J C GRUMBERG Le petit Chaperon Uf Actes Sud papiers Analyse Du conte la contre utopie La collection Actes Sud papiers a pour vocation de témoigner d'activités théâtrales récentes Elle contribue la construction et la diffusion d'un répertoire théâtral pour la jeunesse en ce sens elle comble un vide et répond un besoin urgent donner l'éducation artistique des enfants et des adolescents toute sa place en s'appuyant sur des œuvres de qualité porteuses de sens au pluriel porteuse de valeurs permettant aux lecteurs et acteurs amateurs la fois de s'amuser de se projeter et de penser la société dans laquelle ils vivent De son côté J C Grumberg n'écrit pas sans nécessité nécessité de témoigner de dire l'abomination du nazisme des générations d'enfants qui n'y accès que par les livres d'histoire Toute l'œuvre de J C Grumberg est traversée par ce témoignage qui est en même temps le drame de sa vie d'enfant et d'homme une vie qui a rencontré l'Histoire et que l'Histoire la persécution des Juifs par les Nazis la mort de son père en déportation a déchirée Reste l'écriture pour que nul n'oublie La relecture d'un conte d'avertissement

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1 J-C GRUMBERG, Le petit Chaperon Uf Actes Sud papiers, 2005 Analyse : Du conte à la contre-utopie La collection Actes Sud papiers a pour vocation de témoigner d'activités théâtrales récentes. Elle contribue à la construction et à la diffusion d'un « répertoire théâtral pour la jeunesse» ; en ce sens, elle comble un vide et répond à un besoin urgent : donner à l'éducation artistique des enfants et des adolescents toute sa place, en s'appuyant sur des œuvres de qualité, porteuses de sens ( au pluriel !), porteuse de valeurs, permettant aux lecteurs et acteurs amateurs à la fois de s'amuser, de se projeter, et de penser la société dans laquelle ils vivent. De son côté, J-C Grumberg n'écrit pas sans nécessité : nécessité de témoigner, de dire l'abomination du nazisme à des générations d'enfants qui n'y accès que par les livres d'histoire. Toute l'œuvre de J-C Grumberg est traversée par ce témoignage qui est en même temps le drame de sa vie d'enfant et d'homme : une vie qui a rencontré l'Histoire, et que l'Histoire (la persécution des Juifs par les Nazis, la mort de son père en déportation) a déchirée. Reste l'écriture, pour que nul n'oublie. La relecture d'un conte d'avertissement - Relecture d'un conte traditionnel : conte « fondateur » dans la culture européenne, parangon du conte, Le Petit Chaperon Rouge est sans doute le plus connu et le plus raconté si l'on observe la littérature jeunesse, les images anciennes

  • immatriculation carte grise

  • loup déguisé en caporal

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Publié le : lundi 18 juin 2012
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1
J-C GRUMBERG,
Le petit Chaperon Uf
Actes Sud papiers, 2005
Analyse
:
Du conte à la contre-utopie
La collection Actes Sud papiers a pour vocation de témoigner
d’activités théâtrales
récentes. Elle contribue à la construction et à la diffusion d’un « répertoire
théâtral pour la jeunesse» ; en ce sens, elle comble un vide et répond à un besoin
urgent : donner à l’éducation artistique des enfants et des adolescents toute sa place, en
s’appuyant sur des oeuvres de qualité, porteuses de sens ( au pluriel !), porteuse de
valeurs, permettant aux lecteurs et acteurs amateurs à la fois de s’amuser, de se
projeter, et de penser la société dans laquelle ils vivent. De son côté, J-C Grumberg
n’écrit pas sans nécessité : nécessité de témoigner, de dire l’abomination du nazisme à
des générations d’enfants qui n’y accès que par les livres d’histoire. Toute l’oeuvre de
J-C Grumberg est traversée par ce témoignage qui est en même temps le drame de sa
vie d’enfant et d’homme : une vie qui a rencontré l’Histoire, et que l’Histoire (la
persécution des Juifs par les Nazis, la mort de son père en déportation) a déchirée.
Reste l’écriture, pour que nul n’oublie.
La relecture d’un conte d’avertissement
-
Relecture d’un conte traditionnel : conte « fondateur » dans la culture européenne,
parangon du conte,
Le Petit Chaperon Rouge
est sans doute le plus connu et le plus
raconté si l’on observe la
littérature jeunesse, les images anciennes et récentes, les
albums et les manuels scolaires (de la maternelle à la classe de seconde). D’abord
littérature orale, répandue en milieu rural, il a été promu au rang de « conte littéraire »
par Perrault à la fin du XVII° siècle, avec le succès que l’on sait. On conserve de ce
conte diverses transcriptions et versions selon les régions (variantes qui concernent
surtout la fin, l’éventuel châtiment du loup). Il
se présente comme un conte
d’avertissement (
1
). Cette sorte de conte est destinée à avertir de manière cryptée, mais
aisément décryptable, les fillettes et les jeunes filles. Il leur conseille de se méfier des
hommes qui cherchent à attirer les trop naïves dans leur lit, programmant ainsi en
quelque sorte leur « mort » sociale : la perte de la virginité avec toutes ses
conséquences, honte, déshonneur, bâtardise. Dans
le Petit Chaperon Rouge
, édulcorer
la dévoration finale définitive en faisant revivre la jeune fille et la « mère- grand » par
l’intercession du « chasseur » (figure de l’homme légitimé à tuer, figure du mari), rend
le conte moins cruel mais moins édifiant et l’avertissement un peu moins terrifiant (2).
La fin du texte de J-C Grumberg met en scène les deux versions du conte, l’une
racontée par la fillette (châtiment du loup), l’autre défendue par le loup-caporal : «
pas du tout…le conte s’arrête quand le loup croque le Chaperon rouge, point à la
ligne. »
La relecture contemporaine du conte lui restitue son statut de conte d’avertissement :
l’histoire du
petit Chaperon Uf
n’est pas seulement une histoire passée, c’est peut-être
aussi une histoire à venir, nous dit J-C Grumberg
en exergue, ce texte liminaire que
l’on appelle parfois « avertissement au lecteur » :
« Demain, si l’on n’y prend garde, les loups s’attaqueront peut-être aux enfants Ifs ou
Gnifs ou Gnoufs, les loups seront toujours les loups et vous savez comment ils savent
dissimuler leur bave et leurs grandes dents sous de belles et trompeuses paroles avant
2
de se mettre à hurler et à mordre ».
« Un conte du bon vieux temps ?»
tel est le sous-
titre ironique voulu par l’auteur. Au lecteur de se poser quelques questions : le
« vieux » temps est-il si « bon » ? Le conte n’est-il pas encore actuel ou possible ?
Une mise en scène distanciée de l’Histoire
Le personnage du loup et ses exactions renvoient à l’histoire de l’Occupation
nazie en
France et aux injustices subies par les victimes : présence militaire de
l’Occupant, au quotidien, avec ses figures subalternes
( le loup déguisé en caporal
) et
tracasseries permanentes :
« papir, ausweis » (p.11) ;
persécutions endurées par les
Juifs ( la mère-grand est obligée de se cacher) port de l’étoile : « capuchon jaune caca
d’oie», classement de la population ( « Uf et non-Uf »), restrictions alimentaires :
« schmalz, saindoux, graisse cochon, …huile de foie de morue, topinambours
écrasés » (p19),
clichés dévalorisants stigmatisant les Juifs :
Le loup se pince le nez
comme si ça sentait
mauvais
(p.14) ; « Ufs sales, très toujours» ( p17) ; « Ufs toujours
débrouillards trafics tralala » p25 « de la musique Uf, les gens adorent ça »( p 43). Le
caporal Wolf ( caporal/cabot/capo) est présenté comme un imbécile qui fait régner
l’arbitraire, s’abritant derrière « le code », la « loi » tout en rackettant la population ( il
dévore le beurre et la galette). Cependant le ton reste léger : le loup est un personnage
clownesque qui fait des blagues, il ne sait pas bien parler, parfois il bégaie, il crie de
rage quand il se fait mal en tentant de défoncer la porte ( ouah ouah ouah ouah ouah !
aïe aïe etc) p.35.
Les métamorphoses du « Chaperon » :
Face à ce personnage qui prête à rire, le personnage féminin échappe à la
représentation traditionnelle de la fillette naïve et un peu bête. Celle-ci au contraire
cherche à comprendre : « Et c’est la loi depuis quand ? » (p11) «
Et c’est quoi, Uf ? ».
Toujours questionnant, toujours sur la défensive, curieuse, exigeante ( « Je veux le
mien »), elle constitue un portrait de femme moderne, victime d’une situation
insupportable
mais ni soumise ni installée dans une posture de victime. Elle reste
SUJET de l’histoire, c’est elle qui, à la fin, mène le jeu, dans la phase conclusive de
méta-théâtre où l’on arrache les masques et où le théâtre s’exhibe comme tel : « On
arrête tout et
je
raconte la véritable histoire… ».
Autre figure féminine, même réduite à une voix, la mère-grand fait de la résistance !
Une contre-utopie
Aux souvenirs de l’occupation s’ajoutent des éléments issus de l’actualité : « permis
de séjour carte immatriculation carte grise verte bleue ! ». On reconnaît au passage les
exigences des pays comme l’Europe et les USA concernant les demandeurs d’asile et
immigrés, les problèmes des « sans-papiers ».
Le personnage du militaire :« Silence, fixe, pas touche, garde à vous, repos, ouah
ouah… », appliquant les ordres sans les comprendre ( « loi c’est loi ») ou en ne
comprenant que son propre intérêt, le racket des populations, la suspicion
systématique (p17)l’arrestation arbitraire, la persécutions d’un groupe ethnique
justifiée par de pseudo-critères d’infériorité, rappelle de nombreuses situations vécues
dans la deuxième moitié du XX° siècle et aujourd’hui, en Europe, en Afrique, au
Moyen-Orient, en Amérique du Sud, dans les guerres inter-ethniques, sous les régimes
3
dictatoriaux. En regroupant tous ces éléments, en dressant le portrait d’un univers
soumis à l’arbitraire le plus total, à des forces gouvernementales opaques, empruntant
aux différents visages du fascisme, l’auteur dessine une contre- utopie à la manière
d’oeuvres du XX° siècle, fables destinées à avertir des risques de telle ou telle dérive
de la société :
Le Meilleur des mondes
( Aldous Huxley, 1934)
1984
( George Orwell,
1949)
et, plus près de nous
Matin Brun,
la nouvelle de Frank Pavloff ( 2002), qui met
garde contre un monde où il y aurait obligation de porter du brun, sous peine d’être
dénoncé par son voisin et arrêté,
Globalia
de Jean-Christophe Ruffin ( 2004, Livre de
Poche), description d’un monde dans lequel les puissants ont accaparé toutes les
richesses, vivent sous globe tandis que tous les autres sont parqués dans des « non-
zônes ». Mais, ici, le conte humoristique refuse l’excès de gravité et renvoie, pour plus
d’informations,
à
des témoignages historiques et/ou à des oeuvres plus graves qui
seront découvertes par la suite par le jeune public (cf ci-dessous, « intertextualité »)
Le conte théâtral, qui se présente comme une fable (un récit crypté) en forme de
contre- utopie (une société cauchemardesque
vs
une société parfaite dans un lieu
idéal), se refuse cependant à prophétiser la catastrophe: « on arrête tout » dit le petit
Chaperon et le loup est d’accord :
Wolf s’installe et ôte son masque
(p40),
abandonnant son rôle, il se montre prêt à dialoguer. Pour réconcilier les bourreaux
potentiels et les victimes, il y aura la musique, langage universel :
« Bon, c’est pas terrible comme fin … On pourrait faire au moins un peu de musique
[…]
« De la musique Uf, les gens adorent ça ;
« D’accord mais pas trop triste, hein ?
« De la musique Uf gaie, alors ?
« Voilà.
Faire lire faire jouer
Le titre et les noms : Wolf, loup en allemand,
peut s’entendre comme l’onomatopée
d’un aboiement. Uf ? Ouf ? Des noms qui « ne ressemblent à rien » ? Au contraire, les
noms se ressemblent : Uf, Ouf, onomatopées, soupirs, expression d’une dérision, par
leurs sonorités ressemblent à Wolf (victimes, bourreaux pourraient-ils un jour
échanger leur rôle ?) ; Uf, c’est « Juif », diminué, amputé de deux lettres, et de ce fait
privé de sa capacité à dire une identité. Les noms se prêtent à de multiples
interprétations.
Lire, dire le texte
On sera attentif aux propositions de l’auteur : «
Wolf, loup déguisé en caporal, parle
français avec accent loup
». Qu’est-ce que « l’accent loup » ? Occasion de recherches
(inventer un accent), de réflexion sur la portée universelle de la fable : on ne saurait
réduire« l’accent loup » à un accent allemand :
lupus homini lupus,
une maxime de
tous temps et de tous lieux, cf l’exergue « Les loups, les loups seront toujours les
loups… ». Traduire cette universalité de la menace « loup » en éléments sonores.
Lire les images
Les illustrations de Benjamin Bachelier donnent accès à la lecture symbolique : la
représentation visuelle du pouvoir, celle de la cruauté, celle de l’arbitraire, sont
stylisées, peu littérales, et
se font à l’aide de signes : récurrence du signe « interdit »,
4
étoiles dans l’oeil du loup, tête de mort à son cou, brassard, « dents » du
livre de loi
faisant écho à mâchoire stylisée du loup ;
de silhouettes du type « ombres chinoises »
renvoyant à une atmosphère nocturne ;
de changement d’échelle (p 16).
Intertextualité
Les mises en réseau sont innombrables :
- Les témoignages sur la persécution des Juifs. Parmi de nombreuses publications,
albums, bandes dessinées, témoignages comme
Le Journal d’Anne Frank
, citons le
roman de Claude Gutman, illustré par Philippe Mignon,
La maison vide
, Folio Junior,
augmenté d’un dossier documentaire.
-
Si l’on choisit la figure du loup : découverte des mythes, de la louve romaine, figure
maternelle, tutélaire, à la figure du mal, aux figures sataniques dans les légendes ( La
bête du Gévaudan, les loups garous …). Figures du loup réhabilité et/ou tourné en
dérision au XX° siècle (
Contes du Chat Perché
, Marcel Aymé) dans les contes
modernes et les albums
Le loup est revenu
,
Le loup sentimental
( Geoffroy de Pennart,
1994 et 1998, éditions Kaléidoscope).
-
Les variations (parodie, détournement ..) autour du conte de Perrault,
Le petit
Chaperon Rouge
,
Le Petit Chaperon bleu marine
, Philippe Dumas, Boris Moissard,
Ecole des Loisirs, 1985, :
Le Petit chaperon vert
( Solotareff, Nadja), Ecole des
Loisirs, 1989, etc. Le plus récent :
Le Petit Chaperon rouge
, texte et mise en scène de
Joël Pommerat, 2005, collection Heyoka Jeunesse, Actes Sud papiers, 2005.
(1)Sur le classement des contes, on pourra consulter l’article de Bernadette Bricoud,
« Conte »dans
Universalis
qui s’appuie sur le
Motif Index of folk litterature
de Aarne
et Thompson ouvrage qui recense et classifie l’ensemble des contes. Sur les contes de
Perrault,
les études de Marc Soriano (
Les contes de Perrault, Gallimard,
1968).
(2) Sur l’intérprétation des contes : la
Psychanalyse des contes de fées
de B.
Bettelheim ( 1976).
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