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Du tritium sort accidentellement de Valduc : incident sans conséquences ou scandale sanitaire ? Un tamis expérimental gorgé de radioactivité, Un taux de tritium1 dix millions de fois supérieur à la norme, Contamination aux conséquences très graves, tels sont les termes que vous avez pu lire dans la presse récemment à propos d'un incident provoqué par le CEA. Incident sans conséquences ou scandale sanitaire ? C'est l'objet de ce dossier qui décrypte les faits et leurs conséquences.
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Publié le : lundi 26 mars 2012
Lecture(s) : 21
Source : seiva.fr
Nombre de pages : 13
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DOSSIER
INCIDENT DE NIVEAU 2 A VALDUC :
CONTAMINATION EN REGION
PARISIENNE

Du tritium sort accidentellement de Valduc : incident sans
conséquences ou scandale sanitaire ?
1"Un tamis expérimental gorgé de radioactivité", "Un taux de tritium dix millions de fois
supérieur à la norme", "Contamination aux conséquences très graves", tels sont les termes
que vous avez pu lire dans la presse récemment à propos d'un incident provoqué par le CEA.
Incident sans conséquences ou scandale sanitaire ? C'est l'objet de ce dossier qui décrypte
les faits et leurs conséquences.
Que s’est-il véritablement passé ?
Un tamis moléculaire considéré par erreur comme neuf, mais contenant du tritium a réussi
à franchir les barrières de sécurité de Valduc, et s'est retrouvé en région parisienne, où 2
entreprises sous-traitantes du CEA l'ont ouvert… Bilan : des salariés, des visiteurs, des
riverains et l'environnement des entreprises contaminés.
Pourquoi s'intéresser au sujet ?
A l'heure où Valduc entend privilégier la sous-traitance locale et où un projet de zone
d'activité liée au centre est en réflexion, il apparaît très important de décortiquer cet
événement qui aurait pu arriver n'importe où. C'est l'occasion

















1
Voir Repère "Le tritium" Sommaire :

Repères
Tritium, le B A BA ................................................................................................................3
Les unités de radioactivité vues de sous un pommier ! ....................................................4
Qu'est-ce qu'un tamis moléculaire ? .................................................................................5
Comment l'eau se transforme en eau tritiée ....................................................................6
Boire de l'eau pour éliminer le tritium : c'est une blague ? ..............................................6
Les normes .........................................................................................................................7
L'échelle INES .....................................................................................................................8

Voyage dans les eaux troubles de l'information........................9

Repères
Les chiffres : comparaison avec Valduc ..............................................................................13
2
Repère : Tritium, le B-A BA
2L'hydrogène a trois isotopes : l'hydrogène qui est le plus abondant, le deutérium et le
tritium, isotope radioactif. Il est présent en permanence à l'état naturel dans
l'environnement car il provient de l'action des rayonnements cosmiques sur l'atmosphère.
Le tritium d'origine artificielle peut
provenir de trois sources : les
explosions nucléaires, les rejets
des centrales nucléaires et des
usines de retraitement du
combustible (Cogema La Hague
par exemple), ainsi que l'industrie
de l'armement nucléaire (CEA
Valduc).
Aujourd'hui, le tritium est utilisé
pour la fabrication des bombes, et
demain il servira de "combustible"
pour produire de l'énergie dans
l'installation internationale ITER,
située en Provence.

Environ 99 % du tritium produit se
transforme en eau tritiée et s'intègre au
cycle normal de l'eau (pluie, cours d'eau,
océan, évaporation...).
Son impact est considéré comme faible par
les instances internationales, en
comparaison d'autres éléments radioactifs
tel le plutonium par exemple. Comme le
montre le schéma ci-contre, le tritium
pénètre dans le corps par inhalation,
ingestion et absorption cutanée.

2
Deux atomes sont dits "isotopes" s'ils ont le même nombre de protons. L'iode 131 (Tchernobyl) est un isotope
de l'iode, par exemple. Le carbone 14 (utilisé pour dater les objets en archéologie) est un isotope du carbone.
3Repère : les unités de la radioactivité vues de sous un
pommier !
Comparons une source radioactive à un pommier :

• Le nombre de pommes tombées par seconde :
= le nombre de Becquerels (Bq)
= l'activité produite

• Le nombre de pommes reçues par le personnage :
= le nombre de Gray (Gy)
= la dose d'énergie reçue

• Les marques laissées sur le corps du personnage :
= le Sievert (Sv)
= les atteintes

Ainsi l'impact sur le personnage ne sera pas le même
selon :

• Le nombre de pommes qui lui tombent dessus, et leurs caractéristiques : grosses, petites,
plus ou moins dures, elles feront plus ou moins mal,
• Et l'endroit où elles tombent (sur sa tête, sur son pied,…).

Bon à savoir : nous ne sommes pas tous égaux devant les doses de radioactivité, les bébés et
les femmes enceintes, en particulier, sont plus sensibles : pour eux, les doses doivent être
réduites.

Remarque

• Recevoir un kilo de pommes sur la tête fait plus mal qu'un kilo de feuilles !
• De même, 1 Bq de plutonium n'est pas égal à 1 Bq de tritium car le plutonium émet un
rayonnement plus énergétique que le tritium.

Comment passe-t-on du becquerel au sievert ?

L'impact de la radioactivité sur les êtres vivants s'évalue en sievert. Mais comment le calcule-
t-on ?
Il suffit de connaître ce que l'on appelle le "facteur de dose" : par exemple, pour l'eau tritiée,
un sievert égale 55 milliards de becquerels pour un homme standard. Le plutonium 239 est
bien plus dangereux puisqu'il suffit de 7140 becquerels pour atteindre un sievert.

4REPERE : Qu'est-ce qu'un tamis moléculaire ?

C'est un système qui permet de "trier" les molécules, très utilisé dans l'industrie chimique
pour assécher l'air. (schéma 1).




















Le tamis prêté par le CEA avait servi à récupérer le tritium de l'air, sous forme d'eau tritiée
(schéma 2, page suivante), et avait été mal nettoyé. Aussi lorsque les opérateurs l'ont testé
avec de l'air normal, ils ont récupéré sans le savoir de l'eau tritiée qu'ils ont laissé
innocemment s'évaporer à l'air libre à Saint Maur des Fossés, et jeté dans la cour de
l'entreprise à Bondoufle.












5
INFO + : Comment l'eau se transforme en eau tritiée ?












INFO + : Boire de l'eau pour éliminer le tritium, c'est une
blague ?

Boire 3 à 4 litres d’eau par jour est la consigne donnée par les autorités aux habitants
contaminés. Trop simple pour être vrai ? Pas du tout ! 92 % du tritium absorbé par le corps
humain se retrouve sous forme d'eau tritiée dans le corps. L'eau tritiée, comme l'eau
normale, se répartit dans les tissus puis est éliminée par les voies naturelles. Tous les 10
jours, l'eau de notre corps est entièrement renouvelée. Pour accélérer le processus, boire
est une bonne solution.
Quant aux 8 % de tritium restants, ils se lient avec notre matière organique, qui se
renouvelle pour moitié tous les 40 jours selon la Commission Internationale de protection
radiologique.

6Repère : Les normes
Les normes ci-dessous représentent l'impact maximal de la radioactivité artificielle admis par
l'Organisation Mondiale pour la Santé, l'Europe et la France. Elles ne prennent pas en compte les
examens radiologiques et autres traitements médicaux à base de radioactivité.
Deux chiffres à retenir
- Dose maximale acceptée par an : 1 milliSievert (1 mSv/an)
- Dont 0,1 milliSievert attribuable à l'eau de boisson (0,1 mSv/an)

Bon à savoir
- Pour les travailleurs, la dose maximale s’élève à 100
mSv sur 5 ans, avec une dose maximale de 50 mSv sur
une année.
- Le graphique ci-contre, montre l'origine de notre
exposition à la radioactivité, et les doses reçues, en
moyenne, par an en France. La majeure partie de la
radioactivité naturelle provient du radon présent dans
les roches granitiques, et du potassium 40 qui se
trouve partout. La radioactivité d'origine médicale
provient des traitements et examens de santé, qui
utilisent entre autres des rayons et des "marqueurs", comme l'iode radioactif. Enfin, dans
l'exposition d'origine artificielle, on ne retrouve pas que du tritium, qui est plus présent autour de
Valduc qu'ailleurs en France.

7REPERE : l'échelle INES

L'échelle internationale des événements nucléaires (INES) permet d'estimer la
gravité d'un accident du point de vue de l'homme et de l'environnement. Elle
comporte 7 niveaux basés sur l'exposition des personnes et de l'environnement,
ainsi que les défaillances liées à la sûreté. L'accident de Tchernobyl est classé
niveau 7, le plus haut.

Qui définit le classement ?

Le CEA propose à son autorité de sûreté un classement, celle-ci valide ou
réévalue pour donner le classement final de l'incident.

A Valduc

Ces 10 dernières années, le centre a déclaré un maximum de 10 incidents par an, la majorité de
niveau zéro, et une dizaine de niveau 1. Le niveau zéro est appelé "écart" et le niveau 1 "anomalie"
: ils indiquent simplement que la sûreté a été dégradée, mais "sans incidence hors du site ni à
l'intérieur".

Niveau 2, des conséquences réelles

Ce niveau est le début du classement comme "incident", il implique une surexposition de
travailleurs et des défaillances importantes dans la sûreté.

A partir de quand parle-t-on de contamination de l'environnement ?

Le 17 novembre dernier, un rejet accidentel de 7 térabecquerels (TBq) - l'équivalent de 7 jours 1/2
de rejets moyens en 2010 - a été déclaré et classé comme "écart" par Valduc.
On comprend mieux pourquoi les 0,2 TBq supposés contenus dans le tamis moléculaire n'ont pas
été considérés comme une contamination de l'environnement, et donc pas pris en compte dans le
classement de l'incident...
8Voyage dans les eaux troubles de l'information
Qui croire ? La SEIVA a décrypté les différentes informations disponibles au fil du temps


Le 3 novembre dernier, le Président de la Seiva recevait un appel du directeur de
3Valduc lui annonçant qu'un incident de niveau 2 sur l'échelle INES venait d'être
déclaré aux autorités. Le lendemain, le CEA informait par communiqué de presse
que deux salariés de la société 2M Process, entreprise prestataire du centre basée
en région parisienne, avaient été « exposés à une dose de tritium dépassant la
limite autorisée au regard de leur classification professionnelle », déclenchant, pour
la première fois depuis la création de la SEIVA, un classement de niveau 2 sur
l'échelle INES qui en compte 7.

Malgré les informations données par le CEA Valduc en Commission Environnement
et en Assemblée Générale, c’est en suivant la presse et les communiqués d'autres
instances que la SEIVA va connaître l’étendue de l’affaire.



1996 – 2009, une dérive sémantique

4Tout commence par une erreur humaine : avant 1996, quelqu'un répertorie un tamis moléculaire
comme matériel vide alors qu'il contient du tritium (200 gigabecquerels - milliards de becquerels –
selon le CEA en décembre 2010). Le tamis, au fil du temps, se retrouve classé comme neuf. Il ne
sera pas utilisé jusqu'à son départ dans le monde civil, le 28 septembre 2009, quand le CEA le
confie à la société 2M Process, au titre d’un marché de sous-traitance ayant pour objet
l'optimisation du rendement des tamis. Cette entreprise installée dans le Val-de-Marne à Saint
Maur Des Fossés est spécialisée dans la purification des fluides gazeux.

2009 – 2010, contaminés sans le savoir

On retrouve le tamis dans un premier temps à Bondoufle dans l'Essonne, chez une société du nom
de "Etudes et diffusion", partenaire de 2M Process. Celle-ci effectue 2 essais en vue de calibrer
l'appareil le 18 janvier et le 2 février 2010, contaminant sans le savoir le personnel et les locaux.
Puis le tamis est transféré chez 2M Process le 29 avril et y sera utilisé – donc ouvert – du 18 au 29
octobre.

Octobre – novembre 2010 : une découverte fortuite

Le 28 octobre dernier, un salarié de 2M Process se rend à Valduc pour une opération en zone non
radioactive. Quelques jours plus tard, les résultats d'analyse de son contrôle de routine révèlent
une contamination anormale au tritium. C'est le point de départ de l'affaire. Plus d'un an s'est
écoulé depuis le prêt du tamis.

Premières informations : pas de détails mais un discours rassurant

3
Voir Repère "Echelle INES"
4
Voir rubrique Repère "Qu'est-ce qu'un tamis moléculaire ?"
9
La semaine suivant la déclaration d'incident, les communiqués sont plutôt rassurants. Aucun
chiffre, ni norme, ni date de transfert n’est donné : « seuls deux salariés ont été exposés à une dose
de tritium dépassant la limite autorisée au regard de leur classification professionnelle »
(Communiqué du CEA) et cinq autres salariés sont impliqués.
L'IRSN fera ensuite état de 6 salariés contaminés, de 7 visiteurs et 5riverains . A ce jour, nous savons
que d'autres personnes ont demandé des analyses, mais ne disposons pas des résultats.

A propos des conséquences sanitaires

Localement, Alain HOUPERT, sénateur maire de Salives, s’exprime sur France 3 Bourgogne en
indiquant qu'« il faut raison garder », tandis que Le Parisien, quotidien national, explique que « la
santé des deux hommes n’est pas en danger. »

Le 9 novembre, un communiqué de Jean-Louis BORLOO cite pour la première fois les riverains et
5 6leur environnement et demande à l’IRSN et à l’ASN de veiller à la bonne prise en charge des suites
de la contamination. Il rappelle par ailleurs que « Les évaluations dosimétriques correspondantes
sont au maximum 200 fois inférieures à la dose limite réglementaire annuelle admise pour les
personnes du public, fixée à 1 millisievert par le Code de la santé publique. »

L’incident plus grave que prévu ?

Au fil du temps et des résultats d’analyses, les informations sortent et le puzzle prend forme. En
effet, c’est un incident à rebondissements sur 2 localisations qui implique des acteurs nombreux et
variés tels que le CEA, des entreprises et leurs travailleurs, riverains, préfectures, mairies, public, et
associations.

Un deuxième site contaminé

L’IRSN met en ligne les résultats d'analyses périodiquement dès le 10 novembre. Son communiqué
du 6 décembre nous apprend ce que nous ne savions pas encore : un deuxième site a été
contaminé : Bondoufle.

La SEIVA découvre sur le site internet du HCTISN, Haut Comité pour la Transparence et
l'Information sur la Sécurité Nucléaire, qu'une réunion s'y est tenue à ce propos le 16 Décembre.
Les informations en ligne nous apprendront le déroulement exact de l’événement. Le fameux tamis
se trouve en région parisienne depuis septembre 2009…

Réactions des riverains : entre colère et soulagement

En Côte d’Or, les habitants avoisinants le CEA Valduc semblent rassurés de savoir que l’incident ne
s’est pas déroulés près de chez eux. Néanmoins, selon Catherine BURILLE, maire de la commune de
Léry et membre de la SEIVA, « les "systèmes de protection" ne sont donc pas à toute épreuve,
surtout pas à l'épreuve humaine [et c’est] ce qui effraie les riverains du CEA » – propos recueillis
par Dijonscope, quotidien d'information sur internet.

5
Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, expert public des autorités
6
Autorité de Sûreté Nucléaire, couramment appelés "gendarmes du nucléaire"
10

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