LA VÉNITIENNE

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d im 0 6/ 11 /2 01 1 la v é n it ie n n e [p r o g r a m m e 0 7] la vénitienne dimanche 6 novembre 2011 | 17h Antoine Dauvergne (1713-1797) La Vénitienne, comédie lyrique en trois actes sur un livret d'antoine Houdard de la motte w env. 3h (pause comprise) Chantal Santon, soprano (isabelle) Katia vellétaz, soprano (léonore) Kareen Durand, soprano (Spinette) isabelle Cals, soprano (isménide) mathias vidal, ténor (octave) alain Buet, baryton (Zerbin) Chœur de Chambre de namur les agrémens
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Publié le : lundi 26 mars 2012
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Source : opl.be
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la vénitienne
dimanche 6 novembre 2011 | 17h
Antoine Dauvergne (1713-1797)
La Vénitienne, comédie lyrique en trois actes
sur un livret d’antoine Houdard de la motte w env. 3h (pause comprise)
Chantal Santon, soprano (isabelle)
Katia vellétaz, soprano (léonore)
Kareen Durand, soprano (Spinette)
isabelle Cals, soprano (isménide)
mathias vidal, ténor (octave)
alain Buet, baryton (Zerbin)
Chœur de Chambre de namur
les agrémens
guy van Waas, direction
les mêmes interprètes viennent d’enregistrer La Vénitienne à la Salle philharmonique de
liège pour le label ricercar (parution à l’automne 2012).
Partition réalisée par le Centre de musique baroque de versailles (CmBv).
coproduction
Centre de musique Baroque de versailles (CmBv)
Centre d’art v ocal et de musique ancienne (Cav&ma)
Salle philharmonique de liège
opéra royal de Wallonie (orW)
avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles
(Direction générale de la Culture, Service de la musique)
de la loterie nationale
de la ville de liège
et de la province de liège (Service des affaires culturelles).
Sur le jeudi 17 novembre à 20h
dim 06/11/2011 la vénitienne
[programme 07]près 250 ans d’oubli, La Vénitienne d’Antoine Dauvergne (1713- anT oine daUverGne
1797) — le créateur de l’opéra comique — revient à la scène. Sur (1713-1797)aun livret remontant au règne de Louis XIV (1705), l’auteur réalise Antoine D AuVergne voit le jour à moulins et se rend à paris à la fn des années 1730. Sa
technique du violon enfamme ses contemporains qui distinguent en lui un talent hors du commun.
une synthèse des modernités de son temps : Rameau, Pergolèse, Grétry,
n ommé violoniste de la Chambre du roi en 1739, il intègre l’orchestre de l’académie royale peu
Mondonville semblent avoir après, avant d’en diriger les concerts (1752-1755). Conseillé et encouragé par r ameau et l eclair,
il écrit ses premières œuvres dès les années 1740 : 12 sonates pour violon, six sonates en trio et
réuni leurs plumes pour
quatre « concerts de symphonie ». en 1755, il est nommé Compositeur et maître de musique de la
signer cet ouvrage tour à tour Chambre du roi. Sept ans plus tard, il devient directeur du Concert Spirituel, poste qu’il ne quittera
qu’en 1773. C’est dans ce cadre qu’il compose une quinzaine de motets (aujourd’hui perdus),
tragique, tendre et burlesque.
accueillis avec enthousiasme. en 1769, il obtient enfn le poste de directeur de l’ académie royale
À la virtuosité des airs, (avec Joliveau, Berton et t rial). pour cette institution, il signe quatre tragédies lyriques (Énée &
Lavinie, Canente, Polyxène et Hercule mourant), deux opéras-ballets (Les Amours de Tempé et Les
à l’inventivité
Fêtes d’Euterpe), et d’autres ouvrages plus atypiques comme La Vénitienne. Dauvergne occupe
des ballets, à cette charge administrative par intermittence jusqu’en 1776, puis de 1780 à 1782 et de 1785 à
1791. entretemps, il obtient parallèlement le poste de Surintendant de la musique à versailles.
la pompe d’un
Son opéra-comique Les Troqueurs (1753) — le premier ouvrage du genre en France — révolutionna
grand orchestre, l’histoire du théâtre lyrique et reste paradoxalement son œuvre la plus célèbre.
se mêle l’esprit
piquant du Siècle
des Lumières. DaUvergne La vÉniTienne (1768)
Une re-création
ProLixe. Dès leurs débuts à la tête de prolixe et avait fourni à ce théâtre un grand
à Liège !
l’académie royale de musique en 1767, les nombre d’ouvrages remarqués. C’est surtout
nouveaux directeurs Berton et t rial cherchent la mise en répétition de La Vénitienne, qui
« à exciter l’émulation parmi les musiciens devait paraître sous peu, qui fut au cœur de
et les poètes lyriques » en annonçant « une cette décision.
augmentation de récompense en faveur des
nouVeAu genre. la création de La
1 auteurs qui travailleront pour leur théâtre ».
Vénitienne eut lieu au milieu d’une série de
Un an plus tard, deux auteurs bénéfcient de
reprises, longtemps après la dernière création
leur générosité : mondonville et… Dauvergne.
lyrique d’importance qu’avait été Ernelinde
le premier se voit ainsi récompensé pour des
princesse de Norvège de philidor (1767).
services rendus depuis près de 15 ans, alors
l ’enjeu était tout autre : si philidor prétendait
que ses ouvrages représentaient, aux côtés
révolutionner le style du grand genre tragique,
de ceux de rameau, la base du répertoire.
Dauvergne entendait inventer un nouveau
avant mondonville, seul rameau avait connu
spectacle léger, en repositionnant la comédie
une semblable reconnaissance fnancière.
lyrique parmi les autres types de spectacle
Que Dauvergne se voit honoré de la même
alors proposés aux parisiens.
pension était plus inattendu, mais loin d’être
totalement injustifé. en effet, depuis 1752,
Dauvergne s’était montré particulièrement
1 Mémoires secrets, 16 avril 1767.
giovanni Battista piazzetta, La Diseuse de bonne aventure (1740), v enise, académie.
2 3anonyme, Portrait d’Antoine Dauvergne, p aris,
Bibliothèque nationale de France (Bibliothèque-musée de l’opéra).
eouVrA ge coMique. le livret de La MAgie noire. le principal reproche résidait tout au long du XiX siècle : en ce sens, La
Vénitienne, signé antoine Houdar de la dans le choix du livret et le style ambigu Vénitienne paraissait trop tard… ou trop tôt !
motte, avait été mis en musique par michel de la musique, oscillant entre légèreté et
reMAnieMent. la musique, quant à elle,
de la Barre et créé en 1705, sans aucun grandiloquence : « l’ensemble du spectacle a
était jugée en maints endroits comme d’une
succès. alors titrée « comédie-ballet », mais paru peu intéressant, et trop sombre pour une
grande et belle facture : ainsi en fut-il, au
5répondant en fait au genre peu usité de la comédie-ballet »notaient certains. le second
premier acte, du monologue de léonore,
« comédie lyrique », La Vénitienne s’inscrivait acte surtout, se déroulant dans l’antre de la
dont la musique, « d’un genre très agréable,
parfaitement dans le goût du temps pour maléfque isménide, laissa perplexe : « rien
a été vivement sentie et généralement
le ton comique et l’inspiration exotique de n’est plus ingénieux certainement que l’idée de
applaudie », de l’ariette de Spinette « que nous
venise. en 1768, le choix que Dauvergne cette scène […] ; mais on a trouvé que la magie
citons comme une des plus agréables de cet
ft de ce poème était tout particulièrement en était trop noire pour un drame qui porte
opéra », du duo de léonore et octave « dont la
original, car il proposait de remonter un le titre de comédie ballet. il est vrai qu’elle
musique est d’un très bel effet », d’un air de
ouvrage comique sur la scène de l’académie ne diffère point de celle de nos plus sombres
barquerolles, enfn, faisant « honneur au goût
royale, théâtre dévolu à la tragédie, au ballet tragédies lyriques. la devineresse s’y présente
7et au génie de m. Dauvergne . » globalement,
et à la pastorale. Durant la seconde partie avec tout l’appareil effrayant des Circé et
tout le premier acte était donc « d’un beau
edu Xviii siècle, seules quelques comédies des médée. Cependant, en réféchissant sur
8chant, d’un chant naturel . » le second acte
lyriques avaient vu le jour : Les Amours de l’intrigue de ce poème, il est facile de sentir
se hissa plus haut encore dans l’estime des
Ragonde de mouret (1742), Platée (1746) et que, si l’auteur eût voulu répandre sur sa
critiques : ainsi fut-on d’avis que le monologue
Les Paladins (1760) de rameau. C’est sur les Échec frA c AssAnt. La Vénitienne fut magie des nuances plus gaies, il eût manqué
de Zerbin « est rendu par le musicien d’une
tréteaux de la foire, à l’opéra-comique, que pourtant un échec fracassant, le pire qu’ait tout l’effet de ses deux scènes. la teinte qu’il
manière sublime. Ce morceau, si digne de
le public cherchait à rire, et certainement connu l’auteur jusque là. la première, prévue a prise était absolument nécessaire au fl de
la réputation de son auteur, est un des plus
pas à l’opéra. mais Dauvergne, qui s’était le 3 mai, fut repoussée au 6 car les artistes son action qu’il a développée avec un art infni.
beaux que l’on ait entendus jusqu’ici sur ce
illustré jusque-là aussi bien dans le genre n’étaient pas prêts. la première ne fut pas la richesse d’invention qui brille dans cet acte
théâtre. » Quant aux chœurs infernaux, ils
sérieux que dans le genre burlesque, pensait très applaudie : « le succès de cet opéra parut est demeurée en pure perte pour lui faute
« ne cèdent en rien à ceux même qui ont le
sans doute avoir assez de talent pour réussir d’abord très équivoque ; mais dans le cours d’avoir mieux concilié l’intérêt des spectateurs
9plus illustré l’incomparable rameau . » la
ce pari, sans même retoucher le livret des représentations suivantes, le public a avec celui de ses personnages. le sujet de la
grande tradition française était donc encore
originel de la motte, sinon en supprimant le semblé prendre plaisir à rendre de plus en consultation d’octave est trop peu grave pour
vivace sous la plume de Dauvergne, quand
prologue. Certains chroniqueurs saluèrent plus justice aux talents reconnus du célèbre une si grande profusion de couleurs sombres.
bien même la science de son contrepoint
la remise en musique d’un poème ancien, compositeur qui n’a pas craint de redonner D’ailleurs, le mélange de sérieux, de comique
avait de quoi rebuter certains auditeurs :
et appelèrent à généraliser cette pratique : l’être à ce drame, susceptible en effet des et de tragique déplaît toujours partout où il
« peut-être avons-nous tort de trouver
« m. Dauvergne, Surintendant de la musique plus grandes beautés musicales, quoique d’un se trouve. les plaisanteries de Zerbin devant
les chœurs un peu trop bruyants, ou trop
3du roi, en traitant de nouveau ce sujet, donne genre à essuyer bien des contradictions . » le une magicienne de l’aspect le plus redoutable
10travaillés dans la manière des motets » ?...
à nos compositeurs un exemple, qu’il y aurait même commentateur poursuivait en appuyant n’ont point été goûtées. on ne s’est point
la fn du troisième acte fut sans doute la
pour eux bien de l’avantage à suivre. au lieu le choix de Dauvergne : « il n’est pas étonnant prêté à la nécessité de ces disparates pour
principale raison des critiques dont le livret
6de se charger de mauvaises paroles, dont que les détails charmants dont cet ouvrage est le jeu de l’action . » C’était donc refuser
fut l’objet : « le dénouement de ce poème
la faiblesse et le ridicule, perçant à travers rempli aient séduit m. Dauvergne à la lecture, en bloc le « demi-caractère » qui avait été
n’était point assez heureux pour exciter de
les plus beaux sons, font toujours perdre à et il est très excusable de s’être aveuglé sur celui des premiers opéras de lully (Cadmus
grands applaudissements. […] on a cru devoir
l’expression musicale, ils devraient choisir, ces défauts ; mais il y a tout lieu d’espérer que et Hermione, Alceste et Thésée) et qui sera
remédier à ce défaut en [le] changeant. »
dans le fond des anciens opéras qu’on ne joue les beautés de la musique, plus admirées de surtout l’apanage du grand opéra-comique
plus, les meilleurs poèmes, et les remettre en jour en jour, répareront suffsamment les torts
2 4musique . » du poète . »
5 L’Avant Coureur, 1768, p. 313.
6 Mercure de France, juin 1768, p. 174.
7 Ibid.
2 affches, annonces, et avis divers, mercredi 18 mai 1768, n° 20, p. 80. 8 affches, annonces, et avis divers, mercredi 18 mai 1768, n° 20, p. 80
3 Mercure de France, juin 1768, p. 174. 9 Mercure de France, juin 1768, p. 174.
4 Ibid. 10 affches, annonces, et avis divers, mercredi 18 mai 1768, n° 20, p. 80.
4 5Dans la version remaniée pour la troisième et dernière représentation, léonore ne s’enfuie plus SYnoPSiS isabelle, qui a suivi son amant, croit le
mais participe au contraire à la réconciliation des deux amants. Cet aménagement du livret surprendre en la personne de Zerbin assoupi.
iSaBelle, noble vénitienne
impliqua une réécriture partielle de la musique dont la partition manuscrite, abondamment elle veut se venger de lui et s’apprête à le
léonore, noble v
raturée, témoigne encore aujourd’hui. frapper de son poignard, mais Zerbin se
oCtave, noble vénitien
réveille. il confesse à isabelle la présence
subtiLitÉ et chA toieMent. Sous cette forme, La Vénitienne ne connut pas plus de succès, iSméniDe, devineresse
d’octave venu consulter isménide. les
preuve que l’ouvrage était intrinsèquement décalé par rapport à la scène où il fut représenté. ZerBin, suivant d’octave
entendant venir, tous deux se cachent. octave
avec deux siècles de recul, tout ce qui fut alors jugé comme des faiblesses apparait au contraire Spinette, suivante d’isabelle
interroge la devineresse qui fait apparaître les
comme une étonnante singularité. À la croisée des styles baroques et classiques, à la croisée
démons et entame des cérémonies magiques.
de la manière de rameau et de celle de p ergolèse, la musique de Dauvergne paraît ici dans
ac Te i l ’antre est plongé dans l’obscurité. isabelle en
toute sa subtilité et son chatoiement. il n’est ni question de poursuivre la manière de l’ancienne
profte pour se substituer à l’oracle et intimer
tragédie lyrique, ni question de signer une partition d’opéra-comique. il est au contraire À venise. des jardins et, au loin, la place
à octave de mettre fn à son nouvel amour
question de s’élever au-dessus de ces genres et de ces styles pour imaginer un théâtre musical Saint-marc. léonore regrette de n’avoir pas
et de retourner à isabelle, sous peine d’être
kaléidoscopique, capable d’amuser et d’émouvoir dans un seul et même geste. À n’en pas douter, aimé plus tôt. isabelle, son amie, l’accuse
entraîné aux enfers. isménide et les démons,
Dauvergne possédait ce talent à un degré supérieur. de lui avoir pris son amant, octave. léonore
étonnés eux-mêmes de se revirement, fuient
répond qu’elle l’ignorait et qu’elle n’éprouve
D’aprèS BenoÎt DratWiCKi, Antoine D AuVergne (1713-1797). dans la plus grande confusion.
de sentiments que pour un inconnu dont elle
une c Arrière tourMentÉe DAns LA frAnce Music ALe Des LuMières.
n’a pas encore vu les traits. isabelle révèle à
aveC l’aimaBle aUtoriSation DeS éDitionS marD aga
sa suivante Spinette que l’inconnu n’est autre ac Te iii
qu’elle-même qui, masquée, suivait son amant
Le théâtre représente un salon préparé pour
par jalousie. elle se lamente : il est diffcile
un bal. Léonore seule. léonore se lamente de
d’aimer et d’être aimée. Spinette se cache
la fuite du temps et de l’absence de l’inconnu
à l’approche d’octave. léonore résiste aux
dont elle est éprise. octave la rejoint et vante
supplications de ce dernier et lui rappelle son
les plaisirs de l’amour. léonore lui résiste
amour pour isabelle. on entend une musique
toujours. octave s’en irrite mais isabelle, sous
vive : une troupe de barquerolles, conduite
l’habit d’un noble vénitien, paraît avec une
par Zerbin, le valet d’octave, vient chanter
troupe de masques. léonore reconnaît celui
les plaisirs de l’amour. mais léonore reste
qu’elle aime et tente d’éloigner octave en lui
insensible. le maître et le valet se désespèrent
demandant d’aller chercher isabelle. Celui-ci,
de n’avoir pu vaincre ses résistances. en
indigné, fait mine de partir mais se cache pour
dernier recours, octave décide de consulter la
démasquer son rival. isabelle assure léonore
devineresse isménide sur le sort de son amour
de son amour, mais lui fait part de ses craintes
pour léonore. Spinette, qui a tout entendu,
qu’octave ne réussisse à la séduire. léonore
court prévenir isabelle.
la réassure. octave ne peut plus se contenir
et sa jalousie éclate au grand jour. isabelle,
ac Te ii toujours masquée, accroît son irritation par
des propos piquants. octave est prêt à la tuer
Le théâtre représente un antre faiblement
lorsque celle-ci se démasque et le menace
éclairé par une lampe. octave, déguisé en
à son tour de son poignard. léonore, plus
valet, et Zerbin, habillé en noble vénitien,
amusée que chagrinée de sa méprise calme
arrivent près de l’antre d’isménide. Zerbin
les esprits et engage isabelle et octave à unir
tremble et chancelle à l’aspect de cette
leurs destinées. isabelle presse son amant de
demeure lugubre.
lui revenir ; octave, fnalement touché, implore
Zerbin s’est enivré pour se donner du courage. son pardon à genoux. Une grande fête conclut
pourtant il en manque quand octave le laisse l’opéra.
seul pour avertir les Devins. effrayé et grisé
tout à la fois, il s’endort.
giovanni antonio Canal, Le débarquement d’un ambassadeur français à Venise, vers 1740.
6 7présence, redoublons cependant nos soins,La vÉniTienne, ComéDie-Ballet,
et je me livre à l’esperance Pour ramener l’ingrat sous mon empire :
rePrÉSenTÉe, P ar L’ acadÉmie-ro YaLe de mUSiQUe, Le mardi 3 mai 1768. D’y voir enfn ses traits, qu’il m’a toûjours qu’ici de tous ses pas tes yeux soient les
cachés. témoins ;
le p oeme est de la motte.
observe tout, pour m’en instruire.
la musique est de m. D aUvergne, Surintendant de la musique du roi. iSaBelle.
c’est assés ; mon amant n’a point touché
aCteUrS CHantantS :
votre âme, ScÊne iv. Spinette, SeUle.
iSaBelle. | léonore. | oC tave. | iSméniDe, Devineresse.
Mes soupçons ne m’agitent plus.
ZerBin, v alet d’oCtave. | Spinette, suivante d’iSaBelle. | BarQUerolleS. De mille amants en vain nous recevons les
DevinS et DevinereSSeS. | maSQUeS. | tirroloiS. léonore. vœux,
Je vais encor, par de nouveaux refus, on les perd sans retour en terminant leurs
la Scêne est à veniSe.
servir votre amour & ma fâme. peines ;
Les perfdes brîsent leurs nœuds
ac Te Premier. Dès qu’ils ont formé notre chaîne[.]
ScÊne iii. iSaBelle, Spinette.
on ne soûpire long-tems
le theâtre représente des Jardins, & dans l’éloignement, la place Saint marc.
Spinette. que pour des beautés cruëlles :
L’Amour répond à ses souhaits, Les peines font les cœurs constants,
ScÊne Premiere. léonore, SeUle. iSaBelle.
son bonheur est extrême. Les plaisirs font les infdeles.
quoi ! les jeux que l’ingrat vous offre
t endres Plaisirs, charmants Amours, cachons-nous ; observons octave, que
chaque jour... iSaBelle.
Ah, que n’ai-je plûtôt senti votre puissance ! j’entends.
Juge si ses plaisirs peuvent être parfaits ;
Deviés-vous dans l’indifference léonore.
Je suis cet inconnu qu’elle aime.
Laisser coûler mes plus beaux jours ? quand il me les offrit j’ignorois son amour.
ScÊne v. oCtave, léonore,
Du-moins gardons-nous bien d’éteindre Spinette.
iSaBelle. Spinette, C aCHée.
Les feux que dans mon cœur l’Amour que dites-vous ?
Mais vous n’en doutés plus, & les souffrés
daigne allumer : oCtave et léonore, ensemble.
encore : iSaBelle.
Au lieu de m’en laisser charmer, oCtave… non, ne redoutés plus l’Amour.
La fête qu’il vous donne aujourd’hui Lorsque de mon amant
f alloit-il perdre, helas ! tant de tems à les leonore… non, ne me parlés plus
marque bien… Je vis l’inconstance fatale,
craindre ? d’amour.
Je le suivis partout sous un déguisement
t endres Plaisirs, charmants Amours, &c. léonore.
qui m’a livré le cœur de ma rivale. oCtave.
cessés d’accuser Léonore :
L’ingrat trouve en moi-même un obstacle à Votre ferté s’accroît sans-cèsse.
Pour calmer votre cœur, connoissés tout
ScÊne ii. léonore, iSaBelle, Spinette. ses vœux.
le mien. léonore.
iSaBelle. c’est dans les premiers jeux que me ft voir Spinette. Vos transports importuns redoublent
quoi ? vous me trahissés, ingrate Léonore ! octave, sa trahison pour vous en est moins chaque jour.
De la tendre amitié vous brîsés tous les que la paix sortit de mon cœur : rigoureuse.
oCtave.
nœuds ! De l’Amour il devint l’esclave,
iSaBelle. A votre tour cedés à ma tendresse.
L’amant, qui m’aimoit, vous adore, un inconnu fut mon vainqueur.
L’infdele n’est point heureux ;
et votre cœur reçoit ses infdeles vœux. ses yeux furent les seules armes léonore.
Mais en suis-je moins malheureuse ?
Dont l’Amour se servit pour domter ma t rïomphés-en à votre tour.
léonore. non, l’Amour ne veut pas que l’on goûte à
ferté :
L’amitié n’a point à se plaindre : la fois oCtave et léonore, ensemble.
D’un seul de ses regards mon cœur fut
Votre amant, sous mes loix, ne sauroit être Le doux plaisir d’aimer & d’être aimée. oCtave… non, ne redoutés plus l’Amour.
enchanté ;
heureux ; t ant que ses feux ne m’ont point enfâmée, leonore… non, ne me parlés plus
Le masque me cacha le reste de ses
et vous verrés bientôt mourir ses nouveaux L’inconstant que je pleure a féchi sous mes d’amour.
charmes.
feux, loix ;
il me parle à ces jeux, que vous me léonore.
si le mépris les peut éteindre. Mais l’ingrat m’a trahie aussitôt que
reprochés ; Pourriés-vous oublier les charmes
charmée.
d’isabelle ?Le bal même aujourd’hui me promet sa
non, l’Amour, &c.
8 9oCtave. ScÊne vi. oCtave, iSaBelle, Spinette, ScÊne vii. oCtave, léonore, ZerBin, ac Te Second.
Je vous vois mille attraits, plus brillants & CaCHée, troUpe De BarQUerolleS, Spinette, C aCHée.
le théâtre représente un antre, éclairé
plus doux. ZerBin, ConDUiSant la Fête.
oCtave. par une lampe.
léonore. ZerBin. quoi ! toûjours de l’Amour voulés-vous vous
Vous devés n’aimer qu’elle. que pour cithere, deffendre ?
chacun vienne s’embarquer ; Vous voyés tous les cœurs charmés de ses ScÊne Premiere. oCtave, DégUiSé
oCtave.
Pour être heureux, il faut risquer ; appas ; en v alet, ZerBin, DégUiSé en noBle
Je ne puis aimer que vous.
quand on sait plaire, t out vous prèsse de vous rendre. vénitien.
léonore. Jamais, le vent n’est contraire :
léonore. oCtave.
Après mille serments, seriés-vous Jeunes cœurs, venés tous,
Mon cœur ne m’en prèsse pas. t es pas sont incertains, qui te fait
infdele ? il n’est point d’écueils pour vous.
chanceler ?
(Les barquerolles forment le
oCtave.
divertissement.) ScÊne viii. oCtave, ZerBin, ZerBin.
Le jour que je vous vis, je les oublïai tous.
Spinette, C aCHée. Puis-je entrer ici sans trembler ?
le CHŒUr.
léonore. Pour braver les périls, où votre amour
Donnés-nous des jours fortunés ; oCtave.
Vous me verrés toûjours insensible & m’engage,
regnés, tendres Zéphirs, regnés seuls sur L’ingrate !
cruëlle. J’ai voulu de bacchus emprunter le
les ondes ; Viens, Zerbin : je veux consulter isménide,
secours :
oCtave. que dans leurs cavernes profondes elle habite près de ces lieux ;
Dans sa liqueur j’ai cherché du courage,
Je vous aimerai, même avec votre couroux. t ous les vents demeurent enchainés. on dit que l’avenir est sans voile à ses
Mais je sens bien que j’en manque toûjours.
(Le divertissement.) yeux :
léonore.
sur le sort de ma fâme il faut qu’elle oCtave.
J’éteindrai vos ardeurs, par mon ZerBin, à leonore.
décide. c’est m’offenser que de rien craindre :
indifference. Au plus aimable voyage
suis mes pas. rassûre-toi, Zerbin, & songe à te
L’Amour veut vous engager ;
oCtave. contraindre.
ce dieu commande à l’orage, ZerBin.
Je vaincrai vos mépris, par ma il faut de nos Devins essayer le pouvoir ;
Vous voguerés sans danger. Vous pourriés sans moi…
perséverance. De ton déguisement soûtiens bien
il est cent douceurs qu’on goûte
oCtave. l’apparence ;
léonore. Dans l’espoir d’un plus doux sort ;
Viens ; je le veux. Par-là nous allons bientôt voir
cessés de m’aimer dès ce jour. et les plaisirs de la route
ce que je dois fonder d’espoir sur leur
Valent presque ceux du port.
oCtave. puissance.
Au plus aimable voyage, &c. (on danse.)
commencés d’aimer dès ce jour. Je vais les avertir : demeure.
non, ne redoutés plus l’Amour. ZerBin, alternativement avec le CHŒUr.
ZerBin.
L’Amour nous prèsse,
léonore. quoi ! sans vous ?
suivons-le sans-cèsse,
non, ne me parlés plus d’amour. Je ne puis.
t out doit s’enfâmer.
oCtave et léonore, ensemble. oCtave.
ZerBin.
oCtave… non, ne redoutés plus l’Amour. obéis, si tu crains mon couroux.
qu’envain le vent gronde
leonore… non, ne me parlés plus
qu’il souleve l’onde ;
d’amour.
Pourquoi s’allarmer ?
(on entend une simphonie.)
Amour, tu nous menes ;
léonore. nos craintes font vaines,
D’où viennent ces concerts ? quel spectacle t u sais les calmer. (on danse.)
s’apprête ?
Vous voulés perdre encor quelque nouvelle
fête.
10 11ScÊne ii. ZerBin, SeUl. ScÊne iii. iSaBelle, ZerBin, enDormi. ZerBin. ScÊne iv. oCtave, iSméniDe,
L’Amour, dont mon maître est l’esclave, DevinereSSe, ZerBin, troUpeS De
ciel ! il me laîsse, il m’abandonne ! iSaBelle.
est l’unique raison que j’aie à vous donner, DevinS & De DevinereSSeS, iSaBelle,
que je vais payer cher ses nouvelles J’ai su que mon amant doit se rendre en
Mais, ciel ! est-ce bien vous ? ma frayeur se leS oBServant SanS être vUe.
amours !… ces lieux,
redouble.
où suis-je, malheureux ? je tremble, je Mon dépit m’engage à l’y suivre ; oCtave.
Vous me voyés tout interdit :
frissonne ! Je brûle de punir son amour odïeux. Vous, pour qui l’avenir n’a rien
Ah ! si vous êtes un esprit,
quoi, bacchus, ai-je envain imploré ton Mais que vois-je ? c’est lui que le someil me d’impénétrable,
Disparoissés, de grâce, & dissipés mon
secours ? livre. qui des plus sombres cœurs percés tous
trouble.
ne saurois-tu bannir le trouble qui t u peux dormir, ingrat, & tu trahis mes les détours ;
m’étonne ? feux ! iSaBelle, lui touchant l’epaule. Vous savés qui de nous cherche votre
quels funestes objèts s’offrent à mes Le repos entre-t-il dans le cœur d’un t out esprit que je suis, n’en conçois point secours :
regards ? perfde ? de peur. Prononcés-lui du sort l’arrêt irrévocable.
Je crois voir s’élever mille spectres Ah ! vengeons-nous, vengeons le mépris de
ZerBin, fuyant. iSméniDe.
terribles ; nos vœux ;
Je suis mort ! Vous croyés me surprendre, en me cachant
Des monstres, sous mes pas, naissent de L’amour gémit envain, la colere décide.
vos vœux ?
toutes parts… regnés, haîne, fureur ; triomphés iSaBelle.
quel bruit affreux ! quels cris ! quel aujourd’hui ; Je ne veux que punir un perfde. oCtave.
hurlements horribles ! non, non, ne souffrés pas que mon cœur que fait ton maître ? Votre art découvre tout ; c’est à nous de
f uyons… mais par où m’échapper ? s’attendrisse. nous taire.
ZerBin.
La frayeur, pour sortir, me cache le L’ingrat ne m’aime plus ; qu’il meure, qu’il
hélas ! il consulte isménide, iSméniDe, à part.
pâssage. périsse !
Pour apprendre le sort de sa nouvelle n’importe, malgré leur mistere,
ciel ! quelle main m’arrête ? & quelle et, si je l’aime encor, périssons après lui.
ardeur. en les intimidant, tâchons à juger d’eux.
affreuse image ! regnés, haine, fureur ; triomphés
(elle observe leurs mouvements.)
quel géant furieux est prêt à me frapper ? aujourd’hui. iSaBelle.
Les démons à ma voix vont paroître en ces
Lâche, tu n’entends rien ; rougis de tes (elle va pour lui ôter son poignard & l’en ciel !
lieux ;
allarmes. frapper.)
ZerBin, tremblant. Pourrés-vous soûtenir leur terrible
bacchus, viens dissiper les erreurs de mes
ZerBin, se réveillant. De son changement l’injustice est extrême ; présence ?
sens ;
Ah ! J’ai, cent fois, condamné ses volages
ne m’as-tu donc prêté que d’impuissantes oCtave.
amours ;
armes ? iSaBelle. Parlés, je ne crains rien.
Je lui vante isabelle & je la sers toûjours
Ah ! je te reconnois au calme que je sens. quelle est cette voix !
comme si c’étoit pour moi-même. ZerBin.
Livrons-nous au fommeil, où ce dieu nous
ZerBin. Moi, je crains tout : o Dieux !
convie, iSaBelle, à part.
o disgrace nouvelle !
enchantons mes frayeurs sous ses on vient. L’amour jaloux oCtave.
que vois-je ? que croirai-je ! êtes-vous
charmants pavôts. M’inspire le dessein de les confondre tous. Présentés, s’il le faut, tout l’enfer à nos
isabelle ?
que le sort des mortels est peu digne yeux,
ou ne seroit-ce point plûtôt quelque démon
d’envie ! et répondés à son impatience.
qui, sous les traits de cette belle,
Les plus doux plaisirs de la vie,
Vient effrayer mes sens & troubler ma iSméniDe.
sont de n’en point sentir les maux.
raison ? Je pénetre au fond de vos cœurs.
(il s’endort.)
envain vous vous cachés sous ces dehors
iSaBelle.
trompeurs ;
qu’entends-je ? ce n’est point octave !
Je ne saurois vous méconnoître.
sous ce déguisement, qui te peut amener ?
(à octave.) Vous me cherchés, vous seul, &
Parle.
vous êtes son maître.
12 13oCtave. ZerBin. ac Te TroiSieme. oCtave, à part.
Vous savés quel dessein en ce lieu me ne suis-je pas déja dans les sombres quels soupçons viennent m’agiter !
le théâtre représente un Sallon, préparé
conduit ? royaumes ? Demeurons, & sachons s’il s’y faut arrêter.
pour un bal.
isMÉniDe, embarrass[é]e. J’ai beau fermer les yeux je vois mille
souvent… l’Amour… fantômes.
ScÊne iii. iSaBelle, maSQUée &
ZerBin. iSméniDe. ScÊne Premiere. léonore, SeUle. DégUiSée en venitien, léonore, oC tave,
ciel ! quel démon l’instruit ? cette sombre luëur nuit encore à mes CaCHé.
quand je revois l’objet de mes amours,
charmes.
iSméniDe. Le tems s’enfuit d’une vîtesse extrême ; iSaBelle.
que ces fambeaux éteints laîssent regner
L’Amour vous fait sentir ses plus rudes Mais, hélas ! il suspend son cours, Je vous revois enfn, aimable Léonore.
la nuit ;
atteintes. quand je ne vois plus ce que j’aime. que de nouveaux attraits ! que mes yeux
(à octave.) bientôt, pour prix de vos
o t ems ! servés mieux nos desirs ; sont charmés !
ZerBin. allarmes,
réparés de l’Amour les rigueurs
chaque mot redouble mes craintes. De votre sort vous allés être instruit. léonore.
inhumaines ;
(on éteint la lampe qui éclairoit l’Antre.) hélas ! vous m’assûrés toûjours que vous
oCtave. Arrêtés-vous, pour fxer ses plaisirs,
m’aimés,
Apprenés-moi quel sort il réserve à mes iSaBelle, à part, dans le fond. Volés, pour abréger ses peines.
et je n’ai pu vous voir encore.
feux. Avançons : la clarté ne me fait plus
d’obstacle ; iSaBelle
iSméniDe. ScÊne ii. léonore, oC tave.
Proftons de la nuit & prononçons l’oracle. Je perdrois votre cœur, pour contenter vos
Laissés-nous célébrer nos misteres
octave, roms tes nouveaux fers : oCtave. yeux ;
affreux.
si ce jour ne te voit sous les feux d’isabelle, Vous rêviés seule en ce séjour ; Vous m’en aimeriés moins si vous me
o vous, qui vivés sous mes loix,
Je tiens le fer levé sur ton cœur infdele ; La solitude invite à l’amoureuse fâme : voyiés mieux.
De mes enchantements, Ministres
ne craignes-vous point que l’Amourcette nuit, avec moi, je t’entraîne aux
redoutables, léonore
enfers. ne prenne ces moments pour surprendre
f aites tout retentir de vos cris effroyables ; que dites-vous, ingrat ? ces injustes
votre âme ?
contraignés le Destin de répondre à ma iSméniDe & le CHŒUr. allarmes
voix. quelle horreur ! quel prodige ! o Dieux ! léonore. Vous obligent à vous cacher ?
L’Amour coûte trop de soûpirs.f uyons, fuyons de ces funestes lieux.
le CHŒUr. iSaBelle.
(ils sortent tous.) on se plaint, on languit dans ses plus
que tout tremble, que tout frémisse ! J’aurois en vain les plus aimables charmes,
douces chaînes ;
que de nos voix tout retentisse. iSaBelle, seule. ils pourroient ne vous pas toucher.
il n’est jamais sans desirs,
(les Devins font leurs cérémonies t oi, qui m’a inspirée, acheve ton ouvrage, c’est par ma seule ardeur que je prétends
et les desirs sont des peines.
magiques.) vous plaire.Amour ! c’est à toi seul de me rendre
volage. oCtave.
léonore.iSméniDe.
L’Amour seul peut nous satisfaire ;
noir souverain des ténébreux abîmes, Vos refus ne font voir qu’une ardeur bien
sans lui rien ne peut nous charmer.
Du destin à nos yeux dévoile les secrèts : legere.
Le plus doux plaisir est d’aimer,PaUSePour prix de tes bienfaits,
et le plus sensible est de plaire. iSaBelle.
Puisse par-tout la mort t’immoler des
(isabelle, masquée, paroît avec une troupe Mon cœur brûle de mille feux,
victimes !
de Masques.) Le plus sensible amour auprès de vous
que la guerre en cent lieux répande la
m’appelle ;
terreur ; léonore, à part.
non, dans tout l’empire amoureux,
que la rage cruëlle empoisonne ses armes ; L’objet qui m’a charmé vient de frapper
Vous ne trouverés point un amant plus
mes yeux,que les cris, le sang & les larmes
fdèle.
signalent par-tout sa fureur. Éloignons un moment son rival de ces lieux.
Mais si mon cœur est tendre, il n’est pas
(à octave.) octave, allés vous-même avertir
le CHŒUr. moins jaloux :
isabelle.
que la guerre, &c. Je crains qu’octave un jour ne vous
sa présence embellira vos jeux ;
féchisse ;
Vous lui devez cette marque de zèle.
14 15il vous rend mille soins… abandonnés-vous ? oCtave. ScÊne derniere. oCtave, iSaBelle,
t ant d’amour pénètre mon âme ; ZerBin, Spinette, troUpe De maSQUeS
léonore. oCtave.
Plus charmé que jamais, je tombe à vos QUi entrent en D anSant.
Je les méprise tous. ingrate, c’est lui seul qui cause vos
genoux :
allarmes ; le CHŒUr.
iSaBelle. Accordés le pardon d’une infdele fâme
c’est pour lui que coûlent ces larmes. Loin de nos jeux, importune sagesse,
n’importe, son amour m’est un cruël A celle dont mon cœur brule à jamais pour
Ah, vengeons-nous, brîsons un funeste ne troublés point un si beau jour ;
suplice. vous.
lien ! Accourés, aimable jeunesse,
Ah ! cachés à ses yeux les beautés que je
De son sang odïeux voyés rougir mes iSaBelle. Amenés les ris, & l’Amour. (on danse.)
voi ;
armes, Ah ! je suis trop heureuse !
Éteignés son amour, pour bannir mes iSaBelle.
et pleurés son trépas, ou jouïssés du mien.
allarmes : oCtave D’un infdele enfn, j’ai rallumé la fâme ;
Moins il vous trouvera de charmes, iSaBelle, ôtant son masque d’une main, Adorable isabelle !… et jamais le bonheur de regner dans son
et plus vous en aurés pour moi. & de l’autre tirant un poignard. âme
léonore
connois-moi donc, perfde ! & frappe, si tu n’avoit tant faté mes desirs.
léonore. Vous m’enchantez par des transports si
l’ôses. Amour ! s’il eût été plus constant dans mes
n’êtes-vous pas le seul de qui l’ardeur doux.
chaînes,
m’enchante ? léonore & oC tave.
enSemBle. J’ignorerois encore tes plus cruëlles
t out autre amour m’est odieux. que vois-je ?
leonore… suivez l’Amour, qui vous peines ;
Je voudrois être encor mille fois plus
oCtave. appelle ; Mais mon cœur n’auroit pas goûté tous tes
charmante ;
qu’il enchaîne vos cœurs de ses nœuds les plaisirs. (on danse.)Amour ! à quels maux tu m’exposes ?
Mais je voudrois ne l’être qu’à vos yeux.
plus beaux :
ZerBin.iSaBelle.
oCtave. que votre ardeur soit éternelle ;
qui te retient, ingrat ? suis ton Le Dieu malin, qui regne dans cithere,
(à part.) Ah ! c’en est trop, je cede à cette et vos plaisirs toûjours nouveaux.
ressentiment, s’amuse quelques fois aux dépens de nos
offense.
iSaBelle et oC tave… cœurs :sois mon vainqueur, ou ma victime ;
(à Leonore.) inhumaine, quel prix reçois-je
Perfde ! viens combler ton crime, suivons l’Amour, qui nous appelle ; souvent sa main, vive & légere,
de mes vœux ?
ou recevoir ton châtiment. qu’il enchaîne nos cœurs de ses nœuds Lance des traits, qui nous coûtent des
c’est donc là cette indifference
les plus beaux : que notre ardeur soit pleurs.
que vous oppôsiés à mes feux ! léonore, à isabelle.
éternelle ; Mais lorsque d’une ardeur fncere
Malheureux, quelle erreur avoit seduit mon qu’un sentiment plus doux désormais vous
et nos plaisirs toûjours nouveaux. il se plaît à nous enfâmer,
ame. anime.
Pour voler sur nos pas, les Jeux quittent sa
Je pressois votre cœur de se laisser sous ce déguisement vous surprîtes mon
mere ;
charmer, cœur ;
un jour pur brille & nous éclaire,
t andis que le cruel qui dedegnoit ma fame Pour m’en venger, je veux votre bonheur :
et le premier des biens est le plaisir
ne sçavoit que trop bien aimer. rendés-lui votre amour, et mon âme est
d’aimer.
contente.
iSaBelle. (on danse.)
calmés le transport qui vous guide : oCtave, à isabelle.
oCtave.
Peut-être qu’isabelle est cachée en ces Ah ! suis-je digne encor de vous offrir des
Amour ! couronne ta victoire,
lieux : vœux ?
fixe pour-jamais mes desirs :
ne rougiriés-vous point de montrer à ses
iSaBelle en veillant a nos plaisirs,
yeux
Je devois te punir d’avoir trahi mes feux ; t u veilleras à ta gloire.
ce désespoir perfde ?
Mais je sens, malgré moi, ma colere quand ta main, charmant vainqueur,
oCtave. mourante ; Vient rallumer dans mon âme
quoi, tu m’ôses braver !… crains l’amour en rends le calme à mon cœur, reprends tes L’ardeur de ma premiere fâme,
couroux. premiers nœuds : elle me rend tout mon bonheur.
ne vois en moi qu’une fdele amante ; Amour ! &c.
léonore.
n’y vois plus de rival heureux.
cruël ! à quels transports vous
16 17GUY chanT aL KaTia Kareen iSabeLLe maThiaS
van W aaS SanT on veLLeT aZ dUrand caLS vidaL
DireC tion Soprano Soprano Soprano Soprano ténor
(iSaBelle) (léonore) (Spinette) (iSméniDe) (oCtave)
Formé aux Conservatoires parallèlement à ses études au Conservatoire Supérieur Formée au Conservatoire Formée à l’opéra de p aris après avoir obtenu une
de Bruxelles (sa ville natale) en sciences politiques, de genève, Katia v ellétaz Supérieur et à l’opéra de (Centre de Formation licence en musicologie
et de mons (clavecin auprès Chantal Santon étudie le obtient un premier prix de paris (Centre de Formation l yrique), isabelle Cals a en 1999 à l’Université de
de robert Kohnen) et au chant au Conservatoire à virtuosité en 2002. lauréate l yrique), Kareen Durand d’abord chanté des rôles nice, mathias vidal étudie
mozarteum de Salzbourg, rayonnement régional de de plusieurs prix dont remporte en 2005 le titre de de mezzo-soprano, avant le chant au Conservatoire
guy v an Waas a été clarinette paris. elle débute en soliste celui de la ville de genève, voix d’or et le prix du public d’aborder un répertoire pour Supérieur de paris dont il
esolo au sein de l’orchestre de en 1999 dans Der Freischütz elle chante régulièrement au 41 t ournoi des voix d’or soprano à Strasbourg, graz, sort diplômé en 2003. Cette
la monnaie à Bruxelles, puis de Weber dirigé par myung- aux opéras de genève, à metz. nommée parmi trois paris, lausanne, londres, même année, il est lauréat
de l’orchestre Symphonique Whun Chung au théâtre lausanne, Bordeaux, nantes, fnalistes aux révélations Bordeaux, Caen, t oulon, du Centre Français de
de la rtBF. il s’est ensuite des Champs-élysées. elle a angers, a vignon, vienne, l yriques des victoires de la Cologne… elle a notamment promotion l yrique. en 2007,
consacré à la clarinette depuis incarné de nombreux madrid… dans des œuvres musique Classique 2007, chanté Shéhérazade (au il est révélation classique
ancienne, dont il est devenu rôles sur des scènes de monteverdi, Cimarosa, elle donne de nombreux Festival ravel de p oitiers) de l’aDami (association des
un des interprètes d’élection. prestigieuses. elle s’est paisiello, pergolèse, purcell, concerts avec l ’astrée (dont et a participé à des Droits des artistes et des
organiste de l’église des produite et a enregistré avec Haendel, puccini, ravel, la presse salue fréquemment enregistrements pour emi, musiciens interprètes). il
Carmes à Bruxelles, il de nombreux ensembles, Britten… Dernière venue à l’originalité des redécouvertes Decca, ricercar (Manon, chante monteverdi, purcell,
est depuis 2001 chef dont il Seminario musicale, la Salle philharmonique : historiques) mais elle chante Thaïs, Céphale et Procris, marais, rameau, grétry,
principal de l’ensemble les le Concert Spirituel, 14 novembre 2010 (Kreutzer). aussi dans vivaldi, mozart, etc.). elle est titulaire d’une mozart, rossini, offenbach,
agrémens. Dernière venue amarillis, le Concert offenbach, puccini, Donizetti, maîtrise de chinois. leoncavallo, p oulenc,
à la Salle philharmonique : lorrain, la rêveuse, la massenet, gounod, menotti, Sauguet…
14 novembre 2010 (Kreutzer). Chapelle rhénane, les arts rosenthal…
www.cavema.be Florissants et les t alens
l yriques.
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