Éducation formations n° janvier juin

De
Publié par

Éducation & formations – n° 65 – janvier-juin 2003 111 L'aide individualisée : réflexions et enjeux Aide individualisée et accompagnement de l'apprentissage des élèves en classe de seconde Les modules et l'aide individualisée en classe de seconde sont des dispositifs mis en œuvre pour traiter l'hétérogénéité des élèves et les accompagner tout au long de leur apprentissage. Cette dernière mission du métier d'enseignant s'avère être difficile à mener mais plus que jamais indispensable à un moment où, paradoxalement, les dispositifs mis en œuvre à cette fin semblent ne plus suffire pour des élèves qui arrivent au collège avec d'importantes lacunes. Dans son rapport 1, J.-P. Obin, Inspecteur général de l'Éducation nationale, évoque la double mission du métier d'enseignant : prendre en charge la transmission des savoirs et accompagner l'apprentissage des élèves. Or, autant la transmis- sion des savoirs semble être une activité maîtrisée, inhérente au métier de professeur, autant l'accom- pagnement de l'apprentissage des élèves semble plus difficile à faire vivre. En classe de seconde, les modules comme l'aide individualisée, relèvent de l'accompagnement des apprentissages. En dehors de son sens commun, l'expression « aide individualisée » est un dispositif pédagogique précis mis en place, à ce niveau, depuis septembre 1999. Il s'agit ici, dans une première approche, de réagir aux problèmes posés par l'hétérogénéité des élèves de seconde en individualisant les ensei- gnements, ce qui était déjà l'un des objectifs des modules introduits lors de la rénovation pédago- gique des lycées

  • devoir de la communauté éducative du service public d'éducation

  • classe entière

  • inspection générale

  • emploi du temps de l'élève

  • emploi du temps en classe de seconde au stade de l'exploit

  • élève de première


Publié le : dimanche 1 juin 2003
Lecture(s) : 40
Source : cndp.fr
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins
Aide individualisée et accompagnement de l’apprentissage des élèves en classe de seconde
L’aide individualisée : réflexions et enjeux
Les modules et l’aide individualisée en classe de seconde sont des dispositifs mis en œuvre pour traiter l’hétérogénéité des élèves et les accompagner tout au long de leur apprentissage. Cette dernière mission du métier d’enseignant s’avère être difficile à mener mais plus que jamais indispensable à un moment où, paradoxalement, les dispositifs mis en œuvre à cette fin semblent ne plus suffire pour des élèves qui arrivent au collège avec d’importantes lacunes.
Marc FORT Inspecteur général de l’Éducation nationale
Éducation & formations – n° 65 – janvier-juin 2003
1 ans son rapport, J.-P. Obin, Inspecteur général de l’Éducation nationale, évoque la double chDarge la transmission des savoirs et accompagner mission du métier d’enseignant : prendre en l’apprentissage des élèves. Or, autant la transmis-sion des savoirs semble être une activité maîtrisée, inhérente au métier de professeur, autant l’accom-pagnement de l’apprentissage des élèves semble plus difficile à faire vivre. En classe de seconde, les modules comme l’aide individualisée, relèvent de l’accompagnement des apprentissages. En dehors de son sens commun, l’expression « aide individualisée » est un dispositif pédagogique précis mis en place, à ce niveau, depuis septembre 1999. Il s’agit ici, dans une première approche, de réagir aux problèmes posés par l’hétérogénéité des élèves de seconde en individualisant les ensei-gnements, ce qui était déjà l’un des objectifs des modules introduits lors de la rénovation pédago-gique des lycées en 1992. Ces différents dispositifs illustrent bien com-ment sont posées et traitées les questions relatives à l’accompagnement des élèves dans l’enseigne-ment secondaire.
NOTE 1.Jean-Pierre Obin,Enseigner, un métier pour demain, rapport au ministre de l’Éducation nationale, mars 2002.
111
112
LES MODULES : UN DISPOSITIF DISPARU DANS LE TOURBILLON DE LA RÉFORME DE 1999
Initialement installés en seconde et en première, les modules n’existent plus, en 2001/2002, qu’en 2 classe de secondepour trois heures réparties sur quatre disciplines : les lettres, la langue vivante 1, 3 l’histoire-géographie et les mathématiques. Théoriquement, ils visent à mettre en place un ensei-gnement différencié, concernant tous les élèves, organisés en groupes numériquement inférieurs à la classe entière et qui peuvent évoluer tout au long de l’année scolaire. De fait, dans certaines matières plus que dans d’autres, les modules sont devenus des séances de travaux dirigés : exercices d’entraînement avec des groupes fixes dans l’année (quelquefois par ordre alphabétique, d’autres fois en fonction des 4 contraintes d’organisation des groupes d’options) . De ce fait, leur fonctionnement n'a plus vraiment de rapport avec les orientations initiales. Les modules n’ont résisté ni aux modifications de programmes et d’horaires (y compris la suppression des travaux dirigés pour certaines disciplines) qui remettaient en cause la part de la transmission des savoirs, ni à une organisation du temps de plus en plus complexe qui amène la confection d’un emploi du temps en classe de seconde au stade de l’exploit. « L’emploi du temps des élèves est introuvable » comme l’écrivent les Inspecteurs généraux Dominique 5 Borne et François Perret dans leur rapportsur ce sujet.
NOTES 2.En classe de première, ils ont été remplacés par des heures « dédoublées ». 3.Une demi-heure en français, une demi-heure en histoire-géographie ; une heure en langue vivante 1 et une heure en mathématiques. 4.Le phénomène est variable suivant les disciplines : très prononcé en mathématiques, il l’est peut-être moins en histoire-géographie. 5.Dominique Borne et François Perret,L’emploi du temps des élèves, rapport IGEN au Ministre de l’Éducation nationale, novembre 2001. 6.Préparation de la rentrée 2001 dans les lycées d’enseigne-ment général et technologique – Circulaire du 11 juin 2001 publiée au BOEN n° 24 du 14 juin 2001.
L’AIDE INDIVIDUALISÉE, APPRÉCIÉE, NE RÉPOND PAS EXACTEMENT À CE QU’ON EN ATTENDAIT
Mise en place lors de la réforme de 1999, l’aide individualisée est censée être réservée aux élèves les plus en difficulté. Elle est organisée en groupes de huit élèves au maximum, à raison de deux heures hebdomadaires réparties entre le français et les mathématiques, auxquelles peut s’ajouter, locale-ment, un contingent de deux heures supplémentaires réparties sur deux des disciplines enseignées à la discrétion de l’établissement. Après trois années de fonctionnement, on peut affirmer que l’aide individualisée contribue largement à l’amélioration des relations entre enseignants et élèves, qu’elle change certainement les pratiques pédagogiques en permettant une meilleure prise en compte des difficultés et une prise en charge plus personnalisée des élèves. Cependant les objectifs fixés par les différents textes sont loin d’être réalisés, la circulaire de rentrée 6 2001 metbien l’accent sur les dérives rencontrées : – dans l’attribution du complément d’heures, certains établissements particulièrement bien dotés, ne sont pas ceux qui reçoivent le public le plus défavorisé ; – au sein des établissements, l’aide individualisée bénéficie souvent à des élèves n’éprouvant pas de difficultés particulières ; – les contenus sont parfois décalés par rapport aux besoins des élèves en difficulté ; – l’articulation entre les différents dispositifs de la classe de seconde (modules et aide individualisée) « est encore insuffisamment exploitée par les équipes pédagogiques. » Les élèves bénéficiant de l’aide individualisée ne sont pas forcément ceux qui rencontrent des difficultés importantes. Cela tient, entre autre, au fait que leur désignation hésite entre « prestation convaincante » et volontariat des élèves. Il semble bien que les élèves volontaires soient systématique-ment acceptés en aide individualisée. Dans le même ordre d’idée, les professeurs sont loin d’être convain-cus de la pertinence du dispositif pour les élèves en grande difficulté scolaire. Par ailleurs, la complication
Éducation & formations – n° 65 – janvier-juin 2003
extrême des emplois du temps de la classe de seconde fait que, suivant les priorités choisies par l’établisse-ment, l’aide individualisée se trouve parfois placée à des heures qui l’apparentent plus à une sanction qu’à une aide. L'aide individualisée peut servir parfois à certains élèves pour progresser et consolider un passage en 7 série S ou ES dans de bonnes conditions. De plus, l’utilisation insuffisante de l’évaluation à l’entrée en classe de seconde, puis sa disparition, privent les équipes éducatives et l’institution d’un outil qui pouvait permettre d’évaluer ces dispositifs (en rapportant cet indicateur à d’autres indicateurs comme l’évolution des orientations en fin de classe de seconde, les taux d’accès de la seconde au bacca-lauréat, etc.). Il est, à cet égard, intéressant de remar-quer qu’au niveau national, la simultanéité entre l’apparition de l’aide individualisée et la baisse des taux d’orientation en première générale et technolo-gique à la fin de la classe de seconde est troublante et demanderait à être analysée. Ainsi, on ne connaît pas véritablement l’efficacité de ce dispositif et on ne dispose que d'outils incom-plets pour pouvoir l’apprécier. e Le texte de 1999 :Un lycée pour le XXIsiècle insiste sur« le devoir de la communauté éducative du service public d’éducation de faire du lycée son propre recours au moment où le secteur marchand développe une activité qui, à terme, finira par détruire ou tout au moins dénaturer le service public ».Aucune étude précise ne permet de dire si cette perspective s’est éloignée. La multiplication des publicités pour des 8 officines privéeslaisse plutôt supposer le contraire.
D'AUTRES DISPOSITIFS SPÉCIFIQUES
On voit arriver dans les classes de seconde quelques élèves ayant de grosses difficultés (souvent à la fois scolaires et sociales) que les dispositifs actuels ne permettent pas de prendre en charge. Les établisse-ments mettent alors en place des dispositifs spécifi-ques (accompagnement mis en place par l’équipe de direction à laquelle s’ajoutent les CPE, les assistantes sociales).
Éducation & formations – n° 65 – janvier-juin 2003
Par exemple, un lycée a mis en place une classe spécifique de redoublants n’ayant pas le projet d’aller en S (ce n'est pas légal, la seconde ne devant pas être différenciée), la classe fonctionne avec un aménagement d’horaires, renforcés en français, mathématiques, histoire-géographie et langue vivante 1. Elle est dotée de moyens spécifiques et l’équipe enseignante dispose d’une certaine liberté dans l’utilisation des heures, dont une partie est fixe et stable, l’autre modulable. Tel proviseur utilise un volant d'heures supplé-mentaires effectives (HSE) permettant de rémunérer les appuis ponctuels qu'apportent les enseignants (à leur demande) à de très petits groupes d'élèves, tel autre met en place un tutorat des élèves de seconde par des élèves de première.
LA REMISE EN CAUSE IMPLICITE DE L’ORGANISATION EN « GROUPE CLASSE »
Modules et aide individualisée contribuent à un phénomène que l’Inspection générale relève déjà dans son rapport sur l’emploi du temps des élèves au 8 lycée :« Le système éducatif évolue progressivement vers une plus grande individualisation des enseigne-ments. Aujourd’hui par exemple, un élève de seconde générale et technologique n’est en classe entière que 16 heures 30 par semaine sur les 23 heures de tronc commun ; avec LV2 et SES en enseignements de déter-mination et l’aide individualisée, la classe entière fonctionne 20 h 30 sur 29 ».Ces procédés d’individuali-sation de la formation entraînent l’émiettement du « groupe classe » sans qu’on n’ait jusqu'alors vraiment étudié quels pouvaient être les effets pédagogiques du fonctionnement en classe entière, des alternances entre le travail en grand groupe et en groupes plus restreints sur les apprentissages des élèves.
NOTES
7.Très souvent et même presque toujours à partir de la deuxième moitié du deuxième trimestre. 8.L’emploi du temps des élèves au lycée– Rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale auministre, n° 2001-48, novembre 2001.
113
114
Finalement, on ne peut que constater deux évolu-tions fortes de notre système d’enseignement, la part grandissante occupée par la prise en charge de l’accompagnement de l’apprentissage des élèves (reviendra-t-on un jour aux répétiteurs du début du siècle dernier ?) et l’autonomie de plus en plus grande des établissements quant à la prise en charge de cette
question. Cette autonomie est incontournable mais elle doit être pilotée. Une grande question demeure, cette tendance à l’individualisation des enseignements est-elle cohérente avec l’objectif de socialisation qui est fixé à l’école ?
Éducation & formations – n° 65 – janvier-juin 2003
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.