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Le nouveau programme d'histoire de seconde : « Les Européens dans l'histoire du monde » Diapo 1 Ce programme, comme tout nouveau programme, suscite une première question, que tout le monde s'est donc déjà posé : qu'est-ce qui change ? « Les fondements du monde contemporain » invitaient déjà à envisager l'Europe dans l'histoire du monde, mais cette dimension « mondiale » était moins explicite. Donc continuité et changements ! Avant de se pencher sur la question de l'articulation entre « Européens » et « histoire du monde », donc sur une lecture possible de l'esprit de ces NP, abordons la question de la
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Source : hgc.ac-creteil.fr
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Le nouveau programme d’histoire de seconde :
« Les Européens dans l’histoire du monde »

Diapo 1
Ce programme, comme tout nouveau programme, suscite une première question, que tout le monde
s’est donc déjà posé : qu’est-ce qui change ?
« Les fondements du monde contemporain » invitaient déjà à envisager l’Europe dans l’histoire du
monde, mais cette dimension « mondiale » était moins explicite. Donc continuité et changements !
Avant de se pencher sur la question de l’articulation entre « Européens » et « histoire du monde », donc
sur une lecture possible de l’esprit de ces NP, abordons la question de la rédaction de ces programmes,
avec les types de choix qu’ils permettent.
Diapo 2
Ces extraits de l’introduction des programmes soulignent divers aspects. En particulier,
1 le programme précise : «pas seulement l’étude des héritages et des fondements du monde
d’aujourd’hui », il faut donc faire attention à la téléologie ; par ailleurs il est nécessaire aussi de se
pencher sur les «mondes perdus» en s’interrogeant :
- sur la signification de cette « perte » : perdu pour qui?
- sur les finalités de notre enseignement, si il ne s’agit pas ou pas seulement d’expliquer le
présent.
Rappeler aussi l’interrogation de Gérard Noiriel : qu’est ce que l’histoire contemporaine? qui rappelle
l’oxymore que représente «histoire» et «contemporain»

2 à propos de l’histoire des arts : le préambule insiste sur ce point, mais le programme ensuite fait peu
de propositions explicites d’œuvres : donc aux enseignants d’être vigilants et imaginatifs …

Diapo 3 et 4 : IL ne s’agit pas là d’une présentation exhaustive, ce ne sont que des exemples ; il y a des
choix dans presque chaque thème. Par ailleurs, on verra plus tard (dans le déroulé du ppt) comment
réfléchir ces choix, et peut-être effectuer des groupements.

Remarque : cette présentation n’intègre pas l’aspect par ailleurs essentiel des « objectifs
d’apprentissage/capacités et méthodes .»


Premier point : « les Européens dans l’histoire du monde »

Diapo 5
Ce titre général comme le titre du premier thème, dit thème introductif, « les Européens dans le
peuplement du monde », renvoie à trois séries de questions :
1 : quid des Européens = ?
2 : quid de l’histoire du monde= ?
3 : quid de l’apport des Européens à l’histoire (à l’évolution ?) du monde, ou, plus iconoclaste peut-être,
mais non moins intéressant, quid de l’apport du monde à l’Europe ?


Diapo 6
Quelle pertinence du terme « Européens » pour les deux premiers chapitres, ie pour l’Antiquité ? Et
même dans une certaine mesure pour le MA ? Il importe donc d’adapter le vocabulaire selon les chapitres : plutôt les habitants de l’Europe ? Pour
l’Antiquité romaine, les habitants/sujets/citoyens de l’Empire ?

Dans tous les cas de figure, il faut être vigilant quant aux termes employés pour éviter les
anachronismes.

Diapo 7 : Le terme « histoire du monde » semble renvoyer à la « World History », ou « Global
History », ou ce que l’on désigne plutôt en France par histoire connectée.

Deux questions :
De quoi s’agit-il ?
En quoi le nouveau programme s’inscrit-il ou non dans cette veine historiographique ?

Cette histoire globale, bien plus développée dans le monde anglo-saxon et chez bien d’autres de nos
voisins qu’en France-même, recouvre deux aspects :
-d’une part un processus historique d’intégration mondiale, économique, culturelle, dont l’analyse se
heurte à des périodisations divergentes :
> XVIe siècle ibérique pour les uns, dans la tradition braudélienne,

B : Serge Gruzinski, les quatre parties du monde. Histoire d’une mondialisation, Paris, 2004

> montée des interdépendances économiques et sociales à la fin du XIXe siècle et début du XXe
siècle pour les autres,

B : Susan Berger, Notre première mondialisation. Leçon d’un échec oublié, Paris 2003

Nous en reparlerons pour le programme de première.

-d’autre part, un mode d’approche des processus historiques, se situant donc sur un plan
méthodologique : donc un mode d’étude des objets, plutôt qu’un objet d’étude.

Parallèlement, les travaux des spécialistes des systèmes impériaux à travers le monde ont mis en avant la
notion d’ « histoire connectée », considérée comme une modalité spécifique de l’approche globale.

Diapo 8 Quoi qu’il en soit, cette histoire a deux objectifs : dépasser le compartimentage national des
recherches historiques pour envisager tous les phénomènes qui excèdent les frontières étatiques, d’autre
part éviter d’écrire une histoire du monde du seul point de vue de l’Occident, ce qui nous amène à
réfléchir sur l’intitulé et le contenu de nos programmes.
In fine, cette World History débouche un refus de l’ethnocentrisme occidental, et une volonté d’identifier
des phases d’ouverture et de fermeture, de périodiser et d’historiciser la mondialisation, en échappant
au déterminisme économiste pour faire toute leur place aux modes de vie, aux pratiques culturelles, etc.
cf les réflexions actuelles essentielles sur les phénomènes d’acculturation, de transferts, de métissages
culturels dans une perspective qui n’est pas quantitative.
Malgré tout, on assiste aussi à une dérive englobante, généralisante, avec de très larges cadres
d’interprétation, qui rappelle les anciennes histoires universelles, ou à des travaux moins homogènes
qu’ils n’en ont l’air : trop souvent des collages d’études de cas, étalées dans la longue durée et
embrassant les continents, mais sans grande cohérence. En réalité, le but de l’histoire connectée est de briser les compartimentages des histoires nationales
comme des « aires culturelles » pour faire émerger les modes d’interaction entre le local et le régional
d’une part, le supra-régional d’autre part : l’alternative au « grand récit » n’est pas dans l’émiettement
parcellaire mais dans l’étude des interactions multiples, à des échelles diverses. Il ne s’agit pas non plus
d’une forme de comparatisme planétaire qui dresserait de façon morphologique l’inventaire des parentés
et des différences au risque de la décontextualisation.
Au contraire, le décloisonnement de l’histoire globale peut déboucher sur une compréhension bien plus
fine de ce qu’est une société locale.

Cf Denys Lombard, le carrefour javanais. Essai d’histoire globale, Paris 1990, qui envisage d’abord la colo
européenne du XIX e siècle, puis la modernité cosmopolite des marchands chinois musulmans du XVe
siècle, enfin l’organisation, « traditionnelle et immémoriale » de la « riziculture de droit divin »

Cf dans les programmes : « différentes échelles de l’espace, du local au mondial », sans oublier que pour
l’immense majorité des êtres humains que nous croiserons dans une bonne partie de ces programmes, le
fait que le monde existât ou pas n’avait aucune incidence ou presque sur le déroulement de leur vie.

Cl : cette histoire globale, à la recherche des connexions, à différentes échelles, est bien une histoire
totale, mais située, ie bâtie depuis un point d’observation situé, qui n’est évidemment pas le point de vue
universel : global n’est pas totalisant.

Pour nous : la lecture fine du programme va nous permettre de réfléchir à cette relation entre les deux
termes Européens/histoire du monde, dans le cadre ou non de cette world history.

Thème introductif : les Européens dans le peuplement du monde

Diapo 10, 11, 12
Il ne faut pas perdre de vue le faible temps à consacrer à ce premier chapitre, pour éviter toute dérive
horaire précoce : une à deux heures pour le premier point, avec des cartes et des tableaux chiffrés, et
une heure à deux heures et demie pour le deuxième, avec une courte évaluation. Un cadrage rigoureux
du sujet s’impose donc.

Diapo 13 :
1 Qu’est ce que le peuplement ?

2 L’histoire du peuplement de la terre a fait l’objet de très nombreux travaux mettant en évidence le
rôle important des migrations humaines. Ce sont aujourd’hui les travaux des généticiens des populations
qui permettent d’identifier la trace des déplacements anciens, notamment depuis la révolution
néolithique, en les complétant par des observations de la diffusion des langues et des artefacts
techniques. Les recherches relatives aux paléo-environnements donnent une interprétation aux inégales
densités du peuplement dans les régions du monde, selon leur dotation écologique initiale (Jared
Diamond), tandis que les modèles de la croissance démographique spatialisée (Gibrat, Pumain,
enchaînement historique) complètent les récits historiques des évolutions ultérieures, marquées par les
transitions, démographique et urbaine.

3 In fine, l’on retient :
le peuplement de la terre achevé (au sens de traces de la présence humaine) il y a 8000 ans
l’alternance ce croissance et de décroissance ; l’alternance de paliers et de sauts brusques

Diapo 14, Jean-Noel Biraben, « histoire du peuplement humain des origines à nos jours », in
Démographie, vol V, …, page 27.
Depuis que les premiers hominidae sont apparus sur Terre il y a deux ou trois millions d’années,
l’histoire du peuplement de la planète a été, jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, une très longue
succession de phases de lente expansion entrecoupées de crises et de reculs.
C’est aussi une histoire où la balance des naissances et des décès ainsi que les possibilités de migrer vers
de nouvelles terres ont lourdement pesé sur le destin de chaque groupe. À partir du XVIIIe siècle,
cependant, la maîtrise sans précédent de l’homme sur ses propres conditions de survie a décuplé son
rythme de croissance démographique jusqu’au moment où l’équilibre a pu être restauré, grâce à une
maîtrise parallèle de la fécondité. D’abord limité à l’Europe, au XXe siècle, le phénomène a gagné le
reste du monde avec une formidable accélération, bouleversant les équilibres de la planète.
Et les Européens, dans la période qui nous occupe (Antiquité – XVIIIe siècle) ?

Diapo15 : tableau de chiffres « population mondiale et par grandes régions, estimée à diverses dates »,
Jean-Noel Biraben, « histoire du peuplement humain des origines à nos jours », in Démographie, vol V,
…, page23.
Expansions, crises et reculs repérés à la diapo précédente se retrouvent ici, mais on constate qu’elles
n’ont pas la même chronologie selon les parties du monde, évidemment, même si il y a parfois des
connexions : cf l’épidémie de variole qui touche la Chine au Ier siècle puis le monde romain au IId
siècle.
On constate aussi que l’équilibre entre les foyers a varié, par exemple entre l’Europe et la Chine : il y a
des périodes d’égalité, voire de poids démographique de l’Europe (attention à additionner les deux
chiffres) supérieur à celui de la Chine.

Diapo 16
En ce qui concerne l’Europe :
Dans les grandes lignes : le peuplement de l’Europe a été rapide dans l’Antiquité : 2 millions vers -
4 000 quand toute l’Europe est entrée dans la phase néolithique, plus de 30 millions vers - 400,
67 millions en 200, jusqu’à l’apparition de la peste antonine (168) (=variole) puis peu après de la
rougeole. La décroissance s’accélère par la peste de Saint Cyprien puis par les grandes invasions des IIIe-
début Ve siècles, enfin par la réapparition de la peste (peste Justinienne, 542-543) et de la variole. Nous
sommes donc dans une phase longue de DEPEUPLEMENT.
La croissance démographique ne repart vraiment qu’au Xe siècle, et elle est puissante, malgré les
invasions mongoles, jusqu’au XIVe et à la peste Noire qui entraine un recul d’au moins 20% pendant un
siècle. Ensuite, croissances, stagnations, voire décroissances dues aux guerres et aux aléas climatiques se
succèdent, mais à partir du milieu du XVIIIe siècle, et jusqu’au début du XXe, il y a envolée de la
population, ensuite freinée par les deux guerres et la chute de la fécondité.

« la place des Européens dans le peuplement de la terre » ? C’est à la fois la question du poids, et surtout
celle des phénomènes migratoires.

Premier constat : la part relativement négligeable de la migration dans la dynamique des populations, à
tous niveaux à l’exception de l’échelon local, est un phénomène assez récent. Autrefois, la migration
était un phénomène majeur de l’histoire des populations : mouvements qui ont maintes fois bouleversé
et refaçonné la distribution de la population, imposant aussi de lourdes contraintes de mortalité et de
fécondité. Les migrations d’aujourd’hui n’ont pas non plus les formes des migrations plus anciennes.
Il faut aussi faire attention aux temporalités : des phénomènes lointains nous semblent brutaux, du fait
de la compression du temps, ils n’ont pas nécessairement été perçus comme tels par les observateurs contemporains. Les migrations actuelles vers l’Europe de l’ouest et l’Amérique du Nord peuvent
s’inscrire dans ce modèle.

1 Les migrations ayant affecté l’Europe :
Diapo 16 suite
Depuis les origines du témoignage écrit, de forts mouvements migratoires ont été rapportés, presque
toujours en relation avec des épisodes de guerre et de conquête, de disparition d’entités politiques,
d’expansions d’autres entités ou sociétés. Par ailleurs, l’intrusion ou la migration de peuples nomades ou
transhumants dans des territoires occupés par d’autres peuples est un phénomène aujourd’hui disparu
mais qui a joué un rôle majeur dans l’Antiquité et au-delà. Ces mouvements migratoires entrainent une
évolution de la population en dents de scie, avec des alternances de crises et de récupération parfois très
rapides, loin de l’image d’une évolution très lente mais régulière sur de longues périodes.
La manifestation la plus spectaculaire de ces processus migratoire est celle des grandes invasions.
L’histoire du Bas-empire romain, de l’empire byzantin, de la Chine, de l’Inde et des populations
intermédiaires n’est dans une large mesure qu’une longue suite de tentatives pour contenir ces invasions
et s’en défendre. On peut formuler l’hypothèse d’un dynamisme démographique particulier de ces
populations nomades issues de zones reculées et marginales, dynamisme qui les amène à migrer vers des
terres nouvelles, des zones plus prospères mises en valeur par des sédentaires. D’où, grâce souvent aux
avantages des nomades (la supériorité des combattants à cheval sur les combattants à pied ; la mobilité ;
l’endurance), des pillages et razzias, donc une insécurité poussant les populations sédentaires à fuir,
poussant devant elles d’autres peuples encore.
Un exemple : la migration/invasion des Huns au IIIe-Ve siècles à la fois vers l’Europe, l’Inde du Nord,
la Chine du Nord.
Les conséquences démographiques sont presque entièrement négatives : l’apport démographique des
conquérants quasi nul mais leur passage entraine la destruction de peuples, d’habitations,
d’infrastructures agricoles, donc un recul des effectifs totaux des populations. In fine, la population
mondiale passe de 256 millions en l’an 1 à 206 en l’an 500, et ne dépasse à nouveau les 250 millions
qu’en l’an mil seulement.
Avec le temps, les populations sédentaires qui n’avaient tout d’abord pas les moyens de résister à ces
processus sont devenues victorieuses, et ce sont les populations nomades qui ont finalement été
marginalisées. Les forces migratoires ont cessé d’exercer leur rôle dominant dans la dynamique des
populations, et les variations des composantes endogènes de la dynamique démographique naturelle
(natalité, mortalité) ont pris le dessus, débouchant sur les phénomènes de transition démographique.

Diapo 17 et 18 : Il n’est donc pas envisageable de représenter les phénomènes migratoires selon une
fluidité et une régularité telles que celles suggérées par cette carte, qui de plus, et surtout, offre une
représentation cartographique très écrasée de la chronologie, ne rendant donc pas compte de la réalité
d’un phénomène qui s’est étendu sur plusieurs siècles.
Cette réflexion est à retenir pour envisager les phénomènes migratoires à l’œuvre dans le monde
contemporain.


2 Les phénomènes migratoires au départ de l’Europe
Diapo 19 : Cette expansion coïncide avec le reflux des conquêtes nomades des siècles précédents.
Exemple : milieu du XVI e siècle : Ivan le Terrible prend les villes de Kazan et d’Astrakhan sur les
Mongols. C’est le début du processus de conquête et de colonisation russes qui atteint les rivages du
pacifique à la fin du XVIIe, et s’achève avec la conquête des steppes d’Asie centrale dans la deuxième
moitié du XIXe siècle.
Ces migrations qui débutent à la fin du XVe siècle s’appuient sur les progrès de la navigation qui
permettent le transfert à travers les océans de populations de petite taille mais à la technologie très avancée, à la fois explorateurs, combattants, aventuriers, pirates, missionnaires, commerçants, colons.
Le choc culturel et surtout les ravages causés par des maladies inconnues des populations locales, ainsi
que dans certains cas des politiques délibérées d’extermination (Argentine, Tasmanie) ont permis aux
nouveaux venus de déposséder les autochtones (pê 40 millions de personnes en Amérique centrale et du
Sud à la fin du XVe siècle, et seulement 10 à la fin du XVIe ; diminution de même ampleur en Amérique
du Nord au XVIIe et après) et de s’installer à leur place. Ensuite s’est mise en place une migration
régulière d’Europe vers ces Nouveaux Mondes colonisés qui débouche sur la migration globale la plus
spectaculaire de l’Histoire, de la fin du XVIIIe au début du XXe : cf environ 54 millions de personnes
entre l’Europe et l’Amérique du Nord entre 1815 et 1930, dont un tiers probablement retourna vers
l’Europe.
De plus, la traite des esclaves d’Afrique par les Européens (entre 3,5 et 25 millions…) apporte une
nouvelle composante au peuplement du Nouveau Monde et aggrave la dépopulation de l’Afrique
tropicale ( - 10 % entre 1600 et 1800), déjà enclenchée par les trafics plus anciens vers l’Afrique du
Nord et le Moyen orient.

Dans la même période, la colonisation des terres désertes de la Sibérie à partir de 1899 amène
l’installation de 3,5 millions de personnes entre 1906 et 1915.
Ailleurs : en Inde, en Chine, dans d’autres parties de l’orient, face à un peuplement déjà dense, les
Européens établissent grâce à leur supériorité militaire leur domination sur les pouvoirs en place mais ni
en Asie ni en Afrique ils n’ont de volonté de peuplement sauf cas particuliers : Indonésie, Afrique du
Sud.

3 Les populations de l’Europe dans la croissance de la population mondiale
Diapo 18 : « évolution de la population mondiale par grande région de 1500 à 1950 », Jacques Vallin,
« la transition démographique européenne », in Démographie, vol V, …, page 73.
De 1750 à 950, l’équilibre démographique des continents est remis en cause au profit des populations
européennes ; cf chiffres de la diapo. Alors même que l’Europe est touchée par un phénomène
migratoire/d’exode de grande ampleur, son poids relatif s’accroît, du fait de son entrée dans la
transition démographique.
Sans entrer dans le détail à propos de la transition démographique, rappelons simplement que se
conjuguent :
- un recul sans précédent de la mortalité, en particulier de la mortalité infantile et de la mortalité
infectieuse
- un progrès spectaculaire de l’espérance de vie, qui s’accompagne d’une atténuation des fluctuations,
avec à la fois :
l’effacement, entre le milieu du XVIIIe et la fin du XIXe, des deux principaux facteurs de
mortalité : l’épidémie (d’abord grâce aux progrès de l’organisation administrative, avant les progrès
médicaux de la révolution pasteurienne) et la famine
la régression aussi de la mortalité dans les années fastes.
- une baisse profonde de la natalité par la maîtrise de la fécondité
Cela dit, il ne faut pas oublier ce qui a déjà été dit pour l’échelle mondiale : il n’y a pas un mouvement
uniforme mais des phases de progrès et des phases de stagnation et de recul. Par ailleurs, il y a des
calendriers différents selon les aires géographiques et culturelles, avec trois pays pionniers : Angleterre-
Galles, Suède, France, aux chronologies et aux rythmes légèrement décalés les uns par rapport aux
autres, puis les autres pays d’Europe du Nord-ouest, puis ceux d’Europe centrale, enfin ceux d’Europe
méditerranéenne et orientale.
Enfin, c’est le décalage à la fois des chiffres et dans le temps entre la baisse de la mortalité qui entraine
une croissance exceptionnelle : cf pour Angleterre-Galles : en deux siècles, 6,1 >>42 millions
d’habitants, sans compter la forte « exportation » d’émigrants outre-mer. Sinon, peut-être 4,5 millions
d’habitants supplémentaires en Angleterre-Galles en 1939. Et comme ce sont les plus jeunes et les plus dynamiques qui ont émigré, ils ont « exporté » avec eux ce dynamisme démographique exceptionnel, et
peut-être que le dynamisme sur les lieus d’émigration en a été amoindri.
-la fin de la transition sort de notre champ chronologique

Cl : diapos 20 et 21
- au niveau mondial comme au niveau régional, des phases de croissance et de décroissance selon des
chronologies différenciées
- des foyers de peuplement hérités de l’Antiquité (Asie / Europe) entre lesquels l’équilibre a fluctué,
notamment avec l’entrée de l’Europe dans la transition démographique ;
- une excroissance de l’Europe et dans une moindre mesure de l’Afrique (l’Amérique) devenue un foyer
de peuplement secondaire.


Thème 2 : l’invention de la citoyenneté dans le monde antique

Diapo 23
Remarque générale : à partir de ce thème : le programme est organisé selon l’ordre chronologique (ce
ne sera plus le cas en première) mais avec des entrées thématiques. A partir de là, deux questions :
Comment faire réfléchir les élèves sur ce qu’est une société à un moment, en un lieu donné, dans sa
globalité, avec ces entrées thématiques qui semblent parfois très fermées?
Comment cela se relie-t-il à notre fil conducteur : « les Européens dans l’histoire du monde » ?

A propos de la citoyenneté dans l’Antiquité
1 Là encore, attention aux anachronismes : ne pas juger à l’aune d’aujourd’hui mais réfléchir sur la
notion de démocratie et de citoyenneté à partir de l’héritage antique, héritage diffusé et/ou discuté,
réfuté, etc dans toutes les parties du monde : « une citoyenneté antique bonne à penser la citoyenneté
moderne, dans la ressemblance comme dans l'écart. » Pauline Schmitte-Pantel
>dans la ressemblance : les notions d’intégration et de participation, sur lesquelles nous allons
revenir
>dans l’écart : dans les deux cas, il s’agit d’abord de sociétés basées sur l’esclavagisme.
L’homme libre, citoyen d’Athènes ou de l’empire, se définit d’abord comme libre par rapport au non-
libre, l’esclave ; par ailleurs, ce sont des sociétés qui ont pensé les libertés de leurs citoyens, mais non
leurs droits.

2 Un programme qui invite donc à la comparaison et à la confrontation des deux expériences entre elles
c’est là une différence majeure avec l’ancien programme, et qui suggère aussi de confronter et de
différencier ces expériences avec notre présent.

3 diapo 24 : Les « bases antiques de la citoyenneté moderne » (Pauline Schmitte-Pantel) sont la
participation et l'intégration.
- La participation est le premier angle d’approche. La participation directe de tous les citoyens à la prise
de décision politique est le principe sur lequel sont fondées les assemblées des cités grecques, quel que
soit le nombre des citoyens puis, dans une certaine mesure, celles du régime municipal romain, à
distinguer des institutions impériales.
- L'intégration est le second angle d’attaque privilégié par les programmes. Elle doit être entendue
comme la réunion des citoyens dans un statut public et privé unitaire. Ici, monde grec et monde romain
diffèrent. Si les cités grecques (au premier rang desquelles Athènes, la cité démocratique) ont pour
l'octroi de la citoyenneté privilégié la naissance et donc limité l'intégration, l'obtention de la citoyenneté
pour les Romains est un acte juridique capable de transformer en citoyens romains d'anciens esclaves devenus affranchis aussi bien que des étrangers : les Romains eurent des sénateurs ou des empereurs
illyriens, sémites ou arabes qui étaient citoyens romains (et l'édit de Caracalla en 212 fit de tous les
hommes libres de l'empire des citoyens romains). Ce double modèle peut trouver un écho dans les
débats et les évolutions juridiques, en France comme dans bien d’autres pays, européens ou pas, entre le
droit du sang et le droit du sol pour l'obtention de la citoyenneté.

D’autres pistes à envisager dans l’un ou l’autre cas :

4 une description des citoyennetés antiques permet aussi une approche concrète des rouages
institutionnels de la vie politique, du fonctionnement de la justice, des droits et des devoirs des citoyens,
de ce que Claude Nicolet a appelé "le métier de citoyen."

5 La nécessité d'expliquer que les différences de statut se creusent au fur et à mesure que se précisent les
droits et les privilèges des citoyens. Cf la remarque de M.I. Finley selon laquelle le développement de
cette forme de l'esclavage que l'on nomme l'esclavage-marchandise va de pair avec la garantie des droits
du citoyen à Athènes.
Par ailleurs, il ne faut ne pas négliger les différences sociales qui expliquent l'évolution des cités vers un
régime de notables bienfaiteurs. Cf aussi la place importante des groupements, des associations,
intermédiaires entre le monde de la famille et celui de l'État, qui en créant des formes de sociabilité
renforcent le lien social et la cohésion, et d'autre part la complexité des relations entre la masse et les
élites qui, par le biais des bienfaits, transforment les hiérarchies sociales en autorité politique.

6 Les programmes demandent en introduction que l’on considère « la place des femmes dans les
sociétés » et les questions du genre :
Or, toujours en suivant Pauline Schmitte-Pantel, depuis la fabrication de la première femme, Pandora,
par les dieux pour répondre par un "beau mal" à la ruse de Prométhée, histoire racontée par Hésiode,
l'altérité radicale du monde féminin est inscrite dans l'histoire de la pensée grecque. L'histoire des
femmes d'abord, l'histoire de la différence des sexes - appelée aussi histoire du genre - ensuite, ont
atteint les lointaines contrées du monde antique et les acquis sont importants >> à intégrer dans les
cours, dans le cadre de la réflexion sur la citoyenneté comme dans le cadre d'une place globale donnée à
l'étude historique de cette forme ordinaire de rapports sociaux que sont les relations entre les sexes.

7 N’oublions pas enfin les rituels réservés aux jeunes : Rites d'inversion, mascarades, vie à l'écart des
cités, récits d'enlèvements, combats rituels trouvent ainsi leur place dans une explication globale de
sociétés qui ont à cœur de "faire passer" la classe d'âge des jeunes au monde adulte, car de la réussite de
cette intégration dépend la survie du corps civique.


Thème 3 : l’Europe médiévale

Diapo 26
Il faut souligner ici:
- le cadre chronologique resserré
- la dimension d’histoire sociale et culturelle (et pas seulement culturelle…)
-la difficulté de réfléchir en termes d’histoire connectée, sauf dans des interstices : villes d’aires
culturelles différentes. MAIS on est toujours en Europe. Même la christianisation ne concerne que le
territoire de l’Europe. Les Croisades vers la Terre Sainte ne sont pas au programme. On pourrait
discuter à nouveau de la notion d’Europe dans ce cadre-là, Les populations orientales avant leur
christianisation par les chevaliers teutoniques, en quoi sont-elle européennes ? Mais après tout, jusqu’à la réforme/contre-réforme, la christianisation des sociétés était « ambiguë et incomplète » (François
Lebrun), « mélangeant christianisme officiel et croyances ou pratiques plus ou moins magiques. »
Bien que ces questions n’aient pas figuré dans les anciens programmes, elles sont généralement connues
pour avoir été abordées dans le cadre des études universitaires. Un point historiographique n’est donc
pas indispensable.

Nous abordons d’abord la seconde question, avec le choix rural/urbain

Pour le choix monde rural/monde urbain, il faut envisager aussi l’étude de villes dans le thème 4. Est-il
judicieux, formateur de mener une étude globale sur les mondes urbains, ou choisir ici le monde rural
pour contrebalancer ? A chaque enseignant de choisir en fonction de ses élèves et des ses affinités. En
tout cas : les aires culturelles différentes méritent réflexion : christianisme catholique / byzantin ? Mais
l’étude de Byzance/Constantinople est obligatoire dans le thème 4.
Une ville de Sicile ou d’Espagne, cf les anciens programmes ?
Moscou ? Peut-être des difficultés de documentation en langue française…
Au moins une ville commerçante ? A réfléchir en fonction d’un autre choix, celui de travailler dans le
thème 4 sur un grand port.
-Le contexte est la floraison des villes après le décollage du XIème s (« première économie-monde »
d’Europe et les travaux de Braudel) : elles décollent de leur entourage rural et regardent au-delà de leur
horizon propre. C’est une énorme rupture.


- Dans tous les cas, on peut utilement articuler cette seconde question à la première, en choisissant dans
le premier cas une abbaye, siège d’une seigneurie ecclésiastique, dans le second cas d’une cathédrale.
Enfin, on peut souligner que « la féodalité, réalités, imaginaire, symbolique » est à mettre
éventuellement en relation avec l’enseignement « Littératures et sociétés. »

- Diapo 27, 28, 29 : sur les aspects religieux : si le premier point a été articulé à au traitement des
sociétés rurales/urbaines, on peut donc se concentrer sur le deuxième point, le plus intéressant en ce
qu’il aborde des aspects qui ne sont pas dans le programme de cinquième : (AR entre les diapos 25, 26,
e27) : je ne commente pas pour vous le programme de 5 , mais leur montrer que l’on est dans une
erédaction notionnelle dans le programme de 5 , et qu’ils ont tout intérêt à s’y reporter pour éviter la
eredondance ; que les croisades (si certains les regrettent) sont traitées en 5 ; enfin et surtout que la
christianisation de l’Europe est justement un point qui n’est pas dans le programme de cinquième.


Thème 4 : l’époque moderne

Diapo 30 : Clairement, on retrouve le fil conducteur Européens/histoire du monde
Pour autant, il y a des écueils, des interrogations, et aussi des pistes intéressantes (heureusement.)
Ainsi, une certaine lecture pourrait envisager que l’Europe a apporté/offert/imposé au monde, après la
démocratie antique, la religion, le livre, la science, grâce à son avance technique. Mais d’autres lectures
sont possibles.

Pistes de réflexion :
1 le titre : « horizons » : dans le programme, ils sont à la fois réels (dans la question obligatoire) et
symboliques (dans les questions au choix) : le monde est de fait bien plus présent dans les premiers
horizons que dans les seconds.

2 « l’élargissement du monde » Que dit le programme ? « contacts » des Européens avec d’autres mondes, cf en 1992 la tentative de
modification des appellations courantes : non plus la Découverte du Nouveau Monde, mais la Rencontre
des deux Mondes, ce que dit à sa façon le programme.

3 Le cadre chronologique XVe-XVIe siècles : relatif affranchissement des découpages canoniques,
excellente chose.
B déjà cité mais incontournable : P Boucheron (dir) , Histoire du monde au XVe siècle, Fayard, 2009

3 Les études :
-Constantinople/Istanbul : on voit bien que la Méditerranée au XIIe siècle revient par cette fenêtre. Au-
delà de cette première considération, l’élargissement géographique me semble inadapté, sauf à
considérer que les Turcs des XVe et XVIe s sont perçus par les Européens comme plus Européens que
les Byzantins … Néanmoins, Constantinople devenue Istanbul reste incontestablement un lieu de
contact.

Pour les deux autres études au choix parmi quatre : l’écueil est incontestablement celui d’une histoire
exclusivement culturelle.

Par exemple : « la cité précolombienne » : cette formulation nous invite presque naturellement à choisir
Mexico.

B Carmen BERNAN et Serge GRUZINSKI, Histoire du nouveau monde, Fayard 1990-1993 et leurs autres
travaux sur Mexico


Or, les travaux de Serge Gruzinski sur le Mexique et sur les empires coloniaux espagnols et portugais du
XVIe siècle, si passionnants soient-ils, n’envisagent en réalité qu’une petite frange d’élites coloniales,
indigènes et métissées. Cette réflexion remarquable sur le métissage ne concerne que les élites mais quid
de l’histoire économique et sociale ?

Il serait bon de ne pas oublier Nathan Wachtel et ce que celui-ci a justement nommé « la vision des
vaincus », bien que N.Watchel ait traité des sociétés rurales andines et non de cités.

Cela entre en résonnance avec par exemple les travaux d’E W Said, pour lequel le point de vue du
colonisant est plus intéressant parce qu’il construit une image de l’autre (discours, images) vraie et/ou
fantasmatique et qui interroge donc non pas la réalité sociale des sociétés coloniales mais les cadres
anthropologiques qui permettent de construire la figure du colon.
Pour le dire autrement, ce chapitre clé (par rapport à l’intitulé du programme) nous renvoie à la place
des subaltern studies : cf l’historiographie indienne des années 80 qui réinterroge les sociétés colonisées
autrement qu’au miroir des sociétés coloniales, ie en nous obligeant à un décentrement du regard.
Cf aussi les travaux de Françoise Verges qui s’intéresse à la fois au discours du colonisateur et au
discours du colonisé.

A propos du choix entre un navigateur et un grand port :
Les navigateurs sont sûrement plus familiers aux élèves que les grands ports, et ceux-ci offrent un champ
de réflexion propre au lycée, quand ceux-là peuvent utilement illustrer les programmes de collège. Il ya
bien sûr pléthore d’exemples de ports, l’important est de ne pas occulter les aspects économiques et
sociaux, de ne pas considérer le port choisi seulement là comme un espace dans lequel se transposent
des aspects d’autres sociétés (jusqu’à « l’importation » de population indigènes), mais d’envisager aussi
les dimensions économiques et sociales de la conquête.

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