d'Emmanuel Guibert

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  • exposé - matière potentielle : sur la littérature
  • cours - matière potentielle : des promenades
Proust contre la déchéance : Conférence au camp de Griazowietz de Józef Czapski, Les éditions Noir sur blanc, 1987, réédité en 2011 D'origine polonaise, officier pendant la Seconde Guerre mondiale, Józef Czapski fut l'un des rares soldats de l'armée polonaise à survivre au massacre de Katyn en 1940. Déportés au camp de Griazowietz, afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, Józef Czapski et ses camarades prisonniers imaginèrent se donner mutuellement des cours ou des confé- rences.
  • célèbre magnétophone de reportage et de cinéma
  • entremise des photographies d'olivier jo- bard et des textes
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  • joue de la dispropor- tion de l'arbre et de l'enfant
  • texte loufoque
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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samedi 8 janvier 2011
La bibliothèque idéale d’Emmanuel Guibert
Proust contre la déchéance : Conférence au camp de Griazowietz de Józef Czapski, Les éditions Noir sur blanc, 1987, réédité en 2011
D’origine polonaise, officier pendant la Seconde Guerre mondiale, Józef Czapski fut l’un des rares soldats de l’armée polonaise à survivre au massacre de Katyn en 1940. Déportés au camp de Griazowietz, afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, Józef Czapski et ses camarades prisonniers imaginèrent se donner mutuellement des cours ou des confé-rences. Tandis que d’autres parlaient d’histoire, de science ou d’alpinisme, Joseph Czapski fit une série d’exposés sur la littérature française. Comme une mise en abyme, la remémoration d’À la recherche du temps perdusans livres ni documents mis à la disposition de l’auteur, est elle-même une véritable création. L’écrivain polonais s’appuie sur des souvenirs de lecture (au demeurant très précis) et propose une approche personnelle de l’œuvre magistrale de Marcel Proust.
Les Filles du loir• Association de lecteurs 31, rue Victor Hugo 92600 Asnières • lesfillesduloir@yahoo.fr • www.lesfillesduloir.com
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La Peinture à Dorade François Le Lionnais, L’Échoppe, 2000
Ingénieur, chimiste, mathématicien épris de littérature, François Le Lionnais (1901-1984) est célèbre à la fois pour son livre sur les nombres remarquables et pour la fondation de l’Oulipo avec Raymond Queneau. DansLa Peinture à Dora, l’auteur raconte comment le souvenir des chefs-d’œuvre de la peinture l’a aidé à survivre à l’horreur des camps de concentration. Durant son incarcéra-tion au camp de Dora, son passe-temps favori consiste à produire des peintures mentales, exercice intellectuel visant à créer des tableaux imaginaires par la seule force de l’intellect. Ce texte bouleversant a paru dans la revueConfluencesen mars 1946, il témoigne de la présence rebelle de l’art même dans les endroits où on l’attend le moins.
Promenades avec Robert Walserde Carl Seelig, Traduit de l’allemand par Bernard Kreiss Rivages poche / Bibliothèque étrangère, 1992
De juillet 1936 à Noël 1955, Carl Seelig se rend deux fois l’an à la clinique psychiatrique d’Herisau, en Suisse, retrouver son ami Robert Walser qui y séjourne contre son gré depuis1933. Refusant d’écrire la moindre ligne depuis cette date, l’écrivain se livre à Seelig au cours des promenades qu’ils font dans les champs, les bois et les montagnes. Thème cher à la poétique walserienne, la promenade donne lieu à des confidences aussi bien poétiques qu’historiques – on suit pas à pas la montée du nazisme – qui construisent peu à peu le portrait émouvant d’un poète qui disait à propos de lui-même : « J’ai toujours vu autour de moi s’ourdir des complots contre les parasites de mon espèce ? On repoussait avec dédain tout ce qui ne cadrait pas avec le monde dont on s’enorgueillissait de faire partie. Mais ce monde-là, jamais je ne me serais risqué à y faire irruption. […] J’ai donc vécu ma propre vie à la périphérie des existences bourgeoises. N’était-ce pas bien ainsi ? Et si mon monde est plus pauvre, moins établi que le leur, n’a-t-il pas néanmoins, lui aussi, le droit d’exister ? »
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Une vie ordinairede Georges Perros,Poésie/Gallimard, 1967
C’est avec l’octosyllabe que Georges Perros a choisi de narrer, en 1964, son histoire. Divisée en quatre-vingt-dix-neuf poèmes de longueurs inégales, son autobiographie retrace le parcours de celui qui « naquit Georges Machin » et qui n’a pas peur des mots simples. Très vite on prend le rythme de ses vers et un compagnonnage se noue avec cet étrange moraliste. Certaines étapes personnelles vont nous conduire insensiblement à un questionnement sur la vie, la vie ordinaire, la nôtre. Car commencé par la perte de son jumeau à la naissance, continué par l’évocation de sa haine des comédiens — confrérie à laquelle il crut un jour vouloir appartenir — ce récit singulier devient universel : « Je ne suis qu’un passant qui tète /les racines d’un aujourd’hui / sans hier et sans lendemain ». Ses mots et son ton familiers s’adressent aux humains, ses « frères », « fantômes ambulants ». Et ce voyage s’achève sur l’évocation du poète qui laisse son œuvre, ultime imposture, vivre sa vie entre nos mains. Car poussière pour poussière, il vaut mieux à l’homme fouler celle des rues et du vaste monde. « Alors [sa] vie a un sens vivant ».
Le Seizième signede Xavier Dandoy,Éoliennes, 2006
Étrange ouvrage que l’on pourrait dire poétypographique ! À moins que ce ne soit un « es-sai de science-fiction typographique » comme le dit l’auteur qui y revendique ardemment et avec humour l’existence d’un treizième signe de ponctuation. Car quoi, douze signes pour vingt-six lettres, ce n’est pas équilibré ! Assommé par son travail dans une agence de publicité pour édulcorants de synthèse, Xavier Dandoy-Marchal Lemniscatus de Casabian-ca van Costenoble (de ce nom, il s’explique page 14), s’est mis à vouloir - pour rivaliser avec Kurt Schwitters, Apollinaire et autres Alcanther de Brahm - réveiller les signes de ponctuation, ventilations des textes. Ne vous y trompez pas, on apprend des choses très sérieuses dans ce texte loufoque ! Enthousiasmé par les virgules d’exclamation, Dandoy en vient à penser que les signes peuvent bien se passer des mots et devenir idéogrammes et même « sensogrammes ». Une sorte de didascalie dans le texte. Aux points finaux portes de prison, il substitue des « aubes noires »… Pour le reste, il faut lire et surtout voir et avec quelle jubilation ! Car mon clavier est trop stupide pour en rendre compte !
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Lulude Yann Paranthoën, Livre sonore (1 CD et 1 livret), Phonurgia nova éditions, collection « Les Grandes Heures de la radio », 1992
Yann Paranthoën (1935-2005) était un grand auteur de documentaires radiophoniques. Sa production ne compte pas loin d’une centaine de titres. Certaines de ces œuvres, heureuse-ment éditées en CD, constituent des jalons de l’histoire du documentaire de création à la radio. Luluest un documentaire de 55 minutes qui évoque la vie au travail de Lucienne, femme de ménage à Radio France, et de ses collègues qui commencent leur journée à 6h00. Im-mersion sonore au sein d’un petit monde cosmopolite, Yann Paranthoën brosse le portrait de gens et d’une femme en particulier. Yann Paranthoën compare son travail à celui d’un artiste peintre, il voue une grande admiration à Van-Gogh. Orfèvre de la technique radiophonique, inséparable de son Nagra (célèbre magnétophone de reportage et de cinéma) et habitant perpétuel de la cellule 208 (studio de montage) de la Maison de Radio France, Yann Paranthoën a su donner au docu-mentaire radiophonique ses lettres de noblesse.
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L’Arbre généreuxde Shel Silverstein, L’école des loisirs, 1982, réédition en 2010 Édition originale 1964
Métaphore de l’existence par les simples figures de l’arbre et de l’homme,L’Arbre généreuxest l’histoire d’un arbre qui ai-mait un petit garçon. Le petit garçon devient jeune homme, le jeune homme un adulte, l’adulte un vieillard. À chaque étape de son existence, l’homme trouve auprès de l’arbre le réconfort nécessaire lui permettant de poursuivre sa quête sur le chemin de la vie. L’illustration pleine page monochrome joue de la dispropor-tion de l’arbre et de l’enfant. Le trait discret de Silverstein, auteur et illustrateur américain, peut rappeler celui d’un Sempé ou d’un Piem.
Les Héros de Budapestde Phil Casoar et Eszter Balázs, Les Arènes, 2006
C’est l’histoire d’un journaliste et d’une historienne hon-groise qui enquêtent sur l’histoire d’un cliché légendaire de Paris-Match pris pendant l’insurrection hongroise en 1956. Au premier plan, un petit playboy au regard doux portant une arme à l’épaule est aux côtés d’une jeune femme au regard fier, la joue recouverte d’un large pansement blanc ; au second plan, juste derrière eux, un homme grand, vêtu d’un imper tiré à quatre épingles, pointe une arme vers le sol. Un vent de liberté souffle sur cette photo que la presse internationale ne cessera de reprendre pour dire l’espoir et en même temps l’extrême fragilité de ce qu’a été l’insurrec-tion hongroise fin octobre 1956.Les Héros de Budapestretrace l’histoire de ce jeune couple à la manière d’un roman histo-rique polyphonique où les voix des disparus et des survivants dessinent peu à peu un « un drame familial sur fond de tragédie historique ».
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Kingsley, Carnet de route d’un immigré clandestin d’Olivier Jobard, texte de Florence Saugues, Marval, juin 2006
C’est en l’an 2000, au cours d’un reportage photo sur le centre de la Croix-Rouge de San-gatte qu’Olivier Jobard, journaliste à Paris-Match, voit en la personne des migrants clan-destins les effets directs des guerres dont il a été témoin en Afrique, en Extrême-Orient et en Europe. L’événement politique est incarné, l’homme porte les cicatrices de l’histoire. Qui sont les « sans-papiers » ? Quel cheminement les a conduits jusqu’en France ? Olivier Jobard a suivi le périple de Kingsley, jeune Camerounais de vingt-deux ans qui quitte son village côtier, Limbe, traverse le Nigeria, le Niger, le désert du Sahara, l’Algérie, le Maroc et l’Espagne avant d’arriver en France. « Épopée des temps modernes », Kingsley, par l’entremise des photographies d’Olivier Jo-bard et des textes de Florence Saugues, raconte le combat implacable d’un homme contre la violence, le marché clandestin, les barrages et les éléments naturels.
Paris sans find’Alberto Giacometti, Tériade, 1969, puis Buchet/Chastel, collection « Les Cahiers dessinés », 2003
Buchet/Chastel offre au grand public un des rares livres entièrement conçu par un artiste : l’ul-time texte de Giacometti, publié en 1969 à seulement deux cents exemplaires par Tériade. Pour la première fois, et pendant dix ans, Giacometti s’impose de travailler dans l’urgence. Il doit réaliser les lithographies rapidement, sans repentir possible : l’image est dessinée sur du papier report, support fragile qui n’admet aucune correction. Cette promenade dans Paris reste inachevée : les cent cinquante dessins sont accompagnés par un texte que la mort a suspendu. La voix s’est tue. Et la magie de ce livre vient de ce silence qui devient presque une nécessité. Car, dans son texte, Giacometti témoigne de son essentielle anxiété, de son humilité viscérale : « Mais ce texte devient impossible, nous avons compté dix-huit pages, non dix-neuf à remplir mais en disant quoi ? Je n’ai en fait rien à dire puisque je ne vois que les images, le souvenir des images ». La technique utilisée témoigne de sa 6
virtuosité, débarrassée des contraintes qu’il s’imposait dans l’atelier. Son dessin, l’enchevê-trement des traits qui fouillent le motif, bannissent tout pittoresque et rendent immor-telle la poésie de l’espace parisien. On feuillette à la fois le tremblé de la vie et celui de l’inquiétude de l’artiste. Ce livre, c’est le tombeau de Giacometti, tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change : les cafés, les modèles, l’atelier, les rues de Paris qu’il arpentait, sont pris dans les rets de son regard qui dépouille et ennoblit.
La Ferme du Garetde Raymond Depardon, Actes Sud, 1997
Il y est né, y a joyeusement grandi et l’a quittée pour Paris, le Sahara, New-York : les quatre coins du monde. Désormais la ville a mangé la campagne et ce lieu-dit « le Garet » n’a plus d’espace, coincé qu’il est entre l’autoroute A6 et les centres commerciaux de cette région des bords de Saône. C’est peut-être pourquoi Raymond Depardon lui redonne toute sa place dans ce récit autobiographique illustré de photographies de famille. En retraçant son parcours de photographe, d’apprenti à patron de l’agence Gamma, il rend hommage à cette ferme qui fut son espace de jeu avant d’être celui de ses nièces. Avec tendresse, il se souvient de ses parents paysans qui l’ont laissé accomplir un autre labeur. Les photogra-phies qui se mêlent au texte sont celles qui l’ont fait devenir le photographe que l’on sait ; ces clichés intimes témoignent d’un autre temps et permettent à Raymond Depardon de se réapproprier son histoire.
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Autres titres cités lors de la rencontre: • Jean-Pierre Abraham,Armen, Le Tout sur le tout, 1988 [1re édition 1967]. Journal de bord poétique d’un hiver à Ar-Men, où l’auteur a exercé le métier de gardien de phare au début des années soixante. • Jean-Pierre Abraham. «Velleda mon amour», inAu plus près, Le Seuil, 2004. Récit par Abraham de son évacuation du phare d’Ar-Men en urgence, à cause d’une crise d’appendi-cite. • «Leben ? Oder Theater ?»,La vie ou le théâtre, de Charlotte Salomon (née an 1917, morte en 1943 à Auschwitz), invente une sorte de récit autobiographique peint avec trois cou-leurs primaires : rouge, bleuet jaune. Ces tableaux montrent sa famille et ses amis, mettent en scène son enfance et sa jeunesse mais aussi les événements qu’elle a traversés. C’est une oeuvre complexe qui s’accompagne aussi de textes et de musique. Les textes sont simples, truffés de citations de la littérature allemande, Charlotte Salomon les intègre dans ses tableaux, un peu comme dans une bande dessinée. ed. Paris Musée, catalogue en allemand d’une exposition au Musée d’Histoire du Judaïsme. • Luc Dietrich,Le Bonheur des tristes, Éditions Le temps qu’il fait, récit autobiographique d’un disciple de René Daumal.
L’associationLes Filles du loirtient à remercier chaleureusement : Emmanuel Guibert pour son enthousiasme et sa générosité, la bibliothèque Marguerite Audoux et plus particulièrement Maria Courtade et Mathieu Brosseau sans qui cette rencontre n’aurait pu avoir lieu, Paris bibliothèques pour son soutien depuis 2008 et le public des lecteurs qui vient toujours plus nombreux aux rencontres littéraires.
Les Filles du loir• Association de lecteurs 31, rue Victor Hugo 92600 Asnières • lesfillesduloir@yahoo.fr • www.lesfillesduloir.com
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