions en cours en la sensibilisant aux problèmes réels qui justifient l’intervention , en lui montrant l'apport du traitement et en lui expliquantla raison desléventuels changements d'aspect encourus par le patrimoine restauré. Ce dernier s'est certes rapproché de son état original mais ne l'a en aucun cas retrouvé!!! contrairement à ce qui est toujours écrit, car les matériaux le constituant ont vieilli. Un exemple d'actualité de ces articles à sensation, vides de vrais messages, est celui de la er restauration controversée duRetable d'IssenheimMatthias Grünewald deparu dans le Soir du 1 août qui, sous un titre aguicheur et incompréhensible:Pourquoi laver Maria,une restauration douteuseapprend que le retable a fait l'objet d'un allégement de vernis réalisée en quelques, nous jours alors que c'est une opération qui exige une longue étude préalable et une grande rigueur d'exécution. Le public est plus sensible à l'image qu'à la matière. Il faut donc lui apprendre à voir et le rendre conscient de la fragilité d'un Bien qui, négligé ou agressé, notamment lors de restaurations inadéquates, peut encourir des altérations irréversibles. C'est aussi le tromper que de lui présenter un patrimoine remis à neuf soidisant à l'identique mais en fait dans un état qui n'a jamais existé ou encore lui présenter des simulations de restauration à la Walt Disney qui plaisent parce que spectaculaires et colorées comme c'est le cas par exemple pour les sons et lumière de bien des sites patrimoniaux tel celui du portail polychroméde la cathédrale d'Amiens.
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Ma deuxième réflexion porte sur le niveau dequalité des conservateursrestaurateurs et partant de leur formation. La bonne conservationrestauration est un domaine le plus souvent mal perçu par le public mais malheureusement aussi par les responsables culturels insuffisamment formés à leur métier ou par les décideurs politiques n’hésitant pas à soumettre le Patrimoine aux banalisations de la société de masse. La conservationrestauration est le résultat d'un travail d'équipe interdisciplinaire dans lequel le rôle du restaurateur est essentiel puisque c'est lui le praticien qui intervient en final sur le Bien en usant à la fois de sa sensibilité artistique et de sa dextérité manuelle. Il doit donc être parfaitement formé et pour se faire avoir suivi des études longues et spécialisées qui lui apportent la connaissance des matériaux et la maîtrise de leur mise en œuvre. Or, il n'y a toujours pas en Belgique, malgré le document de Pavie édicté en 1997 qui établissait le Profil européen du restaurateur de Biens culturels, de reconnaissance officielle de la profession. Celleci est donc ouverte àtout un chacunles dérives qu'une telle situation entraîne, d'autant avec plus qu'il y a deux typesde formation, l'une qualifiée, longue et complète, l'autre non spécialisée. courte etinsuffisante. Les responsables d'un programme de conservationrestauration mettent donc le Patrimoine en danger lorsqu’ilschoisissent des restaurateurs qui ont eu une formation courte ou quifont appel aux seuls artisans qui n'ont pas le recul historique nécessaire mais qui sont moins chers sur le marché du travail,. Et je terminerai en citant une phrase de S. Bergeon, conservateur du Patrimoine en France, s'inspirant ellemême des idées de Paul Coremans et Paul Philippot :restauration n'est ni une "La réfection de type artisanal ni une expérience scientifique, ni une rénovationoublieuse de l'histoire, c'est un acte culturel subtil où les liens de l'œuvre d'art tant avec le passé qu'avec le présent doivent être rétablis dans le double respect de l'authenticité et de la lecture sensible du témoignage artistique. Une telle attitude exige un niveau supérieur de formation tant des restaurateurs que de leur partenaires".
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Je voudrais maintenant introduire nos conférencières Anne van Grevenstein Kruse et Hélène Dubois qui toutes les deux ont la double formation, encore trop rare, d'historien de l'art et de conservateurrestaurateur. Anne van Grevenstein est aujourd'hui professeur à l'Université d'Amsterdam et surtout elle dirigea à partir de 1987 une école de restauration de peintures internationalement renommée : le Stichting Restauratie Atelier Limburg (SRAL) à Maastricht, qui avait pour spécificité de former des historiens de l'art à la restauration. Elle a géré et coordonné un grand nombre de vastes chantiers de restauration comme celui des papiers peints du Palais Huis ten Bosch’s à La Haye, l'Orange zaal du Palais Royal de La Hayeou plus récemment les peintures murales du XIXe siècle au Rijksmuseum d'Amterdam et c'est fortede ces expériences à la fois de concepteur et de praticien d'un projet global de conservationrestauration, qu'il lui a été demandé de coordonner le programme de conservationrestauration de l'Agneau Mystiquenotamment endommagésuite à une mise en vitrine sécurisée en 1986. Hélène Dubois. Après sa licence en histoire de l'art à l'ULB elle travailla successivement dans une série d'institutions de restauration prestigieuses comme le Doerner Institut à Munich, le Kern Institute à Cambridge, le Getty Institute à Los Angeles avant de s'arrêter quelques années en Hollande en entrant comme restauratrice de peintures au SRAL à Maastricht. Revenue à Bruxelles, elle participe à l'étude scientifique et à la restauration des peintures de Rubens aux Musées royaux des BeauxArts de Belgique dans le cadre de l'exposition :Rubens l'atelier du Génieelle est engagée à l'IRPA comme conservateurrestaurateur attaché à l'atelier de ensuite, restauration des peintures. Hélène Dubois a fait des recherches approfondies sur l'histoire matérielle de l'Agneau Mystiqueet a participé à l'étude préalable de son état de conservation et aux mesures urgentes de conservation préventive. Ainsi, l'Agneau Mystique, l'œuvre peutêtre la plus prestigieuse de Van Eyck consacrée en 1432 dans la chapelle Veydt, du nom de son commanditaire, à la cathédrale StBavon à Gand, va vous être présenté sous une forme inédite par ces deux collègues qui l'ont côtoyé de très près. Vous verrez combienles méthodes d’investigation scientifique que j’ai à peine évoquées ici par manque de temps ont été d’un apport majeur dans la prise de décision pour les mesures à adopter en conservation restauration mais aussi pour approfondir les connaissances sur la genèse des compositions et la technique picturale du maître et de ses éventuels assistants. Mais je ne voudrais pas en dire davantage afin de ne pas déflorer le sujet.
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Je leur cède la parole….
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