Histoire de la Vaunage

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COMMUNAUTE DE COMMUNES RHONY VISTRE VIDOURLE HISTOIRE DE LA VAUNAGE IBERES ET LIGURES La plaine gardoise, coincée entre le massif cévenol et la mer Méditerranée, constitue depuis longtemps un couloir naturel pour les hommes entre l'Est et l'Ouest du continent. Ainsi, depuis les âges préhistoriques les peuples l'ont parcourue, s'y sont établis et succédés. Bénéficiant d'un climat accueillant et de la mer toute proche, la plaine gardoise et langue-docienne a très vite baigné dans le giron des grandes civilisations du Bassin Méditerranéen.
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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Source : cc-rhony-vistre-vidourle.fr
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COMMUNAUTE DE COMMUNES RHONY VISTRE VIDOURLE

HISTOIRE DE LA VAUNAGE


IBERES ET LIGURES
La plaine gardoise, coincée entre le massif cévenol et la mer Méditerranée, constitue
depuis longtemps un couloir naturel pour les hommes entre l’Est et l’Ouest du continent.
Ainsi, depuis les âges préhistoriques les peuples l’ont parcourue, s’y sont établis et succédés.
Bénéficiant d’un climat accueillant et de la mer toute proche, la plaine gardoise et langue-
docienne a très vite baigné dans le giron des grandes civilisations du Bassin Méditerranéen.

Carthaginois, Phéniciens, Étrusques, Grecs, établirent, mille ans avant notre ère, des
échanges commerciaux avec les peuples autochtones. Les premiers apportaient des pro-
duits rares venus d’Orient (épices, parfums, vin, huile d’olive, bijoux, céramique…) en
échanges de denrées locales ou des métaux précieux, (l’or des Cévennes). Une fois les con-
tacts fixés, des comptoirs portuaires se mettaient en place comme la cité de Marseille, fon-
ème dée au VI siècle par des Phocéens de Ionie (côte ouest de la Turquie). Agde, ou Agathé,
était une importante place commerciale pour cette partie du Languedoc.

èmeAu IX siècle avant J.-C., le Languedoc Roussillon était occupé par le peuple Ibère
à l’Ouest, et Ligure à L’Est. Il n’y avait pas de frontière étanche entre ces deux peuples qui
s’interpénétraient, pacifiquement ou pas. Notre territoire faisait partie d’une zone
d’influence commune aux deux cultures. Des géographes grecs et romains comme Diodore
de Sicile ou Hécatée de Millet les confondaient comme un seul peuple, les caractérisant de
barbares étranges et brutaux, vivant aux confins du Monde Connu.

Le géographe et mathématicien grec Poseidonios d’Apamée fut le premier à décrire
précisément dans ses textes la région du futur Languedoc, qu’il avait visité vers l’an 100
avant notre ère. Ainsi, Catalogne et Languedoc étaient compris au sein d’un même en-
semble culturel, partageant notamment l’alphabet ibère.
èmeCette culture s’est développée à partir du IX siècle avant J.-C, enrichie au contact
des civilisations thalassocratiques étrusques, phéni-
ciennes et grecques. Elle est caractérisée par un habitat
de hauteur fortifié : les oppidae (Ensérune, Béziers…).

La population était dominée par une classe de
princes guerriers sur la forme d’un système féodal.
L’économie se basait sur une agriculture intensive, facili-
tée par un commerce prospère grâce aux comptoirs
commerciaux le long de la Méditerranée. Leur religion
était alors païenne : les morts incinérés, les restes étaient
déposés dans des urnes puis enterrés avec des armes et
des bijoux selon le rang social.

Remparts de l’oppidum Volque des Castels


èmeL’apogée de cette culture se situe vers le VI
siècle avant notre ère, au moment de l’arrivée progressive de Peuples Celtes venus de L’Est
pour fuir des invasions germaniques.

2
NIMES, CAPITALE DES VOLQUES

èmeAu début de l’âge du fer, à partir du V siècle avant J.-C., une nouvelle influence
se dessine, initiée par l’arrivée progressive de peuples celtes venus de Belgique, les Volques,
qui fuyaient les invasions germaniques. Ils se divisent en deux entités : les Volques Tectosages
autour de Toulouse, et les Volques Arécomiques, des environs de Montpellier jusqu’au Rhône.
Ces derniers établissent leur capitale aux abords d’une source qu’ils divinisent : ils fondent
un sanctuaire dédié au dieu Nemoz, qui deviendra plus tard le dieu romain Nemausus, puis la
cité de Nîmes. Ces « gaulois » installent un oppidum sur le Mont Cavalier ainsi qu’une im-
posante tour de guet et signaux à son sommet (future Tour Magne). L’économie est floris-
sante : on trouve alors sur les marchés vaunageols des monnaies frappées « volcarec »

La tour de guet de l’oppidum de Nîmes, fu-
ture Tour Magne

La capitale des Volques rayonnait
sur un territoire contrôlé par 24 oppida
moins importantes (ignobilia). Très sou-
vent les oppida étaient bâtis près de la
source d’un cours d’eau semblablement à
Nages. Ils portent fréquemment le nom
de ces rivières comme au Cailar, dont
l’oppidum des Virrinenses qui se trouve
aux confluents du Vistre et du Rhony. Ou
bien l’oppidum de Nages et Solorgues, qui commande la Vallée du Rhony, Sarravonicus en
latin, qui a donné son nom au village de Solorgues (voir fiche Nages et Solorgues).

LA VOIE D’HERACLES

La Voie d’Héraclès, dont l’origine se perd au travers de
mille légendes, franchissait le grand fleuve après Ugernum
(Beaucaire), poursuivant vers Ensérune sous la protection des
oppidae qui s’égrainaient le long du chemin. C’est peut-être ce
tracé qu’empruntèrent le général Carthaginois Hannibal, ses
50 000 hommes et 37 éléphants en août 218 avant J.-C. pour
attaquer Rome lors des guerres Puniques. Il semble qu’il n’y
ait pas eu d’accrochage avec les guerriers autochtones au cours
de ce passage. Dom Vaissette, citant Tite Live dans son His-
toire Générale du Languedoc, précise que les Carthaginois auraient
attiré les faveurs des Volques par de riches présents.

La puissance dissuasive du corps expéditionnaire ferait le reste. Mais à l’approche
du Général, les Volques du Languedoc : « inquiets et persuadés qu’il en voulait à leur liberté, pas-
sent le Rhône pour se cantonner sur l’autre bord, ce dernier leur servant de rempart. Mais ceux qui étaient
demeurés dans le pays, gagnés par les présents et l’argent qu’Annibal leur fit distribuer, et souhaitant
d’ailleurs de se voir bientôt délivrés du séjour de ses troupes, s’empressèrent de lui fournir tout ce qui pouvait
lui faciliter le passage. Ils lui vendirent toutes leurs barques, grandes et petites {qu’ils utilisaient pour
leur commerce}. Mais comme ces barques ne suffisaient pas au transport de l’armée Carthaginoise, ils
fournirent encore le bois nécessaire pour en fabriquer de nouvelles. Ils aidèrent même les troupes à les cons-
truire. » Les Volques qui avaient passé le Rhône, tentèrent bien d’empêcher le passage des
Carthaginois, « les gaulois s’agitaient en face en poussant des hurlements discordants, entonnant leurs
chants nationaux, secouant leur bouclier au dessus de leur tête, et brandissant leur arme de la main
droite…. » (Tite live, Seconde Guerre Punique, Livre XXI). Les Volques furent attaqués à 3
revers par un détachement d’Espagnols commandés par Hannon, fils d’Hamilcar. La suite
est inscrite dans les récits antiques.

LA VIA DOMITIA

En 118 avant J.-C, le Général Domitius Ahenobarbus fut chargé de construire une
grande route entre l’Italie et la Péninsule ibérique, à travers le Languedoc. Elle reliera Rome
à Cadix, et portera le nom de son commanditaire: la Via Domitia.
Elle passait dans nos contrées par Nîmes et la Porte dite d’Espagne, Uchaud, Co-
dognan, Aigues Vives, Gallargues, Ambrussum pour rejoindre Substancio (Castelnau le Lez).
Elle réutilisait le tracé de la Voie Héracléienne, qui avait permis aux troupes carthaginoises
de passer si facilement.

Les romains avaient retenu la leçon, d’autant plus que les grands chemins gaulois
étaient réputés pour leur qualité. Non seulement ils permettaient un passage rapide des
légions romaines pour contrôler la turbulente Espagne, mais ils représentaient aussi un axe
névralgique pour les échanges commerciaux et la Poste Impériale.
Des infrastructures étaient prévues tous les 15 kilomètres pour offrir de multiples
services aux voyageurs et commerçants, comme les Thermes de la Villa Pataran d’Aigues
Vives ou la ferme-auberge d’Ambrussum. L’ironie de l’histoire a voulu que soit implantée
presque au même endroit l’aire de repos d’Ambrussum sur L’A9, deux mille ans plus tard
pour délasser voyageurs et routiers.

La tradition romaine voulait que les morts soient
enterrés le long des axes routiers, dans un esprit de perpé-
tuation de la mémoire au travers des voyageurs.
Contrairement à la légende, la voie Domitienne
n’était pas systématiquement pavée. Le pavage était utilisé
dans les pentes pour l’adhérence des chariots et pour limiter
les effets de l’érosion pluviale. On pavait également les
tronçons qui empruntaient les villes, notamment pour le
côté prestigieux de l’ouvrage. Sur terrain plat le chemin était
en terre, parsemé tous les milles romains de bornes dite
milliaires (voir fiche Uchaud), qui indiquaient la distance
avec les villes les plus proches, ainsi que le nom de
l’empereur qui avait décidé des travaux de restauration de la
route.
La Via Domitia, à AmbrussuM
LA ROMANISATION
C’est un demi-millénaire avant notre ère, qu’ont été introduites les cultures de la
vigne et de l’olivier en Gaule méridionale. Les paysans de nos terroirs connaissaient déjà
leurs qualités gustatives, grâce aux grecs. Ils importaient d’ailleurs beaucoup de vin et
d’huile du Bassin Méditerranéen, via les comptoirs commerciaux. Ces contacts répétés,
étaient cependant sans commune mesure avec l’influence de nos voisins limitrophes de la
Botte Italienne.

Les échanges économiques avec la cité de Marseille favorisèrent des liens étroits
entre les autochtones et la puissance romaine, qui était en pleine expansion et voyait grand.
Le climat similaire de notre région incitait les habitants italiens à venir s’installer, trouver de
nouvelles terres pour fonder des colonies de peuplement.

Les Volques Arécomiques devinrent donc très vite des partenaires commerciaux et
militaires de Rome. Cette dernière s’allie à eux pour repousser les Salyens et les Cavares
(celto-ligures) qui avaient attaqué Marseille en 125 avant J.-C.

Cinq ans plus tard, sous l’autorité de Pompée, les romains se rendent maître de
L’Espagne. C’est alors que le pays des Volques est annexé à l’Empire Romain au sein de la
Provincia (Est du Gard et région PACA), qui donnera son nom à la Provence. Ce terme
désignait sans l’Antiquité le territoire à l’intérieur duquel le Sénat autorisait un magistrat
supérieur à exercer son imperium (Pro vincia = pour vaincre : équivalent de notre Théâtre
d’Opérations Extérieur). La Province est également connue sous le nom de la Gaule Nar-
bonnaise, dont la capitale est Narbo Martius, Narbonne, la ville dédiée au dieu Mars.

L’importance de notre actuel Languedoc était capitale pour l’aboutissement des
ambitions romaines, dont le territoire allait bientôt étendre son emprise à l’ensemble de
l’Europe occidentale. La « romanisation » de Nîmes et son territoire ne commencent véri-
eme tablement qu’au II siècle avant J.-C. Et ce avec le consentement, conscient ou non, des
élites locales.

La capitale du pays Volque, bien desservie par la Via Domitia, voit passer des com-
merçants, des voyageurs, des vétérans légionnaires, des esclaves, qui contribuent à
l’expansion de la région. Grâce à l’alliance avec Rome, la Civitas Nemausensis va bénéficier du
titre de Cité de Droit Latin, qui assure une relative indépendance vis-à-vis des gouverneurs
de l’Empire et assure la citoyenneté romaine à ceux ayant revêtu l’édilité (charge de la police
municipale) ou la questure (Intendance des finances).


Reconstitution de la cité antique de Nîmes
Sous le principat d’Auguste, Nîmes devient Colonia Augusta Nemausa. Dotée de mo-
numents remarquables, elle dispose d’une enceinte de 7 kms, qui englobe un espace de 220
hectares. Elle frappe monnaie : son emblème est un crocodile attaché à un palmier couron- 5
né de lauriers, symbole de la victoire de Rome sur L’Égypte. En 31 avant J.-C., Octave Au-
guste avait en effet défait la flotte d’Antoine et Cléopâtre à Actium, et selon certains, les
légionnaires vétérans de cette bataille auraient reçu des terres autour de la Colonia Nemau-
sensis.

HAUT MOYEN ÂGE, LES INVASIONS « BARBARES » : INFLUENCES WISIGOTHES

Les débuts du Moyen Âge sont marqués par les grandes invasions « barbares ». Des
ème èmepeuples venus de l’Est envahissent la Gaule par vagues successives entre le V et le VI
siècle de notre ère. C’est tout d’abord Crocus, le Roi des Vandales, qui dévaste la Narbon-
naise vers 407 après J.-C., démolissant plusieurs monuments romains. Il sera par la suite
soumis par l’empereur Marius II.

Les Wisigoths, un peuple germanique d’origine scandinave et de religion aryenne,
vont exercer une longue influence sur la région. Tout en étant alliés de Rome et convertis
au christianisme, ils prennent le contrôle de Narbonne en 413, puis s’installent à Toulouse.
S’affranchissant ensuite de l’alliance passée, ils deviennent vite maîtres de la Narbonnaise et
étendent leur territoire jusqu’au Rhône. Après une période de calme relatif, Arles, ancienne
Préfecture des Gaules, est attaquée par Théodore I et II en 425 et 429. Puis c’est au tour de
Nîmes d’être prise par Euric en 471. Les Wisigoths se rendent maîtres de la région en 462.

L’antique Gallia Narbonensis devient la Septimanie, terme désignant les sept évêchés
qu’elle regroupe. Les seigneurs wisigoths transforment l’amphithéâtre de Nîmes en forte-
èmeresse, dotée d’habitations et entourée de fossés. Mais très vite, À partir du 6 siècle, les
Wisigoths se disputent le territoire avec les Francs, qui détiennent tout près de Nîmes le
futur duché d’Uzès.

La Vaunage et la plaine proche de Nîmes subirent sans doute les combats entre fac-
tions rivales, nos villages étant situés à la frontière entre les deux par-
ties en guerre. En 507, le roi Alaric II est battu par Clovis à la bataille
de Vouillé et l’Aquitaine passe aux mains des Francs. Mais la Septima-
nie reste aux mains des Wisigoths, frère d’un autre peuple germain, les
Ostrogoth. Wisigoths (« Goths de l’Ouest » ou « Goths Sages ») et
Ostrogoths (« Goths de l’Est ») tenteront de se réunir pour faire face
aux francs tout proches. Ce peuple, bien que l’on connaisse peu son
histoire, était réputé pour la qualité de son orfèvrerie.

L’orfèvrerie des Wisigoths, une fibule en or

L’ancienne Civita Nemausensis tombe aux mains des Burgondes en 508 et des Ostro-
goths en 586. Uzès, Beaucaire et Lodève sont prises également. Des luttes de clan font rage
entre les chefs de guerre pour le contrôle du pouvoir. Le territoire de Nîmes, dont fait par-
tie la Vaunage, est rattaché à la Goethie. La période est marquée par la destruction des
zones urbaines, tandis que les habitants se réfugient sur les hauteurs comme à Nages, Saint
Dyonisis et Caveirac. Les exactions contre les civils et la guerre civile sont de mise.

En 672, Nîmes se révolte contre le roi de Tolède Flavius Wamba par l’entremise du
duc Paul, qui vient de se proclamer roi à Narbonne avec l’aide de l’Evêque de Maguelone.
Les Francs le soutiennent implicitement, au nom du mérovingien Childéric II. Les insurgés
se retranchent dans l’amphithéâtre de la ville, qu’ils fortifient. Paul y installe son palais avec
les officiers de la nouvelle Milice des Chevaliers des Arènes. Le 26 août de l’année suivante,
Wamba décide de contre attaquer : il envoie un corps d’élite de 30 000 hommes dirigés par
quatre ducs assiéger Nîmes et sa forteresse.

Ces peuples dits « barbares » ont laissés peu de traces de leur passage. Ils réutili-
saient les anciens monuments antiques, respectant le panthéon local et se convertissant 6
souvent au christianisme, ce qui favorisait leur intégration. Les influences culturelles furent
renouvelées.

LA FEODALITE

èmeUne période de Renaissance commence à partir du VIII siècle, sous la dynastie
Carolingienne. Nîmes dispose alors d’une cathédrale qui étend son influence sur tout le
territoire, installant ainsi un puissant pouvoir ecclésiastique contrôlé par le Chapitre. Les
civils sont gouvernés par un système territorial et administratif de type féodal qui durera
durant tout le Moyen Âge. Il est administré par les Viguiers (équivalent des barons).

La Viguerie de la Vaunage (Vicaria de Valle Anagia – an 879) est la plus grande du
Comté de Nîmes. Grâce à la Renaissance Carolingienne, la vallée de Nages bénéficie alors
d’une période de croissance agricole. La viguerie est une subdivision administrative non
ecclésiastique, elle-même divisée en villae (dans le sens communauté d’habitants). Les villae
sont à l’origine des bourgades que nous connaissons (villa Saraonicos : Solorgues).

Vers 1125, l’entité territoriale de la Vaunage, très marquée géographiquement, ap-
partient en partie aux vicomtes de Nîmes Bernard Aton V et VI. Le château fort, situé à
Calvisson, dispose de deux tours de 18 et 22 mètres. Les grandes familles seigneuriales sont
connues sous le nom des « Hommes de Calvisson ». La région est alors gouvernée par les
comtes de Toulouse.

èmeAu début du XIII siècle, notre région fut traversée par des troupes de soldats di-
rigés par Simon de Montfort, pour mener une Croisade contre les Albigeois. A la mort de
Simon de Montfort, les comtes de Toulouse tentèrent de reprendre leurs terres perdues. Il
fallut l’intervention armée du roi Louis VIII pour empêcher Raymond VII de s’emparer du
Languedoc oriental. C’est pour cela que fut ratifié le traité de Meaux, le 12 avril 1229, sous
le règne de Louis IX. Les fiefs de Nîmes, jusqu’aux berges du Rhône, furent alors définiti-
vement rattachés au domaine Royal. L’administration était désormais dirigée par un séné-
chal représentant l’autorité royale, qui détenait tous les pouvoirs entre ses mains. Les no-
tables de la région durent désormais s’adresser au Roi et ses représentants en français et
non en occitan.
Les archives qui ont survécu aux outrages du temps permettent de se faire une idée
de la vie des habitants des villages, dont la démographie nous est connue par les dénom-
brements. La population variait beaucoup au Moyen Age, au gré des périodes d’épidémies,
ème de guerres et d’exodes. Les dénombrements n’existent que depuis le XIII siècle, lorsque
le Languedoc fut rattaché au Royaume de France. Il s’agissait de compter le nombre de
familles présentes sur un territoire. On parlait alors de « feu », que l’on traduirait par
« foyer », et qui représentait une famille de 4 ou 5 habitants.


ème Au début du XIV siècle, le territoire vaunageol, en dehors de Nages, est détenu
par la famille de Guillaume de Nogaret, homme de loi et d’influence à la Cour. C’est le Roi
Philippe le Bel qui fit donation du fief de Vaunage au profit de ce seigneur. Le décompte
des biens de cette famille permet de recenser la présence de 766 feux dont 10 nobles, soit
environ 4000 habitants dans la vallée.

En 1307, un nouveau recensement dénombre 686 feux pour 12 familles nobles sur
toute la Vaunage.

Guillaume de Nogaret était depuis cinq ans le nouvel homme fort du pays vau-
nageol. Cet homme de Loi est connu pour avoir notamment dressé le célèbre procès contre
les Templiers. Un épisode récemment évoqué au cinéma dans la trilogie des Rois Maudits.

Dans un acte Royal, le Roi cède en 1304 au Seigneur de Nogaret le fief de Calvisson
et le Pays de Vaunage. Il dispose également du droit de Basse et Haute Justice, qui lui per- 7
mit d’ordonner des procès criminels, impliquant les condamnations à mort ainsi que la
Question. Un gibet se dressait au pied du château de Calvisson au lieu dit « ro di mort ».

En 1328, le Roi Charles IV meurt sans héritier, sa femme ayant mis au monde une
fille. C’est Philippe de Valois, petit fils de Philippe III qui prend la régence du pays et de-
vient Philippe VI. Dix ans plus tard Edouard III d’Angleterre renie son allégeance au Roi,
revendiquant le trône de France. C’est le début de la guerre de Cent Ans.

èmeAu début du XIV siècle, le roi Philippe IV dit le Bel, établit un acte de donation
du fief de Calvisson au profit de Guillaume de Nogaret. A partir de 1328, le trône de
France fait l’objet d’une crise de succession entre Philippe VI de Valois et Edouard d’
Angleterre. C’est le début des célèbres guerres de Cent Ans. Le pays entre alors dans une
période de récession, marquée par les famines et les épidémies. La plus célèbre est
l’épidémie de peste noire en 1347-1348, où la moitié de la population périt. S’ajoute à cela
un fléau tout aussi redouté : « les compagnies de gens d’armes », qui pillent et rançonnent les
communautés. Les villages en bordure de route, d’autant plus exposés de leurs passages
incessants, en font la triste expérience. En 1365, les
représentants des Trois États se réunissent à Nîmes
pour s’en protéger. À la fin de ce siècle, la population
est divisée par deux, les villages sont désertés, comme
en témoigne un recensement effectué auprès de
chaque communauté en 1384.
La cathédrale de Nîmes avant sa destruction en 1569
(Gravure de 1560)










GARRIGUE, PLAINES ET VALLEES, LA RICHESSE DU TERROIR LANGUEDOCIEN



er.La première moitié du XVIème siècle est marquée par le règne de François I . Le royaume
est tiraillé par de nombreuses guerres territoriales, notamment contre les troupes de
l’empereur Charles Quint. En Languedoc, terre frontalière du fief royal, les sujets du roi
doivent faire face au passage répété des troupes de militaires. Les villages devaient suppor-
ter le logement des soldats aux frais des habitants, et en temps de guerre un simple village
pouvait être contraint de subvenir aux besoins de centaines d’hommes en armes, ce que
l’on appelait le droit d’ost. Pour s’en faire une idée, il suffit de lire les archives municipales
qui rapportent la longue litanie des passages de « gens d’armes ». Malgré les supplications des
consuls, la communauté n’a souvent pas le choix, car un refus pouvait exposer les habitants
à de représailles sanglantes de la part de ces mercenaires.
Ainsi le Languedoc s’habituait bon gré mal gré à faire face aux problèmes militaires.
C’est notamment sa position géostratégique qui influa beaucoup : velléités avec le Saint
Empire Romain Germanique, concurrence espagnole et italienne, rapines barbaresques
venues de Méditerranée… Une ombre « manquait » à ce martial tableau : les problèmes
religieux, qui ne tardèrent pas à se manifester.




8
LA VAUNAGE, TERRE HUGUENOTE

La vie spirituelle tenait une place prépondérante au Moyen Âge. Mais les pressions
fiscales de toutes sortes (civiles et religieuses), cristallisées par le poids de la dîme et des
prémices, était très impopulaires, surtout pour les couches défavorisées de la population,
largement illettrée. L’obscurantisme, savamment entretenu par certains prélats de Rome,
permettait de museler les volontés réformatrices. Il ne fallut pas longtemps pour que cer-
tains chrétiens aspirent à un renouveau spirituel. De nouvelles influences se firent jour,
èmecaractérisées par l’apparition depuis le milieu du XVI siècle des pensées luthériennes et
calvinistes, qui aboutirent à la Religion Réformée, que l’on nommera plus tard Protestan-
tisme.

Cette nouvelle vision du christianisme est issue d’un schisme entre chrétiens ro-
mains conservateurs et d’autres chrétiens, favorables à une « réforme » du dogme. En Lan-
guedoc, la Religion dite Réformée fut très vite adoptée par les fidèles, dès le milieu du
siècle. Des communautés entières de villageois se convertirent au protestantisme, sous
l’influence d’ecclésiastiques locaux et autres gens lettrés.

En 1561, les tentatives de conciliation avec l’Eglise Romaine échouent au Colloque
de Poissy. Chacun campe sur ses positions et la tension monte entre les deux parties. Le
Consistoire de Nîmes est créé la même année (équivalent du Conseil des Anciens pour la
gestion de la paroisse) et un an plus tard le culte catholique y est interdit. En 1562, un mas-
sacre est perpétré lors d’une assemblée de protestants à Wassy, en Lorraine. C’est le début
des guerres de Religion, où les bandes armées dévastent à tour de rôle les campagnes.
Dès 1565, la plupart des bourgs de la Vaunage, de la Vistrenque et de la Vidour-
lenque orientale disposent d’un temple servi par un pasteur, et 98% de la population a suivi
les idées de la Réforme. Nîmes, capitale languedocienne des huguenots, subi de plein fouet
les troubles qui opposent catholiques
et protestants.

Le 29 septembre 1567 a lieu à
Nîmes le massacre de la foire de la
Saint Michel (connu sous le nom de
Michelade), où une centaine de catho-
liques sont assassinés par des « exaltés »
dans toute la ville. Des seigneurs de la
Vaunage font partie des insurgés.


Le massacre de la Saint Michel à Nîmes, le
29 septembre 1567

La prise de Nîmes par les Huguenots, 15 novembre 1569

Les villes de
Sommières, Calvisson,
Anduze ou Nîmes
sont des places de
garnison pour les
partisans huguenots,
autre nom donné aux
protestants. Des
troupes de « merce-
naires » se mettent en
place, commandées
par des seigneurs lo-
caux. Les compagnies 9
se servent des défenses des bourgs pour se réfugier. Nîmes et Calvisson tombent aux mains
des protestants en 1569. Une période de calme relatif se met en place entre 1570 et 1575,
les deux parties ayant décrété plusieurs « paix jurées ». Le massacre de la Saint Barthélemy en
1572 à Paris ne s’est pas répété à Nîmes et en Vaunage, les catholiques étant minoritaires.
Malgré les tensions religieuses de certains, le terroir de notre pays Languedocien est
riche et la nature offrait des denrées variées aux paysans de l’époque. La garrigue contient
plus de variété d’espèce que d’autres biotopes.

L’EDIT DE NANTES

L’accession d’Henry de Navarre au trône de France signifie pour le pays un retour à
la paix religieuse. C’est un ancien « parpaillot » (surnom péjoratif appliqué aux protestants),
qui a du se convertir au catholicisme pour accéder à la Couronne. Le 2 mai 1598, à Nantes,
Henry IV ratifie un édit « en faveur de ceux de la Religion prétendue Réformée ». C’est enfin le droit
officiel offert aux protestants de pratiquer leur religion, dans des zones géographiques pré-
cises. Cet édit assure un retour à la liberté de culte, sous certaines conditions (le seigneur
local doit être protestant). Les Réformés peuvent désormais accéder à toutes les fonctions
et métiers, tenir des assemblées politiques, se réfugier en cas de guerre dans des places de
sûreté (Sommières, Calvisson, Nîmes, tenir des garnisons et bénéficier de tribunaux mi-
partîtes.

Les acquis sociaux et religieux seront de courte durée : l’année 1610 est marquée
par l’assassinat d’Henry IV et très vite, de nouvelles mesures royales vont tendre à res-
treindre l’application de l’Edit de Nantes. Une « contre réforme catholique» va se mettre en
èmeplace tout au long du XVII siècle.

LA CONTRE REFORME CATHOLIQUE

Entre 1620 et 1630, Louis XIII entreprend des expéditions militaires en Navarre
puis dans le sud ouest pour y rétablir le catholicisme. En 1620, le duc de Rohan est à la tête
des « compagnies de gens d’armes ». IL est le chef de la « Cause Réformée », le parti protestant.
Il est un petit cousin d’Henri IV et sa femme est la fille de Sully. Sa devise : « Roi ne puis,
prince ne daigne, Rohan suis ». En 1622, Louis XIII marche sur Montpellier pour en faire le
siège, les villages sont le théâtre de violents combats et sièges, comme à Gallargues, les 22
et 23 octobre 1628. Les troupes de Rohan sont défaites à la Rochelle, le duc doit capituler.
La guerre se termine par la « paix de grâce d’Alès » le 28 juin 1629 : les protestants perdent
leurs places de sûreté, la liberté de lever des troupes, et le droit d’assemblée politique. Ro-
han part en exil pour rejoindre la République de Venise.

LA REVOCATION DE L’EDIT DE NANTES

Antoine Court décrit ainsi le pays vaunageol, au temps de l’édit de Nantes : « Dans le diocèse
de Nîmes (…), on trouve un long et large vallon, rempli de tant de villages qu’ils semblent se toucher tous.
Celui de Nages, autrefois un des principaux et qui est fameux dans cette Histoire par un combat qui s’y
livra, a donné le nom au vallon (…), comme qui dirait le vallon de Nages. Les protestants y comptaient,
avant la révocation de l’édit de Nantes, une trentaine de leurs églises et autant de temples (…) Cette plaine
est aussi peuplée que le vallon, et dans l’un et dans l’autre il n’y avait presque point de catholiques. »

Lorsque Louis XIV prend personnellement le pouvoir en 1660, c’est un tournant
pour les Réformés du Languedoc. Des centaines d’édits et mesures vexatoires sont décré-
tés à partir de 1661, qui restreignent le droit de culte protestant. Désormais, les habitants
ont l’obligation de choisir l’un des deux consuls parmi la communauté catholique, malgré sa
large minorité. De plus « Le conseil politique doit comprendre moitié catholiques, moitié réformés »,
même si les neuf dixièmes des habitants sont réformés. Le 18 octobre 1685, le roi signe la
révocation de l’édit de Nantes, ou édit de Fontainebleau. La « Religion Prétendue Réformée » est
désormais interdite, les assemblées sont prohibées, les fidèles contraints par les armes à se
convertir au catholicisme. Pour persuader le peuple, on impose aux communautés la garni- 10
son de Dragons du roi à domicile, jusqu’à l’abdication générale. Ce sont les redoutées Dra-
gonnades, qui entraînèrent des exactions contre les habitants, cristallisant ainsi leur haine
contre les « papistes » (surnom péjoratif donné aux catholiques). L’autre solution d’obtenir
catholicité et obéissance sincère était l’instruction. Les maîtres d’écoles, obligatoirement
Anciens Catholiques, avaient un rôle crucial pour éduquer les enfants. L’intendant Bâville
disait : « les pères ont gardé leurs méchantes idées dans leur cœur. Mais les enfants qui n’ont vu ni temple
ni ministres seront mieux disposés à recevoir les bonnes impressions. Il faudra s’efforcer de les faire aller aux
escoles establies, c’est un moyen efficace. »

De nombreux protestants choisirent l’exil vers le Refuge en Suisse, en Allemagne,
Angleterre, ou en Hollande. Cet exode massif entraîna une chute de la démographie des
èmevillages, qui avaient perdu un tiers des habitants à la fin du XVII siècle. En Cévennes
comme en Vaunage, les Nouveaux Convertis sont contrôlés pour vérifier leur respect en-
vers le Rituel Romain. Mais les villageois « retournèrent vite à leurs anciennes erreurs » (selon la
formule de leurs détracteurs) : ils se réunissaient la nuit pour prier dans des caves, des
grottes, des lieux reculés, tentant d’échapper à la répression royale. C’est le culte du Désert.
Les assemblées clandestines furent durement réprimées par les troupes royales.
Les ordonnances du roi précisaient « [seront] condamnés sans forme ni figure de procès ; à
sçavoir les hommes à servir comme Forçats pendant leur vie sur les Galères de Sa Majesté, et les femmes et
filles à être recluses à perpétuité ». Le prédicant était condamné à mort par pendaison, bûcher à
vif, supplice de la roue, après torture systématique (la très officielle Question ordinaire et
extraordinaire). Ces punitions ne tenaient pas compte des exécutions sommaires, sur le lieu
ermême des assemblées, comme lors du massacre du Moulin de l’Agau, le 1 avril 1703 près
de Nîmes : « le Maréchal de Montrevel estant arrivé, il donna l’ordre auxdits soldats de faire main basse
sur tous ceux qui composaient ladite assemblée, de les tuer tous sans exception et brûler et raser ledit moulin
afin daprendre aux Phanatiques par cet exemple de justice quils ne s’assembleroint pas impunement » (té-
moignage de Novy, gérant de l’auberge le Cygne).


LA GUERRE DES CAMISARDS

La répression systématique allait entraîner un sentiment de frustration et d’injustice
au sein de la population languedocienne, pourtant très attachée à la personne du Roi. Peu à
peu, certains religionnaires protestants décidèrent d’entrer en résistance, passive à la fin du
XVIIème, armée au début du siècle suivant. L’année 1702 fut marquée par deux assassi-
nats : celui de l’abbé du Chaila au Pont de Montvert en juillet, et du baron Saint Cosme à
Vergèze en août. Ces crimes constituaient le facteur déclenchant d’une terrible guerre ci-
vile : la guerre des Camisards. Deux années de luttes fratricides causeront dans tout le Bas
Languedoc des milliers de morts. Pillage des villages par les Dragons, emprisonnements et
amendes exorbitantes, exécutions sommaires, tortures, déportation de communautés en-
tières dans les forteresses ou les Colonies, étaient le lot quotidien des habitants de la Vau-
nage et des Cévennes. La Tour de Constance à Aigues Mortes se rendit tristement célèbre
pour les nombreuses femmes qui y étaient emprisonnées. Certaines d’entre elles furent
enfermées plus de quarante ans.
Les mesures répressives et la guerre civile entraînèrent une grave crise économique :
interdiction des déplacements, récoltes anéanties, pillages, bandits de grand chemin…

La cruauté des troupes du Roi entraîna vite en contrepoint d’autres exactions de la
part des insurgés. Les camisards parcouraient le pays en incendiant les églises, égorgeant au
passage bon nombre d’ecclésiastiques, d’ Anciens Catholiques et de « traîtres » à leur cause.
Les rebelles, souvent très jeunes, réclamaient la liberté du culte protestant et la fin des ré-
pressions. Ils étaient parfois entraînés par des personnes qui se revendiquaient « pro-
phètes », se sentant pris d’une mission commandée directement par le Saint Esprit. Les
pasteurs officiels ayant été exécutés ou partis en exil, ils avaient été secrètement remplacés
par des religieux improvisés. Leurs opposants les qualifiaient de « fanatiques », eux se sen-

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