CRISE : LE CHOIX EST-IL, POUR LES PAYS OCCIDENTAUX ...

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1 Antoine Brunet Président de AB Marchés, Paris Jean-Paul Guichard Université de Nice Sophia Antipolis, Faculté de droit, Chair Jean Monnet, Nice, France CRISE : LE CHOIX EST-IL, POUR LES PAYS OCCIDENTAUX, ENTRE RECESSION ET AVENTURISME? RESUME Depuis 2007, le monde occidental est plongé dans une crise majeure résultant d'un énorme déséquilibre des échanges commerciaux avec la Chine. Pour maintenir un peu de croissance les Etats ont développé des politiques d'endettement : privé ou public, ou les deux à la fois.
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Antoine Brunet Président de AB Marchés, Paris Jean-Paul Guichard Université de Nice Sophia Antipolis, Faculté de droit,Chair Jean Monnet, Nice, France CRISE : LE CHOIX EST-IL, POUR LES PAYS OCCIDENTAUX, ENTRE RECESSION ET AVENTURISME?RESUME Depuis 2007, le monde occidental est plongé dans une crise majeure résultant d’un énorme déséquilibre des échanges commerciaux avec la Chine. Pour maintenir un peu de croissance les Etats ont développé des politiques d’endettement : privé ou public, ou les deux à la fois. Toutefois, l’endettement ne peut jamais se poursuivre à l’infini. Face à cette situation, les Etats-Unis ont choisi la fuite en avant de la création monétaire avec le «quantitative easing» ;de leur côté, les pays européens tentent de réduire leurs déficits en réduisant de façon drastique leurs dépenses. La solution américaine pourrait conduire à une crise obligataire débouchant sur une perte du statut privilégié du dollar ; la solution européenne risque fort de conduire à une récession. Pour éviter ce dilemme, il faudrait que les pays développés s’entendent pour mettre en œuvre des mesures protectionnistes afin que leurs déficits commerciaux puissent se résorber; seul le retour à une croissance saine leur permettra de résoudre leurs problèmes d’endettement. Mots clé: crise, déséquilibre commerciaux, Etats-Unis, Chine JEL classification: G01 1. LACRISE DES PAYS OCCIDENTAUX : LE PRODUIT DU MERCANTILISME CHINOISDepuis prés de quatre siècles l’histoire du monde a été celle de la domination de l’Europe et de sa projection outre Atlantique sur le monde et, d’un point de vue économique, celle du mercantilisme, une stratégie d’excédents commerciaux. A l’origine, il s’agit de faire rentrer de l’or dans un pays puisque l’or est identifié à la richesse ; l’Espagne a fait cela grâce au pillage, ce qui a conduit ce pays à développer ses importations, occasionnant la ruine de ses manufactures naissantes et finalement le déclin du pays; l’Angleterre, comme Colbert en France, a fait entrer de l’or en exportant les biens qu’elle fabriquait : là est le secret de sa réussite !
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Tout pays à la recherche de la richesse et de la puissance, les deux sont liés, cherche à être excédentaire dans ses échanges extérieurs ; si ce pays est grand, il peut alors ; grâce à la mise en œuvre de cette stratégie, avoir une visée hégémonique. Ce fut le cas de l’Angleterre, qui mit un siècle et demi pour pouvoir s’imposer face à la France, et qui régna sur le monde de 1815 à 1914. Ce fut aussi le cas des Etats-Unis qui menèrent, de façon constante, au 19e siècle et durant la première moitié du vingtième, une politique protectionniste leur permettant de réaliser des excédents commerciaux de plus en plus considérables ; le Japon s’y essaya de 1950 à 1989… La crise de 1929, qui ne se termina réellement qu’en 1948 (grâce à la dévaluation par rapport au dollar des monnaies européennes), est née d’un immense déséquilibre commercial entre les Etats-Unis excédentaire et l’Europe déficitaire. Elle marque une transition : le passage de l’hégémonie de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis. La crise d’aujourd’hui est de même nature mais, cette fois-ci, la Chine est dans le rôle des Etats-Unis d’hier et le monde occidental dans celui de l’Europe. Après avoir été dépecée par les puissances Européennes, par les Etats-Unis et le Japon, au dix-neuvième siècle et au début du vingtième, la Chine est le théâtre d’une guerre civile se soldant par l’instauration d’un régime communiste. Ce système totalitaire, collectiviste et bureaucratique, va s’avérer désastreux, aussi bien sur le plan économique que sur le plan humain avec les dizaines de millions de victimes que l’on sait. Le retour de M. Deng Xiao Ping aux affaires en 1978 va marquer un tournant décisif : fin du collectivisme, retour progressif au capitalisme mais maintien du système totalitaire. La répression impitoyable du « printemps de Pékin », en 1989, au cours de laquelle on massacra sur la place Tian-an-men des milliers d’étudiants qui manifestaient pour l’instauration de la démocratie en est une illustration. Appuyée sur le maintien du totalitarisme, la stratégie chinoise sera structurée autour de l’économie : ouverture commerciale, développement de la production dans le cadre de contrats de sous-traitance pour des firmes étrangères, « joint-ventures » permettant des transferts de technologies, le tout grâce à la conjonction de salaires dérisoirement bas et d’un taux de change très largement sous-évalué. Celui-ci constitue une arme de combat et résulte d’une manipulation permanente fondée sur un contrôle des changes très rigoureux et sur des interventions de la banque centrale de Chine sur le marché des changes. Cette stratégie très cohérente correspondait et continue de correspondre aux intérêts des firmes occidentales ; celles-ci sous-traitent leurs productions à des entreprises chinoises qui ne sont pas, pour elles, des concurrentes, à l’inverse de ce que furent et continuent à être les firmes japonaises. Cela conduit à la désindustrialisation du monde occidental ainsi qu’aux déficits considérables que connaissent certains pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Europe du sud) et cela, sans aucune entrave depuis que la Chine a été admise au sein de l’Organisation mondiale du commerce, en 2001. Ainsi, de 2003 à 2005 par exemple, le déficit commercial des Etats-Unis est énorme, de l’ordre de 6 % de leur PIB ; pour compenser ce handicap très lourd, le Gouvernement américain, dans une perspective à courte vue et considérant sans doute que les déficits extérieurs n’étaient pas préoccupants (rejoignant en cela lesgouvernements européens) développait une politique de stimulation de la dépense intérieure et donc d’endettement
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à tout va. Cela conduisait à endetter des couches insolvables de la population : un peu plus tôt, un peu plus tard, la crise était inévitable ; comme elle l’était en Europe d’ailleurs : certains pays ayant développé un endettement excessif des ménages grâce à l’immobilier, certains autres pays ayant développé un endettement excessif de l’Etat (Grèce, Portugal, mais aussi France et Italie). Cette crise qui n’est pas mondiale et qui ne concernent que les pays occidentaux, résulte du déséquilibre commercial géant 1 organisé par la politique de protectionnisme monétaire de la Chine1 et par son acceptation tacite, jusqu’à présent, par les gouvernements occidentaux. Sauf à trahir leurs peuples, ceux-ci devraient cesser leur politique d’accommodement et de 2 démission rappelant Munich face à la guerre économique que mène la Chine. 2. FINANCESPUBLIQUES : RECESSION OU AVENTURISME Entre 2000 et 2007, pour maintenir la croissance en dépit de déficits commerciaux devenus gigantesques, les pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Europe du sud, se sont vus contraints de pratiquer des politiques économiques très aventureuses dont la crise en cours est le résultat. Face à la prise de conscience de la vulnérabilité des obligations souveraines qu’ils émettent, vulnérabilité renforcée par l’hostilité affichée du principal créancier, l’Etat chinois, on a vu, au deuxième semestre 2010, les pays occidentaux se partager entre deux options : en Europe, des restrictions budgétaires extrêmes, aux Etats-Unis un laxisme monétaire et budgétaire très aventureux. 2.1. L’Europe En Europe, du fait de la crise de confiance qui les atteint successivement, certains pays, notamment d’Europe du sud, ont été contraints à annoncer et à mettre en application des plans de restrictions budgétaires extrêmes. Le Royaume-Uni a surpris en adoptant un plan de restrictions budgétaires plus dur encore que celui de Madame Thatcher dans les années 1980 ; clairement, ce pays préfère prendre le risque d’une nouvelle récession plutôt que d’exposer son marché obligataire à une crise de confiance. L’Allemagne elle-même, à la surprise générale, a considéré qu’elle était obligée d’annoncer des mesures très significatives de restriction budgétaire pour au moins deux raisons ; tout d’abord la population allemande est réticente à des déficits budgétaires trop marqués du fait de mauvais souvenirs historiques ; ses dirigeants, par ailleurs, redoutent in fine que la Grèce fasse un défaut partiel de paiement sur sa dette, ce qui infligerait des pertes sensibles aux banques et à l’Etat allemand : ils préfèrent donc ne pas alourdir inopportunément des finances publiques qui sont déjà médiocres.
1  Cettepolitique s’exprime par la manipulation permanente du taux de change de la monnaie chinoise permettant à celle-ci d’être très largement sous-évaluée. 2  Ace propos, on pourra consulter utilement les ouvrages suivants : 1) Richard BERNSTEIN et Ross H. MUNRO, "The coming conflict with China", Alfred A. KNOPF inc. New York, 1997 ; 2) Martin JACQUES, "When China rules the world (the rise of the middle kingdom and the end of the western world)", Allen LANE, published by the Penguin Group, London, 2009 ; 30) Antoine BRUNET et Jean-Paul GUICHARD, "La visée hégémonique de la Chine, l'impérialisme économique", L'Harmattan, Paris, 2011.
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Il est un signe de détresse qui ne trompe pas : sous la pression du marché obligataire, l’Allemagne diminue ses effectifs de militaires alors que la France diminue ses effectifs de policiers ! On le voit, la déstabilisation économique commence à se répercuter sur les domaines essentiels que sont la sécurité extérieure ou intérieure, conformément aux objectifs de la politique machiavélique que nous prêtons au PCC. La France se singularise en se permettant de reporter à plus tard une restriction budgétaire significative alors que son déficit public atteint 8 % de son PIB en 2010 ; la France, il est vrai, s’est concentrée en 2010 sur l’adoption de la réforme de son système de retraites : elle a jugé qu’elle ne pouvait pas ajouter un plan significatif de restriction budgétaire car le climat social ne le permettait pas et que son économie ne l’aurait pas supporté ; elle se trouve donc à l’opposé du Royaume-Uni ; le report à plus tard des restrictions budgétaires a comme contrepartie de rendre son marché obligataire plus vulnérable. Au total, en Europe, l’option forte qui a été prise, consiste à redresser brutalement les finances publiques, alors même que les économies restent convalescentes. L’Europe, pour garder la confiance des créanciers obligataires, dont l’Etat chinois, s’expose donc à une possible récession en 2011 / 2012. 2.2. Les Etats-Unis Après le plan de relance budgétaire, début 2009, pour la modique somme de 787 milliards de dollars, les Etats-Unis ont pris, à la fin de 2010, une toute autre option que celle de la restriction budgétaire : la « fuite en avant » à la fois monétaire et budgétaire. Après le triomphe du tea-party et du Parti Républicain à l’élection « mid-term » de novembre 2010, l’Administration Obama a passé un pacte avec le parti Républicain : les baisses d’impôt sur le revenu prises par l’Administration Bush à titre provisoire (2003 - 2010) sont en définitive reconduites pour deux ans (2011 et 2012) alors qu’une baisse de l’impôt sur les salaires est décidée pour treize mois (en fait pour 2011 ; son coût est de 120 milliards de dollars). Par ailleurs, l’élément le plus important est qu’il n’y a aucune réduction de la dépense publique ; au contraire : les allocations chômage exceptionnellement consenties aux chômeurs de longue durée sont reconduites jusqu’à la fin de 2011. Au total, le déficit public devrait se maintenir en 2011 et 2012 à un niveau voisin de 10% du PIB, ce qui était déjà son niveau depuis 2008 ! Une telle audace budgétaire rend très vulnérable le marché des obligations de l’Etat américain, surtout quand on sait que l’Etat chinois détient pour 850 milliards de dollars de titres publics US. Pour parer au risque d’une crise sur le marché obligataire, la Fed a annoncé un dispositif exceptionnel, dit de « quantitative easing » : elle est prête à acheter des titres publics pour au moins 600 milliards de dollars, sur huit mois. Nul doute que les trois agences américaines de rating vont désormais être très embarrassées si elles veulent maintenir la note AAA qu’elles accordent à l’Etat américain. Les Etats-Unis privilégient le maintient de la reprise, tout en limitant le risque sur le marché obligataire, en sollicitant de façon outrancière le statut de monnaie de réserve du dollar. Les Etats-Unis ont ainsi pris l’option d’une fuite en avant délibérée en matière monétaire
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On le voit la « solution européenne » conduit tout droit à une récession et, peut-être même, à de graves difficultés pour l’euro ; à l’inverse, la « solution américaine » pourrait conduire à une crise obligataire et à une perte du statut privilégié du dollar. Pour éviter ce dilemme, il importe que les pays développés s’entendent pour imposer un rééquilibrage des échanges commerciaux mondiaux, de telle sorte que leurs déficits puissent se résorber progressivement. Il leur faut pour cela se tenir prêts à sortir de l’OMC. 3. SORTIRDU DILEMME : QUE L'EUROPE SE PROTEGE Du fait que les pays chroniquement déficitaires eux-mêmes continuent à prohiber le protectionnisme douanier, les pays excédentaires estiment qu’ils n’ont aucune raison de modifier leur politique de change pour prendre en compte les difficultés que subissent les pays déficitaires. Le renouvellement des excédents commerciaux est la preuve que les taux de change ne sont pas au bon niveau. Le principe de Bretton-Woods est le rééquilibrage du commerce par les taux de change ; l’absence de réévaluation du yuan en dépit d’excédents massifs et renouvelés constitue une négation de Bretton-Woods. La référence en matière de loyauté des cours de change réside dans les parités de pouvoir d’achat. Cela supposerait aujourd’hui un euro à 1,18 $ et à 4,67 yuan ; au lieu de cela, on a un euro à 1,40 $ et à 9,20 yuan. On ne peut résoudre le problème du déficit budgétaire sans résoudre celui du déficit commercial. Dans des pays agricoles et désindustrialisés comme le sont restés la Grèce et le Portugal, résorber le déficit budgétaire sans redresser les échanges commerciaux constitue une mission impossible à réaliser. Les pays de l’Europe du sud paient ainsi très cher la surévaluation de l’euro contre yuan et contre dollar. A la naissance de la zone euro, il était prévu que le Portugal devienne l’usine de l’Europe ; il n’en a rien été. C’est directement la Chine qui, de façon déloyale, est devenue l’usine de l’Europe au détriment du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie mais également aussi au détriment des pays du Maghreb… La BCE est maintenant la seule banque centrale à ne jamais empêcher ou limiter l’appréciation de sa monnaie. Les investisseurs le savent et ils arbitrent trop souvent les monnaies faibles en les vendant contre euro… L’attitude même de la BCE contribue à un euro de plus en plus fort. La BCE a longtemps justifié son refus d’achats de dollars contre euros par deux arguments : l’impact que de tels achats exercent sur la masse monétaire ; le fait que l’euro lui-même a vocation à rivaliser avec le dollar pour devenir monnaie de réserve. Le premier argument tombe : depuis 3 ans, la masse monétaire évolue à seulement + 2 % l’an (contre + 8 % l’an avant la crise). Le deuxième argument est tombé aussi :
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une conséquence de la crise de l’Europe du sud estque l’euro est maintenant disqualifié pour devenir monnaie de réserve. Il n’y a donc plus aucun argument pour justifier la passivité de la BCE quant au cours de l’euro. Entre 2001 et 2008, l’euro s’est apprécié de 100% face au dollar et de 65% contre yuan chinois. Qu’attend donc la BCE pour intervenir ? en laissant l’euro franchir 1,40 $ à la hausse et remonter vers 1,60 $, elle aggrave encore la crise des pays de l’Europe du sud. Si la BCE avait bloqué le cours de 1,20 $ auquel était revenu l’euro au printemps 2009, cela aurait beaucoup aidé les pays de l’Europe du sud . La BCE peut justifier un relèvement minime de son taux directeur pour maîtriser les anticipations d’inflation et limiter la hausse des taux longs. Mais alors, il lui faut intervenir sur le marché des changes pour empêcher que les pressions haussières sur l’euro ne se concrétisent. Garder à toute force la Grèce et le Portugal dans la zone euro quand par ailleurs rien ne serait entrepris pour affaiblir l’euro sur le marché des changes, ce serait amener l’Allemagne et la France à s’engager dans un refinancement renouvelé de ces deux pays, ce qui dépasse leur capacité financière. Au bout du compte, ce serait in fine tous les pays de la zone euro qui se retrouveraient lourdement endettés à l’égard de la Chine. La vraie sortie de crise pour la zone euro consiste en un protectionnisme douanier européen combiné à des interventions de change de la BCE. De la sorte, le commerce extérieur se redresserait, ce qui doperait l’activité et permettrait enfin aux efforts budgétaires de se traduire effectivement par un redressement des finances publiques.
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