de lire

Publié par

  • mémoire - matière potentielle : captives
  • mémoire
Renseignements : Médiathèque Nelson Mandela 13, avenue de l'Ile-de-France - 25000 Besançon Tél. 03 81 87 82 05 - 03 81 41 56 72 Ce choix de livres a été réalisé par les lecteurs de la Médiathèque Nelson Mandela dans le cadre du club lecture. Au plaisir de lire Choix de romans Sélection 2010 Bibliothèques municipales Besançon Club lecture Médiathèque Nelson Mandela
  • lecteurs de la médiathèque nelson
  • mandela dans le cadre du club lecture
  • mandela
  • bribe par bribe
  • ed
  • vie
  • vies
  • rebondissement en rebondissement
  • rebondissements en rebondissements
  • lecture
  • lectures
Publié le : lundi 26 mars 2012
Lecture(s) : 119
Tags :
Source : besancon.fr
Nombre de pages : 14
Voir plus Voir moins

B i b l i o t h è q u e s
m u n i c i p a l e s
Besançon
Ce choix de livres a été
réalisé par les lecteurs
de la Médiathèque
Nelson Mandela dans Au plaisir
le cadre du club lecture.
de lire
Choix de romans
Sélection
2010
Club lecture
Renseignements :
Médiathèque Nelson Mandela Médiathèque
13, avenue de l’Ile-de-France - 25000 Besançon
Tél. 03 81 87 82 05 - 03 81 41 56 72 Nelson MandelaCe choix de livres
a été réalisé par les lecteurs
de la Médiathèque Nelson
Mandela dans le cadre
du Club lecture.
Vous pourrez facilement emprunter
ces documents dans le réseau
des bibliothèques municipales
de Besançon.

Le club lecture est ouvert aux
adultes : on y parle de ses lectures,
on écoute les autres évoquer les
leurs dans une ambiance conviviale.
Les réunions ont lieu un jeudi
par mois, de 17h30 à 19h30,
entre octobre et juin
Accès libre et gratuit.
Pour tous renseignements,
vous pouvez contacter
la Médiathèque Nelson Mandela
13, avenue de l’Ile-de-France
25000 Besançon
Tél. 03 81 87 82 05 - 03 81 41 56 72
3choix. Ce livre est, entre autres, une belle Le quai
invitation à (re)lire le « Journal » de Jules
de Ouistreham Renard.
Florence Aubenas
Ed. de l’Olivier, 2010 L’enclave
« Car lorsque vous vous Philippe Carrese
trouvez au seuil de la Ed. Plon, 2009
misère vous faites une
« Ils sont partis ! » Ils,
découverte qui éclipse
ce sont les Allemands qui,
presque toutes les autres.
en janvier 1945, abandon-
Vous avez découvert l’ennui, les petites
nent le camp de Medved’,
complications mesquines, les affres de la
en Slovaquie, sur un pro-
faim, mais vous avez en même temps fait
montoire rocheux dont ils
cette découverte capitale : savoir que la
font sauter les voies d’accès en partant.
misère a la vertu de rejeter le futur dans le
Comment cette communauté d’hommes et
néant » (Georges Orwell : “Dans la dèche à
de quelques femmes, isolée pendant de
Paris et à Londres”, 1933).
longs mois, va-t-elle s’organiser et réap-
Comme quoi tout change et rien ne change
prendre à vivre ? Celui qui a été choisi
au royaume de l’argent roi !
comme chef ne sera-t-il pas tenté de revêtir
Florence Aubenas a eu le courage de plon-
les dépouilles des bourreaux ?
ger dans le monde des “moins que rien”,
L’adolescent qui a vécu cette histoire et la
comme ceux qui ont encore quelque chose
raconte perdra encore beaucoup d’illusions
à perdre les surnomment, et d’en rendre
sur les hommes avant d’échapper à la spi-
compte avec talent et honnêteté.
rale infernale qui s’est mise en place.
Rien à craindre
La petite flle Julian Barnes
de Monsieur LinhEd. Mercure de France, 2009
Philippe ClaudelFaire sourire et même
Ed. Stock, 2005rire en parlant de sujets
Monsieur Linh, un vieux sérieux, voire graves (la
monsieur, quitte par bateau religion, Dieu, l’éternité
son pays ravagé par la et surtout la mort) n’est
guerre. Est-ce le Vietnam ? pas chose courante. Dans
De sa vie passée il ne reste cet essai original qui se lit
rien : son fls et sa belle-flle ont été tués et souvent comme un roman, Julian Barnes
son village brûlé. Rien, sauf sa petite-flle, mêle des réfexions profondes, des épi -
un tout petit bébé qu’il tient précieusement sodes autobiographiques souvent drôles et
au creux de ses bras. C’est pour cet enfant une foule de savoureuses anecdotes. Cette
qu’il a pris la route de l’exil. manière de traiter de choses importantes
Philippe Claudel raconte l’épopée d’un avec beaucoup d’humour (britannique...)
expatrié, les conditions pénibles auxquelles peut paraître discutable à certains lecteurs,
il est soumis, ses rencontres et les amitiés mais d’autres, nombreux, la trouveront
qui se lient. jubilatoire et somme toute rassurante. Et
Il s’agit d’un roman sur la solitude, le quel plaisir de rencontrer et de retrouver
courage, l’amour et l’amitié. tous les « grands témoins » que Barnes
En effet, Monsieur Linh découvre peu à peu questionne, interlocuteurs parmi lesquels
son nouvel environnement. Et c’est son les écrivains français occupent une place de
4s’amalgament autour de Proust recopié à amour pour la petite flle qui le pousse en
avant... Un jour, un homme vient s’asseoir l’insu de son illustre auteur ! Marcel était
loin d’imaginer que son œuvre, une fois sur le même banc que lui. S’engage alors
entre ces deux hommes de cultures diffé- transcrite sur un cahier d’écolier, servirait
rentes, souffrant de solitude, une relation de toile de fond à une histoire ubuesque.
particulière, c’est le début d’une amitié. Les faits dramatiques s’empilent avec un
Un roman touchant, bouleversant avec humour noir tenant de la fable fantastique,
beaucoup d’émotion et surtout une fn plus inquiétante, où la fantaisie et l’imprévu
que surprenante. nous font découvrir le monde terrible du
passage des clandestins dans la Russie de
l’après Tchernobyl.La Croque-
Si on a les larmes aux yeux en lisant le livre, monsieurs
ce n’est pas de tristesse ni de compassion Françine Dortel
mais de rire tant les situations sont débous-
Ed. Oser, 2009
solées, cocasses, à l’image du héros et de
Quatorze nouvelles acides, ses compagnons d’infortune.
pertinentes, cruelles et
parfois crues, ayant pour Un cœur
thème le regard qu’une intelligentfemme dessillée et au fond
Alain Finkielkrautromantique, porte sur les hommes : loups
Ed. Stock / Flammarion, solitaires ou hordes grotesques faussement
2009policées.
Une très belle alchimie de mots, de Très intéressant “livre
rythmes, de sens. Un style joyeux, aimant de lectures” dans lequel
l’amer. Francine Dortel danse avec la langue l’auteur « se fant à son
comme une funambule sur une lame de émotion », propose son
rasoir. Un régal ! interprétation de neuf grands romans étran-
gers (sauf “Le premier homme” d’Albert
Camus). La remorque rouge
La présentation des œuvres est claire Marie-Gabrielle Duc
et précise et les commentaires d’Alain Ed. Albin Michel, 2009
Finkielkraut riches d’enseignements. Sa
Roman à l’histoire com-
manière très personnelle de mettre ses lec-
plètement décalée qui se tures en rapport avec des grands problèmes
déroule un soir de Noël dans
actuels (par exemple racisme et antiracisme
un entrepôt de banlieue. à propos de “La tache” de Philip Roth) sus-
Le héros, homme singulier,
cite de nombreuses réfexions. Même si l’on
solitaire et excentrique, ne ne trouve pas toujours convaincantes les
s’épanouit qu’en recopiant Proust chaque
prises de position de l’auteur, son livre est
soir sur un cahier d’écolier. Il côtoie des un hommage “intelligent” - et réconfortant -
personnages burlesques et dramatiques,
à la lecture et à la littérature.
un peu à son image. On suit avec lui sa vie
ratée et sans relief.
Le jour de Noël, dans l’entrepôt sinistre et
glacial où il travaille, il découvre un bonnet
d’enfant, près d’une remorque rouge. Alors
commence une longue recherche au cours
de laquelle les faits liés au drame à venir
5ceux qu’il côtoie, morts ou vivants. Un beau La nuit de tous
texte qui allie noblesse et sérénité.les dangers
Ken Follett
L’homme barbeléEd. Stock, 1992
Béatrice FontanelSeptembre 1939 : la
Ed. Grasset, 2009Grande-Bretagne se pré-
pare à la guerre. Pour ceux Ferdinand est un homme
qui souhaitent rallier ra- qui possède deux person-
pidement les USA - pour y nalités : jovial, agréable
chercher refuge, regagner leur entreprise... à vivre, sur qui ses amis
ou échapper à la justice - il y a une alterna- peuvent compter, et
tive au paquebot et une seule : le Clipper, véritable tyran à la limite
hydravion géant, objet volant de grand de la paranoïa pour sa famille. Il a traversé
luxe, dont Boeing fabriquera en tout douze deux guerres, déterré ses copains dans les
exemplaires, qui doit relier Southampton à tranchées en 1914, fait de la résistance en
Port Washington via l’Irlande et Terre Neuve 1940 ; dénoncé, arrêté, il mourra en dépor-
en un peu plus de vingt quatre heures. tation à Mauthausen. Aussi incroyable que
L’auteur allie, comme toujours avec brio, cela puisse paraître, la famille fut soulagée.
la documentation historique et technique Le jour de son arrestation un des enfants
avec de complexes intrigues humaines. dira : « enfn une journée tranquille »
Suspense et rebondissements au sol comme La narratrice entreprend des recherches
dans les airs ! dans les archives militaires et part à la
découverte du passé glorieux de Ferdi-
nand. Rien de glorieux cependant au niveau Dans ma peau
familial et ce portrait au vitriol du père de Guillaume de Fonclare
famille au comportement très ambigu donne Ed. Stock, 2010
le vertige. Mister Hyde ou pas, l’homme
« Depuis cinq ans, mon barbelé est surprenant de contradictions.
corps est en zone rouge,
L’auteur, avec une parfaite maîtrise, nous
dans cette zone où fait pénétrer au sein de la famille où les
destruction et espoir se
personnes racontent leur vécu sans complai-
combattent ». Atteint d’une sance et sans regret, ni pour eux ni pour lui.
maladie rare et très invali-
Prix du Premier Roman – Mots Doubs 2009.
dante, l’auteur, encore jeune, directeur de
l’Historial de la Grande Guerre à Péronne, Deux cavaliers
met en abyme sa propre souffrance et de l’oragecelle des milliers de soldats gisant sous la
Jean Gionoterre de Somme, avec ou sans sépulture. Il
Ed. Gallimard, 1966rappelle les millions de blessés, amputés,
“gueules cassées”, mais aussi ceux qui re- Voici l’une des grandes
vinrent au foyer, méconnaissables parce que œuvres de Giono, engagée
passés “de l’autre côté du miroir”, muets profondément dans la vie
en face de l’inracontable. paysanne où les hommes
Dans sa peau, dans son corps qui devient de luttent contre les éléments,
plus en plus douloureux, face à face chaque où les passions sont exacerbées et brutales,
jour avec un cataclysme incommensurable, mais où la tendresse existe pourtant.
Guillaume de Monclare met un point d’hon- Les deux cavaliers, ce sont deux frères, Mar-
neur à rester digne, décent par respect pour ceau et celui qu’il appelle “mon Cadet”,
6début du mariage, jusqu’à ce que Charles
“Buzz” un ami de Holland débarque dans
leur vie, et là tout bascule. D’une histoire
d’amour banale, l’auteur fait un récit
captivant, plein d’humour où les non-dits de
de dix-sept ans plus jeune, de la race l’époque culminent en permanence et nous
des Jason, une tribu solidement implan- offre une fn bouleversante.
tée dans le Haut Pays. Ils sont liés par un
amour passionné qui deviendra de plus en Le Club
plus exclusif. Marceau est prêt à tout pour des incorrigibles
obtenir et garder l’admiration sans limite optimistes
de son frère. Une série de scènes très Jean-Michel Guenassia
fortes nous conduira au drame fnal, à une
Ed. Albin Michel, 2009
formidable explosion de violence. Dans ce
Pavel, Leonid, Tibor, Imre, roman, la maîtrise de Giono éclate à chaque
Werner, Sacha ont fui ligne, dans les descriptions (l’orage, les
l’Europe de l’Est, bannis et chevauchées nocturnes, les combats à mains
réprouvés, sans bagage, l’âme douloureuse nues...), la peinture des sentiments (la
mais le cœur plein d’espérance. Russes peur, la tendresse, la passion...), dans les
blancs, russes rouges, léninistes, trotskistes, magnifques dialogues.
staliniens, chacun garde solidement ses Un livre d’une beauté rude, une histoire
convictions. Ils se querellent violemment hors du commun racontée par un romancier
dans leur langue maternelle et se réconci-prodigieux.
lient en français autour de l’échiquier, leur
vrai terrain de partage.L’histoire
Le bistrot “Le Balto” est le lieu de ren-
d’un mariage contre élu par la jeunesse du quartier Den-
Andrew Sean Greer fert-Rochereau... et par ce club d’enragés
Ed. de l’Olivier, 2009 optimistes. Dans l’arrière-salle, du haut de
ses douze ans, Michel, le narrateur, réussit à Dans les années cinquante,
se faire adopter par ce groupe haut en cou-vivre en Amérique où
leur. Bribe par bribe il retrace leur histoire.sévissent l’homophobie, le
En parallèle, il fait revivre la vie quoti-racisme, où les plaies de
dienne de sa famille. Le pays se relève tout la guerre de 1940 ne sont pas cicatrisées,
juste de la Deuxième Guerre mondiale. La n’est pas chose aisée. La guerre de Corée
petite bourgeoisie française des années est une réalité quotidienne, tout comme le
50-60 s’éveille à la consommation. Elle maccarthysme. A cette époque, les femmes
commence à goûter au crédit en rêvant de n’avaient aucune liberté, il était préférable
voitures et de machines à laver pendant que d’être blanc, riche et surtout de ne pas
la guerre d’Algérie est omniprésente dans être objecteur de conscience comme le
tous les esprits. Les adolescents ont la tête prouve le récit. Pourtant, au milieu de tous
ailleurs, dans le rock’n’roll et les parties de ces bouleversements, Pearlie et le beau
baby-foot !Holland, jeune couple de noirs, se marient,
Un grand roman populaire qui reconsti-malgré la mise en garde des tantes de ce
tue minutieusement une époque : celle dernier quant à ses faiblesses. Un petit gar-
de “Tante Yvonne”, des “Parapluies de çon naît de cette union, et le lecteur pro-
Cherbourg”, de la guerre froide aussi. Une gresse peu à peu dans l’intimité du couple ;
époque corsetée et fnissante, porteuse du l’histoire prend alors une autre dimension.
maelström de mai 68.Les événements s’enchaînent paisibles au
7l’auteur nous fait découvrir les coulisses : Marthe et Mathilde
le juge, rigoureux et honnête, mais marqué Pascale Hugues
par l’épreuve qu’il vit simultanément ; une
Ed. des Arènes, 2009
famille moins banale qu’il n’y paraît où les
Une amitié indéfectible relations sont complexes ; une mère à la
entre deux femmes alsa- forte personnalité. Et tout cela dans une
ciennes au caractère bien atmosphère imprégnée de religiosité.
trempé. Marthe et Mathilde C’est bien un roman policier, sans sexe ni
ont fait connaissance en violence, mais dont le dénouement réserve
1906 à Kolmar, alors pro- au lecteur un fameux choc !
vince allemande depuis 1870. La famille de
Mathilde, d’origine allemande, loue un ap-
La légende partement dans l’immeuble des parents de
du mont AraratMarthe. Elles deviennent inséparables. Trois
fois elles changent de nationalité au gré Yachar Kemal
des aléas des deux guerres qui ensanglantè- Ed. Gallimard, 1998
rent l’Europe. En 1918, Kolmar l’allemande Aimez-vous les légendes ?
redevint Colmar la française, qui redevint Notre littérature moderne
Kolmar en 1940, puis de nouveau Colmar n’en regorge pas, raison de
en 1945. Entre les deux guerres Marthe et plus pour aimer celle-ci, contée comme il
Mathilde se marièrent, eurent chacune deux se doit, avec un thème récurrent – un lac,
enfants. Une séparation de cinq ans, entre des bergers et leurs fûtes, un minuscule
1940 et 1945, n’altéra en rien leurs liens et oiseau blanc ; des personnages de conte –
elles eurent la joie de marier deux de leurs un pacha, sa flle, un berger, un cheval ; un
enfants la paix étant enfn revenue. Elles amour impossible, un exploit sans précé-
moururent centenaires en 2001. dent… on se laisse entraîner par ce style
Pascale Hugues raconte ici l’histoire de ample et poétique, ces héros sont de tous
ses deux grands-mères, de leurs familles, les temps, le temps des longues soirées, le
avec une grande tendresse et beaucoup de temps du merveilleux, le temps du conte.
respect teinté de malice : la distance né-
cessaire pour rassembler des fragments de Les jours les mois
mémoire, et faire, mine de rien, réféchir les annéessur l’extravagance parfois déchirante des
Yan Lianke notions de frontières.
Ed. Philippe Picquier, 2009
Le roman s’ouvre sur un été Tu ne jugeras point particulièrement torride
Armel Job et douloureux dans une
Ed. Robert Laffont, 2009 province de Chine où la
Un roman policier ? Un bébé population affamée s’enfuit vers l’ouest
dans l’espoir d’y cultiver un peu de terre disparait devant un magasin
pour survivre.où sa mère l’avait laissé
Les mots, les phrases sont suspendus quelques instants. Affronte-
sous la chaleur écrasante, la sécheresse, ment entre le juge Conrad
les brumes de chaleur qui entourent les chargé de l’enquête et Denise, la mère,
montagnes et le vent brûlant qui craquelle bouleversée mais digne, qui réfute habile-
le sol tandis que l’or du ciel prend une ment tous les arguments... jusqu’à ce que
couleur vermillon. Aucun espoir ne sub-l’on retrouve le corps.
siste et la canicule qui a fait fuir le village De rebondissement en rebondissement,
8un miracle. Il a dit oui ».entier accomplit son sinistre travail. Seul
un vieillard et son chien rendu aveugle par Ce livre est un tableau impressionniste,
une toile tissée à plusieurs mains, chaque le soleil et la faute des hommes restent
dans le village abandonné. Dans ce désert personnage ayant un parcours, une histoire
de solitude, un pied de maïs pousse dans le qui ne peuvent que nous émouvoir.
champ de l’aïeul. On assiste à la croissance
de la plante, la recherche de l’eau pour la Une tête coupée
nourrir, la protéger des rats, du soleil et du Iris Murdoch
vent. Chaque heure qui passe est prise sur Ed. Gallimard, 2009
la mort dans un combat inégal et violent.
La quatrième de couverture
résume bien ce roman : Un don « Martin, le narrateur, coulait
Toni Morrison une vie paisible entre sa
Ed. Christian Bourgois, 2009 fdèle épouse Antonia et sa
eNous sommes à la fn du 17 jeune maîtresse Georgie. Ce riche négociant
siècle, dans le nord d’une en vins considérait que, dans son ménage, il
Amérique morcelée entre s’était de bonne heure avéré être celui qui
colons de diverses nationa- reçoit plutôt qu’il ne donne. Mais un beau
lités. « Sans même parler jour, Antonia lui fait part de son désir de
des indigènes, à qui tout cela appartenait, divorcer pour épouser son psychanalyste, et
n’importe quelle terre pouvait, d’une année ami, Palmer Anderson. Entre alors en scène
à l’autre, être revendiquée par une Eglise, Honor, demi-sœur de Palmer, qui révèle à
contrôlée par une compagnie ou devenir Antonia l’existence de Georgie et présente
une propriété privée après un cadeau royal à cette dernière le frère de Martin, Alexan-
(…) alors que le Maryland, pour le moment, der, lequel fnit par tomber amoureux... de
appartenait au Roi. Totalement ». Honor ! ». Même si l’intrigue semble com-
Jakob Vaark est fermier, mais surtout plexe à la lecture de ce résumé, le lecteur
commerçant. Il visite des clients, de grands n’a aucune diffculté à suivre. Le ton d’Iris
seigneurs portugais sans héritage devenus Murdoch est vif, piquant et ironique ; les
commerçants d’esclaves puis de tabac. retournements de situation sont de mise. Un
Comme ils ne peuvent payer leurs dettes, vrai régal.
il accepte en paiement une fllette que sa
mère le supplie d’emmener. C’est elle, le Mémoires captives“don”, Florens. Mais elle ne comprendra pas
Azar Nafsila portée du geste de sa mère.
Ed. Plon, 2009Il y a aussi Lina, l’indienne, et Sorrow,
qui n’a plus toute sa raison. Il y a Willard En revenant en arrière sur
et Scully, deux jeunes hommes à qui on a les étapes successives de sa
promis la liberté, mais dont on rallonge vie, l’auteur, photos à l’appui,
la servitude à chaque incartade. Et il y a nous fait aussi revivre l’his-
surtout, à la fn, le récit poignant de la toire récente de l’Iran, du dernier shah aux
mère de Florens, amenée d’Afrique à la ayatollahs.
Barbade, humiliée, vendue, violée, qui a Son père a été maire de Téhéran, sa mère
tant souhaité que sa flle échappe au même une des rares femmes élues député(e)s
sort. « Parce que l’homme de grande taille “avant”. Azar fera des études en Angleterre,
te regardait comme une enfant, pas comme puis aux USA. Le retour en Iran, tant atten-
des pièces d’or espagnoles. Je me suis du, sera le début d’une descente aux en-
agenouillée devant lui. En espérant fers. Avons-nous vraiment su que la guerre
...
9contre l’Irak avait fait un million de morts ? Ce que je sais
Et comment une femme peut-elle enseigner de Vera Candida
la littérature occidentale dans une univer- Véronique Ovaldé
sité iranienne sous le régime islamiste ?
Ed. de l’Olivier, 2009Elle s’en est donc vu exclure, a résisté
Véronique Ovaldé nous de son mieux, a fni par prendre, avec sa
raconte, sous la forme famille, le chemin de l’exil.
d’une fable, l’histoire d’une Un récit presque plat, ni théâtre ni apitoie-
lignée de femmes en Amé-ment, où les événements relatés prennent
rique du Sud : Rose la grand-mère, Violette d’autant plus de force.
la mère et Véra Candida la petite-flle.Entre vie privée et vicissitudes de l’Histoire,
Rose et Violette subissent leurs destins c’est aussi un plaidoyer pour la lecture,
comme une fatalité et, surtout, n’attendent et pour les romans. Comme le dit Jean-
et n’obtiennent rien de positif de la part Claude Carrière dans sa préface : « Ecrire
des hommes. Véra Candida rompt avec ce un roman, que nous le voulions ou non,
destin, elle quitte le village du malheur de est un acte démocratique ». La lecture est
sa mère et de sa grand-mère et, dans une proftable à l’individu comme au groupe, et
autre ville, elle se construit une nouvelle lorsqu’elle est interdite, « elle s’affrme du
vie qui la conduit enfn vers le bonheur et même coup indispensable ».
l’amour.
Pourquoi une fable ? Ce roman est en fait le Best Love Rosie
mélange assez étonnant d’une intrigue sou-Nuala O’Faolain
vent sombre mais toujours teintée de vie et
Ed. S. Wespieser, 2008
d’une tendre magie. Un style pétillant pour
Chez Nuala O’Faolain, il y a parler des douleurs de la vie et de l’amour.
d’abord le ton : celui d’une Il faut se laisser transporter dans ce monde
conversation amicale, d’une quelque peu imaginaire décrit par Véro-
confdence sans ostentation nique Ovaldé pour apprécier la beauté de
ni fard, d’une respiration dans laquelle le ce roman.
lecteur prend sa place, s’insère, trouve ses
propres échos.
C’est très bien Et puis le fond, le récit, qui expose,
comme çaexplore, questionne, ose : solitude, désir
Annie Proulxamoureux, désir de vivre, révolte et luci-
dité. Symbolique des maisons retrouvées, Ed. Grasset, 2008
découvertes, acquises, nettoyées, rénovées, « L’ennui avec le Wyoming,
symbolique des voyages, leurre et source c’était tout ça, tout ce que
de richesse, avec, en fligrane, la maternité vous n’aviez pas fait ou
comme un point d’interrogation et le plaisir dit vous suivait à la trace,
amer des réponses sans cesse en devenir. jusqu’à votre dernier jour. »
Roman de la nostalgie mais de l’optimisme, Neuf nouvelles ayant pour cadre le monde
de l’apaisement et de l’amour, lucide et rural du fn fond de l’Amérique que l’au -
ouvert, il dit en toute simplicité, à travers teure affectionne tant. Des petites gens
la description minutieuse des énergies qui qui rêvent d’aventure et d’avenir meilleur,
animent les relations et les sentiments, la « d’une petite maison avec un caillou plat
quête et les interrogations infatigables qui sur le seuil, pour le plaisir de venir s’as-
sont le sel de la vie. seoir dans la fraîcheur du soir, les pieds sur
la grosse pierre et de voir les cerfs des-
cendre boire à la rivière ». Hélas la vie ne
10

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.