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DISCOURS FÉDÉRATION DES CHAMBRES DE COMMERCE DU QUÉBEC (FCCQ) Le vendredi 30 septembre 2011, midi Hôtel Le Victorin La géographie et la morphologie naturelle de tout territoire déterminent la culture aussi bien que l'évolution sociale et économique de la société qui s'y installe et s'y épanouit. C'est par nos cours d'eau que nos ancêtres ont découvert et exploré l'Amérique du nord. L'irrigation de nos riches terres agricoles a pourvu à la subsistance des générations qui nous ont précédés.
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Source : blog.questerre.com
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DISCOURS
FÉDÉRATION DES
CHAMBRES DE COMMERCE DU QUÉBEC (FCCQ)
Le vendredi 30 septembre 2011, midi
Hôtel Le Victorin
La géographie et la morphologie naturelle de tout territoire déterminent la culture aussi bien que l’évolution sociale et économique de la société qui s’y installe et s’y épanouit. C’est par nos cours d’eau que nos ancêtres ont découvert et exploré l’Amérique du nord. L’irrigation de nos riches terres agricoles a pourvu à la subsistance des générations qui nous ont précédés. Nous sommes fiers avec raison de l’abondance de cette richesse puisque le Québec détient plus de 3% de la réserve d’eau douce de la planète. Sur le plan de l’économie proprement dite, la puissance de nos grandes rivières a été le moteur de notre développement industriel.
L’énergie, pour nous, est par conséquent synonyme d’hydroélectricité, une ressource propre et indéfiniment renouvelable. Elle est associée aux grandes réalisations des années 50, 60, 70 et 80 : ChuteàCaron, Shipshaw, Beauharnois, PassesDangereuses, Churchill Falls, Manicouagan et tant d’autres, sans oublier la cathédrale de LG2 creusée dans le granit et les fabuleuses marches du Géant. Nous avons ainsi construit HydroQuébec, symbole de la fierté québécoise, un joyau technologique, salué comme la plus grande entreprise canadienne, qui a grandement contribué à l’émancipation économique du Québec. Sa création en 1944 et la nationalisation de 1962 comptent parmi les jalons les plus marquants de notre histoire. Bref, nous avons été élevés dans la culture pour ne pas dire le culte hydroquébécois.
C’est dire que rien ne nous préparait collectivement à l’annonce soudaine de la découverte de richesses fossiles dans le sol québécois. Le pétrole et le gaz n’ont jamais fait partie de notre imaginaire. Nous les avons toujours perçus comme des sources d’énergie venues d’ailleurs et moins propres. Depuis toujours, nos puissantes cataractes nous ont éclairés, réchauffés l’hiver et rafraîchis l’été; elles ont aussi transformé la bauxite en aluminium et nos arbres en papier, faisant de nous une nation industrielle, prospère et progressiste.
Pendant tout ce temps, nous pensions, sans même nous en plaindre puisque nous étions autrement nantis, que notre sol ne recelait ni pétrole ni gaz naturel. Des explorations aux résultats infructueux nous ont confirmés dans cette certitude. La première tentative un peu systématique effectuée par la Société Québécoise d’initiatives pétrolières (SOQUIP), après sa création en 1969, s’est soldée, au bout de 57 millions de dépenses d’exploration, par le constat d’absence de cette ressource. La SOQUIP n’a pas insisté. Elle publiait, en 1984, un rapport concluant que le risque était trop grand et que les probabilités de trouver du pétrole et du gaz au Québec étaient trop faibles. Elle écrivait, entre autres, au sujet des BassesTerres du Saint Laurent :
« Cette région a été largement explorée. Les insuccès font que les probabilités d’une découverte sont tellement faibles qu’il n’est plus rentable [d’y] poursuivre l’exploration pétrolière. »
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Estil besoin de dire, au sujet des BassesTerres du SaintLaurent, que c’est précisément l’endroit où devait avoir lieu, 24 ans plus tard, la découverte du champ gazier d’Utica.
Puisque ses recherches s’étaient avérées bredouilles, la SOQUIP retourna, sans considération financière, la grande majorité de ses permis au ministère des ressources naturelles.
C’est par la suite qu’un jeune ingénieur québécois, originaire du Saguenay, qui agissait jusque là à titre de consultant pour des compagnies pétrolières indépendantes, récusa ce verdict et décida, avec des moyens de fortune, de créer Junex et de poursuivre luimême l’effort d’exploration. À la surprise de tous, les forages et fracturations que JeanYves Lavoie réalisa, en 2008, en partenariat avecCanadian Forest, révélèrent l’existence d’un important champ gazier retenu dans les schistes d’Utica qui sont déposés le long de la vallée du SaintLaurent, à des profondeurs variant de 600 à 3000 mètres.
La majorité des permisenregistrés sur la bande qui longe la rivesud du SaintLaurent, à l’ouest de la ville de Québec, sont aujourd’hui détenus par des compagnies québécoises, le reste par des compagnies d’Alberta, des ÉtatsUnis et d’Australie.
Ces compagnies se sont regroupées en février 2009 dans l’Association que je préside depuis près d’un an.
Parce que ce gaz naturel est emprisonné à l’intérieur de formations rocheuses, on l’appelle gaz de schiste, du nom de l’enveloppe géologique qui le garde captif.
Les auteurs de la découverte anticipaient une réaction publique de satisfaction et même de fierté, à l’idée qu’une nouvelle source d’énergie nous devenait accessible et ouvrait au Québec l’éventail le plus large des choix possibles entre les principales sources d’énergie connues : hydroélectricité, hydrocarbures, éolienne, nucléaire et solaire. Cette anticipation se confortait dans le fait que nous consommons déjà plus de deux milliards de dollars de gaz naturel par année et que nous sommes, à l’égard de ces approvisionnements, totalement dépendants de l’ouest canadien.
En fait, comme nous l’avons vite constaté, c’est le contraire qui est arrivé : la découverte de cette ressource et les premières tentatives pour en poursuivre l’exploration se sont heurtées à un mécontentement quasiuniversel. Avec le recul du temps, plusieurs raisons l’expliquent. Rien ne nous préparait à voir le développement d’hydrocarbures faire dorénavant partie de notre bilan énergétique. Les instincts culturels québécois se trouvèrent particulièrement heurtés à l’annonce que l’extraction du gaz naturel nécessitait l’injection sous pression de quantités importantes d’eau. Ajoutez à cela les allégations de risques de contamination de la nappe phréatique et la précipitation avec laquelle les premières opérations de forage se sont effectuées : on comprend alors les appréhensions et le phénomène collectif de rejet qui en ont résulté.
On conviendra dès lors que les promoteurs et communicateurs chargés de la présentation du projet au grand public n’avaient pas la tâche facile.
Le nom même de la ressource se prête mal à la communication. Y atil un mot qui sonne plus durement à l’oreille que celui de schiste? Plusieurs en sont arrivés à oublier qu’il s’agit simplement de gaz naturel. Il n’y avait qu’un pas à franchir pour le considérer comme un «gaz schismatique». C’est pourquoi certains promoteurs aimeraient bien pouvoir utiliser la
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désignation moins agressive de «gaz de shale». Le seul problème, c’est que, selon l’Office de la langue française, ce terme est la traduction anglaise de gaz de schiste.
Bref, les opérations sur le terrain ont dû cesser après le forage d’une trentaine de puits dont une quinzaine ont fait l’objet de fracturation.
Devant le mécontentement populaire et la pression médiatique, les opérations ont été pratiquement suspendues, le Gouvernement ayant demandé un rapport au BAPE sur les conditions selon lesquelles on pourrait procéder au développement de la ressource.
On connaît la suite : sans pour autant recommander l’imposition d’un moratoire comme tel, le BAPE a conclu à la nécessité de procéder à une évaluation environnementale stratégique, confiée à un comité qui a pris le relai. Le Gouvernement a alloué à ce dernier un délai de vingt quatre à trente mois pour produire un rapport sur la pertinence d’exploiter ce gaz et, le cas échéant, sur les moyens d’y procéder d’une façon conforme à la protection de l’environnement. Il a été annoncé que, pendant ce temps, la reprise d’activités de forage pourrait faire l’objet d’autorisations. Toutefois, les travaux de fracturation seront permis dans la mesure où ils produiront des données utiles aux analyses du comité d’évaluation environnementale stratégique.
Lors de la publication du rapport du BAPE, en mars dernier, l’Association a donné son appui aux travaux du comité, soulignant toutefois la nécessité d’arrêter, durant ces travaux, l’écoulement du délai de validité des permis déjà émis. Puisque l’exploration et, davantage encore, l’exploitation, sont, à toutes fins pratiques, interrompues jusqu’au dépôt du rapport du comité, l’Assemblée nationale a, par la loi 18, suspendu les obligations des détenteurs de permis pour la période correspondante.
Autrement dit, nous sommes entrés dans une période d’étude et d’analyse qui permettra de dresser un portrait objectif et scientifique des tenants et aboutissants du développement des ressources gazières trouvées dans le sol québécois. On devra répondre à plusieurs questions, notamment sur les avantages économiques, sociaux et autres résultant de leur développement, sur les moyens de garantir l’intégrité de la nappe phréatique et la protection générale de l’environnement, de même que sur les démarches à mettre en place pour en favoriser l’acceptabilité sociale.
Il importe de prendre sérieusement en compte la légitimité des inquiétudes que suscite le procédé d’extraction par fracturation. On apprendra beaucoup de l’examen et de l’évaluation des opérations de ce genre de puits aux ÉtatsUnis, dans l’ouest canadien et ailleurs. Si les constats positifs se confirment, les gouvernements, y compris le nôtre, devront dicter une règlementation imposant les pratiques les plus sûres et les mieux éprouvées pour garantir l’intégrité du système aquifère. Tout cela passera par la mise au point et l’imposition de techniques de coffrage et d’étanchéité ainsi que par la réutilisation et le traitement des eaux usées. Pareillement, le 0,5% de substances utilisées dans l’eau de fracturation fera l’objet de divulgation spécifique. Déjà, Talisman et Questerre publient sur leurs sites web l’identification des additifs qu’elles se proposent d’utiliser au Québec.
Une autre préoccupation largement exprimée concerne la nécessité de faire bénéficier l’ensemble des Québécois de leur juste part des retombées économiques des projets envisagés. Nul doute que le rapport du comité d’évaluation environnementale stratégique apportera làdessus un éclairage qui aidera le ministère des finances à définir un régime de redevances à la fois équitable et réaliste. Car il faut se rappeler que de tels régimes ne peuvent
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s’établir en vase clos, sans référence à un équilibre entre le niveau des redevances exigées et la nécessité de rester compétitif par rapport aux autres pays qui sollicitent de tels investissements.
Le développement des ressources naturelles n’est pas un mal. Au contraire, c’est un bien précieux qui fait l’envie de toutes les nations dans le monde, à condition qu’il soit mis au service de l’intérêt public. L’intérêt public, c’est celui qui garantit un développement en tout point conforme aux exigences de l’environnement, qui attribue sa juste part à chaque intervenant et qui fait progresser une collectivité par la satisfaction de ses besoins sociaux et économiques.
Dès lors, il y a lieu de se poser une question : si le Québec se donne un régime de redevances qui permet un partage équitable des bienfaits de cette ressource et s’il est démontré qu’il est possible de définir des règles et de recourir à des techniques qui protègent l’environnement, pour quelles raisons n’iraitil pas de l’avant? Seraitce que l’État québécois n’a pas besoin de ressources additionnelles pour investir dans l’éducation, la santé, les infrastructures, les programmes sociaux et la recherche scientifique? En réalité, je soumets que toute analyse rationnelle de ce dossier épineux requiert d’abord de franchir l’étape préliminaire fixée par le Gouvernement, à savoir d’identifier par des études scientifiques et impartiales, en dehors des débats et des perceptions émotives et idéologiques, les mesures responsables de sécurité, de respect de l’environnement, de partage équitable et d’acceptation sociale. Il n’y pas d’autres façons de prendre des décisions éclairées.
C’est dire qu’il faut simplement attendre le résultat de l’étude confiée au comité d’évaluation environnementale stratégique. Soyons patients, dans l’attente des lumières qui nous viendront de cette étude et de celles qui sont présentement en cours dans plusieurs pays, sous l’égide de plusieurs organismes crédibles.
Je signalerai pour le moment que, déjà, l’étude rendue public par un comité du Parlement britannique a conclu, en mai dernier, « que la fracturation hydraulique ne pose pas, en soi, un risque direct aux aquifères d’eau, pourvu que le coffrage du puits soit intact avant le début de cette opération. Les risques qui surviennent sont plutôt liés à l’intégrité du puits et ne sont pas différents des problèmes qui sont rencontrés lors de l’exploration pour des hydrocarbures dans les formations géologiques conventionnelles. » De même, madame Lisa Jackson, administratrice de la U.S. Environment Protection Agency, déclarait, deux semaines plus tard, devant un comité du congrès américain que : « Je ne suis au courant d’aucun cas prouvé où le processus de fracturation hydraulique a, en soi, affecté l’eau, quoique les études se poursuivent. »
Il est encore tôt pour conclure définitivement mais s’il y a une certitude autour de laquelle nous devrions nous rallier, c’est la nécessité de mener à fond, en toute objectivité, les études, analyses et réflexions en cours. Nul doute qu’elles pourront s’appuyer sur toutes les données disponibles, notamment dans les pays qui procèdent déjà à l’extraction de ce gaz naturel.
En attendant, les membres de l’Association, ainsi qu’ils en ont pris l’engagement, offriront toute leur coopération au comité québécois d’évaluation environnementale stratégique.
Une question encore plus globale se pose, en regard de la nature même du gaz naturel et de la place qu’il tient au sein du bilan énergétique. Outre les menaces que certains y voient pour notre patrimoine hydrologique, on lui reproche, comme à toutes les ressources fossiles, de contribuer au réchauffement global et de ne pas être renouvelable.
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En l’absence de solution immédiate de remplacement, on ne peut toutefois nier que le gaz naturel présente un net avantage sur le pétrole et plus encore sur le charbon. L’occasion est belle de réduire l’émission de gaz à effet de serre, au Québec, par une consommation accrue de gaz naturel en remplacement du mazout lourd, du pétrole et du charbon. Rappelons que, en 2009, le pétrole, comme tel, représentait 35% de la consommation totale en énergie du Québec, auxquels s’ajoutent 4% en mazout lourd, pour des dépenses annuelles de 12 milliards de dollars. Toute augmentation de consommation de gaz naturel au Québec en substitution du pétrole et du charbon ne peut être que bienvenue pour tous ceux qui ont à cœur la bonification de notre bilan environnemental. On sait déjà que l’introduction de véhicules moteurs à combustion de gaz naturel se profile à l’horizon. On pourra donc voir, à moyen terme, la possibilité de réduire les importantes émissions produites par le transport routier.
Bien sûr, le gaz naturel est une ressource non renouvelable. C’est pourquoi, à l’instar d’autres ressources comme le pétrole et le charbon, il ne peut fonder le même genre de projection dans le temps que, par exemple, l’hydroélectricité ou l’éolien. Si bien qu’on a la chance de pouvoir compter sur le gaz naturel comme solution de transition, en attendant le développement de ressources alternatives, efficaces et fiables.
Voilà donc la transition la plus écologique, la plus conforme aux impératifs de réduction des émissions carboniques. Ce qui permet de dire que la découverte de gaz naturel au Québec est une excellente nouvelle. En plus, cette forme d’énergie est abondante et peu coûteuse, d’où l’appétit qu’elle suscite dans le monde où elle est largement perçue comme un pont jeté sur l’intervalle qui nous sépare des solutions de remplacement à carbone neutre.
Paradoxalement et sans doute pour cette raison, un tel avantage semble inquiéter les opposants au développement du gaz naturel, ailleurs et au Québec. Ils voient dans cette ressource le danger de distraire l’attention sur la nécessité de préparer des formes efficaces et suffisantes d’énergies de remplacement. Son développement aurait ainsi comme conséquence de différer les efforts à déployer pour mettre ces dernières au point. On sait en effet que, sauf le nucléaire, luimême controversé, nos sociétés ne disposent pas présentement des ressources alternatives capables de combler, de façon stable et efficace, leurs besoins énergétiques. Tout indique aussi que ce ne sera pas demain la veille.
Comme on peut le voir, l’examen de questions de cette nature élargit considérablement le cadre du débat sur le développement du gaz au Québec. Il appelle, en effet, une réflexion sur les contributions spécifiques, dans le temps comme en volumes respectifs, des différentes formes d’énergie à la satisfaction des besoins actuels et futurs. Après avoir tenu compte des besoins anticipés et des sources d’énergie aptes à y satisfaire, on doit se demander quelles seront les composantes du bilan énergétique du Québec, comment elles se compléteront et selon quelle séquence elles se déclineront. En même temps que se poursuivent les études déjà engagées, il importe que le Québec prenne acte, en plus des découvertes du gaz naturel, des autres atouts énergétiques que révèlent les récents travaux d’exploration d’entrepreneurs québécois. C’est ainsi que l’énorme potentiel pétrolier confirmé cette semaine sur l’île d’Anticosti, ainsi que celui de la nappe Old Harry dans le golfe SaintLaurent, nous lancent un double défi. Nous ne pourrons éviter, d’une part, de prendre des décisions réalistes sur l’apport possible de ces ressources au développement économique du Québec. D’autre part, nous avons l’obligation d’identifier les façons de concilier l’exploitation de ces ressources avec la nécessaire protection de notre patrimoine environnemental. La réponse à des questions aussi vitales pour notre avenir économique et sociopolitique requiert une mise à jour fondamentale de nos orientations énergétiques. Une démarche de cette envergure ne peut s’accomplir que dans le cadre d’une
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nouvelle politique énergétique. En passant, c’est le genre de problème que bien des sociétés nous envieraient.
Une fois engagés dans cette réflexion, nous ne devrons pas craindre d’aborder une question aussi délicate que la participation directe de l’État dans le développement des nos ressources pétrolières et gazières. L’occasion nous est dès lors donnée d’englober dans l’ensemble de ces orientations une définition claire des différents rôles de l’État, en termes de législation, de réglementation, de perception de redevances, de surveillance et de contrôle, voire de partenariat.
Déjà, l’idée de joindre investissements publics et investissements privés a été évoquée ici et là, en ce qui concerne les ressources naturelles. Je peux vous dire, comme président de l’Association, qu’un grand nombre d’entreprises gazières et pétrolières considèreraient comme bienvenue l’entrée en scène de l’État québécois comme partenaire dans l’investissement du capital et des dans les bénéfices qui en découleront. Et comme citoyen Québécois, je souhaite vivement que puisse s’effectuer ce genre de coopération entre secteur public et secteur privé. De toute façon, cette synergie s’inscrit dans la tradition d’économie mixte qui, au Québec, s’est avérée bénéfique dans d’autres domaines.
Ce genre d’hypothèses et bien d’autres devraient faire l’objet d’un examen créatif et permettre de tracer des voies nouvelles et fécondes.
Il serait souhaitable de recenser les différentes expériences tentées ailleurs et, s’il y a lieu, de s’en inspirer. On verra que plusieurs États se font partenairesinvestisseurs pour exploiter leurs richesses naturelles. Voudraton, chez nous, réactiver la SOQUIP ou recourir à d’autres véhicules ou modes d’intervention d’un État investisseur et partenaire du secteur privé? À n’en pas douter, Investissement Québec, par exemple, dispose de tous les moyens pour jouer un rôle clé d’investisseur et de partenaire.
Le lancement d’un tel chantier de réflexion, en plus de mobiliser la créativité et les bonnes volontés québécoises, permettrait d’éviter les développements et les interdits à courte vue et d’échapper aux dérapages auxquels donnent toujours lieu les controverses émotives, les démonisations réciproques et les condamnationsexcathedra.
La politique d’ensemble que je propose devrait aussi envisager d’utiliser une partie des bénéfices de développement des énergies non durables pour favoriser l’émergence d’énergies de remplacement durables et efficaces.
Il ne s’agit pas, bien entendu, de réinventer le monde. D’autres pays confrontés à ces problèmes ont commencé à poser des gestes pour y remédier. La définition d’une politique énergétique pour le Québec pourrait ainsi prévoir le financement de programmes de recherches sur le développement des ressources alternatives, des accords de coopération avec d’autres gouvernements et instituts de recherche, sans oublier d’inclure dans cet effort la contribution des entreprises du secteur de l’énergie. Ces dernières disposent d’une grande expérience et d’une banque d’informations extrêmement utiles.
La dimension géoéconomique que revêt la problématique de l’énergie ne nous permettra pas de réagir dans une bulle, sans référence aux données de la science et de la technologie de même qu’aux expériences d’ailleurs.
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En effet, si les rejets de gaz carboniques proviennent de sources localisées, la pollution atmosphérique qui en résulte est, elle, planétaire. Les efforts pour mettre au point des énergies de remplacement efficaces nécessiteront des budgets immenses qui dépassent les moyens d’un seul pays. C’est pourquoi les politiques de réduction de consommation d’énergie fossile doivent nécessairement s’accompagner de concertation internationale sur l’organisation et le financement d’un effort intensif de recherche.
Après les succès d’HydroQuébec et nos premiers pas dans la filière éolienne, nous sommes maintenant interpellés par la découverte de gaz et de pétrole et la nécessité d’harmoniser leur développement avec les impératifs écologiques.
Dérangeante peutêtre, cette entrée en scène du gaz et du pétrole dans le paysage socio économique du Québec n’en constitue pas moins une invitation pressante à nous donner une vision stimulante de nos orientations énergétiques. Plusieurs des avancées du Québec, comme société et comme nation, ont trouvé leur impulsion dans l’enthousiasme suscité par la réalisation de grands projets énergétiques. Manic 5 et LG2 comptent parmi ceuxlà. Rappelons nous que ces projets se sont d’abord présentés comme de redoutables défis. Nous devons à l’audace et au savoirfaire de nos prédécesseurs de les avoir transformés en formidables leviers de développement.
J’ai la conviction que nous ne manquerons pas non plus cet autre rendezvous, cette foisci avec le développement responsable et équitable de l’ensemble de nos ressources.
Me Lucien Bouchard Président de l’Association pétrolière et gazière du Québec Davies Ward Phillips & Vineberg LLP *La version lue prime sur la version écrite.
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