L'antiesclavagisme au XIXe siècle : l'engagement des chrétiens

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L'antiesclavagisme au XIXe siècle : l'engagement des chrétiens par Hélène de WAAL sous la direction de M. Frédéric le MOAL Professeur d'histoire au lycée militaire de Saint-Cyr-l'École Colloque 2011 de l'Institut Albert le Grand
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Colloque 2011

de l’Institut Albert le Grand

L’antiesclavagisme au XIX
e
siècle :
l’engagement des chrétiens

par Hélène de WAAL
sous la direction de M. Frédéric le MOAL

Professeur d’histoire au lycée militaire de Saint-Cyr-l’École

SOMMAIRE

INTRODUCTION...........................................................................................................................................2
I – L’ENGAGEMENT DES CATHOLIQUES TARDE À SE FAIRE SENTIR...................................7
A- Le discours papal fut un discours mouvant................................................................................7
B- L’investissement du clergé catholique dans le combat contre l’esclavage........................12
C- Des laïcs catholiques engagés......................................................................................................18
II – L’ENGAGEMENT MASSIF DES PROTESTANTS.......................................................................22
eA- Les sources du mouvement abolitionniste du XIX et le rôle initiateur des
quakers
....22
B- L’influence britannique sur les abolitionnistes français..........................................................25
C- La force des alliances chrétiennes..............................................................................................28
III- LA LONGUEUR D’AVANCE ANGLAISE DANS LE COMBAT CONTRE L’ESCLAVAGE
.......................................................................................................................................................................32
A- L’argument de l’Évangile...............................................................................................................32
B- Un mouvement stratégique qui s’attirait les masses..............................................................35
CONCLUSION..............................................................................................................................................38
BIBLIOGRAPHIE............................................................................................................................................41

1

INTRODUCTION

«

Vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus. Vous tous, en
effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n'y a plus ni
Juif ni Grec; il n'y a plus ni esclave ni homme libre; il n'y a plus ni homme ni femme:
car vous n'êtes tous qu'une personne dans le Christ Jésus.

»

Épître aux Galates
, saint Paul.
1

Saint Paul a perçu l’importance du lien fraternel entre les hommes quelque soit leur race
ou leur condition dès le début du christianisme, alors que la pratique de l’esclavage était
acceptée sans déranger les consciences. Aujourd’hui il est communément réprouvé, bien qu’il
se pratique encore en certaines contrées. L’état d’asservissement, d’assujettissement qui pèse
sur l’esclave n’est plus admissible, tant il est contraire à la dignité de l’homme. L’histoire a
montré que ce système d’exploitation économique à des fins commerciales, a engendré la
violence, la domination politique et la mort sociale de l’individu qui y est soumis. Il aura fallu
attendre le XIX
e
siècle pour que naisse enfin une vraie conscience réprouvant la perversité du
système esclavagiste.

À cette époque, l’Angleterre et la France constituaient les deux plus importants empires
coloniaux et l’esclavage y était particulièrement présent. L’antiesclavagisme naquit pourtant dans
ces deux puissances et c’est en Angleterre que la force du mouvement atteignit toute sa
vigueur. Il organisait la lutte contre la traite négrière sur le plan national et international ce qui
en fit sa particularité. Perçu comme une «
croisade
2

»
,
ce mouvement interpelle. Pour quelles
raisons l’Angleterre s’est-elle détachée du reste des nations occidentales en matière
d’abolitionnisme ? L’analyse comparative de la différence d’évolutions chez les Anglais et les
Français, paraît particulièrement révélatrice.


1


Bible de Jérusalem
, III, 26.
2
Olivier PETRE-GRENOUILLEAU,
Les traites négrières, Essai d’histoire globale
, Gallimard, coll. « Bibliothèque des
Histoires », Paris, 2004, p. 224.

2

La France a pris des mesures en faveur de l’abolition mais elles sont marquées par
l’inconstance notamment sur le plan législatif. En effet, la première abolition de l’esclavage est
votée en France au mois de février 1794 par les députés de la Convention, sous la pression des
révoltes d’esclaves dans les colonies des Antilles. Cependant, cette loi datant de la Terreur est
annulée le 20 mai 1802 par le gouvernement de Napoléon Bonaparte qui rétablit l’esclavage.

De son côté l’Angleterre, dès 1807, abolit fermement la traite atlantique, puis le 1
er
août
1833, vote l’Abolition Bill, par l’intermédiaire du Parlement. Il s’appliquera dans la plupart des
parties composant l’empire britannique. En France, il faudra attendre 1848 pour que le décret
d’abolition, rédigé par Victor Schœlcher, soit publié, faisant en fin de compte fi de l’opposition
des planteurs.

Dans ces deux pays, mais ailleurs aussi, il a fallu l’aide et l’engagement d’un bon nombre
de personnalités éclairées, pour lutter contre la vigueur d’un système qui remonte à l’Antiquité.

Les esclaves, «
instrument
[s]
animé
[s]
3
» tels qu’Aristote les définissait, étaient considérés
comme des personnes de condition non libre, destinées à être utilisées comme des outils
économiques. Ils pouvaient être vendus ou achetés, et dépendaient de la puissance absolue
d’un maître. Très présents déjà sous l’Égypte pharaonique du III
e
millénaire, les esclaves étaient
souvent des captifs noirs et faisaient l’objet de contrats, de vente, d’achat, de location ou
encore de prêt. Puis, plus tard, à Rome, sous la République comme sous l’Empire, ils étaient
utilisés dans les jeux du cirque où ils risquaient leur vie. Lors de l’expansion musulmane, les
traites négrières commencèrent et connurent un essor particulièrement important. On assista à
la naissance du racisme, les Africains étant, par le traitement qui leur fut réservé, totalement
déconsidérés et leur image bafouée. Or, peu de personnes osèrent s’élever contre
l’exploitation de ces derniers qui permettait d’assurer la prospérité d’un commerce
transsaharien particulièrement florissant.

Bien que les traites soient au départ d’origine musulmane, les occidentaux en reprirent
ela tradition à partir du XV, siècle qui correspond à la découverte de l’Amérique, et jusqu’au
XIX
e
siècle, au cours duquel l’abolition de l’esclavage fut décrétée, notamment en France et en
Angleterre.

3
Olivier PÉTRÉ-GRENOUILLEAU,
ibid.
, p. 70.

3

En effet, au XV
e
siècle, la découverte des Amériques demanda une main d’œuvre
importante nécessaire à son exploitation et à son développement et c’est pour répondre à ce
besoin que la traite négrière prit toute son ampleur. Afin de faire fonctionner ce commerce
négrier, des comptoirs et des forteresses furent établis le long de la côte africaine où
trafiquants et chasseurs de captifs maintenaient des liens étroits avec les populations africaines
internes, ce qui permit la mise en place d’un commerce d’esclaves interafricains. C’est donc à
partir du XV
e
siècle et jusqu’au XIX
e
siècle qu’il y eut une véritable expansion du système
esclavagiste aux Caraïbes-Amériques. Il se caractérisa par une exploitation économique, par la
peur, les violences physiques et mentales et par le silence infligé aux esclaves. Ce système légal
de longue durée mena à la mort d’une main d’œuvre non seulement recrutée en Afrique, mais
également sur place et réduite systématiquement en servitude. Les esclaves d’origine africaine
furent sollicités pour travailler essentiellement dans les mines et dans les plantations, présentes
dans les Caraïbes, dans le Sud des États-Unis et au Brésil. Là, l’esclavagisme donna lieu à de
grandes révoltes d’esclaves africains, que ce soit sur les plantations ou sur les navires négriers,
et c’est là que ce système fut non seulement le plus important mais également le plus durable.

Alors qu’au XVII
e
siècle, la traite négrière prend une véritable ampleur, on observe
l’apparition d’une spécialisation des navires dans la traite négrière et celle des grands réseaux
ecommerciaux. Le réveil des consciences ne s’opéra qu’au XVIII siècle, à partir duquel l’on
commence à bénéficier des témoignages d’esclaves – qui jusqu’alors étaient très rares – en plus
des témoignages de colons, d’administrations coloniales et de voyageurs. En effet, c’est au XVIII
e
siècle, que des témoignages d’esclaves, les
Slave testimonies,
sont publiés par des abolitionnistes
occidentaux qui voient en eux un moyen pour plaider la cause de ces esclaves, et la possibilité
d’arguments forts pour militer en faveur de leurs propres engagements. C’est à ce moment
qu’apparurent de manière publique les premières remises en cause de la légitimité religieuse et
morale de la traite négrière et de l’esclavage. Cependant, ce n’est qu’au XIX
e
siècle que naquit à
proprement parler le mouvement antiesclavagiste – divers individus et groupes d’individus
s’opposant à ce système – et que l’on vit l’apparition non seulement des premiers décrets
d’abolition définitifs, mais aussi celle des diverses émancipations. Beaucoup de campagnes
abolitionnistes britanniques, françaises ou américaines furent menées. Nombreux furent ceux
qui s’insurgèrent contre le système esclavagiste, qu’ils soient religieux ou non, croyants ou non.

4

La liste serait longue, mais pour ne citer qu’eux : Lamartine, Schœlcher, Joseph-Elzéar Morenas,
Jean-Baptiste Rouvellat de Cussac mais encore Mirabeau, Madame de Staël, Benjamin Constant,
Thomas Fowell Buxton, etc. Tous ont dénoncé les conditions inhumaines infligées aux esclaves :
le déracinement forcé, le rythme de travail insoutenable, la violence, les flagellations, les
tortures, la séparation, le manque de nourriture, les maladies, etc. C’est tout cela qui motiva le
courant antiesclavagiste à lutter et à militer en faveur de la suppression de ce système horrifiant
qu’est l’esclavage et à s’opposer à la réduction en esclavage des hommes quelle que soit leur
couleur, alors que seuls les armateurs et les planteurs trouvaient encore au XIX
e
siècle des
arguments pour le défendre…

Parmi les opposants au système il se trouvait aussi des chrétiens, mais parlaient-ils d’une
même voix ? Il semble intéressant de chercher à savoir quel fut leur point de vue.
Étonnamment, la Bible évoque peu le thème. L’esclavage y est décrit comme une réalité
sociale, mais il n’est pas jugé. Parfois, «
il est régulé pour en limiter les excès
», mais «
nulle part, il
n’est systématiquement combattu comme un mal
4
». Ce que l’on peut néanmoins affirmer, c’est que
la croyance chrétienne en un Royaume régi par une justice parfaite sous-entendrait la
suppression de ce genre d’injustices. Cependant, force est de constater que rien n’est déclaré
de manière claire et précise dans les Écritures. Ce n’est qu’avec les lettres de saint Pierre et de
saint Paul qu’un début de réflexion est lancé sur la condition de l’esclave et sur l’esclavage en
tant que tel. Ces deux disciples invitent les hommes à se tourner vers la béatitude céleste et
vers le salut de l’âme, et s’adressent ainsi aux esclaves comme aux maîtres. Selon le livre sacré,
les hommes ont été créés à l’image de Dieu et ont été dotés d’une âme raisonnable. De plus,
possédant tous la même nature et la même origine et ayant de ce fait tous été rachetés par le
sacrifice du Christ, les hommes sont égaux. Cette égalité, qui semble être celle de tous les
hommes et qui est revendiquée dans les Écritures n’a pourtant pas cessé d’être contestée
notamment avec l’instauration de l’esclavage. L’Occident, qui le pratiqua d’ailleurs comme
beaucoup d’autres, se donna bonne conscience sur ce sujet en s’évertuant à trouver des
arguments afin de le justifier. Les prétextes religieux furent eux aussi invoqués, ce qui entacha
considérablement l’histoire et l’image de l’Église. Cependant, l’absence d’un message clair et
précis à propos de l’esclavage dans les textes sacrés, les divers intérêts temporels des papes, le


4ee Alphonse QUENUM,
Les Églises chrétiennes et la traite atlantique du XV au XIX siècle
, Karthala, Paris, 2008, p. 24.
5

souvenir du passé esclavagiste antique et médiéval, la tradition des Grecs et des Romains, sont
autant d’éléments qui permettent d’expliquer que l’Église n’ait pas remis en cause la légalisation
de la traite. Mais au XIX
e
siècle, les choses changèrent et les chrétiens furent très nombreux à
s’engager pour la cause antiesclavagiste.

Alors, quelle vision de l’homme les chrétiens ont-ils eue au XIX
e
siècle pour s’opposer
au système esclavagiste ? Sur quoi se fonde l’opposition des chrétiens à l’esclavage et de quelle
manière y ont-ils répondu ?

Pour répondre à cela, une première partie servira à montrer que l’engagement des
catholiques dans la lutte antiesclavagiste a été ambigu et a tardé à se manifester, tandis que la
deuxième partie analysera l’apport considérable constitué par l’engagement des protestants
dans ce même combat. Enfin la dernière partie s’appuyant sur une comparaison des systèmes
français et anglais, sera réservée à l’étude des raisons de l’engagement prépondérant du
mouvement abolitionniste anglais.

6

I – L’ENGAGEMENT DES CATHOLIQUES TARDE À SE
FAIRE SENTIR


Les divers Papes, ne prirent sérieusement parti contre l’esclavage qu’à partir du XIX
e
,
siècle au cours duquel les dénonciations des chefs suprêmes de l’Église, qui jusqu’alors ne
s’exprimaient «
que du bout des lèvres
5
», devinrent de plus en plus radicales, essentiellement à
partir de 1839. Les communautés religieuses qui avaient été propriétaires d’esclaves œuvrèrent
aussi dans la perspective de l’émancipation des Noirs, tandis que vers 1835, les laïcs catholiques
commencèrent également à se réveiller pour combattre l’esclavage.

A-

Le discours papal fut un discours mouvant
Le mouvement abolitionniste a pris forme au XIX
e
siècle sans avoir le soutien de chacun
des six papes qui se succédèrent à la tête de l’Église catholique. En effet, cette dernière, à
quelques exceptions près, cautionnait la traite négrière, fournissant de nombreux alibis aux
armateurs négriers. Les intérêts qu’elle avait dans le système colonial peuvent en être la raison.
Mais l’Église pensait aussi l’esclavage bon car elle le voyait comme le moyen d’enlever le péché
hérité du fils indigne de Noé, Cham. Ce récit biblique raconte ce qui arriva à Cham, après qu’il
se soit moqué de son père, l’ayant vu complètement ivre : Noé, furieux, aurait alors décidé,
pour se venger, de maudire Canaan, le fils de Cham, afin qu’il devienne l’esclave des esclaves. La
descendance de Cham serait alors devenue noire et se serait éparpillée dans toute l’Afrique.
Ainsi les Africains, héritiers de Cham, seraient-ils condamnés à n’être que des esclaves. Cette
interprétation donna toutefois lieu, dès le XVIII
e
siècle, à des controverses : un semblant de
conscience apparaissait enfin. Curieusement, si l’esclavage des Indiens fut à cette époque
sévèrement condamné, celui des Noirs ne fit pas l’objet de changements notables : on ne décida
pour eux que d’une abolition progressive, alors que les Indiens bénéficièrent, eux, d’une

5
Serge DAGET,
La répression de la traite des noirs au XIX
e
siècle
, Karthala, Paris, 1997, p. 24.
7

abolition immédiate et définitive. Cela sembla donc transmettre l’idée que l’on ne leur
reconnaissait pas encore leur dignité humaine ou pire encore, que l’on ne souhaitait pas la
reconnaître immédiatement, pour ne pas nuire de manière trop brusque aux divers intérêts –
économiques notamment – des pays qui le pratiquaient.

Avec le regard de notre siècle, Jean-Paul II s’est indigné du fait que «
ces hommes, ces
femmes et ces enfants ont été victimes d’un honteux commerce auquel ont pris part des personnes
baptisées
6
»
.
Mais il ne faut cependant pas oublier de mettre en avant l’action de ceux qui
luttèrent – avec beaucoup de convictions – contre l’esclavage, parmi lesquels on retrouve
plusieurs papes du XIX
e
siècle.

Pie VII, à la tête de l’Église catholique de 1800 à 1823, fut le premier des papes du XIX
e
siècle à se prononcer en faveur de l’abolition de l’esclavage, inaugurant ainsi, comme le déclare
Jean Mpisi dans
Les papes et l’esclavage des Noirs : le pardon de Jean-Paul II
, «
la deuxième
génération des papes amis des Noirs
7
»
.
De son positionnement antiesclavagiste, il nous en reste
plusieurs traces dont sa lettre à Louis XVIII datant du 20 septembre 1814, où il déclarait que

«

[...]
la religion elle-même nous montre qu’elle désapprouve et maudit ce commerce ignoble
par lequel les Africains sont exploités et vendus comme s’ils n’étaient pas des hommes mais
tout simplement des animaux. Ils sont voués à une vie bien misérable par des travaux très durs
qui les épuisent jusqu’à la mort. C’est pourquoi tout le monde reconnaît avec raison que parmi
les plus grands biens que cette sainte religion a apportés au monde il y a pour une large part
que la condition d’esclavage a été supprimée ou sa pratique adoucie.
[...]
Et nous interdisons à
tout ecclésiastique ou laïc d’oser soutenir comme permis, sous quelque prétexte que ce soit, ce
commerce des Noirs ou de prêcher ou d’enseigner en public ou en particulier de manière ou
d’autre, quelque chose de contraire à cette lettre apostolique.
8
»

Plus tard, c’est le Pape Grégoire XVI qui reprit la suite de Pie VII en se positionnant lui
aussi contre l’esclavage, mais de manière encore plus radicale, alors qu’entre temps, Léon XII
(1823-1829) et Pie VIII (1829-1831), qui avaient succédé à Pie VII, avaient provoqué une rupture

6
Jean MPISI,
Jean-Paul II en Afrique (1980-2000) : le compte-rendu de ses 14 voyages dans 43 pays : ses attitudes et ses
discours, entre politique et religion
, L’Harmattan, 2004, p. 334.
7
L’Harmattan, 2008, p. 59.
8
Cité
in
Olivier PETRE-GRENOUILLEAU,
op. cit.
, p. 218.

8

importante avec la politique de leur prédécesseur, en prenant – en tout cas officiellement – le
parti des esclavagistes. Tout au long de son pontificat, qui dura de 1831 à 1846, Grégoire XVI
s’attacha à lutter contre l’esclavage et à le condamner fermement, notamment avec sa lettre
apostolique
In Supremo
datée du 3 décembre 1839. Avec celle-ci, il se situait dans la lignée des
papes tels qu’Eugène IV (1431-1447), Pie II (1458-1464), Paul III (1534-1549), Grégoire XIV
(1590-1591), Urbain VIII (1623-1644), Innocent XI (1676-1689), Benoit XIV (1740-1758) ou
encore Pie VII, qui, eux aussi, avaient affiché leur opposition à l’esclavage. Il souhaitait détourner
les chrétiens de toute pratique de l’esclavage, que ce soit des Noirs ou d’autres peuples. Ainsi
9condamna-t-il fermement ceux qui étaient «
honteusement aveuglés par ce sordide désir de gain
»
que représentait la réduction en esclavage et déclara-t-il qu’il avertissait et conjurait les
chrétiens

«
en vertu de l’autorité apostolique (...) que personne désormais n’ait l’audace de tourmenter
injustement les Indiens, les Nègres et d’autres hommes de cette sorte, de les dépouiller de leurs
biens ou de les réduire en esclavage, ou d’en aider ou d’en soutenir d’autres qui commettent de
tels actes à leur égard, ou de pratiquer ce trafic inhumain par lequel des Nègres, qui sont
réduits en esclavage d’une manière ou d’une autre, comme s’ils n’étaient pas des hommes mais
de purs et simples animaux, sont achetés et vendus dans aucune distinction en opposition aux
commandements de la justice et de l’humanité, et condamnés parfois à endurer les travaux
parfois les plus durs
[...]
10
»
.

Malheureusement pour l’Église, beaucoup d’évêques, membres du clergé et laïcs,
ignorèrent les enseignements antiesclavagistes qui leurs étaient adressés par le chef de l’Église,
prétextant à tort que le pape ne faisait que condamner la traite mais non ce qu’ils appelaient
l’esclavage domestique. Ils firent également fi des enseignements de la Bible qui affirmait que
tous les peuples étaient aimés de Dieu le Père et qui promettait pour tous la rédemption et le
bonheur éternels dans le Christ Jésus. Alors que certains pensaient plus ou moins innocemment

9

“shamefully blinded by the desire of sordid gain”
. Cette traduction anglaise du texte latin a été transposée en français
par nos soins. Disponible sur : www.churchinhistory.org/pages/booklets/slavery.htm
10

“We, by apostolic authority, (...) that no one in the future dare to bother unjustly, despoil of their possessions, or reduce to
slavery (...) Indians, Blacks or other such peoples. Nor are they to lend aid and favour of those who give themselves up to
these practices, or exercise that inhuman traffic by which the Blacks, as if they were not humans but rather animals, having
been brought into slavery in no matter what way, are, without any distinction and contrary to the rights of justice and
humanity, bought, sold and sometimes given over to the hardest labor”
. Cette traduction anglaise du texte latin a été
transposée en français par nos soins. Disponible
in ibid.

9

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