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65 Gilles TROUDE Docteur en Histoire des Relations internationales contemporaines - Université Paris III Sorbonne Nouvelle. LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE LA CHINE EN ASIE : VERS UN AXE PÉKIN-NEW DELHI-MOSCOU OU UN AXE PÉKIN-TOKYO ? ■ La Chine, devenue la deuxième puissance économique mondiale en 2009, pourrait rattraper les États-Unis pour occuper le premier rang à l'horizon 2030/2040. Dans cette perspective, se formerait un axe Pékin-New Delhi-Moscou, associés au sein de l'Organisation de Coopération de Shanghaï, qui pourrait devenir un « O.
  • première centrale nucléaire
  • fragilité des voies d'accès maritimes permettant l'ap- provisionnement de l'économie chinoise 
  • particulier contre le séparatisme des ouïgours musulmans de la région autonome du xinjiang
  • arme nucléaire
  • armes nucléaires
  • usd
  • etats unis
  • etats- unis
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  • etats-unis
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Publié le : mardi 27 mars 2012
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Gilles TROUDE
Docteur en Histoire des Re lations internationales contem poraines -
Université Paris III Sorbonne Nouvelle.
LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE LA CHINE EN ASIE :
VERS UN AXE PÉKIN-NEW DELHI-MOSCOU OU UN
AXE PÉKIN-TOKYO ?
■ La Chine, devenue la deuxième puissance économique mon diale en 2009, pourrait rattraper
les États-Unis pour occuper le premier rang à l’horizon 2030/2040. Dans cette perspective, se
formerait un axe Pé kin-New De lhi-Moscou, associés au sein de l’Organisation de Coopération de
Shanghaï ï, qui pourrait devenir un « O.T.A.N. d’Asie ». Mais, parallèlement, les liens sem blent
se resserrer péni blement avec le nouveau gouvernement japonais, et un axe Pé kin-Tokyo pour-
rait se ren forcer. Quoiqu’ il en soit, « le déclin américain », s’il se conf rme, laisserait place à un
monde multipolaire dans leque l la diplomatie chinoise, malgré sa prudence légendaire constatée
jusqu’en 2008, abattrait progressivement tous ses atouts pour demander une révision de la carte
stratégique mondiale.
■ China, second economic power in the world in 2009, could catch up the USA to be f rst by the
years 2030-2040. In this perspecftive, a new axis Peking-New-Delhi-Moscow is on the way, with the
“Shanghaï Cooperation Organization” which could become “Asia’s NATO”. However, likewise, ties
seem to be tightening painfully with the new Japanese government and an Peking-Tokyo axis could
strengthen in the future. In any case, the “American decline”, if continuously conf rmed, will give the
way to a multipolar world in which Chinese diplomacy, in spite of its legendary prudence recognized
till well into year 2008, step by step will play its trumps and will demand revision of the world strategy
map.
ﺎﺗ ﻭ ﻪﺘﻓﺮ ﮔ ﺍﺭ ﺎﮑﻳﺮﻣﺍ یﺎﺟ ﺪﻧﺍﻮﺗ ﯽﻣ ،ﺪﺷ ﻥﺎﻬﺟ یﺩﺎ ﺼ ﺘﻗﺍ ﺕﺭ ﺪﻗ ﻦﻴﻣﻭﺩ 2009 ﻝﺎﺳ ﺭﺩ ﻪﮐ ﻦﻴﭼ ■
ﻮﮑﺴﻣ - ﻮﻧ ﯽﻠﻫﺩ - ﻦﮑﭘ ﺭﻮ ﺤﻣ ،ﺯ ﺍﺪ ﻧﺍ ﻢﺸﭼ ﻦﻳﺍ ﺭﺩ . ﺩﺮ ﻴﮕﺑ ﺭﺍﺮﻗ ﻝﻭﺍ ﻒﻳﺩﺭ ﺭﺩ 2040-2030 ﻝﺎﺳ
ﺭﺩ ،ﺎﻣﺍ . ﺖﺳﺍ ﻞﺼﺘﻣ ، « ﺎﻴﺳﺁ یﻮ ﺗﺎﻧ» ﺶﻘﻧ ﻥﺍﻮﺗ ﺎﺑ ،یﺎ ﻬﮕﻧﺎ ﺷ یﺭﺎﮑﻤﻫ ﻥﺎﻣﺯﺎ ﺳ ﻪﺑ ﻪﮐ ﺩﺮﻴﮔ ﯽﻣ ﻞﮑﺷ
ﯽﻣ ﺰﻴﻧ ﻮﻴﮐﻮﺗ - ﻦﮑﭘ ﺭﻮﺤﻣ ﻦﻳﺍﺮﺑﺎﻨﺑ ،ﺩﻮ ﺷ ﯽﻣ ﻢﮑﺤ ﻣ ﺰﻴﻧ ﻦﭘﺍژ ﺪﻳﺪﺟ ﺖﻟﻭﺩ ﺎﺑ ﺎﻫ ﺪ ﻧ ﻮﻴﭘ ،ﺎﺘﺳﺍﺭ ﻦﻴﻤﻫ
ﯽﺳﺎﻤﻠﭙﻳﺩ ﻥﺁ ﺭﺩ ﻪﮐ ﺩﺍﺩ ﺪﻫﺍﻮﺧ ﯽﺒﻄﻗ ﺪﻨﭼ ﯽ ﻳﺎﻴﻧﺩ ﻪﺑ ﺍﺭ ﺎﺟ ﺎﮑﻳﺮﻣﺍ ﻝﻮﻓﺍ ،ﻝﺎﺣ ﺮﻫ ﻪﺑ . ﺩﻮﺷ ﺖﻳ ﻮﻘﺗ ﺪﻧﺍﻮﺗ
،ﻦ ﻳﺍ ﻭ ؛ﺪﺑﺎ ﻳ ﺖﺳﺩ ﻩﺪﻧﺮﺑ یﺎﻫ گﺮﺑ ﻦﻳﺍ ﻡﺎﻤﺗ ﺮﺑ ﺞﻳﺭﺪ ﺗ ﻪﺑ ،ﺵﺍ یﺍ ﻪﻧﺎﺴﻓﺍ ﻁﺎﻴﺘﺣﺍ ﻢﻏﺭ ﯽﻠﻋ ،ﻦﻴﭼ
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Géo n°33.indd 65Géo n°33.indd 65 23/11/11 19:0923/11/11 19:09eLa politique étrangère de la Chine en Asie  GÉOSTRATÉGIQUES N° 33 • 4 4 TRIMESTRE 2011
ﺕﺎﻳﻻﻮﻟﺍ ﻖﺤﻠﺗ ﻥﺃ ﺎ ﻬﻧﺎﻜﻣﺈﺑ ﻪﻧﺈﻓ ،2009 ﻡﺎﻋ ﻲﻓ ﻲﻤﻟﺎﻋ ﺩﺎﺼﺘﻗﺍ ﺮﺒﻛﺍ ﻲﻧﺎﺛ ﻦﻴﺼﻟﺍ ﺖﺤﺒﺻﺃ ﺎﻣﺪﻌﺑ ■
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ﺢﺴﻔﺘ ﻟ ﺓﺪ ﺤﺘﻤﻟﺍ ﺕﺎﻳﻻﻮﻟﺍ ﻊﺟﺍﺮ ﺘ ﺗ ﻑﻮﺳ ﻝﺎﺣ ﻞﻛ ﻰﻠﻋ . ﻮﻴﻛﻮﻃ - ﻦﻴﻜﺑ ﺭﻮﺤﻣ ﺰﻳﺰﻌﺗ ﻦّﻜﻤﻳ ﻱﺬﻟﺍ ءﻲﺸﻟﺍ
ﻊﻴﻤﺟ ،ﻱﺭ ﻮﻄﺳﻷ ﺍ ﺎﻫﺭﺬ ﺣ ﻦﻣ ﻢﻏﺮﻟﺍ ﻰﻠﻋ ﺔﻴﻨﻴﺼﻟ ﺍ ﺔﻴﺳ ﺎ ﻣﻮﻠﺑﺪﻟﺍ ﻪﻴﻓ ﺐﻌ ﻠﺗ ،ﺏﺎ ﻄ ﻗﻷﺍ ﺩﺪﻌﺘﻣ ﻢ ﻟﺎﻌ ﻟ ﻝﺎﺠﻤﻟﺍ
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Pour sit uer l’imp ortan ce de la République Populaire de Chine (RPC) par
rapport à ses principaux partenaires, il convient de ra ppeler quelques données, ra -
rement communi quées par les média occidentaux  :
Le Produit National Brut chinois a dépassé celui de la France en 2005, de l a
1Grande-Breta gne en 2006, de l’Allema gne en 2007 et du Japon en 200 9 . L’économie
chinoise est donc devenue sans conteste la deuxième économie mondiale , encore
loin de l’économie américaine (USD 9.800 milliards contre 15.000 milliards).
Mais, si son rythme actuel de pro gression se maintient (+ 8 % par an en moyenne
depuis trente ans) – et si aucun mouvement de rébellion interne ne vient entraver
ce processus – la Chine devrait rattra per les Etats Unis à l’horizon 2030/2040, donc
à relativement brève échéance en termes de géostratégie.
Les « réserves de dévelo ppement » – si l’on peut s’ex primer ainsi - sont énormes,
puisqu’on estime que 300 millions « seulement » de Chinois (sur 1.300 millions)
ont atteint un niveau de vie individuel com parable au niveau de vie occidental,
mais ceux ci ne re présentent encore que 23 % de la population.
Fait moins connu, la deuxième grande puissance asiatique, l’Inde, dont le
rythme de pro gression est comparable à celui de la Chine depuis quelques années,
est passée en 2010 au quatrième ran g mondial (USD 3.267 milliards en parité de
pouvoir d’achat), donc derrière le Japon mais devant l’Allema gne, tandis que l a
Fédération de Russie accédait au septième ran g (USD 2.225 milliards), et dépassait
donc la France.
Si l’on additionne les PNB de la Chine, du Ja pon et de l’Inde, l’on obtient un
PNB total de USD 17.667 milliards, supérieur à celui de l’Union Euro péenne ainsi
qu’à celui des Etats-Unis .
Les excédents commerciaux de la Chine, admise à l’O.M.C. en 2001, re présen-
tent en moyenne USD 262 milliards par an, et ses réserves en devises ont atteint l a
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GGéo n°33.indd 66éo n°33.indd 66 223/11/11 19:093/11/11 19:09eGÉOSTRATÉGIQUES N° 33 • 4 4 TRIMESTRE 2011 La Chine à la croisée des chemins
somme astronomique de USD 2.400 milliards en 2010, dont 70 % placés en Bons
du Trésor américains. Cette situation, qui pourrait à première vue paraître favorable
à la Chine, re pose en fait sur un système bancal : depuis que le président Richard
Nixon a abandonné unilatéralement la référence à l’étalon-or, le dollar est f ottant, et
les Etats-Unis sont le seu l pays au monde qui puisse se dispenser de régler le déf cit
énorme de son commerce extérieur. Aucun gouvernement américain n’ayant le cou-
rage de pren dre les mesures impopu laires mais nécessaires pour ré duire la consom-
mation de l’Américain moyen, ce déf cit s’accroît d’année en année. Autrement dit,
on peut af rmer que la Chine « tient à la gorge » les Etats-Unis, puisqu’e lle peut à
tout moment reven dre les milliards des Bons du Trésor américains qu’elle détient,
mais à l’inverse, les Etats-Unis « tiennent à la gorge » la Chine, puisque, si le dollar
s’ef ondrait, le marché américain se fermerait et la Chine ne pourrait p lus exporter ses
marchandises à destination de ce pays (par exemp le, la chaîne de supermarc hés amé-
ricaine Woolmark’tt à elle seule achète davantage de produits chinois que la France !).
En dépit de cette menace indirecte, la Chine n’a pas craint en 2010 de mettre
sur le marché 4,5 % des Bons du Trésor américains qu’elle détenait, en re présailles
contre la livraison par les Etats-Unis de USD 6,4 milliards d’armes perfectionnées
à Taïwan, considérée comme une «  province chinoise » par les autorités de Pékin.
Déjà, en 2009, un navire de survei llance de l’US Navy y avait été bloqué par des
bateaux de pêche chinois près de l’île de Hainan, première base de sous-marins
nucléaires de la marine chinoise, en zone maritime reven diquée par Pékin. Cette î le
occupe une position straté gique de choix face au Vietnam (à 200 km seulement du
port de Haiphong).
Ceci nous amène à examiner la situation militaire de la Chine Po pulaire. Elle
est détentrice de l’arme nucléaire de puis les années soixante. Elle détiendrait ac -
tuellement environ 410 o gives nucléaires, potentiel du même ordre que celui de
la France (350 ogives). De plus, le 11 janvier 2007, la Chine réalisait un tir réussi
d’une arme anti-satellites qui a inquiété les Américains, dans la mesure où cet é pi-
sode pourrait relancer un débat autour d’une nouvelle «  guerre des étoiles » .
Ayant déjà procédé à de multiples essais de missiles à lon gue portée, capables de
transporter un vecteur nucléaire, la Chine sait qu’elle ne peut être atta quée directe-
ment par les Etats-Unis dans une guerre mondiale. Comme l’a déclaré cyniquement
un stratège chinois : « Certes vous, Américains, pouvez raser les 20 plus grandes
villes chinoises avec 20 bombes atomi ques, tandis que nous détruirons vos 20 plus
grandes villes. Oui, mais il restera 500 millions de Chinois, et dès lors, nous serons
les maîtres du monde ! ».
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GGéo n°33.indd 67éo n°33.indd 67 223/11/11 19:093/11/11 19:09eLa politique étrangère de la Chine en Asie  GÉOSTRATÉGIQUES N° 33 • 4 4 TRIMESTRE 2011
Sur le plan de la guerre c lassique, la Chine possède la première armée du monde
en e f ectifs, avec environ 3 000 000 hommes contre 1 300 000 pour les Etats-Unis
(mais seulement 500 000 fantassins). Elle peut compter sur l’aide de la Russie pour
la modernisation de cette armée : 85 % des importations chinoises d’armement pro -
venaient de son voisin russe entre 1992 et 2004 (environ 1 mi lliard de dollars US
par an) : 4 destroyers Sovremenny, 12 sous-marins classe « Kilo », des avions Sukhoï
27 et 30, des avions de survei llance type AWACS, des missiles sol/air et mer/air etc.
C’est le renforcement de la Marine qui semble être la préoccupation ma jeure
des stratèges chinois, préoccupés par le concept de « défense contre l’encerclement »
américain, représenté par ce qu’ils appellent « la première chaîne d’îles » composée
de Taïwan et des îles Ryu Kyu (base géante d’Okinawa), et « la deuxième chaîne
d’îles » formée de l’arc de cercle : Ja pon, Iles Mariannes (Guam), Phili ppines, avec
son chapelet de bases américaines (70 000 hommes en tout) .
Le deuxième ob jectif de ce renforcement de la Marine chinoise, bien que non
exprimé, nous semble être la fra gilité des voies d’accès maritimes permettant l’ap -
provisionnement de l’économie chinoise : 80 % du pétrole importé par la Chine,
en provenance du Moyen-Orient et du continent africain, passent par le détroit de
Malacca entre Sin gapour et l’île de Sumatra (50 000 passa ges par an au total). En
cas de conf it, même s’il s’agit d’un conf it local, le géant chinois pourrait ainsi être
facilement « étran glé », faute d’approvisionnement en éner gie et matières premières.
Les historiens pourront rappeler que, lors de la Deuxième Guerre mondiale, l a
prise de Sin gapour le 15 février 1942 (deux mois seulement après le désastre de
Pearl Harbour) constituait un des tout premiers ob jectifs de la straté gie japonaise
de conquête de l’Asie .
Sans entrer dans ces sombres perspectives, on pourra sou ligner, au stade actue l,
la souplesse de la diplomatie chinoise : dans son Livre Blanc de 2008, le Ministère
de la Défense à Pé kin ne parle nullement d’égalité avec les Etats-Unis, mais présente
le concept de « défense active contre l’hégémonisme », avec comme o bjectif de « cau-
ser des dommages dif cilement accepta bles par les autorités US », notamment à la
eVII Flotte toujours présente en Mer de Chine, et de « stratégie anti-accès », à propos
de Taïwan, préconisant l’usage combiné de missiles, de sous-marins et d’armes an-
ti-satellites, et, en dernier ressort, l’emploi éventue l d’engins nucléaires tactiques .
Rappelons que Taïwan (l’île de Formose), peuplée de 17 millions d’habitants, à
l’économie f orissante, n’est distante que de 120 km des côtes de la Chine continen-
tale, et fait partie de l’Em pire du Milieu de puis la conquête par l’amiral Mandchou
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eShi Lang vers f n du xvii siècle, sauf pendant la période coloniale de 1895 à 1945
quand l’île était sous occupation japonaise.
En application de ce plan, tout récemment, début juin 2011, le général Cheng
Bingde a conf rmé que le premier porte-avions c hinois était « construit », mais « pas
tout à fait terminé ». En fait, il s’agit du Varyag g, acheté à l’Ukraine en 1998. Les
premiers essais à la mer ont eu cet été. A terme, la Chine envisa gerait de se doter
de 2 à 4 porte-avions de taille moyenne (environ 60.000 tonnes), opérationne ls à
partir de 2020. L’amiral Robert Willard, commandant des forces américaines dans
le Pacif que – donc le mieux p lacé, nous semble-t-il, pour juger de la portée de
l’événement – n’a pas craint de déclarer que l’arrivée du porte-avions Varyag « pro-
2voquerait un changement important de perception dans la région » .
Néanmoins, malgré le doublement du bud get chinois consacré aux dépenses
militaires entre 2000 et 2005, celui-ci ne représente encore que 13 % du budget
militaire américain. Malgré la puissance économique de la Chine, ses dirigeants
sont parfaitement conscients du fait que, pour le moment, e lle ne peut se mesurer
en termes de puissance politique et d’inf uence dans le monde aux Etats-Unis. Ils
adoptent donc une attitude prudente (axiome : « ne plus déf er les Etats-Unis, du
moins directement » ) et recherchent des alliances dans un cadre multilatéral .
L’axe Pékin-Moscou-New Delhi (l’O.C.S.)
L’Organisation de Coopération de Shan ghai, apparemment méconnue (ou vo -
lontairement né gligée) des média occidentaux, a été créée en 1996 par cinq pays : l a
Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Tad jikistan et le Kir ghizistan, réunis à Shanghai,
Chine pour combattre « le terrorisme et la drogue, la contrebande d’armes, l’immigra-
tion illégale, la sécession nationale et l’extrémisme religieux », et pour régler les liti ges
frontaliers des Etats si gnataires (plus de 8 000 km de frontières communes).
C’était l’époque où le terrorisme islamiste  se développait en Af ghanistan,
Bosnie-Herzé govine, Tchétchénie, avec circulation des terroristes entre ces trois
pôles (Oussama Bin Laden, ancien allié des États-Unis lors de la guerre contre l’in-
vasion soviétique en Af ghanistan, disposait d’un passeport régulier délivré par les
autorités bosniaques, et s’est rendu plusieurs fois à Sara jevo).
Pour les Chinois, l’objectif apparemment sincère était de lutter chez eux contre
l’expansion possible de ce terrorisme islamiste à l’intérieur de leurs frontières, en
particulier contre le séparatisme des Ouï gours musulmans de la Région Autonome
du Xinjiang (Sinkiang) à l’Ouest, qui aurait pu être contaminée par la va gue du
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fondamentalisme musulman qui se propageait alors dans toute l’Asie centra le : at-
tentats à la bombe contre un auto bus à Kashgar en 1990, soulèvement à K hotan en
1995. En 1997, à Inin, ont éclaté des combats de plusieurs jours contre la police
anti-émeute : 55 C hinois et 25 Ouïgours y ont perdu la vie. Après l’émeute d’Inin,
3des bombes ont exp losé jusque dans la capitale Pékin .
Selon Peter Franssen, spécialiste de la ré gion, « la principale organisation terro-
riste au Xinjiang est l’East Turkestan Islamic Movement (Mouvement Islamiste du
Turkestan Oriental, E.T.I.M.). L’E.T.I.M. n’est pas seulement inté griste musulman.
L’organisation lutte également pour la sécession du Xin jang, qu’elle dési gne sous le
nom de « Turquie orientale ». L’E.T.I.M. s’o ppose à la « hanif cation » de la Turquie
4orientale, visant ainsi la présence des Chinois de l’ethnie ma joritaire « Han  » . Il
convient de rappeler que tous les peuples du Turkestan, sauf le Tad jikistan irano-
phone, parlent un dialecte de la famille des lan gues touraniennes, et pratiquent la
religion musulmane de rite sunnite.
En avril 2001, à Kachgar, des terroristes ouïgours tranc hèrent la gorge du pro-
cureur chinois et de son épouse. En janvier 2005,11 personnes per dirent la vie dans
un attentat à la bombe contre un auto bus, à Karamay. Au cours des mois précédant
les Jeux Olympiques de 2008, divers attentats f rent 39 morts dans la région.
Or, sept ans après l’attentat du 11 se ptembre 2001 contre les Twin Towers
à New-York, le mouvement World Uy ghur Congress de Rebiya Kadeer recevait
550 000 dollars d’aide des Etats-Unis. Le prédécesseur de Kadeer à la présidence
du W.U.C. était Erkin Alptekin, auparavant vice-directeur durant vin gt ans de
Radio Free Europe/ Radio Liberty (RFE/RL) à Munich, émetteur de propa gande
de la C.I.A.. On comprend donc que la Chine ait de bonnes raisons de chercher à
s’associer avec les pays voisins pour lutter contre ce terrorisme islamiste au Xin jang,
aux ramif cations internationales, et soutenu indirectement par les services secrets
américains.
Lors du sommet des 6 chefs d’Etat qui se tint à Shanghai du 14 au 16 juin 2001,
les cinq pays fondateurs de l’organisation adoptèrent le nom de « Organisation de
Coopération de Shanghai », et admirent en leur sein l’Ouzbékistan, poids lourd de
l’Asie centra le (avec 28 mi llions d’habitants sur 50), qui quitta le G.U.A .M. (grou-
pement vio lemment anti-C.E.I. et anti-russe, composé de la Géorgie, de l’Ukraine,
de l ‘Arménie et de la Moldavie).
Un mois après l’attaque du 11 se ptembre 2001 contre le World Trade Center r à
New-York (dont les préparatifs avaient été annoncés par les services secrets russes
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et français à leurs homologues américains), le 11 octobre 2001, une réunion extra-
ordinaire à Bichkek (Kirghizistan) fut consacrée à l’attaque de l’Afghanistan par
les Etats-Unis, ressentie comme une ri poste à la création de l’O.C.S. permettant
à l’armée américaine ainsi qu’à ce lles de l’O.T.A.N. de pren dre directement pie d
au milieu de l’espace stratégique sino-russe en cours de structuration. Les pays
membres se demandèrent si le renversement des Talibans, dont les représentants
étaient encore reçus o f ciellement au Texas en août 2001, n’était pas qu’un prétexte
à leur intervention si so udaine et inatten due.
Au sommet de Moscou des chefs d’Etat les 28 et 29 mai 2003, l’O.C.S. ado p-
ta des structures plus étof ées, avec un Secrétariat permanent installé à Pékin, en
la personne de l’ambassadeur chinois Zhan g Deguang. L’ouverture of cielle du
Secrétariat eut lieu le 15 janvier 2004 en présence notamment de l’O.N.U., de
l’O.S.C.E. et de la C.E.I.
Une organisation anti-terroriste régiona le fut mise en p lace le 17 juin 2004 à
Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan. Sur le plan militaire, des manœuvres com-
munes ont lieu chaque année, aux dimensions de plus en plus impressionnantes,
5au point qu’on a pu parler à son égard d’« OTAN d’Asie » : 10.000 hommes en
2005, dont 2.000 Chinois et 1.800 Russes, une f otte de 70 bâtiments, ainsi que
de nombreux bombardiers stratégiques, pour les manœuvres « Mission de Paix »
dans la péninsule de Shandong, position névralgique située à moins de 200 km de
la Corée du Sud, en Mer Jaune (t hème des manoeuvres : « réta blir l’ordre dans un
Etat f ctif, avec mandat de l’O.N.U. »).
De groupement ré gional modeste en 1996, l’O.C.S. devint une alliance mul-
tilatérale, avec l’admission en qualité d’observateurs d’autres pays asiatiques : la
Mongolie en 2004, puis l’Inde et le Pakistan au sommet d’Astana (Kazakhstan) en
2005, l’Iran représenté par son président Ahmadine jad en personne au sommet de
Shanghai de 2006, enf n, l’Afghanistan et le Turkménistan iranophone au sommet
de Bichkek (Kir ghizistan) en 2007.
L’année 2005 voyait le premier coup d’arrêt aux « révolutions de couleur » sou-
tenues en sous-main par les Etats-Unis avec l’écrasement de la rébellion dans la ville
d’Andjian en mai par le président Islam Karimov d’Ouzbékistan qui donnait l’ordre
aux Etats-Unis d’évacuer la base aérienne de Karchi Khanabad en juillet.
En septembre 2005, le Secrétaire général présenta l’Organisation à l’Assemblée
générale de l’O.N.U. en souli gnant qu’elle re groupait 1,5 milliard d’habitants et
èmesqu’elle couvrait 3/ 5 du continent asiatique.
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L’année 2007 fut marquée par la signature d’un Traité qui constituait une for-
malisation des re lations nouées entre les Etats mem bres et s’intit ule : « Traité des
relations de bon voisinage, d’amitié et de coopération ».
En été 2008, éclatait la crise de Géor gie. La Chine, tout en estimant justif ée
l’action russe (puisque la Géor gie était clairement l’a gresseur), refusait de recon-
naître l’indépendance auto proclamée de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud pour une
question de principe (cet exemple pourrait être imité par le Tibet et le Xin jang).
En 2009, la Chine participait au premier Sommet des puissances émer gentes
couramment dénommées « B.R.I.C. » (Brésil-Russie-Inde-Chine) à Ekaterinbour g
en marge du Sommet de l’O.C.S. Il est prévu qu’en 2040, le P.I.B. des B.R.I.C.
égale celui des pays membres du G6 (Etats-Unis - Japon - Allema gne - Grande
Bretagne - France - Italie).
Bien qu’on ne puisse pour l’instant la comparer à l’O.T.A.N., l’O.C.S., selon
l’appréciation d’une experte en la matière, l’Académicienne Hé lène Carrère d’
Encausse, « a acquis, avec les ans, une so lidité et une e f cacité que l’on ne saurait
contester. (…). Elle a su se faire enten dre, sinon obéir, lorsqu’elle a réclamé le retrait
des bases américaines. Elle a aussi doté les Etats mem bres des moyens de multiplier
les liens entre eux, coor donné leurs luttes à travers la structure antiterroriste, et
6développé une véritable coopération militaire sur le terrai n .
Le co-leadershi p de la Chine et de la Russie (et bientôt de l’Inde) of re en ef et
l’avantage énorme, pour les petits pays, de ne pas craindre un néo-impérialisme
russe ou un expansionnisme chinois. La lé gèreté de sa structure contraste avec les
lourdeurs administratives de l’O.T.A.N., critiquées par le Penta gone lui-même lors
des guerres du Kosovo et d’Af ghanistan… : le Secrétariat permanent de l’O.C.S.
à Shanghai n’occuperait que 30 personnes, contre plusieurs milliers à l’Etat-Ma -
jor de l’O.T.A.N., en Bel gique, où l’on murmure qu’il faudrait compter quatre
militaires en « soutien lo gistique » pour un seul véritable combattant… Selon l a
version of cielle, ce seraient même ces lourdeurs administratives, ainsi que la lon-
gueur excessive de la chaîne de commandement, qui expliqueraient la fréquence
des « bavures » commises par l’O.T.A.N. en Af ghanistan (mitraillage de cortè ges
nuptiaux par exemple) et en Serbie (attaque de tracteurs a gricoles et de trains bon -
dés, bombardement stupide de l’Ambassade de Chine à Bel grade en 1999, qui a en-
traîné la mort de deux di plomates chinois). Dans ce dernier cas, on ne peut être que
très sceptique sur l’ex plication of cielle (utilisation d’un plan vétuste de la ville),
étant donné que le gouvernement chinois était le dernier au monde à entretenir des
72
GGéo n°33.indd 72éo n°33.indd 72 223/11/11 19:093/11/11 19:09eGÉOSTRATÉGIQUES N° 33 • 4 4 TRIMESTRE 2011 La Chine à la croisée des chemins
relations diplomatiques (ainsi qu’une liaison aérienne) avec le régime de Slobodan
Milosevic attaqué par la f otte aérienne des 27 pays de l’O.T.A.N…
Par ailleurs, l’O.C.S. semble répondre aux besoins des jeunes Etats d’Asie cen-
trale, désireux de faire entendre leurs voix sur le plan international, de dévelo pper
leurs armées naissantes , et de lutter contre le terrorisme , sans rallier tel ou tel bloc.
Ils pensent conserver ainsi leur liberté d’action et leur neutralité.
Certes, au sein de l’Organisation, la cohabitation de 15 Etats, dont 4 dotés
d’armes nucléaires, et 3 siégeant au Consei l de Sécurité de l’O.N.U., n’ira pas sans
problèmes : alors que la Russie et la Chine ont déf nitivement réso lu leurs pro-
blèmes frontaliers en juin 2005, avec la ratif cation des accords reconnaissant les
4 300 km de frontières communes (recti f cations mineures sur le f euve Amour en
Sibérie orienta le), l’Inde et la Chine ont toujours une frontière commune contestée
dans l’Himalaya. Pékin freine l’entrée déf nitive de l’Inde dans l’Organisation et
lui préfère le Pakistan, avec leque l elle coopère de longue date sur le plan militaire,
tandis que la Russie a une po litique inverse, puisqu’e lle est le principal fournisseur
de l’Inde en matérie l militaire comme on l’a vu dans un article précédent (15 mil-
liards de dollars de commandes entre 1999 et 2008, dont un porte-avions, l’Amiral
7Gortchkov) .
L’admission de l’Iran dans l’O.C.S. pose é galement un problème politique consi-
dérable. La Russie, bien qu’ayant construit la première centrale nucléaire iranienne
de 1 200 MW à Bushehr, ne souhaite pas que l’Iran accède à l’arme nucléaire et
propose que l’uranium issu de cette centrale soit retraité en Sibérie à An garsk, pour
l’extraction du plutonium, indispensable pour la fabrication d’en gins nucléaires. La
Chine non plus n’est pas pressée d’admettre pleinement l’Iran dans l’Or ganisation,
ce qui pourrait être ressenti comme un déf direct vis-à-vis des Etats-Unis.
La pénétration économique chinoise en Asie centrale
Compte tenu de ses énormes besoins en gendrés par sa croissance à deux
chif res, la Chine doit planif er ses futurs approvisionnements en éner gie. L’Asie
centrale of rant les meilleures perspectives de dévelo ppement, Pékin a investi pas
moins de 4 USD milliards au Turkménistan, limitrophe de l’Iran, pour développer
le champ de gaz de Yoloten, et entamer la construction d’un gazoduc géant de
7 000 kms de longueur, reliant ce champ à la Chine en passant par l’Ouzbékistan
3et le Kir ghizistan, et capable de transporter 30, puis 40 milliards de m de gaz par
an. Déjà, un tronçon de 4 500 kms a été ouvert le 14 décembre 2009 entre Saman
3Dépé et Shagaï, capable de livrer 6 milliards de m de gaz par an à la Chine.
73
GGéo n°33.indd 73éo n°33.indd 73 223/11/11 19:093/11/11 19:09eLa politique étrangère de la Chine en Asie  GÉOSTRATÉGIQUES N° 33 • 4 4 TRIMESTRE 2011
èmeLe Turkménistan, pays désertique à 80%, se situerait au 5 rang mondial pour
3les réserves éva luées entre 4 et 14 tri llions de m . La production annuelle de 72 mil-
3 3liards de m devrait attein dre 110 milliards de m en 2020.
Au Kazakhstan, plus au Nord, pays encore plus prometteur, l a China Exim
Bank k a consenti un prêt de USD 10 milliards à la Banque de Développement du
Kazakhstan, et la China National Petroleum Corporation a investi USD 5 milliards
8dans la compagnie gazière d’Etat KazMunaiGas , pour la recherche de gaz naturel
lié au pétrole du vaste gisement de Kasha gan, situé sous la Mer Caspienne. Or, cette
société kazakhe participe au pro jet mené par le Consortium North Caspian Operating
Company BV, avec la participation des compagnies américaines Exxon et Conoco-
Philips, de l’anglo-néerlandais Shelll, de l’italienne E.N.I., de la française Totall et
d’Inpex. Il s’agit du plus grand champ pétrolier découvert au monde depuis trente
ans, avec des réserves estimées à 3 milliards de tonnes, et son bud get total avoisinerait
150 USD milliards.
Pour alimenter la Chine en pétro le du Kazakhstan, un gigantesque o léoduc de
3 000 kms de long est en cours de construction, re liant les gisements de Kashagan
et Tenguiz à la frontière chinoise (Alanshanku). En 2003 était inauguré le premier
tronçon de 448 kms (Atasu), en 2006 le deuxième de 962 kms (Atasu-Alanshanku),
et en 2007 le troisième de 761 kms (Kenkijat-Kumkoi), soit 2 171 kms au total sur
3 000 terminés.
Par ailleurs, la CNPC chinoise a racheté pour un montant de USD 4,3 milliards
les parts de la compa gnie canadienne Pétro-Kazakhstan (26 % du gisement) .
Avec la Sibérie orienta le russe, où travai lleraient déjà environ 250 000 expatriés
chinois, Pékin a signé un accord en 2001 pour la construction d’un oléoduc de 2 400
kms de long reliant Angarsk, au bord du lac Baïkal, à Daking, pour l’évacuation de
20 à 30 millions de tonnes de pétrole par an provenant du vaste gisement de Kovytka
vers la Chine. Le 27 avri l 2009, une cérémonie o f cielle a eu lieu pour le lancement
des travaux du tracé Skovorodino-Daking. Mais ce projet est en concurrence avec le
projet V.S.T.O. (Sibérie orienta le-Océan Pacif que) soutenu par le Japon, qui avance
plus rapidement, compte tenu du f nancement massi f japonais : la première partie
du parcours Taïchet-Skovorodino (2 694 kms) a été inaugurée le 28 décembre de la
même année en grandes pompes par V ladimir Poutine en personne.
Plus audacieux encore est le pro jet géant proposé par le général Liu Yazhou,
gendre de l’ancien président chinois Li Xian Nian, d’une li gne de trains rapides
Est-Ouest, doublée d’oléoducs, reliant la Chine à l’Euro pe du Sud-Est (la Route de
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