Conférence : L'éthique éducative, l'écoute sensible et le « vivre ...

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27/05/11 1 Conférence : L'éthique éducative, l'écoute sensible et le « vivre ensemble » au XXIème siècle. René Barbier, Professeur émérite de l'université Paris 8, Centre d'Innovation et de Recherche en pédagogie de Paris (CIRPP)1 Résumé Peut-on dégager une logique interne qui permettrait de donner du sens à trois idées-forces reliées entre elles : l'éthique, d'éducation et le vivre ensemble, dans une approche sensible de la réalité individuelle et sociale ? C'est l'argumentation de cette conférence donnée par René Barbier à partir d'une expérience personnelle de sociologue, de philosophe
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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27/05/11 1


Conférence :
L'éthique éducative, l'écoute sensible et le « vivre ensemble » au XXIème
siècle.

René Barbier, Professeur émérite de l’université Paris 8, Centre d’Innovation et
1de Recherche en pédagogie de Paris (CIRPP)
Issm2007@yahoo.fr

Résumé
Peut-on dégager une logique interne qui permettrait de donner du sens à trois
idées-forces reliées entre elles : l’éthique, d’éducation et le vivre ensemble, dans
une approche sensible de la réalité individuelle et sociale ? C’est
l’argumentation de cette conférence donnée par René Barbier à partir d’une
expérience personnelle de sociologue, de philosophe, de poète, de chercheur et
d’enseignant universitaire de longue durée.


Introduction

Vouloir parler d’éthique est une gageure. Aujourd’hui, en effet, on discourt
beaucoup sur le sujet, souvent en confondant morale et éthique. La société
actuelle est une manne pour exhumer quantité de thèmes qui font problème à cet
égard. Certains auteurs, comme le Québecois Michel Metayer, réfléchissent
2
même à une argumentation appropriée à ce champ symbolique .
Beaucoup d’ouvrages ont été écrits sur la question de l’éthique. Mon propos

1 CIRPP, site web http://195.68.195.207/webCIRPP/index.jsp page vue le 17-04-2011
2 Michel Métayer, Petit guide d’argumentation éthique, Québec, PUF, 2011 27/05/11 2
n’est pas d’en faire la recension exhaustive. On en trouvera une très heureuse
synthèse dans le livre collectif « Question d’éthique contemporaine, sous la
3direction de Ludivine Thiaw-Po-Une, en 2006 .
Contrairement à la publicité actuelle, il ne suffit pas d' « ouvrir un Coca Cola
pour trouver du bonheur ». Je cherche plutôt dans cette conférence à argumenter
selon une logique interne à l’éthique, l’éducation et le vivre ensemble et en
4
fonction d’une approche transversale caractérisée par une écoute sensible .

L'économie de marché joue beaucoup sur les sentiments de paix et de sérénité,
de bonheur et de confort pour asseoir son hégémonie dans le monde.
La révolution éthique d'aujourd'hui consiste à remettre en question cette pensée
unique et quelque peu frauduleuse.

Un philosophe protestant contemporain Olivier Abel pense que l’éthique
« oscille entre le registre du « je » qui tente de penser ce qu’il éprouve et de
sentir ce qu’il fait, et celui du « nous », de l’engagement commun par lequel se
5font et se défont les communautés humaines ». Cette proposition me semble
juste.

Cet exposé vise à montrer cette cohérence interne à partir d'une conception
6philosophique fondée sur une vision non-dualiste de la réalité .

Pour cela nous devons revenir sur la conception de l'éthique, celle de l'éducation
et en fin de compte celle du vivre ensemble.


3 Ludivine Thiaw-Po-Une, s/dir, Questions d’éthique contemporaine, préface d’Axel Kahn,
Stock, les Essais, 2006, 1217 pages
4 René Barbier, l’Approche Transversale. L’écoute sensible en sciences humaines, Paris,
Anthropos,1997, 357 pages
5 Olivier Abel, voir son site WEB riche en textes en ligne http://olivierabel.fr/olivier-abel.html
6 La non-dualité, voir site web http://nondualite.free.fr/ page vue le 17-04-2011 27/05/11 3
1. De la morale et de l'éthique

Parler de l'éthique n'est pas si facile. Nous confondons trop souvent l'éthique et
la morale. Or une distinction est à faire et l'histoire de la notion de morale le
confirme.
La morale a suivi des acceptions différentes au cours des siècles.

Il me paraît évident que nous devons parler d'éthique réellement à partir du
XXIe siècle et de morale auparavant. Sur ce point, je reste dans les traces
philosophiques de Ludwig Wittgenstein. Dans sa « Conférence sur l’éthique », il
pensait que l’éthique est l’investigation générale de ce qui est bien, mais plus
encore, affirmait-il, « je pourrais avoir dit qu’elle est l’investigation de ce qui a
une valeur, ou de ce qui compte réellement, ou j’aurais pu dire encore que
l’éthique est l’investigation du sens de la vie, ou de ce qui rend la vie digne
7d’être vécue, ou de la façon correcte de vivre. » L’éthique naît du désir de
s’exprimer sur la quintessence de la vie, sur sa signification ultime., sur ce qui a
une valeur absolue. Elle ne saurait être une science. La science comme la morale
relève d’une dynamique des faits et non des valeurs. La morale est toujours liée
à un but recherché et comporte une fonctionnalité intrinsèque. Elle est toujours
relative à une société donnée, une époque, un système de rapport de force et de
sens entre groupes sociaux. Elle juge à partir d’un « devoir ». L’éthique est
radicalement différente. Le « bien », le « mal », le « beau », le laid » , ne sont
pas des faits mais expriment à travers des signes – des « chiffres » dirait Karl
Jaspers – une dimension transcendantale de l’existence humaine que l’on peut
reconnaître dans une perspective de « spiritualité laïque » à la manière d’André
8
Comte-Sponville . Sur ce plan, l’éthique ne peut être que complètement

7 Ludwig Wittgenstein, Conférence sur l’éthique, éditions Gallimard (1971), reprise dans
Folioplus philosophie, dossier par Julien Jimenez (2008), p.9
8 André Comte-Sponville, L’esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité dans Dieu,
Paris, Albin Michel, 2006, 220 pages 27/05/11 4
singulière et expérientielle, même si elle comporte l’expression de valeurs
humaines universelles en dernière instance. Elle fait partie, paradoxalement, de
ce dont on ne peut parler car nous n’aurons jamais les mots pour le dire. Nous ne
pouvons jamais dire vraiment pourquoi la vie fait sens. Mais si nous la vivons
ainsi, la vie est sens, un point c’est tout, tout le reste est broderie symbolique.

Épreuve donc impossible que de tenter d’en parler dans cette conférence. À
moins d’en parler à partir de moi-même en tant que sujet réflexif ouvert à la
complexité du monde.

Dès l'Antiquité grecque toutes les références essentielles en matière de
sotériologie, d'évolution des biens de salut, sont regroupées autour de la grande
notion de Cosmos. Les êtres humains de cette époque prennent conscience que
tout est relié en fonction d'un cosmos considéré comme harmonieux, doté d'un
9ordre qui s'impose à tous et en toute circonstance . Pendant tout un temps ce fut
l'adoption de dieux attribués à différents éléments du monde. C'était le temps du
panthéisme, des dieux multipliés et dépliés dans toutes les figures plus ou moins
extraordinaires. Temps de la dimension magico-religieuse de la vie. Puis vint
l'interprétation en terme de causalité naturelle. Tout était référé à la nature, les
dieux étant laissés de côté. Les philosophes ont pu parler de stoïcisme et
d'épicurisme.
Avec l'avènement du Christianisme, la référence devient celle d'un dieu unique
et créateur qui s'est fait chair et qui a institué le règne de la personne. Tout se
déplace d'une causalité extrinsèque vers une référence unique qui engage
l'avènement de la responsabilité individuelle face à un dieu qui a donné son fils
pour le rachat du péché des hommes. Ce n'est plus le cosmos comme totalité
indifférenciée qui devient l'axe de la morale mais la personne supposée séparée
d'un dieu d'amour et qui n'a pas su être à son image.

9 Luc Ferry, Qu’est-ce qu’une vie réussie ? essai, Paris, Grasset, 2002, 487 pages 27/05/11 5
La Renaissance, qui revoit la philosophie grecque de la sagesse, redécouvre la
valeur de la Raison. Avec la philosophie des Lumières, les Encyclopédistes
mettent en lumière l'importance d'un entendement qui peut donner l'explication
de ce qui existe. Le progrès devient un pôle inéluctable d'attente sotériologique.
En même temps, c'est le règne de la liberté qui s'affirme. Elle va animer la vie
économique et engendrer le plein essor du système capitaliste. Mais c'est
également l'époque de la montée de la Science comme valeur suprême qui va
devenir dominante au XIX et XXe siècle. On assiste ainsi à une évolution de
l'imaginaire social dans le monde moderne. C'est à la fois le développement de
la raison abstraite en philosophie et en science et celui de la sensibilité, à partir
de Jean Jacques Rousseau, et plus tard du Romantisme allemand et européen.
L'imagination active ouvre la voie de la créativité généralisée, nécessaire aussi
au régime économique dominant, qui va donner naissance aux extrêmismes
artistiques et poétiques sous la forme du surréalisme, du dadaisme, du lettrisme,
du situationnisme et encore de l'art moderne le plus bouleversant possible.

Mais face à la toute puissance de la liberté et de l'imagination active qui en
dépend, le libéralisme engendre aussi un système social inégalitaire et, au niveau
mondial, un colonialisme de bonne conscience de l'homme blanc. Le prolétariat
au XIXe siècle et jusqu'au milieu du XXe siècle s'organise et fomente des
révolutions, aidé par des penseurs révolutionnaires comme Marx, Engels,
Trotsky, Rosa Luxembourg, Lénine, Mao Tsé Toung, etc.
En même temps les contradictions du capitalisme et les dérives des révolutions
provoquent une série de guerres mondiales et de guerres secondaires qui vont
faire des centaines de millions de morts sur deux siècles.

À la fin du XXe siècle, plus personne ne croit aux grandes idées nobles et
universelles. imposées d'en haut, par des dominants sûrs d’eux-mêmes, qui sont
empêtrés dans des affaires de corruption de plus en plus souvent. Même les 27/05/11 6
droits de l'homme sont mis en question par des critiques malveillants sous le
qualificatif négatif de « droits de l’hommisme ».

L’être humain cherche désormais en lui-même les raisons de se soutenir. Il doit
porter toute sa misère sur son propre dos. Il entre dans la fatigue d'être soi
10
(Alain Ehrenberg) et subit toutes les déprimes car les valeurs de dépassement
de soi semblent s'être volatilisées.

La morale devient artificielle et les jeunes gens désocialisées des banlieues ne se
trompent guère. Les leçons de morale ne sont plus reçues et l'incivilité se
développe à grande vitesse avec son cortège de violence gratuite et d’exigence
de satisfaction immédiate. Les enseignants de toute catégorie y perdent leur latin
d'autant plus qu'aucune réelle formation propre à notre temps ne leur est fournie.
Des philosophes comme Dany-Robert Dufour, dans son livre « le divin
11marché » , les décrivent comme des hordes d'égo-grégaires uniquement
préoccupés d'intérêts narcissiques et mercantiles, soumis à la toute puissance des
marchés et toujours prêts à utiliser la violence pour arriver à satisfaire leur désir
de consommer. Alain Finkielkraut les stigmatise au nom de leur supposé
antisémitisme, même si Alain Badiou et Eric Hazan contestent radicalement
12
cette vue partisane .

La société est devenue dans l'interprétation sociologique et philosophique un
assemblage de séries d'individus séparés les uns des autres, une multiplicité
innombrable d'individus égarés sans référence et sans appartenance. D'autres

10 Alain Ehrenberg, La fatigue d’être soi. Dépression et société, Pairs, Odile Jacob, 2000, 414
pages
11 Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché : La révolution culturelle libérale, Paris, Denoël,
2007, 340 pages.
12 Alain Badiou, Eric Hazan, L’antisémitisme partout,aujourd’hui en France, La Fabrique,
2011, 64,pages et émission « Là-bas si j’y suis » enregistrée en février 2011 http://media.la-
bas.org/mp3/110228/110228.mp3 27/05/11 7
comme Maffesoli la considèrent comme une kyrielle de tribus ayant leur propre
style de vie, leurs références autoproclamées, leur morale de groupe, contribuant
à engendrer un autre type de socialité post-moderne.

C'est cependant à partir de cette faillite de la morale sociétale que va émerger à
la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle une éthique de la singularité
totalement nouvelle et fondée sur une nouvelle valeur en voie de croissance
silencieuse : la fraternité.
Il fallait la faillite de tous les idéaux fondés sur la liberté et l’égalité pour voir
apparaître véritablement et sans dimensions fallacieuses l’idéal de la fraternité
laïque et inscrite dans le temps de la présence au monde.
Mais on ne peut comprendre son essor sans partir d’une nouvelle vision non
dualiste de l’être au monde totalement relié au sein d’un univers doté d’une
complexité croissante, et d'un regard sur la question du sens de l'éducation.

2. l'éthique au carrefour de trois instances
La dimension éthique, dans cette perspective d’une spiritualité laïque non
dualiste, émerge au carrefour de trois grandes instances :
* L'instance de la Profondeur du Réel
* L'instance de la Reliance
* L'instance de la Gravité
27/05/11 8

Comme le rappelait le philosophe Michel Serres, dans un n° spécial de
13Philosophie magazine consacré aux philosophes et au cosmos , la réflexion
philosophique sur l’inscription de l’homme dans la nature et le cosmos, qui a été
longtemps une référence pour la pensée, semble avoir été perdue de vue au XXe
siècle. Or penser l’homme en son devenir revient à le réinsérer dans la nature et
l’univers qui à la fois le dépasse mais sur laquelle il agit par son action sur cette
terre.
Il ne peut exister de dimension éthique sans confrontation aujourd’hui à ce
qu’est le Réel-Monde parce que chaque être est une partie de ce Réel-Monde.
Mais ce Réel-Monde personne ne peut nous dire ce qu’il est en vérité. La
Science ne nous renseigne plus à cet égard. Le physicien des hautes énergies
14
Bernard d’Espagnat parle de « réel voilé » et un autre scientifique, Michel
Bitbol, nous propose un univers en permanente interrelation au sein d’une

13 Philosophie magazine, hors série n°9, Le Cosmos des philosophes, février-mars 2011,
74,pages
14 Bernard d’Espagnat, Le réel voilé. Analyse des concepts quantiques, Paris, Fayard, 1994,
505 pages 27/05/11 9
15complexité croissante .
Notre univers est constitué de 95% de matière et d’énergie noire absolument
inconnues et, sur les 5% restant, seuls 10% sont visibles et encore ! La Science
n’arrête pas de proposer des interprétations les plus extravagantes, parfois
admirablement poétiques, mais sans possibilités de réfutation ou de
confirmation. Il y a les partisans du hasard et de la nécessité, avec une
inclination très nette pour les lois du hasard et, à la clé, la possibilité de milliards
d’univers parallèles, les multivers, dont seul, le nôtre, serait le grand gagnant de
la vie. À l’opposé, les partisans d’un principe organisateur de la cosmogenèse
qui orienterait le développement et l’évolution de notre monde suivant une
logique cosmique à nulle autre pareille (comme l’astrophysicien américain Trinh
16 17
Xuan Thuan et le grand vulgarisateur Jean Staune ). Entre les deux, ceux qui
pensent le monde comme un champ de relations et d’interaction d’une extrême
complexité sans pouvoir définir à l’avance une logique d’évolution (Michel
18Bitbol)
Mais tous s’accordent pour faire entrer dans le monde réel d’aujourd’hui nos
croyances, nos idéologies, nos imaginaires, nos sensibilités. L’homme
contemporain doit faire avec et savoir jouer avec sa folie, son « homo demens »
et avec ses mythes comme nous le rappelle sans cesse Edgar Morin.
19
Personnellement je parlerai de Profondeur .
Ce vocable que j’emprunte au poète argentin Roberto Juarroz dans la post-face

15 Michel Bitbol, De l’intérieur du Monde. Pour une philosophie et une science des relations,
Paris, Flammarion, 2010, 720 pages
16 Voir son site web http://www.trinhxuanthuan.com/indexfr.htm, page vue le 17 avril 2011
17 Jean Staune, Notre existence a-t-elle un sens ? : Une enquête scientifique et philosophique,
Presses de la Renaissance, 2007
18 Voir son site web http://michel.bitbol.pagesperso-orange.fr/page.garde.liste.html, page vue
le 17-04-2011, et notamment son ouvrage très éclairant De l’intérieur du monde. Pour une
philosophie et une science des relations, déjà cité
19 René Barbier, s’éduquer dans une perspective de spiritualité laïque, , in « Changer pour
vivre mieux », s/dir Michel Maxime Egger, Québec, ed. Novalis, 2010, 210 pages, pages 94-
107 27/05/11 10
20au livre d’Antonio Porchia Voix , je le débarrasse de sa possible coloration
religieuse chrétienne pour l’inscrire dans une philosophie non-dualiste et laïque.
La Profondeur c’est la manière de nommer l’innommable c’est à dire ce Réel-
Monde inconnu pour pouvoir parler, malgré tout, de ce que nous ressentons en
tant que nous sommes des êtres vivants de dépassement et d’étrangeté, mais des
êtres philosophiques qui questionnent. Lorsque j’emploie le mot Profondeur je
veux dire que quelque chose m’habite qui me dépasse mais me constitue en
même temps dans ma totalité vivante et suscite, sans cesse, mon interrogation et
mon doute créateur.
La notion de Profondeur que je tente de définir se réfère pour moi à deux voies
de conceptualisation et répond à la question « qu’est-ce qui nous fonde ? ».
La première est traditionnelle dans les religions du Livre : il s'agit de ce
qu'appelle la Profondeur-Dieu, notamment dans la théologie judéo-chrétienne,
mais aussi la pensée de l’Islam.
La seconde, je la nommerai simplement Profondeur ou « ce qui est » et se
rapporte plus au fond spirituel de non dualité en Asie, notamment dans le
taoïsme, le bouddhisme zen et
Le Cela de l'advaïta vedanta comme, du côté chrétien, des mystiques rhénans et
de l’apophase de maître Eckhart et du côté de la Grèce ancienne, les Stoïciens
21
sans dieu du IVe-IIIe siècle AJC .
La Profondeur n'est ni matière ni esprit, elle est « autre » bien qu'elle soit à la
fois matière et esprit. La Profondeur ici est comme la Profondeur-Dieu, une
altérité absolue, un « Tout autre » au sens du « numineux » nommé ainsi par ce
22spécialiste du sacré que fut Rudolf Otto .
Mais le monde vivant, l'être humain, ne sont pas ses « créatures » créées ex
nihilo. Ils sont ce Réel-Monde même à la fois en tant que totalité et que parties

20 Antonio Porchia, Voix, éd Fayard, 1968
21 Maria Daraki, Une religiosité sans dieu. Essai sur les Stoïciens d’Athènes et Saint-
Augustin, Paris, La Découverte-Syros, 1989, 222 pages
22 Rudolph Otto, Le Sacré, Payot, petite bibliothèque, 1995, 284 pages

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