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1Facteur 4D / Avril-Mai 2011 L'actualité nous surprend, déclenche tour à tour stupeur et indignations. Arrêtons nous sur ces évènements qui nous interpellent, nous, acteurs de la société civile. L'année s'est ouverte sur le Printemps arabe, sur l'éveil et les ambitions d'une jeunesse qui marquent les crispations du vieux monde. Cet élan démocratique réveille les enthousiasmes et creuse son sillon dans la région. Le monde ayant d'incroyables instruments de communication, on a observé la mobilisation se construire, on a eu le sentiment, en suivant au jour le jour la marche d'un peuple, d'être les témoins de sa
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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n°53 / Avril-mai 2011
Sommaire
L’actualité du développement durable
L’Humeur durable,J-P. Nicol
Géodynamique terrestre : menaces et opportunités,J. Varet
Agendas 21 locaux : le nouveau site ressources !
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Agriculture, alimentation, santé : engagez-vous M. Le Ministre !
Rio + 20
En route pour Rio + 20 !M. Garcia Rio + 20 dans le labyrinthe du Forum social mondial,A. Hours Débats
Les échanges Nord-Sud vus des conven-tions d’environnement,C. Aubertin
5
8
Découplage relatif // découplage absolu... C. Lapierre
Pour une politique publique de lutte contre l’obésité,C. Bourdel
Facteur 4D / Avril-Mai 2011
Éditorial
Le monde bouge... et nous ?
L’actualité nous surprend, déclenche tour à tour stupeur et indignations. Arrêtons nous sur ces évènements qui nous interpellent, nous, acteurs de la société civile.
L’année s’est ouverte sur le Printemps arabe, sur l’éveil et les ambitions d’une jeunesse qui marquent les crispations du vieux monde. Cet élan démocratique réveille les enthousiasmes et creuse son sillon dans la région. Le monde ayant d’incroyables instruments de communication, on a observé la mobilisation se construire, on a eu le sentiment, en suivant au jour le jour la marche d’un peuple, d’être les témoins de sa révolution. Ces mêmes technologies de communications égrènent aujourd’hui les attaques, les déclarations et les jeux des puissances en Lybie.
Puis la catastrophe frappe le Japon… Face au malheur d’un peuple et la blessure profonde infligée à ce territoire, nous somme stupéfaits, indignés. Face aux risques nucléaire, nous hésitons, inquiets et impuissants… Immanquablement, le débat se polarise sur les aspects moraux plus que sur les machineries techniciennes. Mais puisque c’est au nom de ce tout technologique que ce géant énergétique et massacreur insidieux se présente en bienfaiteur de l’humanité - et est vendu -, on ne peut faire l’impasse d’un débat qui interpelle aussi sur la sûreté des techniques utilisées.
On ne peut accepter de se cacher derrière la fatalité des circonstances, ni oublier l’histoire. Les accidents de ree Mile Island, de Seveso, de Bhopal, de Tchernobyl et quelques autres lieux n’ont pas refroidi l’arrogance des ingénieurs et techniciens qui vont partout répétant la litanie de la sûreté des techniques utilisées et de la fatalité des circonstances.
On croyait avoir cauchemardé, le pire reste à surgir du sommeil de la raison. On ne pourrait désormais plus se passer de cette source d’énergie, les autres sites seraient mieux protégés et les futurs réacteurs encore plus sûrs... Il faut être bien oublieux de l’histoire pour prétendre surpasser ce qui aurait dû être la réussite la plus absolue du génie humain !
Ce qui a détruit le nord du Japon frappe de stupeur. La stupeur caractérise le stupide. L’accident est stupide, la catastrophe reste stupéfiante. En psychiatrie, la stupeur se manifeste par la suspension
de toute activité motrice et langagière. Nous ne pouvons nous taire !
Nous pouvons suivre l’évolution de la situation quasiment en direct. Mais pour ce qui suivra… ? Les technologies nucléaires échappent aujourd’hui au contrôle citoyen. Ce sont les mêmes techniciens, qui maîtrisent, contrôlent, la ressource énergétique et les risques. Nous sommes indignés, que les dirigeants négligent le risque, mettent en jeu nos ressources au détriment de tous, monnayent de futurs risques.
Et pourtant. Et pourtant. Tout le monde se réclame du développement durable. Reste à comprendre pourquoi certains sont plus égaux que d’autres, reste à vérifier que la marchandise est consommable, reste à s’assurer (le terme est choisi à dessein) que les correctifs apportés aux processus naturels sont pensés pour les êtres humains et non pour les profits de quelques financiers. Ici revient la morale du monde. Car si nous devons vivre, le respect de la vie reste la condition essentielle. Penser l’avenir des générations futures, estimer la vie plutôt que lui donner un coût, considérer les êtres et les choses globalement, réfléchir aux relations entre membres des société humaines, apprendre l’économie comme savoir sur les échanges, défendre encore et toujours l’éducation, rendre l’habitat vivable… Les chantiers sont encore nombreux pour maintenir un monde en état de marche. Les catastrophes perdureront sans nul doute, mais nous pouvons en éviter les effets les plus funestes.
«Nous vivons une période d’accélération de l’histoire», nous disait Ignacy Sachs.
Le monde bouge… et nous ?
Qui débat des choix de société, de notre mix énergétique, de l’avenir de notre modèle social fragilisé, des solutions à la crise… ? Depuis plusieurs décennies, la société civile dénonce, accuse, sans toujours parvenir à convaincre les dirigeants. Sans pouvoir débattre de tous les enjeux essentiels. Faut-il se résigner, ou bien s’indigner, et mettre en place les moyens du débat démocratique sur notre avenir ?
En tant qu’acteur de la société civile nous devons nous positionner comme acteur central de la poussée démocratique.
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L’actualité du Développement Durable
Humeur durable /Fukushima, mon désamour Par Jean-Pierre Nicol
Il est des moments où l’humoriste cède. L’humeur durable ne suffit pas à dire l’abîme de perplexité où le malheur du monde plonge le signataire de ces lignes. À en devenir moraliste ! Les leçons de l’Histoire sont contes pour adultes désinvoltes. Plus est proclamé le progrès de l’Humanité (avec un grand H, tant immérité…), plus ledit progrès est censé mettre d’instruments au service du bonheur universel (celui du lendemain), moins les destructions deviennent improbables. Plus les hommes se rendent responsables de leur environnement, moins ils en assument les conséquences.
Dans la mythologie grecque, le chien Cerbère veillait à l’entrée du monde souterrain, séjour des morts. Trois têtes lui permettaient de veiller si nul fraudeur ne s’échappait. Trois catastrophes viennent de toucher de plein fouet le Japon : un séisme de magnitude extrême avec tsunami, un accident industriel majeur, et les dégâts d’une société humaine. La catastrophe est monstrueuse nous dit Jean-Pierre Dupuy (Le Monde 20 mars 2011).
Le macabre décompte des victimes donne la nausée. Tant de vies brisées, tant de survivants qui pleurent les êtres chers. Tant de malheur pour ceux qui aspiraient au bonheur. Le mal frappe sans que personne ne puisse en être châtié. La nature est une marâtre affirme Voltaire, reprenant Joachim du Bellay et Pierre de Ronsard. Voltaire pleure les victimes du tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755. À qui Rousseau répond que seule la folie des hommes a accru le nombre des victimes.
Le séisme et le tsunami ont renversé les barrières édifiées par les hommes pour protéger les installations de production d’électricité nucléaire. Le flot n’a pas mis quarante jours à monter. Nul Noé n’a construit
Facteur 4D / Avril-Mai 2011
d’arche. Aucun mont Ararat n’a sauvé les réacteurs de Fukushima. La fée électricité a levé l’ancre. La fusion a eu raison des sécurités. Le cœur dévoré, le lion amoureux a pu dire “adieu prudence”.
D’aucuns, portés par on ne sait quel vent, choisissent de nous faire accroire que la fusion nucléaire «contrôlée» est verte, et sauverait la planète du réchauffement climatique, puisqu’elle ne rejette pas de gaz à effet de serre. C’est ignorer que les nuances de vert passent par le cacadois, le kaki, l’épinard, le glauque et le vert-de-gris.Petit homme qui vivait d’espoir…chantait Bobby Lapointe.
Un peu courte, l’argumentation a été reprise en boucle, à gauche comme à droite, en haut comme en bas, à l’ouest comme à l’est. L’avenir des déchets radioactifs ? Vert. L’ élimination des poisons ? Le vert, vous dis-je. Cachez cette pollution que je ne saurai voir, disent les Tartuffes. Enfouissons, immergeons et que nulle trace apparente ne s’offre aux yeux du commun des mortels. Dispersons les détritus dans l’immensité des mers. Informer ? Mais informer qui ? rétorquent-ils. Ne pas affoler les populations, disent-ils.
À Tchernobyl non plus, pas de panique. Plusieurs heures s’écoulèrent avant de prendre conscience non pas de l’ampleur de la catastrophe, mais seulement comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un incendie ordinaire que les lances à eau vaincraient. Des milliers de sauveteurs auront été atteints. Les premiers pompiers à intervenir auront été irradiés. Ils périrent. Les suivants furent atteints de cancers et tumeurs aussi diverses que malignes. Beaucoup décédèrent. Des volontaires se joignirent aux équipes d’intervention. Nombreux moururent.
Les «liquidateurs», chargés de la collecte des déchets, furent progressivement «liquidés» par les maladies. Et les enfants de Tchernobyl meurent toujours et encore.
Mais la doctrine officielle affirme imper-turbablement que la variation des cancers dus à la dispersion des cendres et nuages radioactifs n’est pas significativement mesurable. Tout est dans le «significativement»: un exploit d’huissier vous est signifié pour vous dire que vous êtes expulsé. Autre dit péremptoire de l’époque : le nuage véhiculant au-dessus de l’Europe les fumées et vapeurs radioactives, n’avait pas franchi les limites du plat pays flamand. La frontière franco-belge avait monté son efficacité à plus de 10 000 mètres d’altitude! La jactance, vînt-elle d’un scientifique renommé, reste un mensonge de quelque manière qu’on l’entende. Ou, avec plus mauvais esprit, de la propagande.
Contrepoint piteux : des agriculteurs victimes des pesticides viennent de fonder une associa-tion (mars 2011) pour obtenir réparation. Ils souffrent de troubles neurologiques, de can-cers et autres maladies lentes. LaRévolution vertela productivité devait rester incon- dont testable, laisse des traînées verdâtres, couleur de pourriture.
Ceux qui auraient dû bénéficier des progrès, sont victimes de maladies diverses. Le monde à l’envers aurait dit ma grand’tante. Pourquoi des produits ont-ils été vendus sans que leur innocuité n’ait été établie, ni qu’on se soit pré-occupé des conditions de leur utilisation ? Et les chantres de l’intensif, aux voix éraillées, viendront encore glapir que le principe de pré-caution est un obstacle au travail scientifique.
S’il faut sacrifier –physiquement– les agricul-teurs pour nourrir les habitants du monde, où trouve-t-on le progrès social ? L’ économie est une science morale rappelait le prix Nobel Amartya Sen.
Retrouvez en ligne les articles de l’Encyclopé-die sur la question du nucléaire:
http://encyclopedie-dd.org/+-energie-nu-cleaire-+
Les consommations d’énergie dans le monde, janvier 2007, Bernard Laponche.
Le mouvement antinucléaire en Europe, février 2010, Emmanuel Rivat.
Energie nucléaire et développement durable,mai 2007, Benjamin Dessus.
Après l’exploitation de la mine d’uranium de Saint-Priest-La-Prugne, la veille citoyenne d’un Collectif d’habitants, juin 2009, Arlette Maussan.
Quelques réflexions sur le devenir des déchets radioactif, juillet 2010, Monique Sené.
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L’actualité du Développement Durable
Géodynamique terrestre : menaces et opportunités Repenser nos choix énergétiques pour mieux vivre avec notre planète,par Jacques Varet*
Le drame japonais nous amène tous à réfléchir à notre relation à la planète, notamment en termes de modes de vies, et plus particulièrement de choix de long terme en matière d’énergie et d’habitat. Une question nous est posée : comment mieux vivre avec cette terre active ?
Les phénomènes telluriques nous rappellent que notre terre n’est pas un astre mort, et que d’énormes quantités d’énergie sont émises depuis les profondeurs vers la surface (1). Il est difficile de l’affirmer dans l’instant au vu des images qui défilent sous nos yeux : c’est bien sûr une menace mais c’est aussi une opportunité.
Pour ce qui est de la menace, il faudra bien reconsidérer la tendance observée ces dernières années à privilégier les zones côtières (qui sont partout dans le monde des lieux où s’accélère la concentration de l’habitat) au profit des arrière-pays. Pour la préservation des paysages et des milieux naturels les plus riches en termes de biodiversité et de ressources biologiques, certes. Mais surtout du fait des risques, qu’ils soient climatiques ou telluriques.
En termes d’opportunités, les zones géodynamiques actives –de la ceinture de feu du pacifique, aux Caraïbes ou à l’Afrique de l’Est- sont aussi riches en potentialités énergétiques aujourd’hui encore peu connues et encore moins exploitées.
En effet, outre l’énergie géothermique dissipée partout sur la planète par conduction, avec un flux moyen de quelques fractions 2 de MW par Km , ces zones géodynamiques actives (les zones sismiques et volcaniques, justement) présentent des valeurs beaucoup plus élevées, le flux géothermique pouvant 2 atteindre quelques MW par Km . Alors que partout on peut avantageusement utiliser la géothermie pour la production de chaleur (des potentialités encore largement sous-utilisées) il est possible dans ce contexte géologique particulier de l’exploiter pour la production d’électricité. Et ce dans des conditions économiques tout à fait intéressantes, même face à des prix bas du pétrole. Or, les énergies fossiles se faisant plus rares et plus chères, et le coût de l’énergie nucléaire étant revu à la hausse par la sévérisation des normes, la compétitivité de la géothermie ne fera que croître.
A l’heure actuelle, la puissance géothermique installée, pour la production d’électricité dans le monde, atteint déjà 10,7GW, et selon les estimations les plus récentes (précédant ces évènements) elle devrait croître fortement d’ici 2020 pour atteindre de 14,3 à 25,1GW selon les hypothèses (1). Les Etats-Unis dominent avec 3,1GW installés. Le Japon, avec 16 unités de production, dispose actuellement d’une puissance installée de 530 MW ; guère plus de 0,2% de la puissance totale installée et 0,3% des besoins en électricité. Principal exportateur mondial de centrales géothermiques, le Japon
Les zones géodynamiques actives les plus favorables au développement de la géothermie pour la production d’électricité.
Facteur 4D / Avril-Mai 2011
n’a paradoxalement développé sur son sol que des unités de faible puissance, et se situe e ainsi à la 6 place mondiale derrière l’Italie, le Mexique, les Philippines et l’Indonésie. C’est dans ces deux derniers pays que la croissance est actuellement la plus forte.
Nous sommes loin d’avoir un niveau de connaissances suffisantes pour fixer les limites des développements possibles en géothermie. Que ce soit en termes de connaissances géologiques des ressources –reposant sur des approches complexes impliquant de nombreuses disciplines des sciences de la terre-, ou en matière d’innovations technologiques propres concernant ces systèmes de production. Cela est dû au manque d’opérateurs industriels spécialisés, chaque segment de technologie impliqué (de l’exploration au forage et de la conduite de vapeur à la centrale thermoélectrique) dépendant aujourd’hui d’autres segments de marchés plus vastes. Cette caractéristique ne joue pas en faveur de la géothermie, même en comparaison avec d’autres filières renouvelables, solaires ou éoliennes par exemple, qui disposent aujourd’hui de lobbies industriels propres. Mais il est certain que le potentiel de développement est immense, notamment dans ces zones géodynamiques les plus actives.
Les évènements tragiques nous amènent à remettre en cause nos choix antérieurs, il est temps de considérer l’énergie formidable de notre planète, non seulement comme une menace, mais aussi comme une opportunité.Nous sommes encore très loin d’avoir la capacité d’en mesurer les limites, à la différences des énergies sur lesquelles nous avons basé jusqu’à ce jour l’essentiel de notre développement.
1) Totalisant 44,2 térawatts, soit bien au-delà des besoins de l’humanité. Cf. Goguel, J. & Varet, J. Article Géothermie. Encyclopedia Universalis (22p.) et Pollack, H.N.; S. J. Hurter, and J. R. Johnson (1993), «Heat Flow from the Earth’s Interior: Analysis of the Global Data Set», Rev. Geophys. 30 (3): 267–280.
*Jacques Varet, Président du conseil scientifique de l’association 4D, conseiller du Président du BRGM, s’exprime ici à titre personnel.
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PUBLICATIONS
Les derniers articles disponibles sur le site de l’Encyclopédie
Pour une agriculture efficace sur les plans éco-nomique, social, environnemental, avec des pro-duits de qualité, art.n°134, 25 janvier 2011, par André Pochon.
La montée en puissance de la notion de bien public mondial, art n°135, 26 janvier 2011, par Sophie oyer.
Les lignes directrices ISO 26 000 sur la responsa-bilité sociétale des organisations,art n°136, 26 janvier 2011, par Michel Capron.
Climat : les négociations en mal d’ambition Coordination Sud-Rac-F
La conférence de Cancun a permis de rétablir la confiance dans un processus de négocia-tions affaibli après Copenhague... Mais elle s’est achévée sur des décisions globalement insuffisantes pour préserver le climat.
Ce document d’analyse fait le point sur les dispositifs institutionnels entérinés à Cancun: la création du« Fonds vert climat » destinée à financer la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement; le mécanisme de réduction des émissions liées à la déforestation; le cadre pour l’adaptation; lestransferts de technologie.
Les ONG s’interrogent par ailleurs sur les issues politiques et juridiques possibles de la négociation, alors que la poursuite du Protocole de Kyoto au delà de 2013 divise les pays industrialisés et les pays les plus vulnérables.
Le document est téléchargeable sur le site Internet de 4D :
http://www.association4d.org
Facteur 4D / Avril-Mai 2011
L’actualité du Développement Durable
Agendas 21 : le nouveau site ressources
L’Observatoire des agendas 21 locaux s’adapte aux besoins grandissant des collectivités et des acteurs engagés. Il propose aujourd’hui un nouveau site Internet afin de favoriser un partage des savoirs et des pratiques, et renforcer son réseau d’expertise et de réflexion.
Faire connaître les démarches territoriales de développement durable
L’Observatoire a, dès son lancement en 2006, instauré un recensement des différentes démarches menées par les collectivités. Le nouveau site permet un accès amélioré à ces informations : format plus précis et plus concis, moteur de recherche renforcé, Agenda 21 local, plan climat, schéma régional… L’Observatoire s’attache à l’évolution des démarches et valorise leur diversité.
Des outils pour l’action et des bonnes pratiques en ligne
En complément du recensement des démarches, l’Observatoire fait la part belle aux retours d’expérience. Les fiches bonnes pratiques proposent une analyse détaillée d’actions concrètes. De la matière pour penser et imaginer l’action ! L’Observatoire, développé par et pour les collectivités, met à disposition
des guides méthodologiques et thématiques, des repères institutionnels, des actualités en lien avec le développement des territoires, des zooms en région, etc.
L’Observatoire : un laboratoire de réflexion
L’Observatoire s’inscrit dans les évolutions du contexte national et international, de la mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement à la préparation du prochain sommet de la Terre en 2012, acte fondateur des agendas 21 locaux. C’est une nouvelle étape pour les agendas 21 locaux et pour l’Observatoire. Les partenaires de ce projet se mobilisent collectivement autour de sujets cruciaux pour le développement durable des territoires : échanges, analyses, productions de repères pour l’action…
Les acteurs des territoires sont invités à contribuer au projet collectif en recensant leurs démarches sur le nouveau site, en signalant des bonnes pratiques, en faisant part de leur actualité … !
Pour partager votre démarche : http//www.observatoire-territoires-durables.org
Agriculture, environnement, santé : engagez-vous M. Le Ministre !
Les problèmes environnementaux liés à certaines pratiques agricoles ont été mis en avant par des scientifiques et agriculteurs dès les années 70. En 1983 le ministre de l’Environnement avait même décrété « l’urgence pour l’eau en Bretagne ». Bruno Le Maire voudrait nous convaincre que son minis-tère a pris le virage de l’environnement. Les ONG décryptent le manque de cohérence et de volonté politique et demandent des engagements clairs en vue de la réforme de la PAC.
La lettre envoyée au Ministre et publiée dans le Monde, a été signée par 21 organisation, dont 4D,
Agir pour l’Environnement, l’Association de Forma-tion et d’Information Pour le développement d’ini-tiatives rurales, la Confédération Paysanne, Eau & Rivières de Bretagne, Ecologie sans frontières, la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, la Fédération Nationale des CIVAM, le Réseau Agri-culture Durable, la Ligue pour la Protection des Oiseaux, le Réseau Action Climat, le Réseau Cohé-rence.
Vous pouvez lire la lettre adressée au Ministre sur le site de 4D :http://www.association4d.org
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Rio + 20
En route vers Rio+20,par Miriam Garcia
La Conférence Rio+20 commence à gagner en substance avec les déclararions des Etats et de la société civile, un bruit de fond se créé auprès des médias et du grand public. La deuxième Conférence Préparatoire, dite PrepCom, qui a eu lieu au siège newyorkais de l’ONU les 7 et 8 mars 2011, a mobilisé Etats, acteurs de la société civile internationale et agences de l’ONU (PNUE, PNUD, UNCTAD etc.). Objectif : identifier les orientations majeures défendues par les acteurs, y compris la définition des contenus pour les négociations et une feuille de route pour la conférence.
Du côté de la société civile, les travaux ont démarre le dimanche 6 mars lors de la réunion sur la gouvernance internationale organisée par le MultiStakeholder Forum. Réunissant les représentants des entreprises, des collectivités territoriales, des ONG, des jeunes, des femmes, des syndicats et des peuples autochtones le rendez-vous a été l’o c casion de partager le diagnostic d’un système international en panne. En amont de ce rendez-vous, la publication d’analyses du multistakeholder forum sur l’architecture internationale.
Quand aux deux jours de la Prep Com, le calendrier était construit sur les objectifs et
Facteur 4D / Avril-Mai 2011
les thèmes à négocier pour la conférence. Les négociateurs et les observateurs ont pu s’appuyer sur le rapport établi par le Secrétariat général de la conférence sur la base des réponses des états et des groupes majeurs au questionnaire diffusé en septembre dernier. Deux autres documents ont également été mentionnés pendant les deux jours de négociations : le rapport du PNUE sur l’économie verte et le Cadre Nairobi-Helsinki sur la gouvernance internationale.
Economie verte
Si auparavant le thème de l’économie verte n’était pas accepté par tous les pays, il n’a pas souffert de rejet à la PrepCom 2. Néanmoins, les pays ne se sont pas mis d’accord sur la définition du concept. Ils ne l’ont pas cherché non plus, le risque d’enliser la réunion comme ce fut le cas en janvier dernier étant encore trop présent. Côté Union Européenne, tous les pays ont exprimé leur volonté d’aller vers une économie verte, considérée comme une voie vers le développement durable. Parmi les pays du Sud, beaucoup de questionnements: parle-t-on d’une nouvelle économie plus équitable et respectueuse de l’environnement
ou seulement d’une nouvelle mise en page du capitalisme ? Par ailleurs, des points sensibles comme le protectionnisme vert et le transfert de technologies ont été mentionné à plusieurs reprises. Finalement, les groupes des îles – AOSIS et ses groupes régionaux – ont évoqué les enjeux d’une économie bleue remettant à l’ordre du jour les océans, un des maillons faibles de la gouvernance internationale. D’ici la Conférence Rio+20, plusieurs réunions et séminaires sur ce thème permettront d’avancer sur les enjeux et les vides juridiques sur la haute mer, le respect des engagements et contenus des accords de pêche, pollutions, dimensions sociales et culturelles (cf. calendrier page 6).
On voit bien que derrière cette idée d’économie verte se négocie le degré d’un virage à prendre pour le développement, l’ambition du changement, les voies de la transition. ce concept encore très proche du green washing ou d’approches sectorielles vertes pourra répondre à un vrai green new deal s’il est pris dans toutes ses composantes, sociales, environnementales, économiques, financières, culturelles, sur la base d’un pacte négocié dépassant les clivages actuels.
Cadre institutionnel pour le développement durable
Malgré le diagnostic partagé sur l’urgente nécessité de réforme de la gouvernance mondiale, les mesures et les moyens pour la faire avancer sont loin de faire l’unanimité. La première question posée est celle du niveau d’ambition de la réforme à entreprendre en vue d’une nouvelle architecture internationale. Ensuite, parle-t-on d’une gouvernance mondiale sur l’environnement ou dans un registre du développement durable ? Les avis des états ne sont pas homogènes. Le PNUE est dans ce sens un cas d’école. Le programme est confronté à son dépassement : pas de cohérence de son statut vis-à-vis les autres institutions internationales et en outre une faible capacité d’intervention sur le terrain. La création d’une Organisation Mondiale sur l’Environnement est quasi absente des débats. Cependant, l’intervention du Brésil reprenant l’idée d’une
Suite page 6
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Rio + 20
Pour aller plus loin :
La plateforme du collectif: http://affinitiz. com/space/rio2012
le site de 4D: http://www.association4d.org
Le rapport de la PrepCom 2 fait par Secrétariat Général de la Conférence Rio-2012 : http://www.uncsd2012.org/ r io20/content/documents/CoChairs%20 Summary%20of%20PrepCom%202.pdf
Les enjeux de la PrepCom 2 par leMultiStakeholder Forum:
http://www.earthsummit2012.org/index.php/ news/prep-news/416-prepcom2-outcomes
Le rapport PNUE sur l’Economie Verte : http://www.unep.org/greeneconomy/
Le cadre Nairobi-Helsinki sur l’architecture internationale:
http://www.unep.org/ environmentalgovernance/Portals/8/ NairobiHelsinkifinaloutcome.pdf
Prenez date !
-11-12 Avril 2011, Paris :Dialogue Global des Entreprises et Industries vers Rio+20.
e - 2-13 Mai 2011, New York :19 réunion de la Commission du Développement Durable.
e - 8-13 Mai 201, Genève :UN/ISDR 3 Sessionde la Plate-forme mondiale pour la préven-tion des catastrophes.
- 2 Juin 2011, New York :Débat thématique informel de l'Assemblée générale sur l'éco-nomie verte.
e - 3-5 Septembre 2011, Bonn :64 Conference UN DPI/NGO : Sustainable Societies, Res-ponsive Citizens.
- 28-30 Novembre 2011, Monaco :Réunion d'experts sur les moyens de promouvoir l'utilisation durable des océans.
- 28 Novembre – 9 Décembre 2011, Durban : CCNUCC - COP 17.
- 12-15 Décembre 2011 - Abu Dhabi :Eye on Earth Summit. e - 20-24 Février 2012 :6 Conférence Globale sur les Océans.
Facteur 4D / Avril-Mai 2011
Suite de la page 5
organisation parapluie, placée à côté du Conseil de Sécurité et couvrant l’ensemble des actions en termes de développement durable au sein de l’ONU, a bénéficié de l’attention de plusieurs pays.
Un calendrier chargé jusqu’au Sommet
Un grand nombre des questions conséquentes restent à trancher. D’où cette demande de densifier le calendrier préparatoire d’ici Rio. Le Secrétariat Général de la Conférence publiera en janvier 2012 un « drat zero document », c’est-à-dire la base d’un accord à négocier. Les Etats ainsi que la société civile seront conviés à se mettre autour de la table de négociation tous les mois de 2012 jusqu’à la tenue de Rio+20 (Cf. chemin institutionnel ci-dessous).
Les défis auxquels la Conférence est confrontée sont gigantesques.Dans une certaine mesure, Rio + 20 marque la cristallisation des crises sociales, économiques et écologiques auxquelles l’humanité fait face. Ce rendez-vous de 2012 pourra permettre l’adoption
d’une feuille de route et les premiers éléments pour une transition vers un nouveau modèle de développement plus juste et équitable.
Pour la société civile, c’est le moment des poser sur la table des demandes et des propositions. Tout au long de l’année 2011, les Etats ainsi que les organisations promouvront de temps forts de présentation, de consultation et de débat sur les objectifs, les thèmes et les enjeux de Rio+20. A l’heure actuelle, le collectif Rio + 20, réunissant une trentaine d’acteurs de la société civile française, s’inscrit dans deux processus :
- via l’Union Européenne : réponse au questionnaire disponible sur leur site jusqu’au 10 avril 2011.
- via le Secrétariat Général de la Conférence: er des soumissions jusqu’au 1 novembre 2011.
Le Collectif Rio+20 a été présent lors de la PrepCom 2. Pour mieux nourrir ses réflexions et ses cahiers de propositions, il faut être dans un processus de production créatif, dans une dynamique globale de mobilisation. Tel est notre enjeu !
Le chemin Institutionnel vers RIO+20
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Rio + 20
Rio + 20 dans le labyrinthe du Forum Social MondialPar Ana Hours
e Du 6 au 11 février a eu lieu à Dakar la 10 édition du Forum social mondial. Ateliers, tables rondes, concerts, expositions... Des centaines d’activités se sont déroulées sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop, et plus largement dans toute la ville. Ce forum était l’occasion d’entériner la convergence des
luttes sociales et environnementales, et c’est dans cette perspective que 4D s’est mobilisé, en tant que membre du réseau européen Une seule planète (animé par le CRID), et du collectif Rio + 20, réunissant des acteurs de la société civile française.
Evo Morales, en cloture de la marche d’ouverture du FSM de Dakar http://www.blog-a-vifs.org/?cat=90 , Jean de Peña
Il est difficile de faire un bilan d’un forum social mondial tant l’activité y est foisonnante. On estime à plus de 75 000 le nombre de participants, plus de 700 le nombre d’ateliers qui se sont tenus, 70 000 le nombre de manifestants (selon la police), lors de la marche d’ouverture. Dans le cadre de « Dakar étendu », des visioconférences ont été organisées avec de nombreuses villes du monde (70 en France). Dans ce labyrinthe de débats, plutôt que de s’essayer à une vue d’ensemble, nous tirerons le fil du récit. Celui du chemin qui mène à Rio + 20.
Forum Sciences et démocratie, un dialogue politique entre chercheur et mouvement sociaux
Chercheurs et associations citoyennes se sont réunis dans le cadre de la deuxième édition du forum sciences et démocratie, pour échanger autour des rapports sciences/société.Durant deux jours, les débats ont porté sur la responsabilité du monde de la recherche dans la déconstruction de l’universalisme occidental qui, comme l’affirme Geneviève Azam d’Attac France, «a arraché l’homme de sa condition terrestre». Le rapport de l’homme à la nature a été au centre des échanges et les abus de pouvoir de la rationalité scientifique ont été puissamment dénoncés. Ce forum sciences et démocratie a été
Facteur 4D / Avril-Mai 2011
également l’occasion d’aborder les alternatives qui s’offrent pour changer le modèle de développement de ce monde fini. D’une manière générale est ressorti, comme le note Bernadette Bensaude Vincent, de Vivagora, «le souci de réfléchir aux conditions d’action avec la science plutôt que contre la science, notamment la question de savoir comment faire pour que les technologies vertes se développent en partenariat avec la nature plutôt qu’en bulle spéculative.»
La décision la plus immédiate fut de commencer la rédaction d’un grand appel aux scientifiques et aux activistes pour le sommet de la Terre Rio + 20 en juin 2012.
«Bien que l’impact des sciences et des techniques sur toutes les dimensions de notre vie en société soit plus fort que jamais, nous observons, depuis l’origine des FSM, un déficit chronique de la présence des thèmes scientifiques et techniques.
Il ne s’agit ni d’un désintérêt ni d’une absence de capacité d’expertise mais d’un manque de prise en compte politique des enjeux liés à la place et au devenir des sciences dans nos sociétés, de la part des mouvements sociaux mais aussi des scientifiques.»
Extrait de l’appel pour un Forum mondial sciences et démocratie, Bélem, 2008
Assemblée pour l’action Rio + 20
Les assemblées pour l’action rassemblent, en fin de Forum, organisations et citoyens autour d’une thématique jugée prioritaire. Dès les premiers jours on pressentait que la mobilisation serait importante sur RIO +20;effectivement, avec plus de 500 personnes l’amphithéâtre qui accueillait cette séance plénière était plein à craquer. On compte des organisations des continents américain, européen, quelques Indiens, Indonéniens et Africains. Immanuel Wallerstein ou encore Chico Whitaker sont dans la salle...
Les interventions se succèdent. Côté français, on appelle à la mise en place de « mille Rio » pour encourager à la mobilisation partout dans le monde. On rappelle que les événements comme le G8/G20 en France puis le Forum Mondial Alternatif sur l’eau à Marseille en mars 2012 sont autant d’étapes de convergences pour préparer le Sommet de la Terre de Rio.
Les participants du forum mondial sciences et démocratie rappellent que la mobilisation des mouvements sociaux et des acteurs scientifiques et technologiques sera également nécessaire pour échanger sur la marchandisation des savoirs, de la gouvernance aux choix scientifiques. C’est au tour des ONGs et mouvements paysans des pays du Sud de prendre la parole... Ceux d’Amérique Latine ont toujours le don d’enflammer la salle «pour gagner il faudra être des millions à Rio», «il faudra se battre pour que la nature ne soit pas un business, mais un droit»...
Pourquoi tant de monde, pourquoi cette assemblée pour l’action prend une tournure d’assemblée des assemblées ? Il semble que la convergence des luttes environnementales et sociales, déjà fortement portée lors du FSM de Bélèm, en Amazonie, soit devenue une réalité. La question écologique n’est plus portée de façon marginale dans les FSM, elle est au centre. Pas un atelier qui ne mentionne les changements climatiques, la perte de la biodiversité, l’accaparement des terres, l’accès à l’eau, la gestion durable des ressources naturelles…
Par ailleurs, le sommet de la Terre, dans le cadre onusien, apparait à beaucoup comme un espace légitime de revendication sur les questions sociales et écologiques à la différence des sommets G8 et G20 ou, à une autre échelle, aux conférences climatiques. A ce titre le rapport des mouvements sociaux à l’ONU est ambigüe, alternant entre défiance et attente. Enfin, le Brésil est à la fois terre mère des FSM et terre d’accueil emblématique du sommet de la Terre. En juin 2012, parallèlement au sommet officiel, un nouveau forum social se tiendra à Rio.
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Débats
Les échanges Nord-Sud vus des conventions d’environnement Par Catherine Aubertin
Les conventions internationales d’environ-nement illustrent exemplairement l’actualité des relations Nord-Sud. On y trouve à la fois un fort mouvement de marchandisation du monde et, en sens contraire, une imbrica-tion toujours plus grande des problèmes qui pousse à la recherche d’un développement durable.
La Biodiversité et le Climat n’ont pas de caractère d’universalité, car ils dépendent des relations hommes-nature, et donc de visions du monde très différentes selon les sociétés et leurs situations environnementales. Ce qui est présenté comme des intérêts généraux communs à l’échelle mondiale s’apparente à des compromis sur des intérêts supérieurs définis lors de négociations internationales.
Ainsi, les problèmes de Biodiversité et de Cli-mat ont été interprétés comme desdéfaillances de marché. La solution proposée par les négo-ciateurs a été de définir des droits de propriété et de donner à ces « biens » un statut de mar-chandise. Un marché des ressources génétiques a été promu par la Convention sur la diversité biologique, alors que la convention climat a également créé une marchandise carbone en allouant des quotas de droits d’émission de gaz à effet de serre.
La conférence de Nagoya a été saluée comme une réussite grâce à la signature d’un accord commercial et industriel, un Protocole sur l’accès aux ressources génétiques et le partage des avantages découlant de leur utilisation. La conférence de Cancun a surtout avancé sur le mécanisme de financement REDD pour lutter
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contre la déforestation des forêts tropicales. Il s’agit d’organiser des lieux d’échange où les industriels pollueurs du Nord financeraient des efforts de non-émission de carbone forestier des pays du Sud pour compenser leurs propres émissions. Ces marchandages reposent largement sur des fantasmes, sur des marchandises immatérielles qui entrent facilement dans le jeu de la finance internationale. Quelle est la valeur du marché des ressources génétiques et du carbone non-émis ? Quel est le rapport avec la conservation de l’environnement ?
Cependant, à Nagoya comme à Cancun, sous la pression de la société civile, les conventions, loin de leurs préoccupations environnementales strictement techniques et scientifiques de départ, insistent désormais sur trois grandes priorités : une nouvelle économie verte, à basse teneur en carbone et fortes technologies où les atteintes à l’environnement seraient intégrées dans les comptes nationaux ; une gouvernance internationale de l’environnement où seraient reconnus les droits de chacun dans un cadre de justice climatique ; enfin l’éradication de la pauvreté.
Si l’image des trois piliers semble ainsi renou-velée, la forme politique du développement durable et la prise en compte des changements globaux pour imaginer les changements sociaux, restent toujours à définir.
Découplage relatif // découplage absolu... Par Catherine Lapierre
Les objectifs de division par quatre des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés d’ici à 2050, nécessaires à la maîtrise du climat, sont-ils compatibles avec la poursuite d’une croissance forte du PNB (1) dans ces pays?
Les objectifs de division par deux des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial sont-ils compatibles avec la sortie de la pauvreté de l’ensemble de l’humanité ? Cette question est celle du découplage entre la croissance des émissions de gaz à effet de serre et la croissance du PNB. Le découplage est relatif si la croissance des émissions de gaz à effet de serre est inférieure à celle du PNB, le découplage est absolu si les émissions de gaz à effet de serre baissent, indépendamment du rythme de croissance de la production. La notion de découplage peut être utilisée pour d’autres atteintes à l’environnement.
Le constat au niveau des pays industrialisés
L’OCDE (2) observe un découplage relatif au cours des 20 dernières années (depuis 1990) dans les pays industrialisés et même dans les pays émergents : les émissions de CO2 ont augmenté plus faiblement que le PNB, les excédents d’éléments nutritifs par unité de produit agricole ont diminué.
Mais il n’y a pas eu de découplage absolu, les émissions de CO2 de ces pays ont continué à croître, comme les excédents d’éléments nutritifs à l’origine des pollutions des sols et de l’eau. Fait plus inquiétant, il n’y a pas eu de découplage relatif du coté de la consommation. En d’autres termes, le découplage relatif par rapport à la production résulterait de la délocalisation d’activités économiques à forte empreinte carbone.
Les perspectives au niveau mondial
D’ici à 2050 les progrès de l’efficacité environne-mentale de nos modes de production et de consom-mation devront être à la hauteur des impératifs de réduction des gaz à effets de serre, du défi démogra-phique et de l’élimination de la pauvreté. Le rapport «Prosperity without growth» de Tim Jackson (3) rap-pelle la relation arithmétique qui lie l’impact envi-ronnemental à la croissance de la population et celle de sa consommation.
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Pour que l’impact environnemental baisse, il faut que les gains d’efficacité environnementale soient supérieurs au cumul de la croissance de la popu-lation et de la consommation par personne. Donc, pour diviser par deux les émissions mondiales de gaz à effets de serre en 2050 par rapport à leur niveau de 1990, il faut un rythme annuel moyen de hausse de l’efficacité environnementale de 4,3% sur la base d’une hausse de la population prévue au rythme de 1,36% annuels et d’une hausse de la consommation par tête de 1,8% par an, rythme tendanciel des 20 dernières années qui n’a pas permis la résorption de la pauvreté, et de 6,4% sur la base d’une hausse de la consommation par tête de 3,6% par an qui alignerait le standard de consommation moyen mondial sur celui que les USA connaissaient en 2007. Ces pro-grès n’ont été que de 0,7% l’an entre 1990 et 2007.
Ces calculs abstraits permettent surtout de situer l’ampleur des progrès à accomplir en matière de « décarbonation » de nos modes de production et de consommation pour maitriser le changement climatique et réduire la pauvreté.
Ils montrent également que le défi climatique s’accompagne d’un défi sur l’emploi. Une croissance du PNB par personne de 1,8% ou même de 3,6% l’an permettra-t-elle de donner du travail à une population croissant à un rythme annuel de 1,4% avec un exode rural massif ? C’est probablement impossible si les exigences de gains de productivité du travail, corollaires des exigences de rentabilité des capitaux investis, demeurent inchangées.
Pour ces deux raisons de nouveaux modes de production et de consommation doivent être inventés.
1) Produit National Brut : mesure de la production d’un pays définie selon les normes internationales de comptabilité nationale.
2) Rapport de synthèse de la stratégie pour une croissance verte (2011) p87 à 89.
3) Publié en ligne et en édition papier, note de lecture dans l’Encyclopédie du développement durable.
http://www.encyclopedie-dd.org
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Débats
Pour une politique publique de lutte contre l’obésité Par Christian Bourdel
Dans son récent rapport au Sénat pour l’Office Parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques , Brigitte Bout, s’appuyant sur les très nombreux travaux déjà réalisés, analyse les multiples déterminants de l’obésité, et fait des propositions pour répondre à la grande complexité, et au caractère multifactoriel de ce mal caractéristique de nos sociétés modernes. Quelques uns des ingrédients recommandés ne seraient ils pas susceptibles d’être transposés au champ plus général qui préoccupe l’association 4D : que proposer pour favoriser les changements de comportement ?
Aujourd’hui, 7,5 millions d’adultes sont obèses (IMC supérieure à 30), et 500 000 enfants, 14 millions sont en surpoids (IMC supérieur à 25), et 2,1 millions enfants. Le phénomène reflète un accroissement des inégalités géographiques, et surtout socio-culturelles : les personnes à bas revenu sont de plus en plus touchées, et particulièrement les femmes.
A première vue, les causes de l'obésité apparaissent simples : l'obésité résulte d'un déséquilibre énergétique dans lequel les entrées sont supérieures aux sorties. En conséquence, si les individus mangeaient moins et bougeaient plus, le problème serait réglé.
Pourtant, une analyse approfondie du sujet montre rapidement les limites de cette expli-cation. La cellule prospective du gouverne-ment britannique a démontré la complexité de ce phénomène, dont elle a repéré 108 fac-teurs explicatifs : facteurs biologiques, liés à la consommation et aux activités individuel-les, facteurs psychologiques, et facteurs de société: tant ceux de la production alimen-taire, que ceux déterminant l’environnement dans lequel vivent les personnes.
Un environnement « obésogène »
La capacité de notre organisme à enregistrer la diversité alimentaire et à l’intégrer a été perturbée par l’industrialisation des produits alimentaires,etleurrenouvellementpermanent. Nos gènes et le système physiologique de régulation associé n’ont pas été modifiés depuis 40 ans, alors que notre régime alimentaire a
été bouleversé. Entre 1700 et aujourd’hui, les français ont doublé en moyenne leur ration alimentaire (passant de 1600 kcal à 3200kcal). Celle-ci a connu une explosion des produits à forte densité énergétique (graisses, sucres) : aux USA, chez certains individus, 25% des apports caloriques proviennent du fructose de maïs, essentiellement dans les boissons sucrées.
Or, notre organisme est beaucoup moins capable d’identifier les calories ingérées sous forme liquide que solide. Il a aussi du mal à apprécier l’augmentation calorique liée à augmentation des parts.
Le contexte de notre société d’abondance, c’est celui d’un accès illimité possible à la nourriture (avec multiplication des points de vente), et une forte sollicitation publicitaire : aux USA, un message sur deux adressé aux enfants est alimentaire. Sédentarité et réduction d’activité physique, estimée à une division par 10 en 2 siècles, constituent deux facteurs défavorables.
La diminution de sommeil aurait également un impact : en 40 ans, nous avons perdu en moyenne 1h30 de sommeil, et 1/3 des personnes dorment 6h ou moins…Enfin, de nouveaux déterminants sont apparus : stress, médicaments, polluants et perturbateurs endocriniens, qui ont profondément modifié notre environnement chimique, favorisant une dérégulation des signalisations hormonales impliquées dans le métabolisme des lipides et la balance énergétique.
Déterminants socio-culturels et économiques
Notre modèle alimentaire repose de plus en plus sur une individualisation des comportements alimentaires, avec déstructuration des repas. Le grignotage, acte social déclenché par l’émotion ou l’ennui, a un double effet pervers: il n’est pas pris en compte par les mécanismes d’homéostasie de l’organisme, et les lipides ingérés sont plus facilement stockés.
Le prix des aliments a bien sûr aussi un impact: le poste alimentation représente en moyenne 15% du budget d’un ménage, jusqu’à 50% pour les plus défavorisés d’entre eux. Leur Suite page 10
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Association 4D
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Mademoiselle Émilie Site Web :www.emilie.cheron.fr
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Débats
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comportement d’achat, tendant à répondre à l’impératif de satiété à moindre coût, sont tournés vers les produits gras et sucrés qui ont le meilleur rendement calorique par €.
Le prix de l’alimentation a fortement baissé en moyenne, du fait de l’augmentation de productivité en agriculture… Mais le prix des légumes frais a augmenté, lui, de 40%, en valeur relative, entre 1960 et 2005.
Quelques considérations politique publique
pour
une
Le rapport présenté veut tirer la sonnette d’alarme, en soulignant le découragement ressenti par de nombreux acteurs de la santé publique, face aux multiples rapports et dispositifs déjà adoptés, et l’impact bien limité qu’ils semblent avoir eu – même si un ralentissement de tendance a été perçu dans les dernières années.
Vis à vis des entreprises agro-alimentaires, l’auteur constate le faible succès des politiques volontaristes ; il souligne donc la nécessité de réglementer, ou de taxer. Les entreprise ont le choix, soit d’insérer dans leur publicité un bandeau de sensibilisation, soit de payer une taxe qui alimente un fonds de prévention (INPES). Des travaux de recherche ont montré le très faible impact de ce bandeau. La rapport recommande donc de systématiser le versement de la taxe.
Le poids du lobby agro-industriel est constant, empêchant une véritable information des consommateurs. La France demande par exemple que les allégations ne soient autorisées que pour les denrées répondant à un profil nutritionnel : mais cette proposition n’a pas été retenue jusqu’à présent par la Commission.
Vis à vis des consommateurs,l’auteur recom-mande la mise en place d’une politique envi-ronnementale favorable à un changement de comportement. Les recherches en psychologie comportementale ont montré qu’une bonne information ne suffit pas à changer les compor-tements. Il faut veiller à limiter la responsabilité individuelle, faire attention au processus : frus-tation-culpabilisation, qui s’avère perturbateur d’un contrôle de son alimentation.
Le rapport préconise la mise en œuvre d’un marketing social qui applique les principes du marketing commercial : le comportement humain est guidé, non par la rationalité, mais par des préférences fondamentales : impulsivité, sensibilité à une récompense immédiate, capacité des individus à se projeter dans l’avenir, goût du risque…
Il est donc proposé de pratiquer la prévention passive, le nudging : on n’impose pas de changer de comportement, mais on crée un environnement qui l’incite : par exemple, on propose en cantine des légumes en plat principal en excluant pas un autre accompagnement, qui devra alors être demandé ; ou l’on réduit la taille des assiettes servies, avec possibilité de redemander…
Les campagnes d’information générale, qui peuvent créer un environnement culturel favorable, doivent être complétées de campagnes ciblées ; elles consistent à identifier les caractéristiques économiques, comportementales, les représentations des groupes vulnérables, pour adapter les messages à leur intention.
En guise de conclusion...
Si les moyens financiers publics destinés à améliorer les comportements alimentaires sont sans commune mesure avec ceux des entrepri-ses, il apparaît fondamental que de véritables politiques soient construites, s’appuyant sur des travaux de recherche indépendants, des débats associant tous les acteurs de la filière, et tout particulièrement bien sûr les consom-mateurs dans leur diversité, et débouchant sur la mise en place de politiques publiques décli-nées à toutes les échelles : internationale, euro-péenne, nationale, régionale et locale .
Seuls de tels processus démocratiques, mobili-sant l’intelligence de la société, peuvent per-mettre de répondre à la complexité d’un tel défi. Pourgrandir en humanité plutôt que de grossir en obésité, de telles démarches méritentd’être développées plus largement, avec l’objec-tif de promouvoir des modes de production et de consommation plus durables.
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