Entre banalité et exotisme, le panel individuel des destinations ...

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50 M O N D E S D U T O U R I S M E • TOUR I SME ET MOND IAL I SAT ION • S E P T E M B R E 2 0 1 1 S. BERROIR, N. CATTAN, H. COMMENGES, J.M. DECROLY, A. FLEURY ET M. GUEROIS Abstract. The globalization of the tourism expresses at the same time by the emergence of new markets and the dilation of the tourist space.
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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S. BERROIR, N. CATTAN, H. COMMENGES, J.M. DECROLY, A. FLEURY ET M. GUEROIS
Entre banalité et exotisme, le panel individuel
des destinations touristiques
Le cas des populations à forte mobilité
SANDRINE BERROIR [sandrine.berroir@univ-paris-diderot.fr] Maître de conférences, UMR géographie-cités (Paris)
NADINE CATTAN [nadine.cattan@parisgeo.cnrs.fr] Directrice de recherche CNRS, UMR géographie-cités (Paris)
HADRIEN COMMENGES [hadri.commenges@gmail.com] Doctorant, UMR géographie-cités (Paris)
JEAN-MICHEL DECROLY [jmdecrol@ulb.ac.be] Professeur de géographie, LIToTeS–IGEAT, Université libre de Bruxelles
ANTOINE FLEURY [afleury@parisgeo.cnrs.fr] Chargé de recherche CNRS, UMR géographie-cités (Paris)
MARIANNE GUEROIS [guerois@parisgeo.cnrs.fr] Maître de conférences, UMR géographie-cités (Paris)
Résumé. La mondialisation du tourisme s’exprime à la fois par l’émergence de nouveaux foyers émetteurs et la
dilatation de l’œkoumène touristique. De nombreuses interrogations subsistent sur la manière dont ce second
processus s’incarne dans les pratiques individuelles. Comment s’articulent déplacements proches et lointains ? Quelles
sont les relations entre canevas spatiaux des mobilités touristiques et profil des personnes mobiles ? L’analyse
proposée ici vise à éclairer ces questions en exploitant les données d’une enquête sur les mobilités temporaires,
réalisée en 2008-2009 auprès de plus de 1 800 personnes résidant à Berlin, Bruxelles, Londres ou Paris. Dans cette
optique, elle confronte deux visions contrastées du rapport à l’altérité, l’une mettant en avant la segmentation des
pratiques de mobilité selon les personnalités, l’autre suggérant une hybridation généralisée de ces pratiques. Les
résultats obtenus montrent qu’au sein même de populations mobiles, le canevas spatial des destinations reste très
segmenté, selon les caractéristiques socio-économiques et socio-professionnelles des individus.
Abstract. The globalization of the tourism expresses at the same time by the emergence of new markets and the dilation
of the tourist space. Numerous questioning remain on the way this second process is embodied in the individual practices.
How are articulated close and distant movements? What are the relations between spatial pattern of the tourist mobilities
and profile of the mobile persons? The analysis proposed here aims at lighting these questions by exploiting the data of a
survey on the temporary mobilities realized in 2008-2009, with more than 1 800 persons living in Berlin, Brussels, London
or Paris. In this way, it confronts two contrasted visions of the spatial pattern of tourist practices, the one advancing the
segmentation of the practices of mobility according to the personalities, the other one suggesting a generalized hybridization
of these practices. The obtained results show that within mobile populations, the spatial pattern of the destinations remains
very segmented, according to the socioeconomic characteristics of the individuals.
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Comprendre les pratiques et l’expérience touristique
i la mondialisation du tou- direction des déplacements pour La première est issue des travaux
risme, en tant qu’intercon- motifs professionnels. de Stanley Plog (1974, 2001) sur laSnexion complexe et asymé- Nous proposons d’éclairer ces relation entre profils de personnalité
trique des différents territoires de questions, qui renvoient à la métrique et pratiques touristiques. Elle suggère
la planète par les flux touristiques, des pratiques touristiques contem- que les individus se répartissent selon
résulte pour partie de l’émergence poraines – c’est-à-dire à leur rapport une distribution normale en fonction
de nouveaux foyers émetteurs en à la distance –, en exploitant les de leur rapport à l’altérité. À une
dehors de l’Europe et de l’Amérique données d’une enquête individuelle extrémité, les “psychocentriques”
du Nord, elle repose également sur réalisée auprès d’environ 2000 per- (rebaptisés “en quête de sûreté” dans
l’accroissement du rayon de sonnes qui résident dans quatre l’article de 2001), à la fois anxieux,
balayage des déplacements effectués métropoles européennes et pour les- peu confiants en leurs moyens,
depuis ces deux dernières zones, quelles nous avons recueilli l’en- influençables et passifs, voyageraient
avec pour corollaire une croissance semble des déplacements temporaires rarement, plutôt pour des courts
de la fréquentation des destinations effectués au cours des douze derniers séjours, en privilégiant les destina-
lointaines de ces zones (Oppermann, mois. Nous nous inscrivons en ce tions familières, proches du lieu de
1995). Mis en évidence dès les sens dans la lignée de travaux récents résidence. À l’autre extrémité, les
années 1980 (Cazes, 1989), ce pro- qui visent à replacer l’analyse des “allocentriques” (rebaptisés “aven-
cessus de dilatation de l’œkoumène pratiques touristiques dans le cadre turiers”), confiants en eux, curieux
touristique des Occidentaux a plus large de l’analyse des mobilités et actifs, se déplaceraient fréquem-
depuis lors été étudié en profon- temporaires (Hall, 2005; Hall et Page, ment, dans le cadre de longs séjours,
deur: ses caractéristiques macro- 2008). Dans un premier temps, nous en jetant leur dévolu sur des desti-
scopiques ont été objectivées, ses présenterons et discuterons deux nations originales, lointaines et peu
fondements économiques mis en visions contrastées des variations fréquentées. Entre ces deux groupes,
évidence (Cuvelier, 1999), ses ressorts individuelles du rapport à l’altérité. qui ne constitueraient respectivement
socio-culturels identifiés (Mowforth Ensuite, après avoir brièvement que 2,5 et 4% de la population, les
et Munt, 1997) et ses conséquences exposé la méthodologie mise en personnalités présenteraient soit un
environnementales soulignées œuvre pour collecter et traiter l’in- profil proche mais atténué de celui
(Gössling et al., 2002; Gössling et al., formation, nous procéderons suc- des psychocentriques ou de celui
2005). De nombreuses interrogations cessivement à une analyse du panel des allocentriques, soit un profil
subsistent toutefois sur la manière de destinations des répondants et de mixte, combinant des traits des uns
dont ce processus s’est incarné dans la métrique de leurs déplacements. et des autres.
les pratiques individuelles. La seconde vision, plus récente,
En effet, si les déplacements vers LA DIFFÉRENCIATION DES invite à considérer que les touristes
des destinations lointaines sont PRATIQUES TOURISTIQUES contemporains, forts de leur expé-
devenus plus fréquents, nous ne SELON LEUR RAPPORT rience personnelle et familiale, sont
savons pas, faute de données appro- ÀL’ALTÉRITÉ en même temps psychocentriques
priées, comment ils se combinent et allocentriques, autrement dit
avec les déplacements vers des des- En dépit des lacunes de la statis- qu’ils seraient “à la recherche à la
tinations proches, ni en quoi ils tique touristique, plusieurs auteurs fois de lieux touristiques exotiques,
sont liés à d’autres caractéristiques se sont penchés sur le canevas spatial originaux, différents et de lieux
de la mobilité individuelle, par des pratiques touristiques indivi- touristiques banals” (Duhamel, 2007,
exemple la fréquence des déplace- duelles. Deux visions distinctes émer- p. 321). Le passage des uns aux autres
ments de loisirs ou le nombre et la gent de ces recherches. se ferait dans des temporalités très
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Tableau 1 • Répartition des personnes interrogées courtes ou d’une année à l’autre. Si
selon le lieu d’enquête les données fournies par Philippe
Duhamel, limitées aux pratiques des
Lieu d’enquête Nombre de personnes Nombre de déplacements étudiants, restent trop partielles pour
enquêtées étayer cette hypothèse, en revanche
l’enquête menée par Lotta Frändberg
Berlin 444 8 631 (2008) sur les expériences de mobilité
Bruxelles 485 11 914 temporaire d’une soixantaine de
Londres 459 14 480 jeunes Suédois fournit des résultats
Paris 455 10 020 qui confortent l’idée d’une hybri-
Total pour les quatre villes 1 843 45 045 dation des panels de destinations.
Elle montre notamment une crois-
sance avec l’âge du nombre de dé -
Tableau 2 • Profil des personnes interrogées placements et de la distance par-
courue, sans que pour autant les
Berlin Bruxelles Londres Paris Total individus concernés abandonnent
Nombre de personnes enquêtées 444 485 459 455 1 843 des pratiques familières de dépla-
Genre cement vers des destinations proches.
Hommes 62 % 62 % 71 % 59 % 64 % La conception selon laquelle les
Femmes 38 % 38 % 29 % 41 % 36 % touristes contemporains seraient
Âge aptes à fréquenter tous les types de
18-24 ans 9 % 16 % 6 % 13 % 11 % lieux fait écho aux travaux récents
25-34 ans 30 % 24 % 23 % 34 % 27 % que la sociologie culturelle a consa-
35-54 ans 47 % 43 % 32 % 36 % 40 % cré, dans le prolongement de la
55-64 ans 9 % 12 % 23 % 12 % 14 % Distinction de Pierre Bourdieu, à
65 ans et plus 5 % 5 % 16 % 5 % 8 % la question du goût (voir par exemple
Situation familiale Fridman et Ollivier, 2004). Ces travaux
Célibataire 37 % 36 % 22 % 38 % 33 % mettent en évidence l’émergence
En couple sans enfants 27 % 19 % 21 % 23 % 23 % d’une consommation culturelle
En couple avec 1 ou 2 enfants 26 % 26 % 34 % 23 % 27 % omnivore, éclectique, pluraliste,
En couple avec 3 enfants ou plus 8 % 12 % 16 % 13 % 12 % combinant pratiques dites popu-
Autre 2 % 6 % 7 % 4 % 5 % laires et pratiques dites savantes
Niveau de formation (Peterson, 1992 ; Donnat 1994 ;
Bac ou moins 26 % 2 % 12 % 15 % 13 % Peterson et Kern, 1996; Bellavance,
Supérieur court 24 % 23 % 43 % 20 % 28 % Valex et Ratté, 2004). À la différence
Supérieur long 50 % 75 % 45 % 65 % 59 % de Philippe Duhamel, ces auteurs
Situation professionnelle soulignent toutefois qu’il subsiste
Actif occupé plein temps 76 % 59 % 84 % 75 % 74 % une très forte stratification sociale
Actif occupé temps partiel 7 % 7 % 6 % 3 % 6 % du goût et que l’“omnivorisme”
Étudiant ou en formation 9 % 19 % 3 % 11 % 10 % reste l’apanage des groupes de haut
Chercheur d’emploi 1 % 3 % 2 % 1 % 2 % statut. Ainsi Richard A. Peterson
Retraité 5 % 8 % 4 % 8 % 6 % (1992), dans le cadre d’une enquête
Autres 3 % 4 % 2 % 2 % 3 % sur les goûts musicaux, met en évi-
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Comprendre les pratiques et l’expérience touristique
dence que les individus qui occupent UNE ENQUÊTE SUR LES d’autre part. La collecte des données
des emplois supérieurs montrent PRATIQUES DE MOBILITÉ s’est faite en deux phases, l’une en
non seulement un attrait plus élevé TOURISTIQUE DANS novembre/décembre 2008, l’autre
pour la musique classique et l’opéra, QUATRE MÉTROPOLES en février/mars 2009. Elle s’est donc
mais qu’ils ont aussi tendance à EUROPÉENNES réalisée au cœur même de la récente
s’intéresser plus souvent que les crise financière et économique, dont
autres à une vaste gamme de styles L’objectif de l’enquête était d’ap- il est acquis aujourd’hui qu’elle a
populaires. Il en conclut que les préhender l’ensemble des déplace- provoqué une réduction substantielle
répondants de statut élevé ont des ments effectués en dehors du domi- de l’émission touristique et du rayon
goûts plus omnivores, tandis que cile principal, à l’exclusion des de balayage des flux (Organisation
ceux qui se situent au bas de la hié- navettes (professionnelles, scolaires, mondiale du tourisme, 2010). C’est
rarchie sociale sont plus univores. de consommation), par des per- ainsi que, par rapport à l’année pré-
Ces observations rejoignent celles sonnes mobiles durant les douze cédente, les arrivées touristiques
qui sont faites dans le champ de la derniers mois. Quatre métropoles internationales en Europe ont reculé
mobilité à propos des élites haute- ont été sélectionnées comme lieux respectivement de 4,2 et de 13,4%
ment mobiles (les “nomades glo- d’enquête: Berlin, Bruxelles, Londres au dernier trimestre 2008 et au pre-
baux”), qui combinent allègrement, et Paris (cf. tableau 1). Les infor- mier trimestre 2009.
pour des motifs variés, déplace- mations recueillies portaient sur les Comptant près de deux tiers
ments lointains et proches, alors lieux fréquentés, les motifs de dépla- d’hommes, les populations enquêtées
que, dans le même temps, les cement, les modes de transport uti- sont majoritairement masculines
groupes moins mobiles sont lisé, les durées de séjour et les fré- (cf. tableau 2), composées pour l’es-
contraints à un nombre limité de quences de déplacement. sentiel de personnes actives occupées
déplacements, souvent vers des des- Le questionnaire a été soumis à (80%), qu’il s’agisse de jeunes adultes
tinations proches (Urry, 2000). des personnes résidant dans la région (39 % de moins de 35 ans) ou
Des doutes subsistent donc sur urbaine d’enquête, soit en partance d’adultes mûrs (40% de 35-54 ans).
la manière dont les mutations glo- pour l’une des trois autres villes, Une caractéristique majeure du profil
bales des pratiques touristiques des soit ayant effectué au cours des des populations enquêtées est leur
Occidentaux (croissance du nombre douze derniers mois au moins un niveau très élevé de formation, avec
annuel de déplacements et des dis- séjour dans l’une d’elles. La passation plus de trois quarts de diplômés de
tances parcourues) se traduisent des questionnaires s’est effectuée l’enseignement supérieur. Enfin ces
aujourd’hui dans les comportements dans des lieux de mobilité, aéroports, populations se distinguent par un
individuels. Sommes-nous en pré- gares ferroviaires et gares routières, profil familial spécifique marqué par
sence de catégories distinctes de au plus près des départs (salles d’em- une proportion élevée de personnes
populations, qui se différencient barquement, guichets d’enregistre- célibataires (33%) ou de couples
tant par le nombre de déplacements ment, quais de gare, etc.). Des quotas sans enfants (23%).
effectués que par la diversité des ont également été mis en place, s’ap- En ce sens, ces populations cor-
destinations visitées (logique de puyant sur l’offre de transports éva- respondent bien aux représentations
segmentation), ou, au contraire, luée en nombre de connexions entre en vigueur du métropolitain à forte
toutes les catégories de populations les quatre villes. Enfin, les passations mobilité: actives, avec un capital cul-
multiplient-elles les déplacements, ont été réparties dans le temps, entre turel élevé et peu de contraintes fami-
en se rendant aussi bien dans des journées banales de semaine et jour- liales. Au regard de ce profil moyen,
destinations familières qu’exotiques nées de week-end d’une part, entre l’échantillon de chacune des quatre
(logique d’hybridation) ? heures creuses et heures d’affluence villes présente certaines singularités:
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surreprésentation des adultes, des aux études ou à des stages ont été cements fréquents (plus de 10 par
personnes sans enfants et des diplômés rangés dans la catégorie “autres”. an) ou très fréquents (au moins un
de l’enseignement secondaire à Berlin; Comme le montre le tableau 3, les par semaine) sont surreprésentés à
surreprésentation des jeunes adultes, populations interrogées sont très Londres et sous-représentés à Berlin
des étudiants et des diplômés de l’en- mobiles. Au cours des douze mois – Bruxelles et Paris se trouvant dans
seignement universitaire à Bruxelles; précédant l’enquête, elles se sont une position intermédiaire.
surreprésentation des hommes, des en moyenne rendues dans cinq Si une nette majorité de déplace-
personnes de plus de 55 ans, et aussi destinations différentes et ont effec- ments relève du travail (près de 60%,
des actifs à Londres; surreprésentation tué près de 20 déplacements. Une contre 35% pour la mobilité tou-
des femmes à Paris. comparaison avec la dernière ristique), en revanche ces deux motifs
enquête réalisée, dans le cadre de principaux se partagent équitablement
DES POPULATIONS l’Eurobaromètre, sur les déplace- le nombre de destinations différentes
TRÈS MOBILES ments temporaires des Européens fréquentées. Ces situations contrastées
(The Gallup Organisation, 2009) per- résultent du caractère moins répétitif
Dans le cadre de la présente ana- met de prendre la mesure de la sin- des déplacements touristiques: la
lyse, nous avons limité l’investiga- gularité de notre échantillon: parmi mono-fréquentation (un déplacement
tion aux mobilités hors du domicile les personnes interrogées par nos au cours de l’année vers une même
principal comprenant au moins une soins, près de la moitié (46%) ont destination) s’observe pour trois
nuitée, qui représentent près de effectué plus de 10 déplacements quarts des destinations touristiques
80% de l’ensemble des déplace- d’au moins une nuitée, soit une mais seulement pour la moitié des
ments recensés. Nous avons ensuite proportion plus de cinq fois plus destinations professionnelles; à l’in-
classiquement établi une distinction élevée que la moyenne au sein de verse, la fréquentation très régulière
parmi ces déplacements entre ceux l’Union européenne (8 %). Par (au moins un déplacement par mois
qui s’inscrivaient dans un cadre ailleurs, 10% des individus enquêtés vers une même destination) ne
professionnel et ceux qui répon- dans les quatre villes retenues ont concerne que 5% des destinations
daient à des motifs touristiques (loi- effectué au moins 52 déplacements touristiques contre 12% des desti-
sirs, visite aux amis et membres de en un an, soit au moins un par nations pour motifs de travail. En
la famille, séjour en résidence secon- semaine. Parmi les populations conséquence, à nombre égal de dépla-
daire). Par ailleurs, les déplacements interrogées, la fréquence des dépla- cements, le panel des destinations
pour motifs mixtes (professionnels cements varie peu d’une ville d’en- est plus étoffé dans le cadre touristique
et touristiques), ceux qui sont liés quête à l’autre. Toutefois, les dépla- que dans le cadre professionnel.
Tableau 3 • Nombre de destinations différentes et de déplacements
selon le motif du séjour (séjour d’au moins une nuitée)
Nombre de destinations différentes Nombre de déplacements
Nombre Professionnel Loisirs Autres Total Professionnel Loisirs Autres Total
4 409 4 618 447 9 474 20 400 12 294 2 219 34 912
46,5 % 48,7 % 4,7 % 100 % 58,4 % 35,2 % 6,4 % 100 %
Moyenne 2,43 2,54 0,25 5,21 11,23 6,77 1,22 19,21
Cinq destinations et plus 15,2 % 8,9 % 0,4 % 36,5 %
Plus de dix déplacements 25,4 % 15,9 % 3,5 % 46,2 %
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Comprendre les pratiques et l’expérience touristique
UN PANEL DIFFÉRENCIÉ selon le nombre de destinations dif- panachent davantage leurs destina-
DE DESTINATIONS férentes fréquentées révèle plusieurs tions touristiques.
surprises (cf. tableau 4). Si le niveau Souvent mise en évidence (voir par
Par définition, un individu aura de formation varie faiblement d’un exemple Hsieh et al., 1993 ; Eymann et
d’autant plus de chances d’être à la groupe à l’autre, en revanche les Ronning, 1997), la relation inverse
fois psychocentrique et allocentrique contrastes sont accusés sur le plan observée entre la taille de la famille
qu’il fréquente au cours de l’année socio-démographique, ainsi qu’au et l’intensité des pratiques touristiques
plusieurs destinations différentes. regard de la situation socio-profes- s’explique classiquement par l’impact
L’analyse du nombre individuel de sionnelle et, parallèlement, en fonc- négatif qu’exerce le nombre d’enfants
destinations de loisirs (cf. figure 1) tion des mobilités liées au travail. sur le budget familial et sur la liberté
constitue donc une première porte Les principaux obstacles à la réali- de mouvement des parents.
d’entrée pour aborder la question sation d’un déplacement touristique La corrélation inverse observée
qui nous occupe. En dépit de la forte ou à la diversification des destina- entre mobilité professionnelle et de
mobilité moyenne constatée plus tions résident dans le fait d’avoir loisirs retient davantage l’attention.
haut, près d’un cinquième des per- une famille nombreuse, d’être actif Tout d’abord, elle s’exprime avec
sonnes interrogées n’a effectué aucun à temps plein et de multiplier les force dans les résultats : parmi les
déplacement touristique au cours déplacements professionnels. À l’in- personnes qui n’ont pas réalisé de
des douze mois qui précédèrent l’en- verse, les personnes sans enfants, séjours touristiques, près de la moitié
quête et un peu plus d’un quart n’en plutôt jeunes – notamment les étu- ont effectué plus d’un déplacement
a effectué qu’un seul. Autrement diants – et qui effectuent par ailleurs professionnel par mois, contre un
dit, même parmi ces populations peu de déplacements professionnels cinquième en moyenne ; parmi celles
très mobiles, la proportion de ceux
qui ne partent pas en vacances reste Figure 1• Nombre de destinations différentes
élevée – a fortiori si l’on tient compte pour des motifs touristiques
du fait que sont pris simultanément (déplacements comprenant au moins une nuitée)
(N = 1 843 personnes) en compte ici des courts et longs
400
séjours – et, pour ceux qui partent, 20,0%
19,6%
le panachage des destinations est
350
loin d’être une règle générale.
17,0%
Parmi ceux qui combinent au 16,1%
300
moins deux destinations, une très
large majorité (48 % de l’ensemble
250
des individus) s’est rendue dans un 11,8%
maximum de quatre destinations
200
différentes. Au-delà, le nombre d’in-
dividus concernés diminue nette-
150
6,7%ment, tout en constituant encore
près 15 % de l’échantillon. Fort de
100
ce constat, nous avons réparti les 3,9%
2,6%individus en quatre groupes distincts 2,3%
50
en fonction du nombre de destina-
tions différentes fréquentées.
0
L’analyse des profils individuels 0 1 2 3 4 5 6 7 8+
Nombre de destinations
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Nombre d’individusS. BERROIR, N. CATTAN, H. COMMENGES, J.M. DECROLY, A. FLEURY ET M. GUEROIS
Tableau 4 • Profil des personnes interrogées qui se sont rendues dans cinq des-
selon le nombre de destinations fréquentées tinations touristiques différentes ou
pour des motifs touristiques plus, les deux tiers n’ont pas voyagé
pour des motifs professionnels au
cours de l’année écoulée. Ce constat
Nombre de destinations différentes tranché ne change pas lorsque l’on
0 1 2 à 4 5 et plus Total prend en compte les séjours réalisés
Nombre de personnes 314 369 876 284 1 843 pour des motifs à la fois profession-
17 % 20 % 48 % 15 % 100% nels et touristiques. En effet, dans
Lieu de résidence chacun des quatre groupes, moins
Berlin 20 % 31 % 24 % 20 % 24 % de 4 % des personnes ont effectué
Bruxelles 25 % 22 % 28 % 28 % 26 % un séjour de ce type. En ce sens, nos
Londres 42 % 27 % 20 % 18 % 25 % résultats contredisent ceux de Claus
Paris 13 % 20 % 28 % 34 % 25 % Lassen (2006) qui indiquaient
Âge qu’entre un cinquième et un tiers
18-24 ans 5 % 7 % 13 % 17 % 11 % des employés de Hewlett-Packard
25-34 ans 14 % 28 % 30 % 33 % 27 % et de l’université d’Aalborg mettaient
35-54 ans 47 % 43 % 38 % 31 % 40 % à profit un de leurs déplacements
55-64 ans 25 % 14 % 12 % 11 % 14 % “d’affaires” pour réaliser un séjour
Plus de 65 ans 8 % 8 % 7 % 8 % 8 % touristique. Nos résultats démentent
Nombre d’enfants en outre l’idée que la mobilité liée
0 31 % 38 % 46 % 59 % 43 % au travail catalyse nécessairement
1 18 % 14 % 15 % 11 % 15 % celle qui est liée aux loisirs. Au
2 30 % 29 % 22 % 22 % 25 % contraire, ils tendent à montrer
3 et plus 21 % 19 % 17 % 9 % 17 % qu’une fréquence élevée de dépla-
Niveau de formation cements professionnels freine les
Secondaire ou moins 9 % 15 % 13 % 14 % 13 % autres formes de mobilité. Faut-il y
Supérieur court 27 % 26 % 24 % 31 % 26 % voir, comme le suggère Magdalena
Supérieur long 58 % 54 % 58 % 49 % 56 % Nowicka (2007), que les hypermo-
Autres 6 % 4 % 5 % 6 % 5 % biles dans la sphère du travail pro-
Situation professionnelle fitent de leurs vacances pour retisser,
Actif occupé plein temps 92 % 76 % 72 % 63 % 74 % au domicile, les fils d’une vie familiale
Actif occupé temps partiel 4 % 6 % 6 % 5 % 5 % mise à mal par leurs déplacements
Étudiant ou en formation 3 % 9 % 11 % 15 % 10 % incessants ?
Chercheur d’emploi 1 % 2 % 2 % 2 % 2 % Le fait le plus surprenant à la lec-
Retraité 0 % 5 % 7 % 11 % 6 % ture des résultats réside toutefois
Autres 0 % 2 % 3 % 5 % 3 % dans l’opposition tranchée entre les
Nombre de déplacements professionnels panels de destinations des
Pas de déplacement 14 % 33 % 46 % 64 % 41 % Londoniens et des Parisiens. En effet,
Moins d’un déplacement par mois 40 % 39 % 38 % 27 % 37 % les premiers sont nettement surre-
Plus d’un déplacement par mois 45 % 28 % 16 % 8 % 22 % présentés parmi les personnes
n’ayant effectué aucun déplacement
touristique ou seulement un seul, et
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Comprendre les pratiques et l’expérience touristique
les seconds fortement surreprésentés à la mobilité touristique et la diver- DES DÉPLACEMENTS
parmi les personnes qui se sont ren- sité des destinations est quasi sys- AUXMÉTRIQUESDIVERSIFIÉES
dues dans au moins deux destina- tématiquement la plus forte chez
tions touristiques différentes. Ce les Parisiens et la plus faible chez L’analyse de la métrique des
contraste résulte pour partie d’un les Londoniens. Les variations des déplacements impose de réaliser au
effet de composition : comme le législations nationales en matière préalable une classification des des-
montre le tableau 2, les groupes à de temps libre doivent jouer ici un tinations en fonction de la distance
plus forte mobilité touristique (per- rôle important : depuis 1998, avec les séparant du lieu de vie habituel
sonnes sans enfants, jeunes adultes, la loi Aubry instituant la semaine des personnes interrogées. Dans
étudiants, personnes qui n’ont pas de 35 heures, les Français disposent cette optique, nous avons jugé utile
effectué de déplacements profes- d’occasions plus nombreuses que de combiner trois critères – relatifs
sionnels) sont proportionnellement leurs voisins pour effectuer des à la distance géographique, à la
plus nombreux dans l’échantillon déplacements touristiques. D’autres familiarité et à la distance en termes
à Paris qu’à Londres. Une analyse facteurs sont vraisemblablement à de sécurité personnelle – pour classer
plus détaillée montre en outre qu’à l’œuvre, comme les contrastes en les lieux en trois couronnes d’altérité
situation démographique ou pro- matière de protection sociale (en croissante (cf. tableau 5).
fessionnelle égale, parmi les rési- défaveur du Royaume-Uni) ou en La première couronne regroupe
dents des quatre métropoles rete- matière salariale (toujours en défa- des destinations d’Europe occiden-
nues pour l’enquête, la propension veur du Royaume-Uni). tale, proches des lieux d’origine et
Tableau 5 • Composition des couronnes de destinations
Première couronne
Intra-États d’enquête Destination intranationale pour les personnes enquêtées : Allemagne, Belgique, France, Royaume-Uni
Inter-États d’enquête Destination internationale dans les 4 États dont sont issues les personnes enquêtées :
Allemagne, Belgique, France, Royaume-Uni
Europe occidentale Autriche, Danemark, Finlande, Irlande, Islande Norvège, Suède, Suisse
Europe balnéaire du Sud-Ouest Espagne, Italie, Portugal
Deuxième couronne
Europe centrale et orientale Albanie, Hongrie, Pays Baltes, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Tchéquie, ex-Yougoslavie
Europe balnéaire du Sud-Est Bul garie, Croatie, Chypre, Grèce, Malte
Sud de la Méditerranée Maroc, Égypte, Tunisie, Turquie
Amérique du Nord États-Unis, Canada
Caraïbes Mexique, République Dominicaine, Jamaïque, Cuba, Barbade, Bahamas, Martinique, Guadeloupe
Océan Indien Thaïlande, Maldives, Maurice, Réunion, Seychelles
Troisième couronne
Monde russe Russie et ex-CEI
Reste de l’Asie
Moyen-Orient Israël, Jordanie, Liban, Péninsule arabo-persique, Syrie
Reste de l’Afrique
Amérique latine
Océanie
S E P T E M B R E 2 0 1 1 • T O U R I S M E E T M O N D I A L I S A T I O N • M O N D E S D U T O U R I S M E 57S. BERROIR, N. CATTAN, H. COMMENGES, J.M. DECROLY, A. FLEURY ET M. GUEROIS
Tableau 6 • Composition des couronnes de destinations situées dans un contexte politique,
économique et culturel familier pour
les ressortissants des États d’enquête.
Nombre de destinations différentes La deuxième couronne, plus com-
Nombre de persones 1 2 à 4 5 et plus Total posite, comprend à la fois des des-
· 369 876 284 1 529 tinations intra-européennes moins
24,1 % 57,3 % 18,6 % 100,0 % familières ou plus lointaines que les
Localisation des destinations précédentes (Europe centrale et orien-
re1 couronne (% des individus qui se sont rendus dans au moins une destination) tale, Europe balnéaire du Sud-Est)
Intra États d’enquête 20 43 62 41 et des destinations extra-européennes
Inter États d’enquête 34 61 81 58 qui, soit présentent des similarités
Europe occidentale 5 20 40 20 de contexte avec les lieux d’origine
Europe balnéaire du Sud-Ouest 14 29 53 30 (Amérique du Nord), soit sont plei-
Total 73 94 100 90 nement intégrées dans les catalogues
e (1)2 couronne (% des individus qui se sont rendus dans au moins une destination) des principaux voyagistes européens
Europe centrale et orientale 27 16 7 et offrent par là-même des garanties
Europe balnéaire du Sud-Est 28 13 8 de sécurité personnelle aux voyageurs
Sud de la Méditerranée 3 12 17 11 (Sud de la Méditerranée, Caraïbes,
Amérique du Nord 7 15 24 15 océan Indien). La troisième couronne,
Caraïbes 22 5 3 enfin, regroupe toutes les autres des-
Océan Indien 22 6 3 tinations.
Total 18 39 59 38 Nous avons ensuite dénombré,
e3 couronne (% des individus qui se sont rendus dans au moins une destination) pour chaque État, chaque groupe
Monde russe 11 3 2 d’États et chaque couronne, les indi-
Reste de l’Asie 35 10 5 vidus qui s’y étaient rendus au moins
Moyen-Orient 14 5 3 une fois pour des motifs touristiques
Reste de l’Afrique 34 9 5 au cours des 12 mois précédant l’en-
Amérique latine 24 9 5 quête (cf. tableau 6 et figures 2 et 3).
Océanie 01 4 2 Enfin, nous avons réparti les per-
Total 9 18 33 19 sonnes interrogées en sept groupes,
Synthèse définis selon le nombre (1, 2 ou 3)
re1 couronne uniquement 73 49 26 50 et les types différents de couronnes
re e ee2 couronne uniquement 18 30 6 (1 , 2 ou 3 ) fréquentées au cours
e3 couronne uniquement 91 0 2 de l’année (cf. Synthèse au bas du
re e1 et 2 couronnes 0 30 41 25 tableau 6).
re e1 et 3 couronnes 0 11 15 9 Les personnes qui n’ont fréquenté
e e2 et 3 couronnes 03 0 2 qu’une seule destination, c’est-à-
re e e1 , 2 et 3 couronnes 04 18 5 dire celles dont la gamme de choix
Total 100 100 100 100 est par définition la plus modeste,
NB : À partir de deux destinations différentes, les sommes en colonne peuvent être supérieures privilégient nettement des lieux
à 100 %, puisqu’un même individu peut s’être rendu dans des destinations appartenant à des proches, dans leur État de résidence
groupes d’États distincts. (20 % des personnes) ou dans les
États limitrophes (34 %). Beaucoup
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Comprendre les pratiques et l’expérience touristique
s’y rendent à plusieurs reprises au deuxième (39%) et/ou en troisième moins une destination très lointaine.
cours de l’année (42 % des desti- couronne (18%). Ressortent ici non Au sein de chaque couronne, cer-
nations sont fréquentées au moins seulement des destinations qui sont taines singularités apparaissent (cf.
deux fois), autant pour rendre visite familières (Amérique du Nord) ou figure 3). En première couronne, il
à des membres de la famille ou à intensément mises en tourisme (ver- convient ainsi de souligner la part
des amis (40 % des destinations fré- sant méridional de la Méditerranée), élevée de personnes ayant fréquenté
quentées) que pour des motifs de mais encore des lieux plus “exo- les États balnéaires de l’Europe du
loisirs (50 %). Nous retrouvons tiques” comme l’Inde, la Chine, Sud-Ouest (53 %) et l’Europe occi-
donc ici les caractéristiques bien l’Afrique du Sud ou les États de l’arc dentale hors États d’enquête (40%).
connues des pratiques touristiques andin en Amérique latine. Trois Si l’Amérique du Nord et le versant
de proximité. En première couronne constats importants émergent de méridional de la Méditerranée
toujours, les personnes monovalentes l’analyse des combinaisons de des- constituent nettement les destina-
se rendent davantage dans les États tinations pour ce groupe. Tout tions les plus courues de deuxième
balnéaires de l’Europe du Sud-Ouest d’abord, en dépit d’un élargissement couronne, il faut souligner l’impor-
que dans le reste de l’Europe occi- du panel de destinations, une bonne tance relative – par rapport aux
dentale. Toutefois, le tropisme bal- moitié des individus sont des psy- deux autres groupes de personnes
néaire reste modeste, puisqu’il chocentriques, qui n’ont fréquenté – des séjours dans les Caraïbes et
concerne à peine un septième des que la première couronne. Ensuite, l’océan Indien. Enfin, en troisième
personnes de ce groupe. Très majo- une très faible proportion des tou- couronne, s’affirment des destina-
ritairement uniques et pour motifs ristes de ce groupe s’est rendue exclu- tions quasi absentes pour les deux
exclusifs de loisirs, les déplacements sivement en deuxième ou en troisième autres groupes de touristes, comme
au-delà de la première couronne couronne. La très nette majorité des l’Afrique subsaharienne et l’Océanie.
sont rares et polarisés sur les des- personnes qui ont effectué des dépla- En ce qui concerne les combinaisons
tinations les plus familières (États- cements lointains ont donc également de destinations, sur la base des
Unis, Canada) ou les mieux intégrées effectué des déplacem ents vers des constats établis pour le groupe pré-
dans l’offre des tour-opérateurs lieux banals. Enfin, la combinaison cédent, il ressort, premièrement, que
(Cuba, Égypte, Thaïlande, Tunisie, de séjours dans les trois couronnes si l’élargissement du panel des des-
Turquie) (cf. figure 2). reste l’apanage de quelques individus, tinations réduit la proportion des
Parmi les touristes qui se sont ren- qui représentent moins de 5 % des “psychocentriques”, il ne les fait
dus dans deux à quatre destinations personnes de ce groupe. pas totalement disparaître ; en effet,
différentes, la quasi-totalité a effectué La métrique des déplacements encore un quart des individus
au moins un séjour en première cou- des touristes qui ont fréquenté plus concernés se sont rendus exclusive-
ronne, avec une prédilection à nou- de cinq destinations au cours de ment en première couronne.
veau marquée pour les voyages intra- l’année offre de nombreuses simi- Deuxièmement, les déplacements
nationaux ou dans les États litudes avec celle du groupe précé- vers des contrées plus lointaines se
limitrophes, souvent pour de court dent, tout en étant plus complexe combinent systématiquement au
séjours, tantôt dans le cadre de visites et diversifiée. Au cours de l’année cours de l’année avec des séjours
aux proches, tantôt pour des motifs écoulée avant l’enquête, tous les de proximité. Troisiè-mement enfin,
de loisirs. La fréquentation de des- individus concernés se sont rendus l’“omnivorisme” se manifeste avec
tinations plus lointaines s’affirme au moins une fois dans une desti- plus de force dans ce groupe,
clairement au sein de ce groupe : nation proche, 6 sur 10 ont effectué puisqu’il concerne presque un cin-
près de 60% des personnes se sont au moins un séjour en deuxième quième des individus. Au total, tous
rendues au moins une fois en couronne et un tiers a fréquenté au groupes confondus, les résultats
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