Groupe d'études Société d'information et vie privée

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- Groupe d'études Société d'information et vie privée. 60 CHAPITRE 5 De l'« infomédiaire » au « portail communautaire » : restructuration des marchés et protection de la vie privée Valérie BERQUIER-GHÉROLD Le développement des réseaux de communication engendre des bouleversements profonds dans la nature des interactions commerciales, et plus généralement dans la structure des marchés. C'est dans ce contexte que se pose le problème de réglementation de la circulation des données relatives à la vie privée de l'individu. Il peut donc être utile d'examiner le scénario de réorganisation des échanges, qui se dessine à partir de l'apparition de nouveaux intermédiaires intervenant dans le traitement de l'information. L'analyse de leur impact, sur la relation entre l'offre et la demande, mettra en évidence leur influence potentielle sur l'évolution du contrôle de la diffusion de ces données. Nouvelle contexture du négoce L'utilisation des réseaux électroniques, et en particulier d'Internet, affecte les échanges commerciaux dans leur forme mais aussi dans leur nature, par l'abolition du concept de distance, qui résulte de la virtualisation de l'offre. Ubiquité virtuelle de l'offre et de la demande Contrepartie technique de la déréglementation, l'émergence des Nouvelles Technologies de l'information et de la communication (NTIC), Comme Outil d'information, de promotion et de transaction, détache la disponibilité de l'offre de sa localisation géographique.

  • couverture du coût initial de création et de production

  • potentiel de formation de connexions

  • consommateur

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  • client

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  • relation entre l'offre

  • agent de voyage


Publié le : mardi 19 juin 2012
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CHAPITRE 5
Tant qu’il y aura des informaticiens
Luc de Brabandère
Quand, au siècle prochain, un étudiant écrira une thèse sur les débuts de
l’informatisation des entreprises ou de la société en général, il identifiera certainement trois
époques bien distinctes.
Le premier temps est celui de la mécanographie et des machines à calculer, celui de la
préhistoire de l’informatique. Le deuxième couvre les trente-cinq dernières années. Il a vu
l’invasion des ordinateurs, principalement dans le secteur tertiaire, mais qui a souvent conduit
les entreprises et les organisations dans une situation décevante, il faut bien le reconnaître, en-
deçà des gains en productivité espérés ou promis. Le troisième temps sera celui de la vraie
rupture. Elle se réalisera d’une part par la mise en réseau de tous les acteurs – nouvel
hardware
– et d’autre part par la mise dans une structure relationnelle de toutes les données –
nouveau
software.
Ma conviction est que le passage du temps deux au temps trois est bien plus difficile à
réaliser que celui qui consistait à passer du premier au deuxième, c'est-à-dire de l’absence de
toute informatique à l’achat du premier ordinateur. Contrairement à ce qu’on pourrait penser à
première vue, le vrai défi et la vraie rupture se présentent aujourd’hui. La raison en est double.
D’abord, il est toujours plus facile de partir d’un terrain vierge. Un raisonnement
from scratch
est plus efficace qu’une réflexion qui plie sous le poids d’un passé contraignant, qui doit
prendre en compte le déterminisme de décisions anciennes.
Mais les responsables du changement se heurtent aujourd’hui à une deuxième
difficulté qui explique peut-être de manière plus fondamentale encore la résistance qu’ils
rencontrent face à leurs projets. La première informatisation n’affectait en effet pas vraiment
la manière de réfléchir des utilisateurs. Les boîtes de fiches rangées dans une armoire se
retrouvaient en fait dans une même organisation séquentielle sur le disque magnétique du
premier ordinateur de l’entreprise. Mentalement, l’accès y était identique. L’armoire était
simplement devenue fichier et l’étiquette collée sur le dossier était remplacée par une clé
d’accès à taper sur un clavier.
Aujourd’hui il en va tout autrement. Ni la gestion des réseaux
(hardware)
ni les
banques de données relationnelles
(software)
n’ont d’équivalent dans les procédures du passé.
Ils n’ont pas d’équivalent matériel, et les banques de données ne trouveront toute leur raison
d’être que lorsque l’utilisateur acceptera de penser autrement. C’est Copernic deux fois.
L’ «armoire–machine»
qui était centrale devient périphérique du réseau, la «fiche–donnée»,
qui était centrale, devient l’extrémité d’une relation, d’un lien.
Le magma de l’information
Contrairement à ce que les mots «numérique», «code» ou «programme» pourraient
laisser penser, l’information qui nous entoure n’est plus ordonnée, structurée, linéaire. Elle
constitue plutôt un magma informel, plus mouvant que stabilisé, aux frontières plus floues
que précises.
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Le mot « fichier » est donc bien dépassé. Une banque de données relationnelles peut
produire une infinité de séquences différentes, ce qu’on appelait fichier. Le vieux problème
philosophique du classement et de la hiérarchie semble avoir disparu. L’arbre de Porphyre
deux fois millénaire est pétrifié devant les « hyperliens » qui permettent d’utiliser chaque
concept comme une clé d’accès, qui permettent d’employer n’importe quelle donnée comme
critère de relation. Pour reprendre les mots d’Aristote, le magma informationnel aujourd’hui
gagne en puissance. Mais quelle responsabilité pour quiconque veut ou doit agir !
Que les choses soient claires : aucune de nos facultés ne reste intacte.
Les technologies de l’information ont une influence sur notre manière d’écrire, car le
traitement de texte permet des brouillons qui n’en sont plus. Cent fois sur le clavier, on peut
remettre son message et libérer ses idées, sans souci dans un premier temps de l’abondance
des ratures ou du coût des corrections. La possibilité de « recycler » des textes anciens, de
copier, de couper et coller, de découper et de décoller n’est pas non plus sans conséquence.
Elles ont également une influence sur notre manière de calculer … ou de ne plus le faire.
La pratique de la preuve par neuf a fait place à la perception des ordres de grandeur, la
recherche d’une formule directe est moins prioritaire que celle d’un tâtonnement efficace.
La manière dont nous communiquons évolue. L’e-mail permet d’accélérer les échanges
écrits avec ceux qui sont connectés. Qu’adviendra-t-il des « non-branchés » et des
« débranchés » ?
Notre manière de parler est aussi affectée. Le langage risque de perdre sa saveur, de
s’imbiber d’un anglais lui aussi appauvri. Petit à petit « sécuriser » remplace « rassurer »
« performant » se substitue à « excellent ».
Enfin, les technologies de l’information ont une influence sur notre manière de penser. Un
seul exemple: comme nous venons de le voir, le savoir ne doit plus être mémorisé
obligatoirement sur du papier avec toutes les contraintes de séquence et de linéarité. Qui
pourrait en mesurer toutes les conséquences ? Socrate n’a jamais rien voulu écrire; changerait-
il aujourd’hui d’avis ?
Réinventer le bien commun
Nous vivons mal l’inadéquation d’un certain nombre de systèmes (économique, juridique,
politique, ….) dont les excès, les déviations ou les aliénations sont aujourd’hui montrés du
doigt, alors qu’à l’origine ils semblaient pourtant convenir à une large majorité d’entre nous.
Il y a pour cela des explications internes à ces systèmes et elles font l’actualité.
Il en existe au moins une autre : l’évolution relativement brutale de quatre piliers sur
lesquels tous ces systèmes ont été construits : l’espace, le temps, la causalité et la perception.
De beaux édifices peuvent se dégrader suite à des vices de construction. Dans le cas du
système de la plupart des pays européens, ne s’agirait-il pas plutôt d’avoir sous-estimé un
glissement de terrain, d’avoir perduré dans une solution sans réaliser que le problème était
devenu autre ? Même si, dans les deux cas, des dysfonctionnements apparaissent, il ne faut
pas confondre le fait d’être abîmé par manque de moyens avec celui d’être inadapté par
manque de clairvoyance.
L’espace
était un concept tranquille. Bâti depuis longtemps en trois dimensions,
compartimenté, structuré de part et d’autre de frontières, le voilà tout à coup agité,
mondialisé, délocalisé, cybernétique même.
L’écologie montre qu’il n’y a plus d’ailleurs, l’économie remplace le chacun chez soi par
le tout le monde chez tout le monde, la technologie permet une information d’être partout,
c’est-à-dire nulle part, insaisissable.
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Que deviennent les « frais de transport » quand on se rend dans son entreprise par
téléphone ? Le télé-travailleur peut-il mettre, dans sa note de frais, le coût du modem à la
place des kilomètres parcourus ? Qu’est ce que taxer à la superficie une entreprise virtuelle et
faire payer les petites annonces en euros/cm ? Peut-on entrer dans le cyberespace, puisqu’il
est partout ? Qu’est-ce encore qu’une place financière ? Et que veut dire délocaliser dans un
marché où le lieu a de moins en moins d’importance ? Ne serons-nous pas tous à terme des
Sans-Domicile-Fixe ? N’est-ce pas une entreprise comme VISA qui a raison, puisque ayant
décidé d’être nulle part, on la voit partout ?
Le temps était lui aussi un concept paisible, uniforme et universel, mesurable et mesuré, il
avait l’habitude de s’écouler à ses rythmes : jours et nuits, printemps et automne. La grande
pendule du monde disait oui, disait non, et ronronnait dans nos salons. Mais la pendule est
aujourd’hui bien perplexe. Comment doit-elle battre dans cette société devenue en « temps
réel » ? Et d’ailleurs comment le temps était-il avant d’être réel, à une époque où l’on disait
parfois n’avoir pas le temps « matériel » de faire quelque chose ? Un distributeur de billets de
banque permet de consulter le solde de son compte, en un mot d’avoir en temps réel une
information qui date de la veille (au mieux !). Tel quotidien ne propose-t-il pas de consulter
ses archives en temps réel !?
Le temps n’est donc plus le même pour tout le monde, statique pour les uns,
dynamique pour les autres. Plus l’homme manipule de l’information, et moins le temps est
une mesure de son travail !
La causalité,
ensuite : depuis toujours, l’homme aime à comprendre le pourquoi des
choses. Quelle cause entraîne quel effet, quelles hypothèses peuvent conduire à quelles
conclusions. Pas de chance, là aussi ça se complique, sans très bien savoir pourquoi ! Aux
causes et explications traditionnelles s’ajoute en effet un nouveau venu : l’effet de
« rétroaction », de
feed-back,
c’est
à dire la confusion permanente entre l’action et la réaction,
l’impossibilité de pouvoir encore conclure. Exactement comme la publication d’un sondage
modifie les résultats d’une élection, les « infoducs » permettent une adaptation à ce point
rapide aux événements que ceux-ci s’en trouvent modifiés.
L’avenir désormais ne se prévoit plus, il se prépare. Une belle métaphore est à trouver
dans la circulation automobile ! On supprime les feux rouges et on installe des ronds points.
En d’autres mots, on passe d’une réglementation (toujours aveugle en partie) à une régulation
que l’on espère clairvoyante.
Quatrième pilier, le problème de la perception de l’environnement par son occupant
humain est lui aussi reposé de manière radicalement différente. Le vieux débat qui consistait à
opposer réel et virtuel pourrait même être clos puisque les spécialistes mettent au point la
réalité virtuelle ! Les paradoxes y sont en effet omniprésents.
La digitalisation de l’information permet par exemple de ne plus la dégrader, d’en
garder une qualité parfaite. Mais d’une certaine manière, cette vérité absolue peut mener à une
fausseté totale. Il y a quelques années, lors de la remise des Oscars à Hollywood n’a-t-on pas
vu par exemple « nominé » Farinelli, le castrat à la voix synthétique construite par ordinateur
à partir d’une voix d’homme et d’une voix de femme ? Et n’a-t-on pas récompensé Forrest
Gump où le héros serre artificiellement la main du Président Kennedy, montage virtuel et
impressionnant d’images tournées à 30 ans d’intervalle ?
Faux sons, fausses images et fautes dans les logiciels. Le quasi-monopole de Microsoft
lui permet par exemple de vendre des produits imparfaits et de ne pas corriger les erreurs
pourtant parfaitement identifiées par les utilisateurs, et ceux-ci de rêver de l’époque où il était
non seulement permis, mais aussi encouragé, de tuer les tyrans.
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Quoi qu’il en soit, le vieux binôme fond-forme a rarement été autant secoué. La
technologie permet le mélange, la confusion, le vrai faux et le faux vrai. Mais attention,
permettre
signifie simplement
rendre possible
et certainement pas
autoriser.
L’espace, le
temps, la causalité, la perception. Il doit certainement y avoir d’autres piliers chancelants.
Il apparaît donc que les fondements même de notre vie en société ont changé.
L’information est la ressource-clé de l’aujourd’hui et nous sommes obligés de repenser
l’ensemble des structures car les concepts sur lesquels elles sont basées ne plus ce qu’ils
étaient.
Dans une société centrée sur l’information, que deviennent en effet la propriété, la
concurrence, le travail, la pédagogie, la concertation, l’autorité, la solidarité, l’éthique ? Et la
vie privée ?
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