DIALECTIQUE

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Friedrich Engels (1883) DIALECTIQUE DE LA NATURE Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Courriel: Site web: Dans le cadre de la collection: Les classiques des sciences sociales Site web: Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi Site web:
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Publié le : lundi 26 mars 2012
Lecture(s) : 31
Source : cddc.vt.edu
Nombre de pages : 290
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Friedrich Engels (1883)
DIALECTIQUE
DE LA NATURE
Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Courriel: jmt_sociologue@videotron.ca
Site web: http://pages.infinit.net/sociojmt
Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"
Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque
Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi
Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htmFriedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 2
Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay,
professeur de sociologie à partir de :
Friedrich Engels (1883),
Dialectique de la nature
Paris : Éditions sociales, 1968, 367 pages. Traduit de l’Allemand
par Émile Bottigelli, agrégé de l’Université
Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times, 12 points.
Pour les citations : Times 10 points.
Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.
Les formules utilisées par Engels dans ce livre ont été réécrites
avec l’éditeur d’équations de Microsoft Word 2001.Friedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 3
Table des matières
NOTE DU TRADUCTEUR
PRÉFACE DE L'INSTITUT MARX-ENGELS-LÉNINE.
DIALECTIQUE DE LA NATURE
[ESQUISSES DU PLAN]
[Esquisse du plan d'ensemble]
[Esquisse de plan partiel]
[CHAPITRES]
INTRODUCTION
Ancienne Préface à l'[Anti-)Dühring. Sur la dialectique
La science de la nature dans le monde des esprits
La dialectique
Les formes fondamentales du mouvement
La mesure du mouvement. Le travail
Le frottement des marées. Kant et Thomson-Tait. La rotation de la terre et l'attrac-
tion de la lune
La chaleur
L'électricité
Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme.
[NOTES ET FRAGMENTS]
[Éléments d'histoire de la science]
- Conception de la nature chez les anciens
- Différence de la situation à la fin du monde antique, vers 300, et à la fin du
moyen âge, 1453
- Éléments historiques – Inventions
-
- Fragment retranché du Feuerbach
[Science de la nature et philosophie]
Büchner
[Dialectique]
[a) Questions générales de la dialectique. Lois fondamentales de la
dialectique]
- Contingence et nécessité
- Hegel. Logique I
[b) Logique dialectique et théorie de la connaissance. A propos des « limites
de la connaissance »]
- De la classification des jugements
- Sur l’incapacité de Naegeli de connaître l’infini
[Les formes du mouvement de la matière. Classification des sciences]
Sur la conception mécaniciste de la natureFriedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 4
[Mathématiques]
[Mécanique et astronomie]
[Physique]
[Chimie]
[Biologie]
TABLE CHRONOLOGIQUE
INDEX DES NOMS ET DES PUBLICATIONS CITÉSFriedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 5
NOTE DU
TRADUCTEUR
Retour à la table des matières
Le texte que nous présentons a été traduit d'après l'édition MEGA (Marx-Engels
Gesamtausgabe) de 1935, publiée par l'Institut Marx-Engels-Lénine, à Moscou. Mais
nous avons suivi, dans la disposition des matériaux, le plan de l'édition russe de 1948,
avec laquelle nous avons confronté le texte allemand et dont nous avons extrait la
Préface placée en tête du volume.
L'ouvrage était sous presse quand parut à Berlin (Dietz Verlag, 1952) une édition
allemande reproduisant exactement, dans la langue de l'original, l'édition soviétique
de 1948. Nous avons donc procédé à une révision complète de notre traduction sur la
base de ce texte, qui constitue maintenant l'édition définitive.
Nous avons emprunté à la traduction soviétique la plus grande partie de l'appareil
scientifique. Ce sont les notes marquées des sigles (O.G.I.Z.) et (O.G.I.Z., Obs.).
Quant aux notes signées (N.R.), elles ont été établies avec la collaboration de Mme
Jeanne Lévy et de MM. Kahane, Labérenne, Nigon, Schatzman et Vassails. Qu'ils en
soient ici publiquement remerciés.
On trouvera en fin de volume une table chronologique des fragments et des
chapitres, ainsi qu'un index des noms et des matières.
E. B.Friedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 6
PRÉFACE
Retour à la table des matières
Au cours de toute leur vie, Marx et Engels ont suivi avec attention l'évolution de
la science de la nature, accomplissant la généralisation philosophique de ses résultats
et éclairant ceux-ci du Point de vue de la théorie du matérialisme dialectique. Les
questions de la théorie de la science occupent une Place éminente dans un ouvrage de
la littérature marxiste aussi important que l'Anti-Dühring d'Engels, où se trouve un
exposé développé des fondements de la doctrine de Marx. On rencontre dans toute
une série d'autres ouvrages des deux maîtres, compris dans l'œuvre principale de
Marx: Le Capital, une foule d'observations sur les problèmes des sciences de la natu-
re. La correspondance de Marx et d'Engels révèle aussi la grande attention que tous
deux apportaient aux questions scientifiques. Mais l'exposé le plus développé,
embrassant toutes les branches essentielles de la science de la nature et des mathéma-
tiques, Engels l'a donné dans sa Dialectique de la nature, œuvre restée inachevée mats
remarquable par sa richesse de pensée, à laquelle il a travaillé en étroit contact avec
Marx.
La correspondance de Marx et d'Engels révèle que, dès r873, Engels envisageait
d'écrire un grand travail sur la dialectique dans la nature. Dans une lettre à Marx du
30 mai 1873, il fait part à son ami de ses pensées sur la science de la nature. Il y
formule déjà trois idées fondamentales de sa Dialectique de la nature : 1. l'indissolu-
bilité de la matière et du mouvement (le mouvement est une forme d'existence de la
matière) ; 2. les formes qualitativement différentes du mouvement et les diverses
sciences qui les étudient (mécanique, physique, chimie, biologie); 3. le passage dia-
lectique d'une forme du mouvement à l'autre et Par suite il une science à l'autre. Il ter-
mine sa lettre en disant que l'élaboration de ces idées « demandera encore beaucoup
de temps ».
Voici le texte de la lettre du 30 mai 1873 :Friedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 7
30 mai 1873.
Cher Maure,
Voici les idées dialectiques qui me sont venues ce matin au lit à propos des sciences de la nature :
Objet de la science de la nature : la matière en mouvement, les corps. Les corps sont inséparables du
mouvement; leurs formes et leurs espèces ne se reconnaissent qu'en lui; il n'y a rien à dire des corps en
dehors du mouvement, en dehors de toute relation avec d'autres corps. Ce n'est que dans le mouvement que
le corps montre ce qu'il est. La science de la nature connaît donc les corps en les considérant dans leur
rapport réciproque, dans le mouvement. La connaissance des diverses formes du mouvement est la
connaissance des corps. L'étude des différentes formes du mouvement est donc l'objet essentiel de la science
1de la nature.
1. La forme du mouvement la plus simple est le changement de lieu (dans le temps, pour faire plaisir au
vieil Hegel) : le mouvement mécanique.
a) Le mouvement d'un corps isolé n'existe pas ; à parler relativement, la chute peut cependant en faire
figure. Mouvement vers un centre commun à de nombreux corps. Cependant, dès que le mouvement d'un
corps doit s'effectuer dans une direction autre que celle du centre, ce corps tombe toujours. il est vrai, sous
2les lois de la chute, mais celles-ci se modifient .
b) en lois de la trajectoire et mènent directement au mouvement réciproque de plusieurs corps ; mouv-
ement planétaire, etc., astronomie, équilibre (temporaire ou apparemment dans le mouvement lui-même).
Mais, en fin de compte, le résultat réel de ce genre de mouvement est toujours.. le contact des corps en
mouvement : ils tombent l'un sur l'autre.
c) Mécanique du contact : corps en contact. Mécanique courante, levier, plan incliné, etc. Mais le
contact n'épuise pas par là ses effets. Il se manifeste directement sous deux formes : frottement et choc. Tous
deux ont la propriété de produire, à un certain degré d'intensité et dans des conditions déterminées, des effets
nouveaux qui ne sont plus purement mécaniques : chaleur, lumière, électricité, magnétisme.
2. La physique proprement dite, science de ces formes du mouvement qui, après l'étude de chacun d'eux,
constate que, sous certaines conditions, ils se convertissent l'un en l'autre et qui trouve en fin de compte que,
à un degré d'intensité déterminé, variable selon les corps en mouvement, ils produisent des effets qui dépas-
sent le domaine de la physique, des modifications de la structure interne du corps : des effets chimiques.
3. La chimie. Pour l'étude des formes précédentes du mouvement, il était plus ou moins indifférent qu'ils
s'opèrent sur des corps vivants ou inertes. Les corps inertes faisaient même apparaître les phénomènes dans
leur pureté la plus grande. Par contre, la chimie ne peut connaître la nature chimique des corps les plus
importants que sur des substances issues du processus de la vie , sa tâche essentielle sera de plus en plus de
produire artificiellement ces substances. Elle constitue le passage à la science de l'organisme, mais le
passage dialectique ne pourra être établi que lorsque la chimie aura effectué le passage réel ou sera sur le
3point de l'effectuer .
44. L'organisme. Sur ce point, je ne me hasarderai pour l'instant à aucune dialectique .
Comme tu es au centre des sciences de la nature, c'est toi qui seras le mieux en mesure de juger ce
que cela vaut.
Ton F. E.
Si vous croyez que cela vaut quelque chose, n'en parlez pas afin que quelque diable d'Anglais ne me vole pas
la chose: l'élaboration demandera encore beaucoup de temps. (N.R.)

1 En marge, remarque de Schorlemmer: Très bien, tout à fait mon opinion. C.S.
2 Remarque de Schorlemmer: Très juste !
3 Remarque en marge de Schorlemmer; Voilà le hic !
4 Remarque en marge do Schorlemmer: Moi non plus. C.S.Friedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 8
Le contenu de cette lettre correspond presque intégralement à l'un des fragments
englobés dans Dialectique de la nature, à savoir celui qui Porte le titre : « Dialectique
de la science de la nature » (cf. p. 253). Sur la même feuille que ce fragment et le
Précédant immédiatement, on trouve le brouillon de l'esquisse du travail qu'Engels
projetait contre Büchner et d'autres représentants du matérialisme vulgaire (Cf. p.
203). Cette esquisse, rédigée, selon toute vraisemblance, peu de temps avant le
fragment : « Dialectique de la science de la nature », fait apparaître ce qu'était le plan
primitif d'Engels: montrer, sous la forme d'une critique du matérialisme vulgaire et
sur la base de la science la plus moderne: 1. la contradiction entre le mode de pensée
métaphysique et le mode de pensée dialectique et 2. la contradiction entre la dialecti-
que mystifiée, idéaliste de Hegel et la « dialectique rationnelle » du matérialisme Phi-
losophique. Avec cela, Engels souligne tout particulièrement dans son esquisse que,
Pour la science de son temps, « la dialectique dépouillée du mysticisme devient une
absolue nécessité ». De la sorte, on est tout à fait fondé à penser qu'au début de 1873
Engels envisageait d'écrire une sorte d' « Anti-Büchner » où il aurait étudié les ques-
tions de la dialectique de la science de la nature et soumis à la critique les défauts du
matérialisme vulgaire de Büchner, ainsi que sa « prétention d'appliquer à la société la
théorie des sciences de la nature et de réformer le socialisme ».
D'après les manuscrits laissés par Engels, on peut voir que, peu après, il abandon-
nait son Projet de travail contre Büchner, mais n'en continuait pas moins à rassem-
bler, avec une ardeur redoublée, des matériaux sur la dialectique dans la science de la
nature et les mathématiques. Il commença à rédiger des esquisses Préliminaires Pour
sa Dialectique de la nature et, en 1875-76, il avait déjà élaboré presque définitivement
la grande « Introduction » à son œuvre. Cependant, peu après, Engels s'orienta vers
un autre grand travail : la critique des écrits de Dühring, en utilisant également ses
matériaux sur la dialectique de la nature. Les intérêts du parti du prolétariat révolu-
tionnaire exigeaient la réfutation des théories de Dühring, variété nouvelle de l'uto-
pisme philistin sous sa forme la plus réactionnaire, spécifiquement prussienne, qui
menaçait de répandre les vues du socialisme petit-bourgeois dans les rangs de la
social-démocratie allemande. Après avoir terminé l'Anti-Dühring (juin 1878), Engels
revint à son travail sur la dialectique de la nature: il en esquissa le plan d'ensemble
(cf. page 25) et rédigea quelques chapitres plus ou moins définitifs, ainsi qu'une foule
de notes préliminaires. Le 23 novembre 1882, il écrivit à Marx que, maintenant, il
devait terminer sa Dialectique de la nature. Mais la mort de Marx (14 mars 1883)
l'obligea à interrompre son travail et à s'occuper, comme il le mentionne dans sa
Préface à la seconde édition de l'Anti-Dühring, « de devoirs plus pressants ».
J'ai le devoir de préparer pour l'impression les manuscrits laissés par Marx, et cela est
1beaucoup plus important que toute autre occupation .
En outre, après la mort de Marx, tout le travail de direction du mouvement ouvrier
international retomba sur Engels, et cela lui prenait beaucoup de temps. Il en résulta
que le travail qu'il projetait sur la dialectique de la nature ne tut pas mené à son
achèvement et que les matériaux qu'il avait réussi à rédiger sur ce thème ne jurent pas
même mis systématiquement en forme. Dans la Préface à la seconde édition de l'Anti-
Dühring, Engels a écrit qu'il n'abandonnait pas l'espoir que quelque occasion à venir
lui permît de rassembler et de publier les résultats obtenus, « peut-être avec les ma-

1 Anti-Dühring, p. 41. (N.R.)Friedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 9
1nuscrits mathématiques extrêmement importants laissés par Marx » . Mais il n'a pu y
parvenir.
Après la mort d'Engels (5 août 1895), sa Dialectique de la nature ainsi que ses au-
tres manuscrits sont tombés entre les mains des chefs opportunistes de la social-
démocratie allemande, qui, pendant des dizaines d'années, ont criminellement tenu
sous le boisseau ce travail extrêmement précieux et continuent à l'y tenir à l'heure
actuelle. Dialectique de la nature fut publiée pour la première fois en U.R.S.S. d'après
les photocopies des manuscrits. Elle fut éditée à Moscou en 1925 en langue alle-
mande parallèlement à la traduction russe. Cependant cette édition était, du point de
vue scientifique, tout à fait défectueuse. Le déchiffrage du manuscrit d'Engels avait
été fait avec une extrême négligence, et toute une série de passages, au nombre des-
quels des passages concernant les bases mêmes des conceptions théoriques d'Engels,
étaient absolument défigurés. La traduction russe fourmillait d'erreurs et d'altérations.
Enfin la disposition des chapitres composant Dialectique de la nature était présentée
dans un désordre si chaotique que cela en rendait très difficile la lecture et l'étude.
En 1927 Parut la deuxième édition de Dialectique de la nature en langue alleman-
de et en 1929 la deuxième édition russe. Dans ces éditions, quelques erreurs de
déchiffrage avaient été éliminées, mais tous les défauts fondamentaux de l'édition de
1925 subsistaient. Toutes les éditions russes de Dialectique de la nature qui suivirent
2(y compris celle du tome XIV des Oeuvres de Marx-Engels) reproduisent presque
sans changement le texte de l'édition russe de 1929. En 1935, l'Institut Marx-Engels-
Lénine Publia une nouvelle édition de Dialectique de la nature dans la langue de l'ori-
ginal. (Marx-Engels Gesamtausgabe. Friedrich Engels: Herrn Eugen Dühring
Umwälzung der Wissenchaft - Dialektik der Natur - Sonderausgabe zum vierzigsten
Todestage von Friedrich Engels. Moskau-Leningrad, 1935, édition que nous dési-
gnons dans la suite par MEGA.) Cette édition marquait un certain progrès, tant au
point de vue du soin mis à déchiffrer le manuscrit qu'à celui de la disposition plus
correcte des matériaux. Cependant elle n'était pas exemple de tout défaut essentiel
sous ces deux rapports, non plus qu'au point de vue de la qualité de l'appareil scien-
tifique. Celle édition ne fut pas traduite en russe.
*
**
Bien que Dialectique de la nature soit resté inachevé et que certaines de ses par-
ties aient le caractère de brouillons préliminaires et de notes fragmentaires, cette
oeuvre présente un tout cohérent dont l'unité repose sur les idées générales fondamen-
tales et sur l'harmonie du plan.
Dans Dialectique de la nature, Engels donne la généralisation philosophique des
conclusions de la science de son époque. Abordant ta nature en matérialiste et en dia-
lecticien, il la présente comme un tout infini et un, comme « la connexion universelle
de l'évolution », comme le processus historique de développement de la matière. Il
montre que, dans la nature, tout s'opère dialectiquement et que, en conséquence la
dialectique matérialiste est la seule méthode exacte permettant de connaître la nature.

1 Anti-Dühring, p. 42. (N.R.)
2 C'est-à-dire l'édition russe des Oeuvres de Marx-Engels. (N.R.)Friedrich Engels (1883) Dialectique de la nature 10
Dans l'Introduction à son œuvre, Engels donne un brillant aperçu du développe-
ment de la science de la nature de la Renaissance jusqu'à Darwin, montrant comment
le développement propre de la science elle-même a fait éclater de l'intérieur la
conception métaphysique de la nature qui caractérise les XVIIe et XVIIIe siècles, et a
contraint celle-ci à céder la place à la conception moderne, dialectique. En suivant le
développement historique des sciences, Engels souligne particulièrement le rôle de la
pratique humaine, le rôle de la production, laquelle, au bout du compte, détermine
tant l'origine de la science que la marche de son développement.
S'appuyant sur toutes les conquêtes les plus importantes de la science de son
temps, Engels énonce les fondements scientifiques de la conception matérialiste dia-
lectique du monde. L'univers est infini dans l'espace et le temps. Il est impliqué dans
un mouvement et un changement perpétuels. Les cycles grandioses dans lesquels se
meut la matière déploient toute la riche diversité des formes du mouvement de la
matière, depuis le simple changement mécanique de lieu jusqu'à la vie et à la pensée
des êtres doués de conscience. La matière et le mouvement ne peuvent être anéantis
ni quantitativement, ni même qualitativement. Aucun des attributs de la matière ne
peut être perdu et c'est pourquoi
si elle doit sur terre exterminer un jour avec une nécessité d'airain sa floraison suprême l'esprit
pensant, il faut avec la même nécessité que, quelque part ailleurs et à une autre heure, elle le
1reproduise .
Ces idées d'Engels, exposées avec une profondeur et un brillant remarquables,
sont des armes acérées pour lutter contre les théories idéalistes et mystiques des
idéologues du capitalisme pourrissant. Elles sont des armes contre les tentatives les
plus récentes de faire revivre l'obscurantisme du Moyen Âge et l'absence de loi en la
possibilité pour l'homme de connaître le monde. Elles permettent de lutter contre
celle de retaper une religion qui tombe en ruine à l'aide d'arguments tirés des sciences
de la nature, tentative qui utilise chaque difficulté de la science qu'engendre dans la
société bourgeoise la crise grandissante de la science en raison de la décadence de
plus en plus profonde de la culture.
Dialectique de la nature est entièrement empreint de la doctrine d'Engels sur les
diverses formes du mouvement de la matière (mouvement mécanique ou simple
changement de lieu; modes différents de mouvement physique : chaleur, lumière,
électricité; processus chimiques; vie organique), sur leur unité et leurs passages réci-
proques de l'une à l'autre, ainsi que sur les particularités qualitatives de chacune
d'elles et l'impossibilité de ramener mécaniquement, les formes supérieures du mou-
vement aux formes les plus basses. Sur la base de cette théorie, Engels établit une
classification matérialiste dialectique des sciences de la nature où chacune d'elles «
analyse une forme singulière du mouvement ou une série de formes de mouvements
2connexes et passant de l'une à l'autre ».
Dans toutes les branches de la science, Engels soutient, met au premier plan et
développe les conceptions et les théories d'avant-garde. En particulier, il estime et
souligne très fortement le génie du grand savant russe D. I. Mendeléïev, créateur du
système périodique des éléments chimiques. En même temps, Engels combat résolu-
ment les idées qui ne correspondent plus aux acquisitions les plus récentes de la

1 Cf. p. 46. (N.R.)
2 Cf. p. 254. (N.R.)

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